Louise de Bettignies, agent secret et résistante.

Louise Marie Henriette Jeanne de Bettignies, née le 15 juillet 1880 à Saint-Amand-les-Eaux, morte le 27 septembre 1918 à Cologne, est un agent secret français qui espionna, sous le pseudonyme d’Alice Dubois, pour le compte de l’armée britannique durant la Première Guerre mondiale.


Le 1er août 1914, Adolphe Messimy, ministre de la Guerre, supprima, avec l’aval de René Viviani, président du Conseil, le poste de gouverneur de Lille. Lille est donc déclarée « ville ouverte » (ses fortifications ont été déclassées dès 1910) et l’État-major a évacué le 24 août. (Il avait outrepassé ses droits, car le déclassement aurait dû être promulgué par une loi).

Le 22 août, après que des patrouilles allemandes aient été aperçues dans les parages de Lille, le général Percin fit installer un canon de 75 devant chaque pont-levis de la citadelle. Cette initiative provoqua le courroux du maire Charles Delesalle et des tenants de la non-défense. Face à ce lever de bouclier, Percin battit en retraite. Derrière le dos du préfet, les partisans de la non-défense multipliaient les initiatives dans le but de désarmer la ville. Le 24 août, l’État-major évacua Lille.

Durant cette période trouble, le gouvernement céda à la peur. Il ordonna au préfet Félix Trepont de se replier avec les services administratifs et postaux à Dunkerque. Puis quelques jours plus tard, un contre-ordre. À son retour, le préfet découvrit les bureaux des édifices militaires ouverts à tous vents et le matériel laissé à l’abandon. le 27 août, Trepont demanda à Jean Vandenbosch, industriel, de transporter tout le matériel militaire vers Dunkerque. Le transport dura 21 jours, et 278 trains furent nécessaires.

Le 2 septembre, les Allemands pénétrèrent dans la ville, puis repartirent après avoir extorqué une rançon. Ils recommencèrent à plusieurs reprises. Le 4 octobre, un détachement Wahnschaffe buta sur le bataillon de chasseurs à pied, en repos dans la ville. Décontenancés, ils battirent en retraite, en incendiant quelques maisons du faubourg de Fives.

Lille était envahie par une foule de réfugiés. Jusqu’au 9 octobre, ce fut la confusion aussi bien dans les rang préfectoraux, que dans la ville.

Louise de Bettignies, carte maximum, Saint-Amand-les-eaux, 28/09/2018.

Le 9 octobre, le commandant Felix de Pardieu et ses territoriaux reçurent l’ordre de retraiter dans la région de Neuve-Chapelle, laissant Lille sans défenseur. Foch, arrivé dans la nuit du 4 au 5 octobre, prévenu par le préfet, renvoya le commandant de Pardieu vers Lille, sous la protection du 20e régiment de chasseurs à cheval. Retardé par la cohue, le convoi de munitions fut attaqué par un détachement du général von Marwitz. Las d’attendre le déclenchement de l’offensive anglaise, Foch dépêcha le corps de cavalerie du commandant Conneau vers Lille.

Sur le coup de midi, le 12 octobre, les Lillois entendirent la canonnade qui se rapprochait. Le corps Conneau, engagé dans une fameuse bataille, n’insista pas, croyant que Lille avait succombé. Encerclant la ville, les Allemands devaient être entre 50 et 80 000 hommes, face une troupe hétéroclite de 2 795 hommes, composé de chasseurs, de goumiers et, surtout, de territoriaux, armés d’une batterie d’artillerie, disposant de trois canons de 75 avec peu de munitions.

Avant la fin du mois d’août, Louise quitta Wissant pour Saint-Omer. De là, elle rentra à Lille prenant prétexte de rejoindre sa sœur Germaine dont le mari, Maurice Houzet, était mobilisé.

Louise et Germaine vivent ensemble au 166, rue d’Isly alors que leur mère s’est réfugiée à Boulogne. Leur amie, Germaine Féron-Vrau (1869-1927)11, responsable départementale de la Ligue patriotique des Françaises et fondatrice de l’hôpital de la Croix-Rouge les recrute toutes deux comme infirmières.

Du 4 au 13 octobre 1914, en faisant tourner l’unique canon dont les troupes lilloises disposaient, les défenseurs réussirent à duper l’ennemi et à lui tenir tête plusieurs jours, sous les intenses bombardements qui détruisent plus de 2 200 immeubles et maisons, en particulier dans le quartier de la Gare. Louise de Bettignies est alors âgée de 34 ans. Traversant les ruines de Lille, elle assure la navette (munitions et aliments) avec les soldats qui tiraient encore sur les assiégeants. Dans les hôpitaux de fortune, elle écrit les lettres en allemand dictées par les mourants allemands pour leur famille.

