L’île de Curaçao (Antilles néerlandaises).

Curaçao est l’une des îles Sous-le-Vent aux Petites Antilles (Caraïbes), formant un État autonome au sein du royaume des Pays-Bas depuis la dissolution de la fédération des Antilles néerlandaises le 10 octobre 2010. Elle compte 158 040 habitants (2015) pour une superficie de 444 km2. Sa capitale est Willemstad.


L’île de Curaçao, au début de son histoire, fait partie des principaux repaires de pirates. Elle abrite notamment des boucaniers au moment où la piraterie fut la plus active. Espagnole jusqu’en 1634, elle sert de base navale aux Hollandais car on peut y charger du sel pour conserver le poisson et approvisionner les expéditions militaires.

Le trafic illégal d’esclaves vers l’Empire espagnol, généré par la disparition de l'”Asiento” portugais en 1640 puis la guerre néerlando-portugaise en Angola (1641-1648), finit par utiliser Curaçao comme point de ralliement, vers la fin des années 1650, en raison de sa proximité avec le Venezuela, le poisson salé servant cette fois à nourrir le nombre croissant d’esclaves en transit. À partir de 1662 ce trafic devient légal, avec la couverture de  marchands génois installés de longue date en Espagne et la participation des îles anglaises de la Barbade et de la Jamaïque.

Puis vers la fin du xviie siècle, des marchands juifs et protestants tissent un réseau de livraison au départ de la petite île. Découvrant que les Amérindiens acceptent de vendre du cacao contre des textiles européens, les navires néerlandais remontent le río Yaracuy, qui se jette dans l’Atlantique à côté du port de Tucacas.

Les premiers habitants de Curaçao sont les Amérindiens Arawaks qui arrivent du Venezuela.

En 1499, l’île est “découverte” par Alonso de Ojeda qui prend possession de l’île au nom de l’Espagne et décime les Arawaks. Il appelle l’île Isla de los Gigantes. Au début du XVIe siècle, après avoir dépeuplé l’île par de fréquents raids pour fournir Hispaniola en esclaves, les Espagnols veillent à ce que l’île soit repeuplée d’Amérindiens. Curaçao est rattachée  administrativement au gouverneur du Venezuela (Coro), excepté lors de la concession Welser.

Au milieu des années 1630, la Compagnie néerlandaise des Indes  occidentales, qui combattait l’Union ibérique au nord du Brésil, dans la Nouvelle-Hollande (Pernambouc), cherchait un port d’attache situé directement dans la mer des Caraïbes car les Espagnols venaient de lui prendre celui de Saint-Martin.

La perte définitive des salines de la Punta de Araya, un lagon nouvellement fortifié par les Espagnols à un jet de pierre de la côte vénézuélienne, et celle de Saint-Martin, a fait que les directeurs de la WIC se souciaient de procurer une nouvelle saline pour l’industrie halieutique néerlandaise.

Sur les conseils de Jan Janszoon Otzen qui avait été fait prisonnier à Tortuga (Venezuela) quelques années auparavant puis transféré à Curaçao afin de lui faire couper du bois avant de le ramener en Europe, la compagnie décida de conquérir l’île.

Otzen avait brossé un portrait idyllique de la géographie de Curaçao. En 1634, la compagnie affrète une escadre de six vaisseaux sous le commandement de Joannes van Walbeeck et Pierre le Grand.

Un gouverneur et 38 colons européens s’installent sur l’île, où vivent quelque 400 Amérindiens. Les Néerlandais s’aperçurent que les marais salants décrits par Otzen étaient impropres à l’exploitation.

En 1635, malgré la formation à Madrid par Olivares d’un conseil spécial pour la reconquête de Curaçao, les Espagnols attendirent l’année suivante. Mais le faible détachement naval chargé de cette mission ne put même pas s’y rendre.

