Menelik II, roi d’Ethiopie.

Menelik II (en ge’ez : ዳግማዊ ምኒልክ, dagmawi Menilek (17 août 1844 – 12 décembre 1913), né sous le nom de Sahle Maryam (en ge’ez : ሳህለ ማርያም), est prince, negus du Choa, puis roi des rois (negusse negest) d’Éthiopie. Il est également connu sous son nom de cavalier Abba Dagnew (ge’ez : አባ ዳኘው).

Le règne de Menelik II est essentiellement marqué par une politique de modernisation intérieure et d’extension territoriale de l’empire éthiopien donnant au pays sa forme contemporaine. Dans un contexte de menaces par des puissances étrangères, celles-ci visent à constituer un glacis de  protection autour des hauts plateaux face au colonialisme. À cet égard, il est notamment connu à l’étranger pour avoir mené les troupes éthiopiennes à la bataille d’Adoua repoussant la pénétration italienne.

Attaché aux traditions éthiopiennes et intéressé par les technologies occidentales, il adopte une série de réformes économiques, politiques et sociales afin de préparer l’Éthiopie au nouveau siècle. Les premières écoles publiques et les premiers hôpitaux sont construits, des produits européens apparaissent dans la nouvelle capitale Addis-Abeba qu’il fonde en 1886 et le pays se dote d’un chemin de fer.

Héritier du negus du Choa, Menelik est fait prisonnier et est emmené à l’âge de douze ans à la forteresse de Magdala où il grandit à la cour de Tewodros II ; il s’enfuit à 21 ans pour retourner dans son royaume natal où il est couronné negus l’année suivante. À la suite du décès de Tewodros II en 1868, Menelik décide d’entreprendre une longue marche vers le trône impérial. Il refuse ainsi de reconnaître le negusse negest Tekle Giyorgis II comme légitime et s’attelle à renverser son successeur Yohannes IV, mais celui-ci le contraint à se soumettre en 1878. Limité au contrôle du Choa, Menelik agrandit son royaume et crée une véritable force armée moderne capable de soutenir ses projets impériaux. Il noue des contacts avec des Européens afin d’importer un matériel militaire performant, une supériorité technologique facilitant les premières campagnes lancées en 1879. Dix années lui suffisent pour repousser les limites du Choa aussi loin que l’Arsi, le Kaffa, le pays Welayta et la ville de Harer ; il remporte notamment les batailles d’Embabo et Chelenqo.

À la suite du décès de Yohannes IV à la bataille de Metemma et après quelques mois de confrontation avec Mengesha Yohannes, Menelik II, grâce au soutien de la noblesse éthiopienne, se fait couronner negusse negest le 3 novembre 1889. Pendant le début de son règne, il poursuit les campagnes d’expansion territoriale qui ne prennent fin qu’en 1900. Ses expéditions sont interrompues en 1895-1896, durant la Première Guerre italo-éthiopienne qui l’oppose à l’Italie. Celle-ci se termine le 1er mars 1896 avec la bataille d’Adoua qui, relatée dans la presse internationale, consacre sa stature internationale et fait de son empire le symbole du maintien d’une indépendance africaine face au colonialisme européen.

En 1909, Menelik II est frappé par une grave maladie et se retrouve hors d’état de gouverner. Le pouvoir passe progressivement entre les mains de son épouse, Taytu Betul. Il désigne son petit-fils, ledj Iyasu, comme successeur afin d’éviter un affrontement entre factions politiques. Menelik II décède dans la nuit du 12 au 13 décembre 1913.


Le prince Sahle Maryam naît le 19 août 1844 à Ankober, dans le Royaume du Shewa (Choa). Désigné comme héritier de la branche shewanne de la dynastie salomonide, il est le fils de Haile Melekot, negus du Shewa, et de Ijigayehu, qui aurait été une jeune femme travaillant pour Bezabesh, mère du souverain. Bezabesh apercevant l’employée du palais enceinte, elle interroge Haile qui reconnaît la relation qu’il a eu avec Ijigayehu, lui faisant ainsi espérer la possibilité que son fils donne naissance à un héritier.

