Padre Pio, capucin et prêtre.

Padre Pio est un capucin et prêtre italien, né Francesco Forgione, le 25 mai 1887 à Pietrelcina (province de Bénévent, en Campanie, Italie), mort le 23 septembre 1968 à San Giovanni Rotondo (province de Foggia dans les Pouilles en Italie). Il avait pris le nom de Pie (en italien Pio), en hommage au pape Pie V, quand il rejoignit l’ordre des frères mineurs capucins.

Il fut connu pour être le premier prêtre et l’un des rares hommes à qui la tradition attribue des stigmates, bien que l’origine miraculeuse de ces plaies soit sujette à polémique. Il a été canonisé par l’Église catholique le 16 juin 2002 sous le nom de saint Pio de Pietrelcina.


Né de Grazio « Orazio » Maria Forgione (1860–1946), agriculteur et de Maria Giuseppa « Peppa » Di Nunzio Forgione (1859–1929)1, Francesco Forgione est baptisé le lendemain à l’église Santa Maria degli Angeli (Sainte-Marie-des-Anges) de Pietrelcina près de Bénévent. Sa mère, fervente catholique, lui donne le nom de Francesco en hommage à François d’Assise. Il a un frère aîné, Michele (1882), et trois sœurs, Felicita (1889), Pellegrina (1892) et Grazia (1894). Il mène une jeunesse pieuse, durant laquelle il aurait eu des visions mystiques ; dès cinq ans, Jésus-Christ lui serait ainsi apparu. Enfant, il ne veut pas jouer avec les enfants de son âge, car selon lui ils blasphémaient. À quinze ans, il connaît ses premières extases spirituelles.

Padre Pio, carte maximum, Italie.

Trop maladif pour être cultivateur comme son père, sa mère voit en lui un futur prêtre. Francesco rejoint l’Ordre des frères mineurs capucins le 22 janvier 1903 à Morcone. En raison de sa santé fragile, il retourne dans sa famille, puis est envoyé dans divers couvents. Le novice capucin prononce ses vœux solennels le 27 janvier 1909. Au mois de décembre 1908, il reçoit la tonsure, les ordres mineurs et le sous-diaconat dans la cathédrale de Bénévent. Le 18 juillet 1909, il est ordonné diacre dans le couvent de Morcone et prend alors le nom de frère Pio, en hommage au pape Pie V.

Il est ordonné prêtre à la cathédrale de Bénévent le 10 août 1910 et nommé à Santa Maria degli Angeli de Pietrelcina. Dès 1911, il signale à son confesseur l’apparition depuis un an de signes rouges et de douleurs vives aux mains et aux pieds. Il est à partir du 4 septembre 1916 au couvent de San Giovanni Rotondo. Le Padre Pio se réveillait à l’aube pour lire le bréviaire. Cinq stigmates visibles, qui ont fait l’objet de plusieurs rapports médicaux, lui sont apparus le 20 septembre 1918.

Pendant la Première Guerre mondiale, il sert comme infirmier à la compagnie militaire de l’hôpital Sainte-Trinité de Naples (1915–1917). Souffrant d’une bronchite alvéolaire chronique, les médecins lui diagnostiquent une tuberculose et, par peur qu’il ne contamine sa compagnie, le réforment en août 1917.

Le 5 août 1918, tandis qu’il confessait les jeunes scolastiques de son couvent, le Padre Pio manifeste des symptômes ou des signes faisant référence à la transverbération : son cœur est transpercé par un dard spirituel avec saignement réel. Selon la tradition, sa stigmatisation complète a lieu le 20 septembre 1918, des stigmates (plaies du Christ sanguinolentes aux mains, aux pieds et au thorax comme les cinq plaies du Christ), qu’il cherche à cacher avec des mitaines.

Il donne le témoignage suivant des événements :

« Je vis devant moi un personnage mystérieux dont les mains, les pieds, la poitrine, ruisselaient de sang. Je sentis mon cœur blessé par un dard de feu… Ce personnage disparut de ma vue et je m’aperçus que mes mains, mes pieds, ma poitrine étaient percés et ruisselaient de sang ! ».

