L’île d’Anjouan (Comores).

Anjouan (Ndzuwani en comorien ou Anjoane ou Johanna ;  en arabe : حنزوان (ḥunzuwān)) est une île de l’archipel des Comores située dans l’océan Indien, qui constitue un État fédéré de l’Union des Comores. Sa capitale est Mutsamudu et sa population est d’environ 327 382 habitants en 2017. Sa superficie est de 424 km2. Anjouan est l’ile ayant la plus grande densité de population dans l’archipel des Comores.


Les plus anciennes traces d’installation humaine certaine dans l’archipel des Comores remontent au Moyen Âge, et les archéologues ne s’accordent pas encore pour savoir si les premiers habitants d’Anjouan étaient  malgaches ou africains — mais dans les deux cas, ces deux populations se sont rencontrées et mélangées sur ces îles. De même, l’arrivée de l’islam est encore disputée, et est datée, suivant les experts, entre le VIIe et le XIIIe siècle.

Aux environs de 1500 est fondé le sultanat de Ndzuwani, qui englobe toute l’île, et nous a laissé des archives bien plus utiles aux historiens. À partir du XVIe siècle, l’archipel des Comores se trouve en position stratégique sur les routes commerciales maritimes reliant l’Europe à l’Orient en contournant l’Afrique : les navigateurs européens de l’époque recommandent alors aux navires en route pour les Indes de faire une pause atlantique au Cap-Vert au printemps et une pause indienne aux Comores en septembre, afin de  profiter au mieux des courants de mousson ; c’est l’île d’Anjouan qui est alors considérée comme la plus sûre pour les bateaux, ayant toujours une de ses trois côtes protégée du vent. Cette situation va faire de Mutsamudu le principal port de commerce de la région pour plusieurs siècles et d’Anjouan l’île la plus riche et puissante de l’archipel, entraînant une prospérité sans précédent qui permet au sultan d’étendre ses ambitions sur les autres îles, ambition cependant jamais vraiment réalisée et contrariée à l’est par les prétentions des rois malgaches.

Les XVIIe et XVIIIe siècles constituent une période particulièrement prospère pour les Comores, idéalement placées sur une route commerciale  florissante entre l’Europe et ce qui devient l’empire omanais. Cependant, la rivalité entre sultans fait que les Comores ne deviennent à aucun moment un pays uni, capable de tenir tête aux menaces extérieures, ce qui rend cette prospérité précaire.

L’île, essentiellement visitée par des marins portugais, commence à être mieux connue en France à partir du XVIIIe siècle. Ainsi, en 1751, l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert lui consacre une courte notice : « ANJOUAN ou AMIVAN, (Géog. mod.) île d’Afrique assez petite, dans l’océan Éthiopique ; c’est une de celles de Comorre ou de la Maiotte, entre l’île de Madagascar & la côte de Zanguebar. »

En 1851, par l’Expédition d’Anjouan, l’Angleterre impose à Anjouan un traité de commerce privilégié.

En 1885 s’achève la Conférence de Berlin, pendant laquelle les puissances coloniales européennes s’accordent sur une répartition de leurs influences réciproques dans le monde, et notamment sur l’Afrique. la France possédait déjà Mayotte depuis 1841, ainsi que plusieurs comptoirs malgaches, et des entrepreneurs français étaient déjà implantés sur Anjouan : les trois îles comoriennes deviennent donc protectorat français en 1886. Alors qu’Anjouan avait longtemps été l’île la plus puissante de l’archipel, la domination revient alors à Mayotte, plus développée et occidentalisée à cette époque, et Anjouan se retrouve dans l’ombre de celle-ci ainsi que de la Grande Comore, au potentiel agricole et industriel considéré comme plus important.

En 1891, une révolte des paysans pauvres et des travailleurs de l’industrie menace très sérieusement la domination de la France sur l’île, les Français l’évacuent avant de la reconquérir au prix d’une expédition militaire.

Le 25 juillet 1912, les îles de l’archipel des Comores anciennement appelées « Mayotte et ses dépendances », dont faisait partie Anjouan, sont rattachées à la colonie de Madagascar. La France met en place à cette époque les principales infrastructures (routes, ports, administrations…) et installe des cultures d’exportation, comme la vanille et l’ylang-ylang.

Avec les progrès de l’indépendantisme malgache dans l’immédiat après-guerre, l’archipel des Comores devient un des éléments du territoire d’outre-mer des Comores en 1946. Un indépendantisme s’y développe à son tour, soutenu par l’Union Soviétique.

Par le référendum du 22 décembre 1974, Anjouan choisit l’indépendance vis-à-vis de la France — comme Mohéli et la Grande Comore mais au contraire de Mayotte — et son intégration au nouvel État comorien. En 1974, les Anjouanais se prononcent à 99,5 % contre le maintien du statut de TOM de la République française (soit 42 voix pour le maintien).

La capitale de l’État comorien est située à Moroni, en Grande Comore, achevant de marginaliser Anjouan qui fut autrefois la principale puissance locale de l’archipel.

Depuis l’indépendance, l’archipel subit de nombreux troubles et ne parvient pas à trouver le chemin de la démocratie. Il fait l’objet de coups d’État violents et de prises de main expéditives, soutenus occasionnellement par des mercenaires comme le Français Bob Denard, ultérieurement arrêté et condamné par la France.

En 1997, Anjouan et Mohéli proclament unilatéralement leur indépendance de la République fédérale islamique des Comores et souhaitent leur rattachement à la France, mais cette dernière refuse. Cette tentative de sécession entraîne un embargo mené par la RFIC et l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Alors qu’en 1998, sous l’égide de l’OUA, Mohéli accepte de nouveau l’autorité de Moroni, Anjouan refuse toujours.