À la naissance de Sahle Maryam, un mariage est célébré lors d’une cérémonie civile et Sahle Selassie, heureux d’apprendre cette nouvelle, décide de donner à son petit-fils le nom de Menelik, lui prophétisant un règne glorieux pendant lequel l’Empire éthiopien serait reconstitué,Note 3. Initialement, Haile Melekot refuse de reconnaître Menelik, mais Bezabesh intervient en le faisant légitimer par un conseil de parents qui conclut que la ressemblance entre le fils et le père est évidente. Une autre version indique que, lors de la naissance de Menelik, Haile Melekot s’est marié  temporairement avec la jeune femme afin de légitimer la naissance. L’enfant reçoit la même éducation que son père ; son tuteur est Ato Nadew, qui reste toute sa vie très proche de Menelik.

En octobre 1855, des combats opposent les forces du negusse negest Téwodros II à celles de Haile Melekot ; ce dernier se trouve à Debre Berhan qu’il fait évacuer et brûler. Afin de protéger son fils, il ordonne à un groupe de chefs loyaux shewans, parmi lesquels Darge Sahle Selassie, de fuir avec Menelik vers le plateau de Minjar, situé entre les rivières Awash et Kesem. Les troupes de Téwodros II font pression sur la position occupée par les Shewans et obtiennent l’abdication de Darge. En février 1856, le negusse negest annexe le Shewa à l’Empire. Menelik, alors âgé de 12 ans, Nadaw, Darge et d’autres chefs sont alors capturés et emmenés au palais de Téwodros à Maqdala.

À son arrivée à la cour, Menelik est reçu avec tous les honneurs dus à un prince ; Téwodros II le traite « comme un fils », les officiers se montrent respectueux et affichent une certaine admiration. Plus tard, lorsqu’il évoque cette captivité, il déclare : « Bien qu’il ait tué mon père et qu’il m’ait emmené à sa cour, il m’a toujours aimé comme un fils ; il m’éduquait avec la plus grande attention, et me montrait presque plus d’affection qu’envers son propre fils » ; toujours selon Menelik, Téwodros II lui a dit « plus qu’une fois… que je règnerais après lui ». À la cour, Menelik rencontre plusieurs personnalités avec lesquelles il entretient une longue amitié, en particulier Ledj Wale, membre de la famille Yejjou et frère de Taytu Betul.

L’éducation de Menelik est assurée par l’Église éthiopienne orthodoxe. En parallèle, il suit des cours de stratégie militaire et d’équitation. Sa proximité avec les hautes sphères de l’administration et du pouvoir lui permet d’acquérir une expérience politique dès son plus jeune âge. Il remarque probablement à cette époque certaines erreurs de Téwodros II, notamment ses relations tendues avec les musulmans qui provoquent une instabilité dans le Wello, région devenue ingouvernable. Il est également marqué par les politiques d’unification et de centralisation menées par Téwodros II ; plus tard, il lance une série de campagnes visant à constituer un vaste empire. Malgré ses désaccords avec la conduite des affaires, Menelik se montre serviable envers le negusse negest qui l’élève à la dignité de Dejazmatch et à qui il offre la main de la princesse Alitash.

En août 1866, Menelik arrive dans l’Est du Choa avec le noyau de sa nouvelle armée et se proclame Negus. Ato Bezabeh, alors souverain de la province, tente de trouver une alliance auprès de la reine du Wello, Worqitu, en lui disant qu’une fois au pouvoir, Menelik les ferait capturer pour les remettre à Téwodros II. Une confrontation a lieu entre Menelik et Bezabeh, lors de la bataille de Qewet, la plupart des soldats choisissent de se joindre au camp du premier et le second fuit vers Amba Afqara ; cette victoire rapporte à Menelik 1 000 mousquets auxquels s’ajoutent 1 000 armes à feu et 3 canons trouvés à Kebrat Amba. Lorsqu’il arrive à Ankober, il est accueilli par une population en liesse et un clergé heureux de sa venue. Bezabeh décide de demander pardon, sa requête, soutenue par des prêtres et d’influentes personnalités politiques21, est acceptée par Menelik qui lui offre le fief d’Abba Motti en échange de cette soumission.