La description qu’il fait de ses propres transports mystiques ressemble en grande partie à ce qu’a écrit Gemma Galgani.

Dans les premiers jours Padre Pio cherche à dissimuler les plaies, mais les femmes qui suivent sa direction spirituelle voient les plaies et ébruitent la nouvelle. De même les jeunes auxquels il prodigue son enseignement perçoivent aussi des cicatrices sur les mains de Padre Pio. Le 9 mai 1919, le premier journal Il Giornale d’Italia parle de « miracles » du Padre PioA 3. Le 25 mai 1919, une revue locale publie la nouvelle en l’intitulant « Le Saint de San Giovanni Rotondo ». Au mois de juin 1919, trois journaux dont Il Mattino, principal journal de Naples, reprennent l’information en parlant des miracles qu’opère le thaumaturge Padre Pio. La notoriété, non voulue par Padre Pio et encore moins par ses supérieurs qui avaient imposé toute discrétion aux frères du couvent, contribue à faire venir de plus en plus de monde auprès du monastère. Les premières interprétations médicales se font autour du cas de Padre Pio, dont le professeur Enrico Morrica, qui n’a pas vu Padre Pio, interprète les miracles de Padre Pio comme du « magnétisme animal » issu de « dangereux phénomènes morbides de psychologie collective ».

Face aux nouveaux événements, le supérieur des capucins ainsi que le Saint-Office décident de faire examiner Padre Pio afin de savoir l’origine naturelle ou surnaturelle des prétendus stigmates. Les théories naissantes sur l’hystérie et l’école de l’idéoplastie sont alors mises en avant par les sceptiques pour nier le caractère surnaturel des stigmates. Plus de trois médecins examineront les plaies de Padre Pio : le docteur Luigi Romanelli, chef de l’hôpital de Barletta, le docteur Angelo Maria Merla, maire de la commune, socialiste et agnostique. Les examens conduisent à lever toute idée d’automutilation et arrivent à « la conclusion que le fait constitue en soi un phénomène que n’est pas capable d’expliquer la seule science humaine ». Le Saint-Office fait envoyer le 12 et 13 juillet 1919 le professeur Amico Bignami, positiviste qui examine à son tour Padre Pio. Très sceptique, les conclusions qu’il donne sont différentes des deux autres médecins. Même s’il constate que les plaies de Padre Pio ont des caractéristiques « qu’il est impossible d’expliquer à partir des  connaissances que nous possédons relativement aux nécroses névrotiques, et la localisation parfaitement symétrique des lésions décrites, et leur persistance sans modification notable, au dire du malade », il conclut à la possibilité que les plaies soient « pour partie le résultat d’un état morbide, pour partie artificielles ».

Les soupçons d’imposture sont tels que le Saint-Office tient Padre Pio pour un « phénomène de cirque » dont profiteraient ses frères capucins, par le biais d’une crédulité publique, pour attirer des pèlerins et recueillir des fonds considérables. Outre les supposées malversations financières dont sont suspectés les capucins, Padre Pio est accusé d’être l’allié des fascistes qu’il bénit alors que les affrontements entre communistes, socialistes et fascistes lors des élections municipales à San Giovanni Rotondo le 14 octobre 1920 provoquent la mort de onze « rouges » par un commando proto-fasciste. À la suite de ces événements, le dirigeant fasciste local Giuseppe Caradonna apporte son soutien à Padre Pio et les éditions de son parti éditent les premiers ouvrages sur le saint.

Le Saint-Office, considérant parfois comme de véritables charlatans les saints vivants stigmatisés (ces superstitions pouvant se retourner contre la foi), rend publique sa méfiance théologique : le 31 mai 1923, il émet un décret exhortant les fidèles à ne pas croire aux faits surnaturels liés à la vie de Padre Pio et à ne pas aller à San Giovanni Rotondo ; le 5 juillet 1923, les Acta Apostolicae Sedis écrivent « les témoignages actuels ne prouvent pas que les stigmates, les bilocations présumées puissent être tenues à coup sûr pour miraculeuses » et L’Osservatore Romano déclare Padre Pio imposteur de mauvaise foi.

