Louis Lazare Hoche, Général français.

Louis Lazare Hoche, né le 24 juin 1768 à Montreuil près de Versailles et mort le 19 septembre 1797 à Wetzlar (Hesse), est un général français de la Révolution.

Autodidacte, passionné d’art militaire, fort, courageux et réfléchi, bel homme plaisant aux femmes, amant comme tant d’autres de Joséphine de Beauharnais, marié à Adélaïde Dechaux, jolie Thionvilloise qu’il laissera veuve à vingt ans, pacificateur de la Vendée, le vainqueur au Geisberg meurt phtisique en 1797.


1768. La France vit les dernières années du règne de Louis XV. Versailles, capitale de la monarchie absolue, donne le ton à toutes les cours d’Europe.

Une maison aisée dont on peut admirer la belle façade au 18, route de Satory.

Louis Hoche, quarante ans, ancien soldat, devenu palefrenier du roi, et sa femme, Anne Merlière, une couturière de vingt-cinq ans, y sont installés. Louis Lazare naît le 26 juin. À la mort de sa mère cinq ans plus tard, le jeune Lazare est élevé, tantôt à Saint-Germain, tantôt dans le quartier Notre-Dame, par sa tante qui y tient un magasin d’alimentation.

À l’école des frères, Lazare, toujours premier de sa classe, se fait remarquer par le curé de Saint-Germain. Il le prend parmi les enfants de chœur et lui enseigne le latin. En 1782, son père le place à quatorze ans comme aide-palefrenier aux écuries de la reine. Engagé dans un corps d’élite, les gardes-françaises, qui font partie de la maison du roi. Brillante recrue, il ne dédaigne point les sorties au cabaret, le commerce des filles, le duel et les bagarres où sa force fait merveille. Hoche se distingue cependant par sa passion d’apprendre. Dans ses moments de liberté, il dévore les livres, en particulier Voltaire et Rousseau. Pour augmenter sa maigre solde et acheter des livres, il travaille chez un maraîcher et manie l’aiguille ! Il tient commerce au café Cuisinier, au bas de la rue de La Harpe, y livre des bonnets pour les officiers, des vestes pour les civils. Roturier, la carrière d’officier lui est barrée. Il est nommé grenadier fin 1785, caporal puis sergent en 1789.

Crise de la société, crise des institutions, idéologie des Lumières, lentement mais sûrement les idées démocratiques font leur chemin, y compris dans les casernes… Le 28 juin, la monarchie s’affronte au tiers état lors des États généraux. Alors que se concentrent autour de Paris 20 000 hommes, surtout des régiments étrangers, les munitions sont distribuées aux gardes-françaises. Ceux-ci jettent leurs fusils à terre et courent au jardin du Palais royal. La désobéissance vaut à onze d’entre eux d’être conduits, la nuit, à la sinistre prison de l’Abbaye, d’où le peuple de Paris, venu en masse le 30 juin, les délivre. Hussards et dragons venus pour rétablir l’ordre fraternisent. L’armée passe au peuple. Le 14 juillet, deux compagnies des gardes-françaises participent à la prise de la Bastille. L’unité dans laquelle sert Hoche est donc au premier rang de la Révolution en armes.

Le 5 octobre, le sergent Hoche fait partie des troupes dirigées par La Fayette, commandant en chef de la garde nationale, à la suite du cortège de femmes et de manifestants qui ramènent à Paris « le boulanger, la boulangère et le petit mitron ».

Lazare Hoche, carte maximum, 2/11/1950.

Fin 1791, une coalition menace la France révolutionnaire. Jusqu’au bout, Robespierre se dresse contre le parti de la guerre qui rassemble la Cour et les Girondins désireux d’en terminer avec le processus révolutionnaire. Mais le 20 avril 1792, Brissot fait voter la guerre à l’Autriche.

La France a la prééminence militaire en Europe, grâce à l’artillerie de Gribeauval, au fusil modèle 1777. Ils contribueront aux victoires de la Révolution et de l’Empire. Pour autant, lorsque s’ouvrent les hostilités, l’armée est en pitoyable état.

Hoche, promu lieutenant, sert à Thionville. Les armées coalisées du duc de Brunswick se présentent devant Longwy, qui capitule le 20 août, puis investissent Verdun qui se rend. Seule la place fortifiée de Thionville résiste. Le lieutenant, puis capitaine Hoche en est l’un des plus ardents défenseurs. Les coalisées sont arrêtées à Valmy, le 19 septembre. La patrie en danger a su trouver en elle le ressort nécessaire, alliant l’ardeur des volontaires de l’an II et l’expérience des soldats de la ligne. Goethe, qui participe à l’expédition des coalisées, note la sympathie des paysans pour la Révolution et, au soir de la retraite, déclare à ses compagnons d’infortune : « De ce lieu et de ce jour date une nouvelle époque de l’histoire du monde, et vous pourrez dire que vous y étiez. »

La coalition fait retraite et lève le blocus de Thionville où le capitaine Hoche a fait reconnaître sa valeur.