Dès le début de son règne, Menelik se veut conciliateur et magnanime envers ses ennemis ; il travaille pacifiquement avec l’administration choanne déjà en fonction. Par la suite, même lorsqu’il accède au trône impérial, il privilégie toujours le dialogue afin d’éviter la guerre et les effusions de sang. La priorité est alors à la consolidation de son autorité en raison des menaces externes que représentent les offensives oromos toujours plus nombreuses. Au pouvoir, il abolit diverses réformes de Tewodros II, son attitude conciliatrice se retrouve dans sa tolérance religieuse envers les musulmans et les animistes.

Poussés tous deux par leurs ambitions impériales, Menelik entre  indirectement en conflit avec Kassa Mercha, futur empereur Yohannes IV ; or ce dernier a tiré profit de l’expédition de Napier puisqu’il dispose d’un avantage militaire considérable grâce aux armes offertes par les Britanniques en échange de l’aide qu’il leur a apportée. Après le couronnement illégal de Wagshum Gobaze à la mi-août 1868 sous le nom de Tekle Giyorgis II, Menelik revendique à son tour le titre de negusse negest ; un geste tout symbolique lui permettant d’exprimer des aspirations plutôt que d’affirmer une situation réelle.

La véritable lutte se joue pour l’instant entre Kassa et Tekle Giyorgis II qui recherche l’appui du negus du Choa et de son importante armée bien équipée44. Menelik comprend qu’un conflit entre les deux principaux prétendants pourrait les affaiblir voir amener à leur anéantissement et choisit de n’apporter aucun soutien au negusse negest. Celui-ci marche avec ses troupes vers le Choa, sans aucune volonté d’attaquer, il stationne dans le Wello et reçoit des lettres et présents de la part de Menelik. Bien que non satisfait de ces gestes, Tekle Giyorgis II quitte la province après avoir appris que Kassa marche vers le nord, il compte affronter la menace que ce dernier représente. Après deux batailles, le 21 juin 1871 et le 11 juillet 1871, Tekle Giyorgis est capturé et emprisonné ; Kassa sort grandement renforcé en hommes et en armes et, le 21 janvier 1872, il est couronné negusse negest à Aksoum sous le nom de Yohannes IV.

Pendant que les deux prétendants s’affrontent, Menelik ne reste pas inactif ; à la fin de l’année 1868, après la mort de Worqitu, il commence la pacification du Wello, la province tampon entre le Choa et le Tigré. Il fonde les ketemas (villes de garnison) stratégiques de Were Ilu et Enawari qui servent de bases à des offensives dans les zones toujours sous contrôle de la nouvelle reine Mestewat, jugée non fiable, et son fils Abba Wato. Pour le poste de gouverneur du Wello, Menelik apporte son soutien à un parent de Mestewat et Worqitu : Mahammad Ali, plus tard ras Mikael ; le negus du Choa obtient par ailleurs le soutien du Dejazmatch Wale qu’il nomme gouverneur du Yejju. L’influence politique de Menelik se rapproche du Tigré au nord. À la mi-novembre 1871, alors que Kassa et Tekle Giyorgis s’affrontent, Menelik se trouve à la frontière du Bégemder à la tête d’une armée constituée de soldats choans et du Wello ; il s’est déplacé afin de « profiter de toute éventualité ». Néanmoins, ses plans échouent en raison d’une rébellion de la reine Mestewat ; son fils, commandant dans l’armée de Menelik, quitte les rangs avec ses hommes et se dirige vers Magdala. Affaibli par ce retrait, Menelik retourne dans le Choa, dévaste par la suite le Wello mais ne parvient pas à déloger Abba Wato de Magdala.