De 1924 à 1928, trois visiteurs apostoliques viendront enquêter auprès du Padre Pio. Des médecins et des psychiatres l’examinent, craignant des manifestations hystériques. Il est pourtant déclaré sain et sincère.

Il est dès lors très critiqué, non du fait de son état, mais à cause des débordements des fidèles; il est aussi mis en cause par sa hiérarchie qui voit dans sa popularité une menace et une dérive, et l’oblige le 23 mai 1931 à cesser toute activité publique, devant désormais célébrer la messe dans la chapelle intérieure du couvent. Des témoignages persistent cependant concernant des phénomènes surnaturels, notamment des fragrances insolites seraient projetées à distance, en plus de l’odeur de sainteté qui l’accompagnait habituellement : « […] il est fréquemment arrivé que des personnes […] auraient senti ce mystérieux parfum, à des distances énormes du couvent où se trouvait Padre Pio […] »

Souvent, dans des confessions, il rappelait lui-même aux pénitents des fautes qu’ils auraient oubliées.

Durant toute sa vie, il aurait subi presque quotidiennement les attaques physiques et morales de Satan, qu’il surnomme « Barbe-bleue » ainsi que des « cosaques », les démons. Ceux-ci seraient venus le rouer de coups à la nuit tombée, faisant tant de bruit dans le monastère que certains moines, terrifiés, auraient demandé leur mutation.

Dès cette époque, le Padre Pio est considéré par la ferveur populaire comme un grand saint thaumaturge du XXe siècle, ayant accompli une multitude de miracles de guérison instantanée en présence de nombreux témoins11. On lui prête également le don de bilocation (apparition simultanée en deux endroits)11 , en plus de phénomènes particuliers telle l’hyperthermie (température très élevée du corps, au-delà de 48°) ou l’inédie (abstention prolongée de nourriture ou de boisson au-delà de deux mois), ou bien la connaissance de langues qui lui étaient étrangères28. La lévitation, bien que relayée par la rumeur, ne reçoit que le seul témoignage du Padre lui-même.

Des amis de Padre Pio tentent dès lors de lever l’interdiction du Saint-Office en dénonçant ses calomniateurs et les ecclésiastiques corrompus30. Ainsi son ami Emanuele Brunatto menace le Saint-Office de publier Les Antéchrists dans l’Église du Christ mettant en cause ces ecclésiastiques, menace qu’il met à exécution en 1933. Puis il construit les archétypes de la sainteté de Padre Pio dans différents ouvrages. Il s’installe en France en 1931. Tout en multipliant les dons aux plus démunis et aux œuvres caritatives (en particulier création de « la boisson chaude », une soupe populaire), il s’enrichit suffisamment pour financer la Casa Sollievo della Sofferenza, hôpital privé de San Giovanni Rotondo fondé par Padre Pio à hauteur de 3 500 000 F (de 1941). Suspecté de s’être enrichi grâce au marché noir durant l’Occupation, Brunatto sera condamné à mort par contumace en 1948 avant d’être entièrement blanchi par un nouveau procès en 1951.

Le 14 juillet 1933 le Saint-Office autorise de nouveau le Padre Pio à célébrer des messes publiques et à entendre des confessions.

Le 10 janvier 1940, il ébauche les plans pour une Casa Sollievo della Sofferenza « Maison pour soulager la souffrance ». L’hôpital ouvre en 1944, mais l’inauguration officielle n’a lieu que le 5 mai 1956. À la même époque, le Padre Pio fonde des Groupes de prière afin de guérir et soulager les âmes.

Dès 1947, des mesures sont à nouveau prises à San Giovanni Rotondo à la suite de la visite du père général de l’ordre des Capucins, qui constate un certain désordre liturgique à cause de la piété excessive de certains fidèles. En 1947, le jeune père Karol Wojtyla lui rendit visite.

