Les Vikings.

Les Vikings (en vieux norrois : víkingr, au pluriel víkingar) sont des explorateurs, commerçants, pillards mais aussi pirates scandinaves au cours d’une période s’étendant du VIIIe au XIe siècle, communément nommée « âge des Vikings ». Par extension, on emploie le terme en français pour désigner la civilisation scandinave de l’âge du fer tardif, c’est-à-dire à partir de la fin du IIe siècle à l’âge du fer romain. Ils sont souvent appelés Normands, c’est-à-dire étymologiquement « hommes du Nord », dans la bibliographie ancienne.


Le mot viking est attesté en français au XIXe siècle et désigne, au sens moderne du terme, un « guerrier, explorateur originaire de Scandinavie ». Son étymologie exacte n’est pas assurée.

Il est mentionné pour la première fois en vieil islandais sous la forme víking (mot féminin) dans l’expression fara í víkingu « partir en rapine, en maraude, en piraterie ». De ce mot dérive la forme masculine víkingr (-s, -ar) qui signifie « personne qui pratique la piraterie », donc « pirate ».

Viking, carte maximum, Groenland, 2000.

Le mot víking apparaît tardivement en vieux norrois, ce qui laisse penser qu’il s’agit d’un emprunt à une autre langue, très certainement au vieil anglais, où le mot wīcing, qui signifie « pirate », est attesté dès le VIIIe siècle (et en vieux frison, sous la forme wī(t)sing). Effectivement, les utilisations connues les plus anciennes proviennent de textes anglo-saxons du viiie siècle, avec la mention de divers composés comme uuicingsceadan, uuicingseadae ou saewicingas, tous formés sur -wīcing-. Ils ont pour thème les activités maritimes et notamment la piraterie.

Une étymologie largement répandue mais erronée, en fait un dérivé du norrois vík « anse, crique, bras de mer entre deux îles », ayant aussi la signification originelle d’« endroit où la terre cède » (dérivé du verbe vikja « céder »), d’où, par extension, le sens de « baie », c’est-à-dire « endroit dégagé de la côte qui permet d’accoster » (cf. les toponymes comme Reykjavik en Islande ou les plages de Plainvic et du Vicq en Cotentin, etc.).

Des recherches étymologiques plus récentes, fondées sur des travaux déjà existants, ont mis l’accent sur l’existence de la mesure nautique vika (« distance parcourue en mer par deux équipes ramant en alternance »), dont le radical vik- se retrouverait dans víking, mais aussi dans le vieil anglais wīcing, le vieux frison wītsing et remonteraient tous à un proto-germanique de l’Ouest *wīkingō (« changement de rameur ») et *wīkingaR dérivant du premier et signifiant « homme ramant en alternance », ce qui se conçoit à l’époque où les navires circulant dans les mers du Nord étaient des bateaux à rames, tels celui de Nydam. Par la suite, des sens spécifiques se seraient développés dans les langues où ils se sont perpétués : expédition maritime, guerrier-marin, pirate.

Les chroniques franques rédigées en latin utilisent plus fréquemment les termes Nor[t]manni « Normands », pirata « pirates », Dani « Danois » ou pagani « païens » pour désigner les Vikings. Jusqu’à une époque récente et encore aujourd’hui, certaines sources utilisent le terme Normand comme synonyme de Viking, or, cet emploi engendre une confusion avec les Normands habitants de l’actuelle Normandie et qui entrent véritablement dans l’histoire avec la conquête de l’Angleterre en 1066. Le terme Normand est lui-même un emprunt au francique *nortman ou au vieux norrois nordmaðr, qui signifient tous les deux « homme du Nord. »

En irlandais, les textes parlent plus simplement d’« étrangers » (gall). Le toponyme Donegal ferait référence aux Vikings danois, c’est-à-dire les « étrangers noirs » et celui de Fingal aux Vikings norvégiens, c’est-à-dire les « étrangers blancs ». Mais cette distinction entre Vikings noirs et Vikings blancs empruntée à Lucien Musset serait la conséquence d’une mauvaise traduction, d’autant que cette distinction n’a pas de raison d’être, la proportion du type aux cheveux clairs étant à peu près semblable au Danemark et en Norvège. Donegal n’a donc probablement pas cette signification, mais celle de « forts des étrangers » dún an gall, « noir » se disant dub. De la même manière, Finegal ne vient pas de finn gall ou fionn gall (« étrangers (aux cheveux) blonds »), mais plutôt de fine gall (« tribu des étrangers »).

En Orient, ils sont appelés Rus ou Varègues. Chez les Arabes, les Madjus : bab el Madju désignant « la porte des païens » (détroit de Gibraltar).

Selon Pierre Bauduin (2004), la connotation du terme serait plutôt positive dans les inscriptions runiques et négatives dans les poèmes scaldiques.