À la suite de ces interventions, Menelik ne peut se permettre d’affronter Yohannes IV. Ce dernier a grandement bénéficié de sa victoire sur Tekle Giyorgis : il dispose de nouvelles armes et les soldats capturés sont intégrés à son armée. La priorité pour le nouveau negusse negest est la stabilisation du Bégemder et du Godjam ; le Choa ne constitue pas, pour l’instant, un élément essentiel pour Yohannes IV. Par ailleurs, Menelik dispose d’une bonne armée dont la cavalerie est le point fort. Néanmoins, le couronnement de Yohannes IV est une véritable preuve de l’échec des politiques et de la diplomatie de Menelik : il ne reçoit aucune aide militaire de la part des Britanniques, l’affrontement entre Yohannes IV et Tekle Giyorgis ne lui a rien apporté, pire encore, il a assisté à l’arrivée sur le trône d’un nouveau souverain. Bien qu’obligé de lutter contre un negusse negest légitime, les ambitions impériales de Menelik ne sont pas affectées. Il reçoit tout d’abord le ras Wolde Maryam, auparavant partisan de Yohannes IV, et l’envoie dans le Bégemder où il doit lever une armée et organiser une rébellion. Il se met également à participer à des festins qu’il prépare et où des nobles de la ville de Liche, des militaires et des membres du clergé sont invités ; des chefs viennent même du Godjam, de Gonder ou du Tigré. Un vaste festin a coûté, selon un officiel, plus de 15 000 thalers, une somme considérable pour l’époque. Menelik confie : « Kassa… a battu Tekle Giyorgis avec des canons ; je l’ai combattu avec des thalers, du tej et du brindo [viande crue], et je suis certain de le vaincre ».

Cependant, il sait que dîners et réceptions ne peuvent suffire et souhaite acquérir des armes au moins aussi performantes que celles de Yohannes IV ; pour cela, il doit accroître ses ressources financières. Le negus du Choa est riche en cheptel et terres, mais annuellement, le million de thalers disponible est utilisé pour le fonctionnement de l’administration et l’armée. Le difficile accès à la mer l’empêche de vendre les richesses du Sud-Ouest (dont le musc et l’ivoire). Le développement du commerce est largement freiné par les lois et coutumes archaïques du Royaume, il est difficile pour les marchands européens de faire des affaires face à une population et un clergé conservateurs. Dans ces conditions, une hausse des revenus commerciaux n’est pas envisagée comme une ressource suffisante afin de moderniser son armée.

À la suite du décès de Yohannes IV, le 10 mars 1889, la voie à la succession s’ouvre : le ras Mengesha Yohannes et Menelik sont les deux prétendants au trône impérial.

Le 3 novembre 1889, soutenu par la grande majorité de la noblesse  éthiopienne, Sahle Maryam est couronné Negusse negest d’Éthiopie sous le nom de Menelik II avec les titres de roi des rois d’Éthiopie, lion conquérant de la tribu de Juda, élu de Dieu. Il fait face à une querelle ancienne, mettant aux prises les branches du Shewa et de Gonder quant à la légitimité du pouvoir. Menelik justifie son couronnement en rappelant que sa propre branche descend de Salomon par la lignée masculine, alors que la branche de Gonder, celle de Yohannes IV, en descend par la lignée féminine. Les deux branches ont ainsi autant de droits à régner l’une que l’autre, bien que la lignée gonderienne eût été plus ancienne.

Menelik II, conscient de la portée de la victoire d’Adoua, sait que la seule force militaire ne peut protéger son empire. Ainsi, sans l’élaboration d’un véritable plan global, l’Éthiopie entre dans phase de modernisation, un bouleversement s’expliquant entre autres par l’intérêt du souverain pour les nouvelles technologies. Une partie de l’aristocratie impériale, représentée par Taytu Betul, accueille avec vigilance voire réticence l’arrivée massive des techniques occidentales. À l’inverse, une autre fraction de la noblesse, dont le ras Mekonnen Wolde Mikael, marqué par ses voyages en Europe en 1896 et en 1902, se montre bien plus ouverte à cette modernisation. Afin de ne point effrayer les conservateurs et par conviction personnelle, Menelik s’attelle à maintenir la culture éthiopienne et ses traditions.

