L’industrie des parfums.

Un parfum est une odeur ou plus souvent une composition odorante plus ou moins persistante naturellement émise par une plante, un animal, un champignon, ou un environnement. Dans la nature, les parfums sont souvent des messages chimiques et biochimiques, et notamment des phéromones ou phytohormones.

Il peut aussi s’agir de l’émanation d’une substance naturelle (un extrait de fleur par exemple) ou créée ou recréée à partir de différents arômes, solvants et fixatifs destinés à un usage cosmétique ou à parfumer des objets, des animaux ou l’air intérieur. Il est alors généralement fabriqué à partir d’essences végétales et/ou de molécules synthétiques. L’usage de parfums par l’Homme est très ancien, remontant à la plus haute Antiquité.

La notion de parfum désigne aujourd’hui le plus souvent une composition olfactive particulière, fortement concentrée, proposée conditionnée et à forte concentration olfactive par différentes marques de parfums : on dit aussi « extrait ». La personne qui crée un parfum est appelée parfumeur, ou plus familièrement nez et cette activité est la parfumerie. Par abus de langage, « parfum » est aussi utilisé aujourd’hui pour désigner une eau de toilette, une eau de parfum ou une eau de Cologne. L’industrie des parfums est un élément important du secteur économique de la mode et du luxe, souvent associée à l’image de la France dans le monde pour les parfums de luxe.

Carte-souvenir de l’exposition philatélique de Pantin, 13/02/1982.

Dès le Néolithique, l’homme se frottait avec des essences et aromates probablement pour impressionner le gibier qu’il allait chasser10. De nombreuses tablettes cunéiformes nous montrent que l’usage et le commerce du parfum étaient connus dès les Sumériens. Tous les peuples antiques en firent une grosse consommation, notamment les Égyptiens (Alexandrie possédait d’importantes fabriques de parfums à base de cannelle et d’encens : kyphi, Mendesien ; les prêtres-parfumeurs les utilisent en fumigations) et les Grecs qui se parfumaient à l’image des Dieux et de leur ambroisie pour obtenir leur protection et leur bienveillance.

Même s’il a eu aussi un usage profane (les femmes l’utilisent pour séduire, les athlètes grecs étaient massés avec de l’huile parfumée des aryballes afin d’accroître leurs performances, les maisons grecques étaient aspergées de parfums censés avoir des vertus médicinales), il était surtout utilisé lors de pratiques religieuses (offrandes aux dieux dont les statues étaient ointes, embaumement des corps). Les techniques de production étaient rudimentaires, et le restèrent jusqu’à la fin du Moyen Âge : les produits étaient broyés, pilés, bouillis, imprégnés de matières grasses, et on utilisait surtout des écorces, des résines, des racines ou des matières animales servant de fixateurs (ex : musc). Un des parfums les plus utilisés a été l’encens, produit d’abord à Oman, et qui a largement contribué à la création des royaumes d’Arabie. À titre d’exemple, l’encens (appelé « Escalier du Ciel ») est cité 118 fois dans la Bible, dont 113 dans l’Ancien Testament. Sont également cités à diverses reprises la cannelle, l’acanthe, la myrrhe, le nard, l’aloès, le safran ou le roseau odorant. Le commerce du parfum fit également la prospérité de villes phéniciennes et grecques. C’est le cas notamment de Chypre, où de nouveaux parfums furent mis à la mode, utilisant les fleurs (rose, iris, lys, jasmin), ou encore de Corinthe, qui passe pour la cité ayant commercialisé les flacons de parfum (aryballes et alabastres). Les Romains continuèrent à utiliser les parfums, mais on ne leur doit guère d’innovations, sinon le remplacement de la terre cuite par le verre pour la confection des flacons.

Le Moyen-âge chrétien ne semble guère avoir fait usage des parfums (l’Église se méfiant de ces « artifices du diable »), sinon sous forme d’onguents, pommades, baumes, crèmes, encens, huiles parfumées, couronne de fleurs et lors de cérémonies religieuses. Les Arabes, maîtres des routes des épices, rapportèrent de Chine et d’Inde des aromates et les techniques, notamment la distillation mise au point entre le IXe siècle et le XIIe siècle10. Dès le Haut Moyen-âge, les dignitaires francs et lombards reçurent de Bagdad, Cordoue ou Damas des aromates et onguents à la base de parfums très raffinés. Ils importèrent d’Inde des essences issues du pin, de la myrte, le cèdre ou la cannelle. Pour leur part, les Croisés rapportèrent d’Orient des huiles et peaux parfumées, des essences telles que le musc, l’ambre et le santal. Le parfum faisait alors partie de l’hygiène et de la toilette; on croyait même à ses vertus médicinales. Après les croisades, la consommation sembla en augmenter, en particulier sous forme de boules de savon et d’eau de rose.

