L’ordre de Malte.

L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem fut fondé au tout début du XIIe siècle pour apporter secours et protection aux pèlerins se rendant en Terre sainte. Le pape Pascal II, par la bulle pontificale Pie postulato voluntatis du 15 février 1113, reconnut frère Gérard comme fondateur de ce nouvel ordre

religieux. Son successeur fut Raymond du Puy qui promulgua la première règle de cet ordre, antérieur à tous les autres créés en Terre sante, comme celui du Temple. Peu à peu le nouvel ordre doubla sa fonction hospitalière initiale d’une action plus militaire. Il se vit confier des sites

stratégiques où il édifia des forteresses comme le Krak des chevaliers ou Margat et participa à de nombreuses opérations militaires. Installés aussi à Acre dès 1190, les chevaliers furent contraints de quitter cette ville en 1291 et de se replier sur Chypre, où ils possédaient déjà depuis longtemps plusieurs établissements comme Limassol et Kolossi. Ceci étant, les difficiles relations avec les Lusignans qui règnaient sur l’île les amenèrent à

rechercher rapidement une base plus conforme à leurs objectifs. À la suite d’une entente avec le corsaire génois Vignolo de Vignoli, le grand maître Foulques de Villaret décida de s’emparer de l’île de Rhodes. La campagne ne fut pas immédiatement victorieuse, la ville de Rhodes n’ayant pu être conquise aussi rapidement que certains points de cette île, comme Lindos. Dès le 5 septembre 1307 toutefois, le pape confirma cependant aux Hospitaliers la possession de Rhodes.
L’ordre s’installa donc sur cette île qui devint, selon le mot du grand historien Delaville Le Roulx, « un établissement glorieux, indépendant et durable » avant de se voir rapidement reconnaître la dévolution des biens de l’ordre du Temple, supprimé par le pape. Durant plus de deux siècles de présence sur l’intégralité de l’île de Rhodes, les îles du Dodécanèse, le

château Saint-Pierre (sur la côte anatolienne, aujourd’hui Bodrum), l’ordre s’efforça d’assurer la sécurité des communications dans cette zone de Méditerranée orientale, contenant les velléités belliqueuses des sultans ottomans ou des Mameluks d’Egypte, et constituant, selon le qualificatif qui fut donné au grand maître Pierre d’Aubusson, « le bouclier de la chrétienté ». Outre de nombreuses attaques, l’ordre essuya deux formidables sièges, en 1480 puis en 1522 et fut contraint de quitter Rhodes pour s’installer, en 1530 à Malte, où le grand maître Jean de La Valette fit construire la magnifique ville qui porte son nom.

Ordre de Malte, carte maximum, Paris 17/05/1956.

En 1607 puis en 1620, le titre de prince du Saint-Empire fut ajouté à la dignité de grand maître, celui-ci envoyant dans les divers États d’Europe des ambassadeurs. Bonaparte, en route pour son expédition d’Egypte, occupa Malte en 1798 et l’ordre fut une nouvelle fois contraint de s’exiler, sans conserver de siège territorial, d’autant que l’île fut ensuite prise par les Anglais. S’ils furent reconnus au traité d’Amiens en 1802, ses droits souverains ne purent par la suite s’exercer et, après des établissements temporaires à Messine, Catane et Ferrare, l’ordre s’établit finalement à Rome, où son siège est via Condotti. L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem a aujourd’hui retrouvé son activité originelle, hospitalière et caritative.

Ordre de Malte, épreuve d’artiste.

L’actuelle Société de l’histoire et du patrimoine de l’ordre de Malte a été fondée le 13 juin 1986, mais elle fit suite à une autre, créée près de quarante années plus tôt.

En effet, malgré la prodigieuse histoire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, la masse considérable de documents conservés et les milliers d’ouvrages ou articles publiés en France ou à l’étranger, jamais personne n’avait, du moins en France, songé à créer une Société de l’Histoire de l’Ordre de Malte. En 1947, Thierry Michel de Pierredon, qui joua un rôle considérable entre les deux guerres au service de l’Ordre se décida donc à combler ce vide.

Dans une lettre en date du 5 août 1947, il écrivit au Prince et Grand Maître Chigi pour attirer son attention sur «les véritables trésors inédits relatifs à l’Ordre souverain de Malte que conservent en France tant les Archives nationales, à Paris, que les Archives départementales, en province ».

Il lui annonça, qu’au début de la même année, « en [sa] qualité de membre du Conseil d’administration de la Société de l’Histoire de France », il avait fait devant cette Société « une communication à l’effet d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur la conservation, à l’abri des agents destructeurs, et le classement méthodique des fonds de l’Ordre dans les divers dépôts de l’Etat étant donné que cet Ordre est l’une des plus pures gloires traditionnelles du pays…[Son] intervention [avait] été unanimement approuvée à mains levées, et [il avait] été invité à la concrétiser de manière à lui donner une forme pratique par cette éminente société savante à caractère quasiment officiel ».