Au niveau des transports et des communications, des routes (Addis-Abeba – Addis-Alem et Dire Dawa – Harer) ainsi que des ponts sont construits ; dans la capitale, les vélos, importés par Bentley et C. Halle, font leur apparition en décembre 1907 et les automobiles y sont introduites en janvier 1908 par A. Holtz. Le symbole par excellence reste le chemin de fer franco-éthiopien (aujourd’hui djibouto-éthiopien) dont la construction, débutée en 1897, se termine en 1917. Un système postal est fondé en 1893 et des bureaux de postes ouvrent l’année suivante. Le bureau central, tenu par des Français, développe le service urbain ; deux ans plus tard, l’Éthiopie adhère à l’Union postale universelle. Dans le domaine de l’éducation, on bâtit des écoles publiques : la première en 1906, une seconde en 1908 (école Menelik II d’Addis Abeba) enfin une troisième à Harer ; par ailleurs, en 1894, des étudiants partent à l’étranger pour la première fois, certains vont jusqu’en Russie. Au niveau sanitaire, on lance une campagne de vaccination contre la variole en 1898 ; on construit divers hôpitaux : celui de la Croix-Rouge russe (1897), l’hôpital Ras Mekonnen à Harer (1902) et l’hôpital Menelik II (1910).

La modernisation touche également le secteur économique : en 1892, on réorganise le régime des impôts. Le nouveau système de taxation (gebbar maderia), diffère qualitativement par les soldes aux armées, l’administration des revenus et l’approvisionnement des troupes, avec le système existant sous les règnes de ses prédécesseurs. Celui-ci est bien plus fortement centralisé, le taux de taxation est directement relié aux besoins militaires en se fondant sur une mesure des besoins d’un soldat ordinaire, et le soldat, devenu propriétaire devient directement responsable de son propre ravitaillement. Dès lors, les taxes foncières passent sous  l’administration directe des ras. Cette forme de taxation sécurise les soldes des armées et facilite une mobilisation accrue à la fois de la paysannerie et des Ras locaux. Le système contrôlé directement par l’État se révèle en outre beaucoup plus flexible (facilitant le transfert des ressources d’une région à l’autre), et permet une élévation considérable des revenus de l’Empire éthiopien. En 1894 est mise en place une forme de taxation universelle, la taxe Asrat, qui s’applique aussi bien aux nobles locaux qu’aux soldats et aux propriétaires.

L’ancien système monétaire, lié au thaler Marie-Thérèse d’Autriche, est remplacé par un nouveau, basé sur le thaler de Menelik, apparu en 1894 et frappé à Paris puis à Addis Abeba, à partir de 1897, où l’ingénieur autrichien Willy Henze y a installé une fabrique un an auparavant. En 1903, un institut d’émission produisant la monnaie est créé. Deux ans plus tard, en mars, la Bank of Abyssinia voit le jour ; rapidement, les Éthiopiens la surnomment yé ingliz bank (« la banque anglaise », en amharique), en référence aux capitaux anglais qui y opèrent par l’entremise de l’Égypte. La banque contrôle le système financier national et dès 1914, les premiers billets de banques sont imprimés.

En 1908, à la suite d’une réforme judiciaire, le pays est divisé en six districts, chacun maintenant un contact avec le Shewa et comprenant deux wember (juges) nommés par le negusse negest. Lors d’un désaccord entre deux juges, l’affaire est portée devant l’Afe negus, un juge suprême. En outre, la réforme prévoit la nomination par le tribunal de deux fonctionnaires chargés de rédiger et garder les minutes des actes de procédure (l’équivalent du greffier).

