Les remparts de la cité de Carcassonne

La Cité de Carcassonne est un ensemble architectural médiéval qui se trouve dans la ville française de Carcassonne dans le département de l’Aude, région d’Occitanie. Elle est située sur la rive droite de l’Aude, au sud-est de la ville actuelle. Cette cité médiévale fortifiée, dont les origines remontent à la période gallo-romaine, doit sa renommée à sa double enceinte, atteignant près de 3 km de longueur1 et comportant cinquante-deux tours1, qui domine la vallée de l’Aude. La Cité comprend également un château (le château comtal) et une basilique (la basilique Saint-Nazaire).

Sauvée de la destruction par l’action et la ténacité de l’archéologue Jean-Pierre Cros-Mayrevieille, puis restaurée au XIXe siècle de manière parfois controversée sous la direction de Viollet-le-Duc puis de Boeswillwald, la Cité de Carcassonne est, depuis 1997, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le château comtal, les fortifications, et les tours appartiennent à l’État et sont gérés par le Centre des monuments nationaux3, tandis que les lices et le reste de la Cité font partie du domaine municipal.

La Cité a été successivement un site protohistorique, une cité gallo-romaine, une place forte wisigothe, un comté, puis une vicomté, puis finalement une sénéchaussée royale. Chacune de ces étapes, entre la période romaine et la fin du Moyen Âge, a laissé des témoignages dans les bâtiments qui la composent.

Des restes d’un oppidum fortifié, oppidum Carcaso proche de l’emplacement actuel de la Cité, ont été mis au jour par des fouilles archéologiques. Ce lieu est déjà un important carrefour commercial comme le prouvent les restes de céramiques campaniennes et d’amphores. Vers 300 av. J.-C., les Volques Tectosages prennent possession de la région et fortifient l’oppidum de Carcasso. Pline l’Ancien mentionne l’oppidum dans ses écrits sous le nom de Carcaso Volcarum Tectosage. Ils extrayaient déjà l’or de la mine de Salsigne pour constituer des offrandes à leurs dieux.

En 122 av. J.-C., les Romains annexent la région qui sera intégrée dans la colonie Narbonnaise créée en 118 av. J.-C. Les Romains sont déjà bien connus, car depuis deux cents ans leurs marchands parcourent la région. Sous la Pax Romana la petite cité gallo-romaine de Carcaso, devenue chef-lieu de la colonie Julia Carcaso, prospère sans doute grâce au commerce du vin et à son implantation sur les voies de communication : elle jouxte la voie romaine qui va de Narbonne à Toulouse tandis que les bateaux à fond plat circulent sur l’Atax au pied de l’oppidum. Ce dernier est agrandi par remblayage et les rues et ruelles forment un plan orthogonal, mais aucun lieu public ni monument de culte n’est actuellement connu. Au pied de l’oppidum, une agglomération s’étend le long de la voie romaine.

5F Carcassonne non dentelé

À partir du 3ème siècle, la ville se retranche derrière une première série de remparts. En 333 apr. J.-C., des textes d’un pèlerin mentionnent le castellum de Carcassonne. Ces remparts sont encore visibles dans certaines parties de l’enceinte et servent de soubassements aux actuelles murailles. Les tours de la Marquière, de Samson et du Moulin d’Avar sont les témoins en partie intacts de cette enceinte primitive. Cette muraille protège la Cité des attaques extérieures tout en permettant de contrôler les passages sur la voie romaine située en contrebas.

Au milieu du Ve siècle, les Wisigoths prennent possession du Languedoc, grâce probablement à la victoire d’Athaulf pendant sa marche sur Toulouse. Entre 413 et 435, la Cité est sans doute occupée alternativement par l’armée romaine et par celle des Wisigoths au gré des alliances et de leurs modifications. La Cité jouit peu à peu d’une relative paix politique jusqu’au règne d’Alaric II, comme l’atteste le nombre important de pièces de monnaie des monarques wisigoths de cette époque. En 507, les Francs chassent les Wisigoths d’Aquitaine, mais ces derniers conservent la Septimanie dont fait partie la Cité de Carcassonne. En 508, Clovis lance en vain une attaque contre la Cité. En 585, une nouvelle attaque de Gontran, roi franc de Burgondie est couronnée de succès. Mais, les Wisigoths reprennent la cité peu après et en restent maîtres jusqu’en 725. Au cours du VIe siècle, Carcassonne devint, avec Agde et Maguelonne, le siège d’un évêché. Une cathédrale wisigothique, dont l’emplacement n’est pas connu, est alors construite.