Le grand bouleversement se produisit à la fin du Moyen-âge et à la Renaissance – notamment grâce à l’imprimerie qui permit la diffusion d’ouvrages arabes (Al kindi et Avicenne) sur les techniques de parfumerie — avec deux innovations : d’une part le perfectionnement de l’alambic, avec un système de refroidissement facilitant la distillation ; de l’autre la découverte de l’alcool éthylique, permettant de donner au parfum un support autre que des huiles ou des graisses. Ce support a comme avantage de bien dissoudre les huiles et graisses et de les faire s’évaporer progressivement. Le premier alcoolat célèbre en Occident fut l’Eau de la Reine de Hongrie (XIVe siècle), distillat à base de romarin et d’essence de térébenthine. Il s’agissait encore d’un élixir, c’est-à-dire le médicament le plus précieux, qu’on boit ou dont on se frictionne. L’usage en Occident de solutions alcoolisées comme diluant des parfums remonte au XIVe siècle lorsqu’Arnaud de Villeneuve apprend des Arabes le procédé de distillation et le diffuse en Europe (cette diffusion ne fut vraiment acquise qu’au XVIIIe siècle), notamment une macération de fleurs et de feuilles dans une eau de vie qu’il assimilait à la solution alchimique de l’or potable.

Fleurs & parfums, carte maximum, 6/05/1954.

Le parfum acquit alors ses lettres de noblesse en Occident à mesure que l’hygiène reculait. On l’utilisait notamment pour camoufler les mauvaises odeurs et parfumer les vêtements, en particulier les gants, ou les éventails, le métier de parfumeur étant alors associé à celui de gantier, comme pour Jean-François Houbigant. La ville de Grasse devint la capitale du parfum, on y mit au point de nouvelles techniques permettant de mieux recueillir l’essence des fleurs fragiles. Au XVIIIe siècle, on parfumait tout, depuis le corps jusqu’aux vêtements et aux divers accessoires, notamment les cuirs.

Mais il fallut attendre encore un siècle pour voir apparaître le vaporisateur. Une des grandes étapes dans l’histoire du parfum fut la création de l’eau de Cologne, lotion très prisée par Louis XV et Napoléon Ier. Elle fut créée par Jean-Marie Farina aux alentours de 1720 grâce aux progrès des techniques de distillation des alcools obtenus par fermentation des fruits et des céréales. Ces progrès permirent l’obtention d’alcools à haute teneur alcoolique, relativement neutres du point de vue olfactif, qui rendirent possibles de meilleures solubilisations et stabilisations dans le temps des fragrances. D’un succès constant depuis sa création, la formule de l’eau de Cologne est encore exploitée aujourd’hui. Ayant acquis les droits sur la formule originale lors de la reprise en 1862 de la maison Jean-Marie Farina, rue Saint-Honoré à Paris, Roger & Gallet produit encore une eau de Cologne Roger & Gallet Jean Marie Farina dite « extra-vieille ».

La Loi le Chapelier en 1791 proscrit la corporation des maîtres gantiers parfumeurs et favorisa la naissance de la maison de parfum. La dernière révolution eut lieu vers 1860, avec l’essor industriel et publicitaire dont les conséquences furent considérables : conditionnement fabriqué en série (jusqu’à cette époque la parfumerie était sur commande), apparition des grands magasins qui démocratisèrent la parfumerie et surtout arrivée des premiers produits de synthèse, liés au développement de la chimie organique (par exemple le Trèfle incarnat à base de salicylate d’amyl de L.T. Piver en 1896, La Rose Jacqueminot de François Coty en 1904 brisant par maladresse, selon la légende, un flacon au rayon parfum du Bon Marché). En 1882, Paul Parquet (en) créa Fougère royale, le premier parfum faisant appel à un produit de synthèse, la coumarine. Aimé Guerlain, fils du parfumeur qui avait ouvert un magasin à Paris en 1828, créa en 1889 le premier parfum à éléments de synthèse à base de vanilline et de coumarine, Jicky. Paul Poiret créa en 1911 la marque les Parfums de Rosine, initiant la génération des couturiers-parfumeurs. La parfumerie moderne était née.

Le parfumeur qui se professionnalise distingue dorénavant son lieu de vente, appelé salon de vente, de son lieu de production (usines en périphérie des grandes villes).

La parfumerie française connut son âge d’or entre les années 1920 et 1960, s’imposant alors dans le monde entier jusqu’à l’arrivée de la concurrence sur le marché européen, notamment la parfumerie américaine avec le développement de la communication de masse et du mouvement marketing sociostyle (parfums « lifestyle », le premier étant Charlie (en) de Revlon en 1973).

La parfumerie se concentre dans quelques grands groupes internationaux depuis les années 1990.

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Source : Wikipédia, Youtube.

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