Déterminée à garder sa possession, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales reçut l’appui des états de Hollande et des états généraux néerlandais, l’administration de la nouvelle colonie (et de ses dépendances Aruba et Bonaire) étant passée sous la coupe de la chambre amstellodamoise de la compagnie. Celle-ci fournit rapidement des renforts et des provisions à Walbeeck.

Dans les années suivantes, la Compagnie néerlandaise des Indes  occidentales oblige ses corsaires à rapporter à Curaçao tout butin acquis aux dépens des Espagnols. Entre-temps, les Néerlandais avaient entamé la construction d’un fort (Fort Amsterdam) et la fondation d’une ville située au fond de la baie de Schottegat, Willemstad, nommée en l’honneur du fils et futur héritier du stathouder Frédéric-Henri, Guillaume II d’Orange-Nassau.

En 1642, Pieter Stuyvesant est nommé gouverneur, avant de partir en 1647 gouverner la Nouvelle-Néerlande.

À partir de 1636, les Néerlandais importent des esclaves au Brésil mais sans investir trop car leur situation militaire est précaire, avec un soulèvement portugais.

À Curaçao, dans la seconde partie des années 1650, le gouverneur  néerlandais Matthias Beck signale une demande des Espagnols en Espagne, mais l’île n’en accueille aucun avant 1658.

Curaçao devient la plaque tournante des corsaires néerlandais et des marchands. Leurs navires servent à la traite négrière à l’époque, encore modeste, des colonies françaises, anglaises des Îles du Vent, ainsi que de celles de la terre ferme espagnole.

À partir de là, le papiamento, un créole à base de créole cap-verdien, néerlandais, d’espagnol, de portugais et de langues africaines, va s’implanter chez les esclaves.

En 1678, une expédition française commandée par l’amiral-comte Jean II d’Estrées doit s’emparer de l’île. Après avoir repris Tobago à Jacob Binckes, l’expédition s’échoue cependant en route sur les coraux de l’archipel de Las Aves. Curaçao échappe ainsi à la tentative de conquête française.

En 1652, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales passe contrat avec David Cohen Nassi (1612-1685), autorisant les Juifs à cultiver la terre à Curaçao, mais leur refusant la liberté religieuse pleine et entière ainsi que l’autorisation de se livrer au commerce. Nassi, alias Joseph Nunes Da Fonseca et Christovao de Tavora, était un converso (converti, nouveau-chrétien) ayant vécu en Nouvelle-Hollande avant de devenir un colonisateur chevronné.

En 1654, la Nouvelle-Hollande (Brésil) redevient portugaise, les Pays-Bas capitulant après une quinzaine d’années de guerre au Brésil. Certains de leurs ressortissants s’installent dans les Caraïbes. Ils fondent en 1655 la petite colonie du Pomeroon, sur les rives du fleuve du même nom. Mais la large concentration de négociants et d’armateurs juifs à Curaçao fait de l’île l’épicentre de l’histoire des Juifs aux Caraïbes.

Au Brésil, les planteurs du Maragnon se soulevèrent contre les Néerlandais dès 1642, et tous les Brésiliens en font autant en 1645, puis Fernandès Vieira gagna deux batailles importantes.

Entre 1636 et cette révolte portugaise, les esclaves revendus par des bateaux néerlandais sur le marché brésilien étaient tous vendus à crédit, mais à partir de 1644 et 1645 la proportion d’esclaves vendus passe à  respectivement 78 % et 100 %, reflet de l’appréhension des Portugais, lesquels sentent que le Brésil risque de leur échapper très prochainement.

L’île de Curaçao sert aussi de refuge aux Juifs après leur expulsion de la Martinique et de la Guadeloupe en 1685, en particulier à Benjamin da Costa d’Andrade, qui avait acquis des Amérindiens11 la technique de préparation du breuvage du cacao dès 1664. À partir de 1693, la colonie devient le centre mondial du commerce du cacao.