Lilloise depuis 1903, elle décide, dès l’invasion allemande de la ville en octobre 1914, de s’engager dans la résistance et l’espionnage. Sous le pseudonyme d’Alice Dubois, employée d’une société d’import-export en France libre, Mgr Charost, évêque du diocèse de Lille, lui demande d’emporter vers la France libre le tout premier courrier de Lille. Elle fait un stage à Folkestone où elle s’initie en quelques jours au rudiment de l’espionnage. Polyglotte (français-anglais-allemand-italien), elle dirige depuis son domicile de Lille un vaste réseau de renseignements dans le Nord de la France pour le compte de l’armée britannique et de l’Intelligence Service. Avec son amie et bras droit Léonie Vanhoutte, elle centralise des informations sur les opérations de l’armée allemande qui, via la Dame blanche, réseau de renseignements de Walthère Dewé constitué en Belgique, sont transmises aux Britanniques par les Pays-Bas restés neutres. On estime qu’elle sauve la vie de plus d’un millier de soldats britanniques pendant les 9 mois de sa pleine activité (janvier à septembre 1915).

Son réseau, le réseau Alice17,18 d’une centaine de personnes signala le jour et l’heure de passage à Lille du train impérial transportant le Kaiser Guillaume II en visite secrète sur le front. Lors de l’approche de Lille, deux avions anglais surgirent et bombardèrent le train, mais manquèrent leur cible. Le commandement allemand ne comprenait pas la situation unique de ces quarante kilomètres de front « maudits » (tenus par les Anglais) sur près de sept cents kilomètres de front. L’un des derniers messages de Louise de Bettignies fut d’annoncer la préparation d’une gigantesque attaque allemande pour début 1916 sur Verdun. L’information fut relayée au commandement français, mais celui-ci refusa d’y croire.

Louise de Bettignies est arrêtée par les Allemands le 20 octobre 1915 près de Tournai et condamnée à mort le 16 mars 1916 à Bruxelles, puis sa peine est commuée en travaux forcés à perpétuité par Moritz von Bissing. Détenue pendant 3 ans dans la Forteresse de Siegburg, elle meurt le 27 septembre 1918, des suites d’une mise à l’isolement dans un cachot noir et humide, d’une absence de soins volontairement décidée par Herr Dürr, ancien officier prussien réformé et directeur de la forteresse, et d’un transfert trop tardif à l’hôpital Sainte-Marie de Cologne où elle s’éteint à la suite d’un abcès pleural mal opéré.

Sa dépouille est rapatriée le 21 février 1920 et, le 16 mars 1920, une cérémonie funéraire est organisée à Lille au cours de laquelle elle reçoit à titre posthume la croix de la Légion d’honneur, la Croix de guerre 1914-1918 avec palme, la médaille militaire anglaise et est faite officier de l’ordre de l’Empire britannique. Son corps est inhumé au cimetière de Saint-Amand-les-Eaux.

Le 20 octobre 1915, Louise de Bettignies se rend à Bruxelles. Au poste de Froyennes, près de Tournai, elle doit prendre le train. Ce jour-là, la garde allemande fouille toutes les femmes dans une salle du « Café du Canon d’or ». Le cocher passe sans encombre avec le courrier caché dans la banquette. Une jeune fille, embarquée en route, est rudoyée une fois dévêtue. Louise dégrafe sa robe dans le dos et fait glisser sa chevalière sous laquelle elle cachait par habitude le pli enroulé. Elle comprend que la dissimulation ne sera pas possible et l’avale à l’insu des contrôleuses. Malheureusement, un soldat qui s’essuie les mains derrière la porte vitrée d’une autre salle réalise le geste et donne l’alerte. Se refusant à absorber un vomitif, Louise de Bettignies reçoit un violent coup de crosse à la poitrine dont la lésion serait à l’origine de sa mort, trois années plus tard. On l’enferme à la prison de Tournai.

Après la guerre, plusieurs proches de Louise de Bettignies avaient exprimé des suspicions concernant les causes réelles de son arrestation. Ceci basé sur 2 événements ayant eu lieu en août/septembre 1915. D’une part, la confidence faite par Louise lors de son dernier retour de Douvres quand elle signalait une demande contradictoire de son officier traitant anglais exigeant qu’elle se fasse faire une nouvelle tenue habillée, dépense parfaitement inutile pour son travail qui consistait à passer pour une pauvre petite femme inoffensive. D’autre part, le témoignage de son adjointe Marie-Léonie Vanhoutte (ou son nom de code Charlotte Lameron), après la guerre, qui avait été surprise, lors de son séjour en prison en septembre 1915, de voir venir un officier allemand pour lui présenter une photo de Louise habillée en tenue de ville. Cette tenue était-elle celle de Douvres et dans ce cas comment la photo avait elle été remise à cet officier ? À ce sujet, 3 conférences historiques ont été données par un chercheur régional défendant la thèse d’une opération d’intoxication des services allemands par les services britanniques et qui expliquerait la concomitance des 3 arrestations en septembre/octobre 1915 (Léonie Vanhoute, Louise de Bettignies, Edith Cavell). Les services allemands auraient bénéficié d’ informations secrètes les mettant sur les bonnes pistes. Celles-ci venant des services anglais afin de couvrir une autre opération en cours.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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