Contrairement aux peuples germaniques de l’Europe plus méridionale, ils sont restés païens jusqu’à la première moitié du Xe siècle. C’est l’une des raisons pour lesquelles il se dégage des textes européens du Moyen Âge (principalement du IXe au XIe siècle), une image négative de leur action, réduite à des actes de piraterie et de pillage, caractérisés par la violence de leurs raids et leur barbarie « païenne. » L’immense majorité des auteurs de ces textes sont en effet des clercs issus des milieux monastiques, or les cibles des pillages étaient les monastères, alors principaux centres des richesses en Europe. Cependant on comprend mieux maintenant que ces pillages leur permettaient d’obtenir par la force des richesses qu’ils convertissaient (en faisant fondre l’or) en moyen de paiement pour acquérir des armes sur les marchés d’Europe (épées franques) ou des produits de luxe sur les marchés d’Orient. La

documentation plus contemporaine, principalement issue de récentes fouilles archéologiques, a permis de nuancer leur image négative et elle insiste plutôt sur l’aspect positif de leur action dans de nombreux cas, car ils furent aussi de grands marins, explorateurs, marchands et guerriers qui atteignirent les côtes atlantiques de l’Europe, la Méditerranée, l’Afrique du Nord, l’Orient et même l’Amérique (Vinland), tout en établissant parfois au passage des comptoirs commerciaux et des colonies comme sur les îles Féroé, les Orcades, l’Islande, le Groenland, etc. Ils fondèrent des États nouveaux et originaux en Normandie et en Russie. On considère qu’ils furent les artisans de la deuxième mondialisation, la première ayant été romaine. Leur assimilation rapide dans les pays colonisés procède d’un choix politique délibéré qui a conduit à leur acculturation en quelques décennies. L’âge viking prit fin à la suite de l’affirmation en Scandinavie de pouvoirs monarchiques centralisateurs et de leur conversion au christianisme.

Viking, carte maximum, Man.

La période précédant l’ère des Vikings a été accompagnée d’un flux de gènes étrangers en Scandinavie du sud et de l’est : se propageant depuis le Danemark et l’est de la Suède au reste de la Scandinavie. La transition de l’Âge du bronze à l’Âge de fer s’accompagne dans la région d’une réduction de l’ascendance agricole néolithique, avec une augmentation correspondante à la fois de l’ascendance steppique et de l’ascendance chasseur-cueilleur. Comme dans le cas de l’ADN mitochondrial, le profil de distribution global des haplogroupes chromosomiques Y dans les échantillons de l’âge viking était similaire à celui des populations modernes d’Europe du Nord. Les lignées mâles les plus fréquemment rencontrées étaient les haplogroupes I1 à plus de 50 % aussi présent en majorité chez les scandinaves moderne, l’haplogroupe I est l’haplogroupe majoritaire chez les vikings.

La période de l’« âge des Vikings » est caractérisée par un afflux majeur d’ascendance danoise en Angleterre, suédois dans la Baltique et un afflux norvégien en Irlande, en Islande et au Groenland. Elle voit également une ascendance substantielle d’ailleurs en Europe entrer en Scandinavie. Les analyses ADN confirment qu’une expédition viking comprenait des membres de la famille proche.

Plusieurs textes islandais, dont la saga des Groenlandais et celle d’Erik le Rouge, racontent la découverte par des Vikings de terres situées au-delà du Groenland. Vers 986, un navigateur groenlandais Bjarni Herjolfsson, dérouté par une tempête, aperçoit des terres et des forêts inconnues. Une vingtaine d’années plus tard, Leif, fils d’Erik le Rouge, entreprend une expédition pour vérifier le récit de Bjarni. Après plusieurs jours de navigation, il découvre de nouveaux territoires : un pays de montagnes et de glaciers qu’il nomme Helluland (« pays des pierres plates »), puis une côte dominée par un arrière-pays forestier, qu’il appelle Markland (« pays des arbres »), enfin, une terre agréable où les explorateurs pêchent des saumons et cueillent des grappes de raisins, le Vinland (« pays de la vigne »). À partir du XIXe siècle, des érudits avancent l’hypothèse que ces navigateurs ont en fait suivi les rivages de l’Amérique. Les Vikings auraient donc mis le pied sur le Nouveau Continent environ cinq cents ans avant Christophe Colomb.