Le pouvoir sur l’île passe aux mains d’un triumvirat présidé par le foundi (« le maître ») Abdallah Ibrahim, non francophone, âgé de 80 ans, Said Abeid Abdérémane, coordinateur national, et Mohamed Bacar. Le pouvoir central cherche alors à retrouver son autorité par la force mais échoue, militairement et politiquement. En 1999, Abdallah Ibrahim, résigné, confie le pouvoir à Abeid, le Coordinateur national. Le 9 août 2001, Abeid est écarté par un coup d’État de la gendarmerie au profit de Bacar.

Bacar entame alors un long processus politique de réconciliation avec Azali Assoumani après la prise de pouvoir de celui-ci en Grande Comore afin de créer une nouvelle entité, l’Union des Comores, où les îles bénéficient d’une très large autonomie. Bacar échappera à plusieurs coups d’État dont un mené par Abeid.

Chaque année de nombreux Comoriens d’Anjouan, de la Grande Comore et de Mohéli tentent, dans une certaine indifférence internationale, de  rejoindre Mayotte dans des embarcations de fortune, les kwassa-kwassa, ce qui entraîne au passage la mort de nombreux naufragés — 100 à 200 chaque année. On peut expliquer ce changement d’opinion des Comoriens par la grande misère que traversent leurs îles et par la situation enviée de la petite voisine mahoraise.

De son côté, Mayotte accueille malgré tout les exilés, même si elle voit sa population croître très rapidement. La population de Mayotte  — 190 000 habitants fin 2007 — est composée de 30 % de réfugiés en provenance d’Anjouan. Cette situation pose de graves problèmes démographiques et sociaux mettant en jeu l’avenir et la stabilité économique de l’île où le contrôle des naissances se heurte aux tabous d’une population très majoritairement musulmane arriérée.

Aussi, la France souhaite le rétablissement de la paix civile à Anjouan, afin de faciliter le retour rapide des exilés. L’Union des Comores reste encore fragile, mais aussi bien la France que l’Union africaine et les populations de Mayotte et Anjouan espèrent une normalisation de la situation.

Des soldats fidèles à Mohamed Bacar ont pris le contrôle de la capitale d’Anjouan en mai 2007. Bacar, qui était devenu pour la première fois président d’Anjouan en 2002, cherche à obtenir l’indépendance de l’île.

Le 10 juin 2007, Mohamed Bacar est réélu au premier tour de l’élection à la présidence de l’île d’Anjouan. Le gouvernement de l’Union des Comores, qui avait ordonné le report, estime que le scrutin s’est tenu dans l’« illégalité totale » et l’élection n’est pas reconnue par l’Union africaine (UA). Seule l’Afrique du Sud intervient diplomatiquement pour prévenir une  intervention militaire de l’UA. Après l’annonce le 31 janvier 2008 du président de l’Union de son intention d’intervenir « incessamment pour restaurer l’intégrité de l’État comorien », le colonel Bacar repousse le 28 février 2008 les propositions de médiation internationale d’exil ou reddition.

En mars 2008, les préparatifs pour une intervention militaire de l’armée nationale de développement appuyés par les forces de plusieurs nations de l’Union africaine (Soudan, Tanzanie, Libye, Sénégal) et l’aide logistique de la France sont en cours. Le 15 mars, la première opération a eu lieu avec l’aide logistique de l’armée française et un bilan, non confirmé depuis, annonce plusieurs dizaines de tués dans la rébellion.

Le 23 mars 2008, le président des Comores annonce avoir autorisé l’armée du pays, appuyée par l’Union africaine, à lancer un assaut contre l’île d’Anjouan. « Hier soir, j’ai donné l’ordre à l’armée nationale de se joindre aux forces de l’Union africaine pour rétablir la légalité républicaine à Anjouan », a déclaré Ahmed Abdallah Sambi dans un discours retransmis en direct. « Dans les heures ou les jours qui viennent, Anjouan sera libéré par la force ou, j’ose l’espérer, les rebelles se rendront afin d’éviter un  affrontement. » Le débarquement a lieu le 25 mars 2008 ; la capitale tombe dans la journée et le colonel Bacar prend la fuite. Arrivé avec quelques soldats sur l’île de Mayotte, il demande l’asile politique à la France qui, ayant étudié le dossier, rejette sa demande en décembre. Il obtient finalement l’asile politique au Bénin. Un an près le conflit, 57 militaires anjouanais étaient encore détenus sans procès à la prison de Kandani.

L’île d’Anjouan est la principale zone de production agricole de l’archipel Les principales ressources de devises sont la vanille, l’ylang-ylang et le girofle, ces deux dernières productions étant récoltées principalement dans l’île. La production des fruits et des légumes y est aussi importante et des exportations ont lieu vers Mayotte. On y cultive également un peu de riz, mais très insuffisamment pour l’autosuffisance. D’autre part les habitudes alimentaires prises de consommer des produits exotiques (farine, riz, pomme de terre…) déstabilisent la production.

L’île abrite le port hauturier de Mutsamudu et l’école des pêches. Elle possède de grandes plages de sable noir et très peu de sable blanc, le tourisme y est donc confidentiel.

Anjouan est desservie par voie aérienne grâce à l’aérodrome d’Anjouan-Ouani.

Le centre hospitalier régional d’Anjouan est situé à Hombo, tout comme la résidence officielle du chef de l’État sur l’île.

Source : Wikipédia.

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