En 725, lors de l’invasion arabo-musulmane de la Septimanie, le wali Ambiza s’empare de Carcassonne. La Cité reste entre les mains des musulmans jusqu’en 759, date à laquelle elle est prise par les Francs conduits par Pépin le Bref. C’est cet épisode qui inspire la légende de Dame Carcas apparaissant au XVIe siècle.

Le début de la féodalité s’accompagne de l’expansion de la ville et de ses fortifications. Elle est aussi marquée par la construction de la cathédrale à partir de 1096 puis par celle du château comtal au XIIe siècle. Ce château est constitué à l’origine de deux corps de logis auxquels est ajoutée en 1150 une chapelle qui donne un plan en U autour de la cour centrale. Vers 1240 le château est rehaussé d’un second étage.

C’est aussi la période des comtes de Carcassonne. Le premier comte désigné par les Carolingiens est Bellon auquel succède Oliba II. La charge des comtes est d’administrer la région pour le compte du royaume carolingien. Au IXe siècle, la locution latine Cité de Carcassonne revient régulièrement dans les textes et chartes officiels. En 1082, la famille Trencavel prend possession de la ville, en profitant des embarras de la Maison de Barcelone propriétaire légitime, et l’annexe à un vaste ensemble allant de Carcassonne à Nîmes.

Bernard Aton IV Trencavel, vicomte d’Albi, de Nîmes et de Béziers, fait prospérer la ville et lance de nombreuses constructions. C’est également durant cette période qu’une nouvelle religion, le catharisme, s’implante avec succès dans le Languedoc. Le vicomte de Trencavel autorise en 1096 la construction de la basilique Saint-Nazaire dont les matériaux sont bénis par le pape Urbain II. En 1107, les Carcassonnais rejettent la suzeraineté de Bernard Aton, qui avait promis de rendre la Cité à son possesseur d’origine Raimond-Bérenger III de Barcelone et font appel au comte de Barcelone pour le chasser. Mais, avec l’aide de Bertrand de Tripoli, comte de Toulouse, Bernard Aton reprend le contrôle de la Cité. En 1120, les Carcassonnais se révoltent de nouveau, mais Bernard Aton rétablit l’ordre quelques années plus tard. En 1130, il ordonne le début de la construction du château comtal désigné sous le terme de palatium et la réparation des remparts gallo-romains. Dès lors, la Cité de Carcassonne est entourée de sa première fortification complète.

À cette époque la Cité est riche et sa population est comprise entre 3 000 à 4 000 personnes en incluant les habitants des deux bourgs qui se sont édifiés sous ses murailles : le bourg Saint-Vincent situé au Nord et le bourg Saint-Michel situé au sud de la porte Narbonnaise. La ville se dote en 1192 d’un consulat, composé de notables et de bourgeois, chargés d’administrer la ville, puis en 1229 d’une charte coutumière.

En 1208, le pape Innocent III, confronté à la montée du catharisme, appelle les barons du nord à se lancer dans la croisade des Albigeois. Le comte de Toulouse, accusé d’hérésie, et son principal vassal le vicomte de Trencavel sont la cible de l’attaque. Le 1er août 1209, la Cité est assiégée par les croisés. Raimond-Roger Trencavel se rend très rapidement, le 15 août, en échange de la vie sauve de ses habitants. Les bourgs autour de la Cité sont détruits. Le vicomte meurt de dysenterie dans la prison même de son château le 10 novembre 1209. D’autres sources parlent d’un assassinat orchestré par Simon de Montfort, mais rien n’est sûr. Dès lors, la Cité sert de quartier général aux troupes de la croisade.

