L’industrie sucrière française.

L’industrie sucrière française s’est développée en France à partir de 1812. Cette longévité repose sur la capacité de cette industrie à intégrer les progrès techniques tout en trouvant des formes d’organisation économique originales qui ont largement inspiré les politiques sucrières françaises puis européennes.

L’industrie sucrière évolue dans le cadre d’une Organisation Commune de Marché (OCM) définie au niveau européen depuis 1968. Cette OCM était  basée sur des quotas de production et un soutien des prix jusqu’au 30 septembre 2017.

Moulin à sucre, carte maximum, Madère, 1982.

Suite à la réforme de l’OCM Sucre de 2006 et la réduction des quotas de production, l’industrie sucrière française a connu un mouvement de restructuration sans précédent, avec, en 2008/09, la fermeture de cinq usines sur trente. Le nombre de sociétés sucrières est passé de 12 en 2005/06 à 7 en 2013/14 (5 groupes). Dans l’UE, 79 sucreries ont été fermées entre 2005/06 et 2009/10, soit plus de 40% des usines.

L’OCM Sucre va connaître une deuxième réforme substantielle à partir d’octobre 2017, avec la suppression du régime des quotas et du prix minimal garanti de la betterave. Les efforts fournis depuis plusieurs années par les fabricants français permettront au secteur d’exprimer pleinement sa compétitivité, sur le marché européen et à l’exportation.

La consommation mondiale de sucre, en croissance d’environ 2%/an, s’élève à 174 MT en 2016/17. L’offre mondiale suit la consommation mais avec d’importantes fluctuations. Le Brésil occupe une place prépondérante, avec 50% des exportations de sucre. L’Union Européenne est le troisième producteur derrière le Brésil et l’Inde, et devant la Chine, la Thaïlande, les États-Unis et le Mexique.

La France est le premier producteur européen de sucre de betterave devant l’Allemagne, la Pologne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Au niveau mondial, elle se situe au 10ème rang (sucre de betterave et sucre de canne confondu), derrière le Brésil, l’Inde, la Chine, la Thaïlande, les États-Unis, le Mexique, le Pakistan, l’Australie et la Russie.

L’industrie sucrière française a une vocation exportatrice. En 2016, elle a exporté plus de 2 millions de tonnes de sucre, essentiellement sur l’UE, pour des importations de 330 000 tonnes. Ce solde positif a permis de rapporter à la balance commerciale française 730 millions d’euros.

L’industrie sucrière est une industrie saisonnière. La sucrerie de betterave travaille pendant les trois ou quatre derniers mois de l’année. Les betteraves sont récoltées à partir de septembre et doivent être transformées sans délai, au risque de voir se dégrader le sucre qui y est contenu.

L’industrie sucrière est une industrie rurale. Du fait du caractère pondéreux et périssable de la betterave, les sucreries doivent être situées près des champs de betteraves. Les principales zones d’implantation sont la Picardie, la Champagne-Ardenne, le Nord-Pas-de-Calais, la Normandie, le Centre et l’Île-de-France.

Le transport des betteraves représente le troisième poste de coût, derrière l’achat des betteraves et l’énergie. Il s’agit d’acheminer par la route plus de 30 MT de betteraves du champ aux sucreries, charge augmentée de 7 à 20% par la terre qui adhère aux racines (tare terre) et dont la réduction est un enjeu économique important.

Dans la filière betterave/sucre, les relations interprofessionnelles sont encadrées par la Politique Agricole Commune et par la réglementation française en ce qui concerne la réception des betteraves. A partir du 1er octobre 2017, un nouveau type d’accord interprofessionnel sera appliqué. L’accord interprofessionnel  signé pour les campagnes 2017-18 à 2019-20 encadre les contrats d’achat de betteraves. Les opérations de réceptions de betterave (qualification de la matière, poids, tare, teneur en sucre) sont pour l’instant toujours encadrées par la législation française et sont suivies sur la base d’un référentiel interprofessionnel homologué par la DGCCRF.

Les fabricants de sucre sont fortement impliqués auprès des semenciers pour orienter la sélection dans l’intérêt de la filière. Le progrès génétique de la betterave sucrière constitue en effet un levier important de compétitivité et de durabilité, tant au niveau agricole qu’au niveau industriel, en apportant : un gain de productivité à l’hectare (y compris par un accroissement de la richesse en sucre des betteraves), une meilleure résistance des betteraves aux maladies et une amélioration de la qualité technologique des betteraves (une meilleure aptitude à l’extraction du sucre).

L’industrie sucrière est une industrie d’extraction ou de séparation : elle fait appel à de nombreux procédés physiques nécessaires pour isoler le sucre contenu dans les cellules de la betterave des multiples autres constituants de la racine, en préservant l’intégrité de la molécule de saccharose originelle.

L’industrie sucrière est une industrie lourde : l’usine requiert des équipements industriels importants qui sont dimensionnés pour transformer sur environ 100 jours (campagne sucrière) jusqu’à plusieurs millions de tonnes de betteraves dans chaque usine.

L’industrie sucrière investit lourdement pour réduire sa consommation d’énergie (première dépense après l’achat de la betterave) et renforcer la part des énergies les moins polluantes. A production équivalente, le secteur sucrier français a réduit de 25% sa consommation d’énergie et de plus de 30% ses émissions de CO2 par rapport à 1990.

Les sucreries sont toutes structurellement excédentaires en eau. L’eau retirée des betteraves (composées de 75% d’eau) est recyclée à plusieurs reprises dans le process sucrier sous forme de vapeur, d’eau condensée, d’eau de presse en diffusion et, in fine, pour le lavage de betteraves. Cet excédent d’eau est retourné au milieu naturel après traitement et valorisation.

En matière sociale, l’industrie sucrière est une branche à part entière, dotée depuis le début des années 1950 d’une Convention Collective Nationale des Sucreries, sucreries-distilleries et raffineries de sucre. Le caractère saisonnier de l’industrie sucrière et son implantation en milieu rural impriment en effet des spécificités aux métiers et à l’emploi de cette activité.

La politique active de formation développée par l’industrie sucrière s’inscrit dans le cadre des évolutions économiques et technologiques à venir et d’une pyramide des âges augurant un renouvellement important du personnel.

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Sources : SNFS, YouTube.

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