Au début du XVIIIe siècle, une immigration en provenance des Pays-Bas, d’autres pays d’Europe et d’Asie fait grossir la population de l’île, jusque là base navale militaire des années 1630, investie dans les années 1660 par le trafic illégal, à 2 000 personnes. De nombreuses familles juives s’installent à Curaçao et construisent en 1732 la synagogue Mikve Israël-Emanuel qui est aujourd’hui la plus vieille synagogue encore vouée au culte en Amérique.

C’est le commerce du cacao et du textile qui a permis cette croissance de l’île ainsi qu’une étape importante dans l’Histoire de la culture du cacao. Pour le cacao, les Néerlandais utilisent une enclave sur la côte du Venezuela, Tucacas, comptoir où cohabitent des juifs et chrétiens de Curaçao, pour obtenir des quantités considérables de cacao et de tabac. Ils exportent ces denrées vers Amsterdam et participent aussi au commerce entre Curaçao et d’autres parties du Nouveau Monde, en important des Pays-Bas des toiles de lin d’Allemagne, du vin de Madère et de Bordeaux, de la cannelle et du poivre des Indes orientales. Les sépharades utilisèrent leur connaissance de l’espagnol et du portugais pour commercer — légalement et illégalement — avec les colonies espagnoles voisines.

L’essor débute en 1688, quand le trésor anglais autorise Pieter Henriques, de Londres, à importer 200 tonnes de cacao de Tucacas, lieu situé à l’embouchure de la Rivière Yaracuy, à soixante kilomètres à l’ouest de Caracas, qui deviendra un comptoir en 1693, juste en face de l’île de Curaçao puis la principale filière d’approvisionnement en cacao acheté aux Amérindiens.

En 1693, la guerre de la Ligue d’Augsbourg rapproche la Hollande et l’Espagne : le Venezuela tente une ouverture vers les Hollandais, acceptant les marchands de Curaçao à Tucacas. Ils s’installent pour collecter le cacao des Amérindiens de l’intérieur des terres. Certains, venus de Pomeroon-Supenaam, colonie fondée quatre décennies plus tôt, Cette implantation est le moyen de concurrencer la filière cacaoyère qui émerge au Panama, aux mains des indiens kunas. Au début du XVIIIe siècle, les Espagnols reprennent plusieurs fois le comptoir d’échange de cacao contre textiles situé à Tucacas et les marchands hollandais se replient sur Curaçao.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, les Anglais et les Français occupent brièvement l’île, ajoutant leur influence à la culture locale.

En 1828, Curaçao est réuni avec les autres îles appartenant aux Pays-Bas sous la dénomination d’Indes occidentales néerlandaises, dirigées par le gouverneur général de la Guyane néerlandaise. En 1848, l’ensemble prend le nom de Curaçao.

En 1863, l’abolition de l’esclavage ruine l’économie de l’île en provoquant un exode vers les autres îles des Antilles.

En 1914, du pétrole est découvert sous le lac Maracaibo au Venezuela. La compagnie pétrolière Caribbean Petroleum Company décide alors de construire une raffinerie sur Curaçao, qui ouvrira en mai 1918. Dans les années 1960, les 440 hectares de la raffinerie de Schottegat sont achetés par Shell Curaçao N.V. À partir de la Seconde Guerre mondiale, Curaçao vit principalement du raffinage du pétrole, du tourisme et du placement bancaire.

Le 1er janvier 1954, les Antilles néerlandaises deviennent un État autonome du royaume des Pays-Bas avec Curaçao comme principale île. En 1969, des émeutes secouent l’ile. En 1986, Aruba se sépare des Antilles néerlandaises pour former un territoire à part entière.

En décembre 2006 à La Haye, le gouvernement des Antilles néerlandaises signe avec le gouvernement néerlandais, sur une base non consultative, un accord intitulé déclaration finale qui prévoit la dissolution des institutions politiques communes pour le 15 décembre 2008. Celle-ci est finalement effective le 10 octobre 2010, date à laquelle Curaçao devient un nouveau territoire autonome au sein du Royaume.

Source : Wikipédia.

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