Pour concrétiser sa pensée, il demanda à son collègue de la Société de l’Histoire de France, Meurgey de Tupigny, alors directeur adjoint des Archives nationales, de préparer un projet de statuts pour une Société de l’Histoire de l’Ordre de Malte, « en prenant pour base les statuts-types édictés par le Conseil d’Etat, en vue de la reconnaissance de l’utilité publique. »

Il précisa que cette Société, « à caractère purement historique, exclusivement française et qui n’entraîne, naturellement, pour ses membres aucune appartenance à l’Ordre lui-même, est légalement constituée aujourd’hui sous la présidence du Baron Meurgey de Tupigny, susmentionné, et ses statuts […] déposés à la Préfecture de Police» . Il ajoutait qu’ « il attend qu’elle ait fait ses preuves durant quelques mois pour demander pour elle un décret de Reconnaissance d’utilité publique qui lui permettra de posséder, de recevoir des legs et des donations et de créer des bourses d’études et des prix pour les meilleurs travaux relatifs à l’histoire de l’Ordre ». Traçant le programme d’activité que devrait avoir la Société, il sollicita le patronage du Grand Maître et annonça qu’il préparait alors la seconde édition du tome premier de son Histoire politique.

Dans sa lettre précitée, il soulignait qu’ « on se montrerait particulièrement difficile quant à la réception des Membres, ne voulant y voir figurer seulement des archivistes et des techniciens, à l’exclusion d’amateurs et de personnes n’apportant que leur nom : c’est ainsi que j’ai exigé trois parrains pour chaque membre. »

Cette trop grande rigueur entraîna cependant à terme une fâcheuse conséquence, l’association ayant eu finalement du mal à survivre à ses fondateurs, car, à côté des « techniciens de l’Histoire », pour employer sa propre expression, il était nécessaire, comme le soulignera des années plus tard son fils, le Bailli Géraud de Pierredon, que « des amateurs avertis soutiennent et aident la Société à vivre ».

L’un des derniers témoignages de l’activité de cette Société fut l’édition, en 1965, d’un livre de Claire-Eliane Engel sur Le Grand Siège de 1565, publié à l’occasion du quatrième centenaire de ce fameux siège. Thierry de Pierredon était décédé en 1955 et Meurgey de Tupigny disparut en août 1973. Un petit nombre de membres de cette première société survivent aujourd’hui et sont membres de la Société de l’histoire et du patrimoine de l’ordre de Malte : le préfet Jacques Juillet, le baron de Launaguet, MM. Raoul Chevreul, Georges Souville, Jean-Bernard de Vaivre. Ceci étant, faute de n’avoir pu constituer une équipe suffisamment active, de l’avoir structurée, d’avoir rassemblé un nombre notable d’historiens ou d’archéologues, mais aussi d’amateurs intéressés à l’histoire multiséculaire de l’Ordre et enfin de disposer de moyens financiers et matériels, cette première Société avait donc fini par disparaître.

Il fallut attendre 1969 et la rencontre de Gabriel Ollivier, surintendant des Musées et des Monuments de l’Ordre, et de M. Georges Dusserre, conservateur du Musée de Gap, à l’issue d’une exposition à Marseille sur la restauration des monuments historiques de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, pour que renaisse le projet d’une Société de l’Histoire de l’Ordre autour du château de Tallard, ancien fief des Hospitaliers. Le Grand Maître Fra Angelo de Mojana vint par deux fois visiter ce monument, en 1974, puis en 1976. Le projet n’avança guère pour autant. Une exposition fut organisée en 1981 à Marseille sur La Provence et l’Ordre de Malte et inaugurée par le Grand Maître, qui fut reçu par le député-Maire Gaston Deferre en chef d’Etat. A l’initiative des organisateurs, cette exposition eut un prolongement au Musée départemental de Gap, dont M. Georges Dusserre était alors le Conservateur. L’exposition fut inaugurée par le Prince Guy de Polignac, qui, le lendemain, visita le château de Tallard et encouragea le projet. Géraud de Pierredon se rendit lui-même plusieurs fois à Tallard, et en 1985, à la demande de la Direction régionale des Affaires culturelles, il signa un protocole d’accord qui mettait le château de Tallard à disposition, sous réserve de la création d’une Société qui devait prendre en charge la réalisation d’un musée et d’un centre de documentation consacrés à l’Ordre. Le prince Guy de Polignac refusa que l’Association française s’engageât dans cette opération, qui à ses yeux paraissait trop importante.

Notre Société fut alors créée sous le nom de Fondation de l’Ordre de Malte pour la Recherche et la Sauvegarde de son Patrimoine. Le Grand Maître accorda son patronage à cette Société, et tous les membres de l’Ordre furent invités à donner leur adhésion. La plupart ne répondirent pas, et il se révéla impossible de recueillir les fonds nécessaires exigés par la loi pour le maintien du statut de Fondation. C’est du reste l’époque où l’Assemblée nationale modifia la loi sur les fondations, et, le 10 avril 1992, l’association prit le nom de Société de l’Histoire et du Patrimoine de l’Ordre de Malte.

Source : Ordre de Malte.

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