Louis-Auguste Blanqui, homme politique français.

Inlassable agitateur révolutionnaire 
de la monarchie à la IIIe République, 
Auguste Blanqui, dit l’Enfermé, a passé 
la moitié de sa vie en prison. Pour Jules Vallès, 
il est le « mathématicien froid de la révolte ».

L’ombre de Blanqui plane sur la 
Commune. Si son nom est celui de ceux qui n’en ont pas et représente un grand danger pour les versaillais, il en est le grand absent. Il est emprisonné le 17 mars 1871, la veille de l’insurrection. Il est alors en fuite, loin de Paris, malade, recherché pour sa participation aux émeutes du 31 octobre 1870 à Paris. Thiers se réjouit à l’annonce de son arrestation à Loulié (Lot) : « Enfin, nous tenons le plus scélérat de tous ! » Le lendemain Blanqui est conduit à l’hôpital de Figeac, le jour même où la Commune de Paris est proclamée. Il est transféré à la prison de Cahors, mis au secret au fort du Taureau, dans la baie de Morlaix (où il écrit le seul livre publié de son vivant, l’Éternité par les astres. Hypothèse astronomique), puis condamné à la perpétuité, avant d’être incarcéré à Clairvaux, sa dernière prison. Il n’a probablement rien su de la Semaine sanglante.

Blanqui est reconnu par ses partisans comme la référence obligée de la Commune, plus tard par Karl Marx comme « la tête et le cœur du parti prolétaire en France » et un chef qui manquera aux communards, encore plus tard, par l’historien Maurice Dommanget, comme « l’un des ancêtres du communisme révolutionnaire ». Blanqui, le baroudeur intrépide que l’histoire révèle pour l’audace de ses conspirations, fait peur à ses adversaires, même à son propre camp, notamment à Barbès, l’ancien frère d’armes devenu l’ennemi irréconciliable. Pour Jules Vallès, dans l’Insurgé, il est « le mathématicien froid de la révolte et des représailles, qui semble tenir entre ses maigres doigts le devis des douleurs et des droits des peuples ». Sa filiation : la Révolution française, le Manifeste des Égaux de Babeuf et de Philippe Buonarroti qu’il côtoie, la Commune de Paris et… Marx, qui lui attribue nettement plus de mérites que son comparse Engels…

Louis-Auguste Blanqui, épreuve de couleur.

Il est originaire de Puget-Théniers, dans les Alpes-Maritimes. Étudiant en droit et en médecine sous la Restauration, Blanqui s’affilie, en 1824, à la Charbonnerie, qui complote la chute de la monarchie des Bourbons, et s’initie ainsi au monde souterrain des sociétés secrètes républicaines : les Amis du peuple, les Familles, les Saisons, les Justes… En soixante-seize ans d’une vie bien chargée, Blanqui ne cesse de lutter contre l’ordre établi. Lors des barricades de juillet 1830, il se hâte « à prendre le fusil et d’arborer la cocarde tricolore » pour renverser le roi Charles X. Sous la IIe République, de février à mai 1848, il anime la Société républicaine centrale, que fréquente Baudelaire. Il s’oppose au gouvernement provisoire, réclame l’ajournement des élections en organisant les manifestations de mars et avril, il prône alors une « République égalitaire » qui fera « disparaître la dernière forme de l’esclavage, le prolétariat », en mai, il tente de prendre le pouvoir…

Louis-Auguste Blanqui, carte maximum.

Il le paie au prix fort. Condamné pour ses actes insurrectionnels sous les différents régimes, de la monarchie à la IIIe République, il a passé trente-six ans en prison, ce qui lui vaut le surnom emblématique de l’Enfermé, que lui a donné le biographe Gustave Geffroy. Il a connu les trahisons, les diffamations, des victoires et beaucoup d’échecs, des blessures, la clandestinité, le massacre de ses compagnons de lutte. Son obsession : « Que faire ? » Il prend les armes en effet, il enrage de voir les révoltes populaires se finir dans un bain de sang ou être confisquées par les bourgeois. Accusé, il se transforme en procureur, comme lors du procès des Quinze (janvier 1832) devant les Assises de la Seine où est également cité Raspail, pour délit de presse… Blanqui se proclame « prolétaire » : « Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance » (…) Il écrit et sa plume est d’acier : « Le devoir d’un révolutionnaire, c’est la lutte toujours, la lutte quand même, la lutte jusqu’à extinction. » « Qui a du fer a du pain (…) Pour les prolétaires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d’arbres de la liberté, par des phrases sonores d’avocat, il y aura de l’eau bénite d’abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la misère toujours » (Avis au peuple, le toast de Londres, le 25 février 1851).

À la prison de Sainte-Pélagie, en 1861, il reçoit de nombreux jeunes, dont Gambetta, Clemenceau, Tridon, Ranc. Certains de ses disciples vont l’aider, après son évasion et son exil à Bruxelles, à jeter les bases d’un parti clandestin, véritable armée secrète composée de professionnels de la révolution. En dépit de ses réclusions, Blanqui résiste sans jamais renoncer à ses idées, du fond de sa cellule, il déclare la guerre des rues, organise des barricades, écrit et publie les Instructions pour une prise d’armes, une sorte de vade-mecum de l’insurrection. En septembre 1870, lorsque disparaît le régime impérial, l’organisation révolutionnaire rassemble entre 2 000 et 3 000 membres, elle recrute dans tous les milieux, elle est fortement structurée, sous la houlette de son chef charismatique. On l’appelle alors familièrement « le Vieux ».

Blanqui se méfie des constructions échafaudées par le socialisme utopique. Si la dictature révolutionnaire qui doit naître de la révolution a pour but ultime d’instaurer le « communisme », celui-ci ne saurait être le produit d’un système conçu d’avance : « Le communisme est une résultante générale et non point un œuf pondu et couvé dans un coin de l’espace humain par un oiseau à deux pieds. » La dictature révolutionnaire s’occupera de délivrer et de protéger les pauvres contre « le joug » des riches, de briser les instruments de la tyrannie bourgeoise, à commencer par la religion associée à l’obscurantisme (le journal Ni dieu ni maître, c’est de lui), l’armée, le pouvoir judiciaire et l’université obstacle à l’instruction. L’objectif est de conquérir le pouvoir, le reste, la république sociale sur laquelle flotterait le drapeau rouge, suivra… Blanqui sort de prison à soixante-quatorze ans, après avoir été élu député de Bordeaux sous les barreaux, mais le scrutin sera invalidé. Libre, il repart au combat. Mais l’homme est usé. L’esprit de révolte s’éteint le 5 janvier 1881. Une foule de plus de 100 000 personnes est présente au Père-Lachaise, elle vient au « Vieux », elle vient au mort.

Source: L’humanité.

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