Les terres sont données à Simon de Montfort, chef de l’armée des croisés. Ce dernier meurt en 1218 au cours du siège de Toulouse et son fils, Amaury VI de Montfort, prend possession de la Cité, mais se révèle incapable de la gérer. Il cède ses droits à Louis VIII de France, mais Raymond VII de Toulouse et les comtes de Foix se liguent contre lui. En 1224, Raimond II Trencavel reprend possession de la Cité après la fuite d’Amaury. Une deuxième croisade est lancée par Louis VIII en 1226 et Raimond Trencavel doit fuir. La Cité de Carcassonne fait désormais partie du domaine du roi de France et devient le siège d’une sénéchaussée. Une période de terreur s’installe à l’intérieur de la ville. La chasse aux cathares entraîne la multiplication des bûchers et des dénonciations sauvages, avec l’installation de l’Inquisition dont on peut toujours voir la maison dans l’enceinte de la Cité.

Louis IX ordonne la construction de la deuxième enceinte pour que la place puisse soutenir de longs sièges. En effet, à cette époque, les menaces sont nombreuses dans la région : Raimond Trencavel, réfugié en Aragon, cherche toujours à reprendre ses terres qu’il revendique et le roi d’Aragon, Jacques Ier le Conquérant, fait peser une lourde menace sur cette région toute proche des frontières de son royaume. De plus, ces constructions permettent de marquer les esprits de la population de la Cité et de gagner leur confiance. La Cité fait partie du système de défense de la frontière entre la France et l’Aragon. Les premières constructions concernent le château comtal adossé à la muraille ouest. Celui-ci est entouré de murailles et de tours à l’intérieur même de la Cité pour assurer la protection des représentants du roi. Ensuite, une deuxième ligne de fortifications est commencée sur environ un kilomètre et demi avec quatorze tours. Cette enceinte est flanquée d’une barbacane qui contrôle les abords de l’Aude.

En 1240, Raimond Trencavel tente de récupérer la Cité, avec l’aide de quelques seigneurs. Le siège est mené par Olivier de Termes, spécialiste de la guerre de siège. Ils occupent les bourgs situés sur les rives de l’Aude et obtiennent l’aide de ses habitants qui creusent des tunnels depuis leurs maisons pour saper la base des enceintes. La double enceinte joue son rôle défensif, car Raimond Trencavel est ralenti. La garnison menée par le sénéchal Guillaume des Ormes résiste efficacement. Raimond Trencavel est bientôt obligé de lever le siège et de prendre la fuite face à l’arrivée des renforts du roi Lous IX. En 1247, il renonce devant le roi Louis IX à ses droits sur la Cité. La Cité de Carcassonne est définitivement rattachée au royaume de France et est désormais gouvernée par des sénéchaux.

Épreuve en couleur rouge

À compter de cette date, la place forte n’est plus attaquée y compris durant la guerre de Cent Ans. Les aménagements et agrandissements qui vont suivre peuvent être regroupés en trois phases. Les premiers travaux sont commencés immédiatement après la dernière attaque de la Cité. Ils permettent de réparer les enceintes, aplanir les lices, ajouter des étages au château et construire la tour de la Justice. La deuxième phase de construction a lieu sous le règne de Philippe III, dit le Hardi : elle comprend la construction de la porte Narbonnaise, de la tour du Trésau, de la porte Saint-Nazaire et de toute la partie de l’enceinte environnante, ainsi que la réparation de certaines tours gallo-romaines et de la barbacane du château comtal. Les bourgs de Saint-Vincent et de Saint-Michel jouxtant l’enceinte sont rasés pour éviter les conséquences d’une collusion entre leurs habitants et les assaillants comme cela s’était produit durant le dernier siège. Enfin, une troisième et dernière phase de travaux se déroule sous le règne de Philippe le Bel et consiste à moderniser la place forte. De nombreuses parties de l’enceinte sont alors reconstruites en utilisant les techniques de défense les plus récentes. Les antiques murailles situées à l’ouest sont également rénovées.