1793, la guerre s’étend, le péril est grand. Levée en masse, amalgame. Affecté à l’armée des Ardennes, Hoche y rencontre le général Le Veneur, ex-marquis et lieutenant général de l’ancienne armée. Il sera le mentor du jeune chef, à son côté dans la prise de la citadelle de Namur. Hoche délivre brillamment Dunkerque du siège mené par les Britanniques.

En octobre 1793, Il prend la tête de l’armée de la Moselle, puis des armées réunies du Rhin et de la Moselle. Il connaît l’échec à Kaiserlautern fin octobre, mais bat les Autrichiens à Woerth le 23 décembre, débloque Landau et dégage l’Alsace. Au cours de la campagne, il a constamment pris l’offensive, allégeant son infanterie et bivouaquant sur les positions de la bataille du lendemain. Les officiers prussiens sont surpris de la rapidité des déplacements de leur adversaire, et Mallet du Pan a pu écrire : « Cest de la campagne de Hoche que date la guerre moderne. » Hoche, pour sa part, résumait sa doctrine : « Les Français doivent faire la guerre d’une manière leste et révolutionnaire. »

Un temps proche de Marat, souvent imprudent en politique, il est tout à la fois suspecté d’hébertisme et victime de la jalousie de Pichegru, qui trahira bientôt la Révolution. Saint-Just, représentant aux armées, manquant de discernement, le fait arrêter le 1er avril 1794. Emprisonné aux Carmes, puis à la Conciergerie, il écrit :

« Il est certain que la liberté pourrait souffrir d’un général trop aimé des soldats qu’il commande, si cet homme était ambitieux. Mais moi, à qui puis-je nuire ? J’ai toujours fait le bien. Eh ? Qui pourrait me soupçonner ? »

Échappant à la guillotine, il est libéré après le 9 Thermidor : « Je suis libre, Adélaïde ! Rendons grâce au ciel. Je m’en vais à Thionville à pied, comme il convient à un républicain. »

Nommé par Carnot en août 1794 à la tête des armées de Vendée, il les trouve désorganisées, inadaptées à la guérilla. Les exactions des deux camps accablent la population. Hoche restaure la discipline et, s’adressant à ses officiers : « Habituez-les à la fatigue, au feu, à la victoire et surtout à respecter l’innocent habitant des campagnes. Que jamais on ne puisse vous reprocher un acte arbitraire, une vexation. »

La pacification devient l’objectif majeur. Le jeune général adopte des méthodes inédites, distinguant les chefs de l’insurrection, leur idéologie contre-révolutionnaire, et le désir des paysans de maintenir leurs habitudes sociales et religieuses. Il propose l’amnistie et consent à la liberté du culte. En revanche, il mène une guerre sans concession contre les insurgés.

Il met sur pied des unités mobiles, se déplaçant rapidement de jour comme de nuit. Parallèlement, il s’attache à calmer les esprits des Bleus et des Blancs : « Cessez Français de croire que vos frères veulent votre perte. »

Rouget de Lisle, qui le voit à son quartier général, le décrit : « Je ne me lassais pas d’admirer son imposante stature, son air guerrier quoique sans forfanterie. J’admirais sa simplicité, l’heureux accord de ses paroles et de ses manières, du son de sa voix avec ses expressions. Tout en lui révélait un homme supérieur. »

En juin 1795, il repousse le débarquement anglais de Quiberon. L’insurrection est défaite. La population aspire désormais à la paix. Les chefs principaux des Vendéens sont capturés et fusillés. Le 15 juillet 1796, le Directoire proclame la Vendée pacifiée grâce à l’action de Lazare Hoche, qui reçoit les honneurs de la patrie.

Chargé d’opérer un débarquement en Irlande en décembre, Hoche échoue, la flotte ayant été dispersée par la tempête.

En février 1797, il prend le commandement de l’armée de Sambre-et-Meuse, franchit le Rhin, bat les – Autrichiens à Neuwied et capture 8 000 prisonniers.

Refusant pour raison d’âge le ministère de la Guerre en juillet, appelé par le Directoire à écraser l’opposition, Hoche s’abstient in extremis. C’est donc Augereau, revenu d’Italie, qui fait occuper Paris et réalise « le coup d’État du 18 Fructidor. »

Revenu à son quartier général de Wetzlar en Allemagne, gravement affaibli depuis des semaines, Lazare Hoche meurt d’une crise aiguë de tuberculose à vingt-neuf ans, le 19 septembre, à quatre heures du matin.

Il laisse à la postérité la figure exemplaire d’un général né du peuple, « allant chercher dans sa giberne son bâton de maréchal », par son intelligence, sa maturité, son travail et son courage. Un général qui exalte l’idéal républicain, flétrit tout à la fois les excès de la terreur, la réaction royaliste et la dictature bonapartiste.

De Gaulle écrit : « La mort de Hoche marquait la fin de l’ère militaire qui l’avait vu s’élever, comme si le destin du jeune général s’identifiait avec l’armée révolutionnaire. » Belle épitaphe.

Source : L’humanité.

Désolé, mais la copie des textes et des images n'est pas autorisée.