À partir des années 1950 un immense scandale financier secoue le monde catholique italien. Des fonds ont été détournés à des profits personnels et d’autres ont été placés à perte dans les magouilles du banquier Giuffré : les Capucins, comme beaucoup d’autres, sont en faillite. Padre Pio n’est pas mis en cause personnellement dans cette affaire et même il est relevé de ses vœux de pauvreté, afin d’avoir toute liberté de gérer les fonds de ses fidèles pour la Casa Sollievo della Sofferenza. Il devait alors subir maintes brimades et persécutions de ses pairs qui tentaient de s’approprier son « trésor ».

En avril 1960, le pape Jean XXIII apprend que des microphones ont été installés autour du stigmatisé dans le couvent et dans son confessionnal. Le souverain pontife ordonne une enquête plus approfondie sur Padre Pio, en envoyant Mgr Carlo Maccari, chef du second bureau du vicariat de Rome. Du 30 juillet au 2 octobre 1960, ce visiteur apostolique examine les troubles et constate une dévotion excessive amenant un commerce d’objets touchant Padre Pio, tels que des morceaux de tissus prétendument imbibés du sang des stigmates. À la suite de cette visite, le Saint-Office entreprend de limiter les apparitions publiques du Padre Pio qui a acquis une renommée en tant qu’ouvrier de miracles, œuvrant jusqu’à 19 heures par jour au sein de son église. En novembre 1961, le supérieur de l’ordre demande à Padre Pio de restituer les fonds des fidèles afin de renflouer les caisses, ce qu’il fit.

En 1962, l’archevêque de Cracovie, Mgr Karol Wojtyla, le futur pape Jean-Paul II, écrit une lettre en latin au Padre Pio, lui demandant de prier pour une mère de quatre enfants atteinte d’un cancer, Wanda Poltawska. Le Padre Pio répondit qu’il ne pouvait refuser : quatre jours plus tard, on l’aurait considérée guérie.

Ce n’est qu’à la demande expresse du pape Paul VI qu’il est à nouveau pleinement autorisé à effectuer son office sans restriction, à partir du 30 janvier 1964.

Le 7 juillet 1968, le Padre Pio est victime d’une attaque. Le 22 septembre 1968, il célèbre la messe solennelle du cinquantenaire de ses stigmates qu’il exprime ainsi :

« Cinquante ans de vie religieuse, cinquante ans cloué à la croix, cinquante ans de feu dévorant pour toi, Seigneur, pour les êtres que tu as rachetés. » .

Le soir même il reçoit l’extrême onction et s’éteint quelques heures plus tard, à 2h30 le matin du 23 septembre 1968.

Selon Yves Chiron, « Lors des funérailles, alors que le corps de Padre Pio reposait dans la crypte, la foule de fervents réunis au-dehors chanta des cantiques particulièrement aimés du religieux. Soudain, on entendit des exclamations de joie : le Padre Pio apparaissait, souriant, le visage tourné vers la gauche, sur la vitre de ce qui avait été sa cellule ! On voyait nettement sa bure, jusqu’au ventre, et la cordelière, tels que je les avais vus. Aux cris de « Miracolo ! » de la foule, le père gardien du couvent dépêcha un moine sur les lieux. Et ce dernier revint avec l’information incroyable : le Padre serait apparu sur la vitre. Alors, pour donner une bonne leçon de réalisme à tous ceux qu’il pouvait considérer comme des exaltés et des fanatiques, il donna l’ordre d’ouvrir la fenêtre de la cellule du Padre et de tendre un drap blanc. Eh bien ! après un « Ah » de déception de la foule, retentirent soudain des « Oh ! Oh ! » joyeux et amusés : par un phénomène d’hallucination collective l'”image vivante” du Padre serait apparue à la fois sur toutes les vitres de cette façade du couvent de Sainte-Marie-des-Grâces. » Selon certains auteurs lors de son enterrement une odeur agréable aurait été présente, considérée comme étant « l’odeur de sainteté ».

Source : Wikipédia.

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