Enfin, au niveau politique, un Cabinet des ministres est instauré le 25 octobre 1907, son premier président est le Fitawrari Habte Giyorgis. Initialement symbolique, l’institution se trouve confrontée à un certain enracinement régional de la royauté, on considère toujours la cour d’Addis Abeba comme la cour du Shewa et non la cour nationale. Néanmoins, le Cabinet parvient à progressivement acquérir une vie propre. Plus généralement, d’autres éléments participent à cette période de modernisation : une presse écrite est fondée en 1911, des hôtels et des restaurants apparaissent dans la capitale qui devient une ville cosmopolite : des commerçants, des marchands, des manufacturiers et des aventuriers viennent de toute part (Arméniens, Yéménites, Grecs, Indiens, Français, etc.)

En 1906, deux évènements importants annoncent la fin du règne de Menelik : une première attaque d’apoplexie et la mort de Ras Mekonnen, décrit par Berhanou Abebe comme l’artisan de la diplomatie du negusse negest. Le décès de son cousin a grandement affecté Menelik qui a passé trois jours enfermé à pleurer cette perte. Ainsi, la création en 1907 du Cabinet des ministres répond à l’inquiétude de laisser l’Empire, défendu par les armes et la diplomatie, sans une institution capable de le gérer. Frappé à nouveau en mai 1908, la dernière attaque en avril 1909 met fin aux activités de Menelik, qui se retrouve paralysé et à peine capable de parler.

La question de la succession est suivie de près par l’épouse du souverain, Taytou, qui souhaite faire basculer le pouvoir impérial vers Gonder, sa région d’origine, et sa famille, celle des Yejjou. Le 18 mai 1909, lors de la proclamation du testament de Menelik, Iyassou est désigné héritier présomptif, un geste censé calmer les diverses factions s’affrontant96. Toutefois, au dernier instant, Taytou parvient à faire modifier le testament pour que l’héritier soit désigné par le mot ledjé (« mon enfant », en amharique) de façon à entretenir l’ambiguïté entre Iyassou, petit-fils de Menelik, et Zaouditou I, fille du souverain. L’objectif de Taytou est d’écarter Iyassou du pouvoir, en effet celui-ci est le fils de Ras Mikaél, gouverneur du Wello, et elle craint que l’arrivée au pouvoir du jeune ledj ne renforce cette province au détriment du Nord de l’Empire. Zaoditou, quant à elle, est l’épouse de Gougsa Welé, neveu de Taytou, elle espère donc que le fils éventuel du nouveau couple impérial puisse rapidement arriver au trône afin de rétablir la dynastie des Yedjous.

Le 30 octobre 1909, le Conseil des ministres fait proclamer le testament en y intégrant le nom de Iyassou et en désignant Ras Bitwoded Tessema Nadew comme régent98. Le pouvoir reste de facto entre les mains de Taytou, au chevet de Menelik ; pour se débarrasser de son influence, les vétérans de l’armée du negusse negest se réunissent le 21 mars 1910 et décident de donner deux choix à l’épouse du souverain : la relégation dans l’enceinte de l’église d’Entoto ou le droit de rester auprès de Menelik sans s’occuper des affaires politiques98. Une semaine plus tard, elle accepte la deuxième solution. En mars 1910, le pouvoir a officiellement quitté les mains de Menelik pour être exercé par Tessema Nadew jusqu’à son décès le 10 avril 1911.

Pendant ce temps, l’état de santé de Menelik empire ; les hauts dignitaires se sont inquiétés le 2 septembre 1910, lorsqu’il est resté près de quatre heures totalement inconscient. La régence ne se déroule pas comme prévu et après le décès de Tessema, Iyassou apparaît comme l’unique héritier potentiel. De 1910 à 1913, la mort du souverain est annoncée à plusieurs reprises, à chaque fois à tort ; c’est au cours de la nuit du 12 au 13 décembre 1913 que Menelik II décède. Il repose aujourd’hui dans un mausolée à Addis-Abeba, au palais Ménélik.

Source : Wikipédia.

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