Les sagas étant généralement considérées comme des sources littéraires peu fiables (comme nombre de contradictions entre la saga des Groenlandais et celle d’Erik le Rouge le montrent), des chercheurs tentent de trouver la preuve matérielle qui confirmera l’hypothèse. En 1898, une pierre runique est découverte à Kensington, aux États-Unis mais à ce jour, son authenticité n’est pas encore assurée. En 1930, un équipement guerrier typique d’un Viking est retrouvée à Beardmore en Ontario mais la découverte tourne au canular. L’hypothèse des Vikings comme premiers découvreurs de l’Amérique reprend de la valeur dans les années 1960 quand un couple d’archéologues norvégiens, Helge et Anne Stine Ingstad, révèlent les vestiges d’habitations vikings sur l’île de Terre-Neuve. Le site de l’Anse aux Meadows se compose de huit édifices distribués en trois complexes. Sont notamment dégagés un atelier de menuiserie, une forge, un four et un fourneau. La datation des objets artisanaux recueillis correspond à la date de l’expédition de Leif. L’Anse aux Meadows devient célèbre dans le monde entier et s’affirme comme la preuve qui manquait aux scientifiques.

Les Vikings ont parcouru toutes les mers européennes et même au-delà. Ils ont remonté les fleuves et les rivières d’Europe occidentale et de Russie. Cette expansion n’aurait pas été possible sans la qualité des navires qu’ils construisaient. On pense aujourd’hui qu’ils acquirent nombre de leurs techniques de navigation auprès des Frisons.

Les Vikings ont été capables de trouver leur chemin en haute mer sans cartes ni instruments de navigation, se basant surtout sur la navigation « au naturel » et quelques techniques rudimentaires de navigation à estime. Ils ont été les premiers Européens à débarquer au Groenland et peut-être aussi l’Amérique du Nord (Vinland). À l’est, des Suédois ont emprunté le réseau des lacs et fleuves russes pour atteindre l’Asie centrale et ses routes caravanières venues d’Extrême-Orient.

Les Vikings n’utilisaient pas de boussoles ni de compas magnétiques, d’ailleurs peu utiles dans les régions arctiques. Ils ont pu utiliser une « pierre de soleil » pour localiser la position du soleil par temps couvert, à en croire un passage d’une saga sur le roi Olav Haraldsson IIc. Cette « pierre de soleil » pourrait être en fait un spath d’Islande, cristal de calcite transparent relativement courant en Scandinavie et qui a la propriété de dépolariser la lumière du soleil, la filtrant différemment selon le pointage. Cependant il apparaît difficile de prendre pour argent comptant ledit passage pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il ne faut pas oublier que la saga de Olav Haraldsson II est écrite de manière posthume et que le roi norvégien a été canonisé à sa mort. Ensuite, aucun autre texte n’évoque une navigation à partir de cette pierre. Enfin, des expériences réalisées récemment sur de possibles « pierres de soleil » se sont avérées non concluantes : son efficacité est relative et dépend de la visibilité de cette lumière.

Il existe aussi une théorie qui interprète un objet découvert en 1948 comme un « compas solaire » Là aussi, des historiens se montrent sceptiques.

Les techniques de navigation des Vikings étaient surtout basées sur l’observation de leur environnement naturel. La position du soleil leur indiquait les points cardinaux tandis que l’utilité des étoiles auraient été moindre dû à la courte durée des nuits d’été, qui était la saison pendant laquelle naviguaient ces peuples C’est surtout l’observation de la mer, des repères terrestres et des animaux marins qui ont dû leur permettre de trouver leur chemin en pleine mer. Le nombre plus grand de macareux annonçait la proximité des îles Féroé. La brusque variation de température de l’eau, conséquence de l’entrée dans un courant polaire ; le changement de couleur de l’océan passant du bleu au vert ; la multiplication des icebergs, indiquaient que le Groenland était proche. Les navigateurs vikings connaissaient peut-être les courants qui emmenaient facilement les bateaux d’un secteur à l’autre ou le trajet migratoire des baleines. Le Hausbók, un manuscrit islandais qui raconte notamment la navigation de Norvège au Groenland, fournit de nombreux détails de ce genre.. Cependant, l’évolution des courants marins ne nous permet pas de l’affirmer avec précision.

Les Vikings semblent avoir connu la forme de notre globe terrestre, bien que l’expression orbis terrarum en latin ou heimskringla en vieux norrois puisse signifier une Terre plate en forme de disque. Il subsiste un document datant du XIIe siècle qui l’atteste : l’Elucidarium. Ce savoir leur a permis de s’aventurer très loin en mer sans craindre de « tomber dans l’abîme » comme pourrait faire penser l’idée de monde plat. Le navigateur grec Pythéas a effectué vers 340-325 av. J.-C. un voyage dans les mers d’Europe du Nord et il aurait décrit la Scandinavie notamment l’île de Thulé située sur le cercle arctique qui pourrait être l’Islande ou la Norvège. Toutefois Pythéas est considéré par le grand géographe gréco-romain Strabon comme un affabulateur qui décrit des pays qu’il n’a jamais visités. Les savants grecs à cette époque avaient découvert et mesuré la forme sphérique du globe terrestre, leurs échanges avec les Scandinaves ont peut-être permis aux Vikings, plus tard de l’apprendre, à moins qu’ils ne l’aient imaginé par eux-mêmes.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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