En 1258, le traité de Corbeil fixe la frontière entre la France et l’Aragon près de Carcassonne, dans les Corbières. Louis IX renonce à sa suzeraineté sur la Catalogne et le Roussillon et en contrepartie le roi d’Aragon abandonne ses visées sur les terres du Languedoc. Désormais la Cité joue un rôle majeur dans le dispositif de défense de la frontière. Elle constitue une deuxième ligne de défense dissuasive en arrière des postes avancés que sont les châteaux de Peyrepertuse, Aguilar, de Quéribus, de Puilaurens et de Termes désignés comme les « cinq fils de Carcassonne ». Au XIIIe siècle, la Cité de Carcassonne est l’une des places fortes les mieux pourvues de France et sert de réserve d’armes pour les alliés. La Cité n’est jamais attaquée ni inquiétée aussi les troupes qui y sont stationnées sont peu à peu réduites. À la fin du XIVe siècle, la Cité n’est plus capable de résister aux nouvelles armes à poudre. Néanmoins, sa situation frontalière reste un atout stratégique et une garnison est maintenue. En 1418, les hommes en garnison dans la Cité ont en général un second métier. À cette époque, de l’autre côté de l’Aude, une nouvelle ville dite ville basse se construit sous forme de bastide.

Peu de faits de guerre ou de conflits majeurs marquent la période royale. En 1272, le comte de Foix, rebelle, est enfermé par Philippe III de France dans la Cité de Carcassonne. En 1283, un traité d’alliance est signé entre le roi de France et le roi de Majorque Jacques II contre Pierre III d’Aragon. Le pape Clément V passe par Carcassonne en 1305 et 1309. En 1355, le Prince Noir n’ose pas s’attaquer à la Cité trop puissamment défendue et se contente de détruire et piller la ville basse. La Cité devient prison d’État au XVe siècle dans laquelle sont enfermés les ennemis du roi comme Jean IV d’Armagnac. La peste décime les habitants de Carcassonne et de la Cité en 1557. En 1585, la Cité est attaquée par les huguenots mais ils sont repoussés par les « mortes-payes ».

Entre 1560 et 1630, durant les Guerres de religion, la Cité reste un dispositif militaire important pour les catholiques. Elle subit des attaques de la part des protestants. En 1575, le fils du sire de Villa tente d’attaquer la forteresse. En 1585, les hommes de Montmorency font de même, mais là aussi c’est l’échec.

La mort de Henry III déclenche des affrontements entre les habitants de la ville basse fidèle à Henry IV, son successeur légitime, et au duc de Montmorency, et la Cité qui refuse de reconnaître le nouveau roi et prend le parti de la Ligue. Au cours des violents combats qui s’étalent sur près de 2 ans, les faubourgs de la Cité situés aux abords de la porte de l’Aude sont détruits. Cette dernière est murée et le quartier de la Trivalle est incendié. En 1592, les habitants de la Cité se rallient au roi.

Pour les habitants de Carcassonne, la Cité médiévale, située sur une butte difficile d’accès avec ses ruelles étroites et ses lices et remparts vétustes constitue désormais un quartier peu attrayant auquel s’oppose la ville nouvelle formée par la bastide Saint-Louis ou ville basse. Les murailles servent de carrière à des entrepreneurs. La désaffection des habitants pour la Cité entraîne sa détérioration. Les tours se délabrent et la plupart sont converties en garages, hangars et autres bâtiments de stockage. Les lices sont progressivement envahies par des constructions (au XIXe siècle, les autorités y recensent 112 maisons). La destruction de la Cité médiévale est alors programmée.

La Cité est sauvée de la destruction totale par Jean-Pierre Cros-Mayrevieille, notable et historien, habitant au pied de la Cité. Dès 1835, il s’émeut de la destruction de la barbacane dont les pierres étaient pillées par les entrepreneurs locaux. C’est à lui que l’on doit les premières véritables fouilles dans la cathédrale de la Cité et la découverte de la chapelle de l’évêque Radulphe. L’écrivain Prosper Mérimée, inspecteur général des monuments historiques, a le coup de foudre pour ce monument en perdition. L’architecte Eugène Viollet-le-Duc, qui avait commencé la restauration de l’église Saint-Nazaire, est chargé d’étudier la restauration de la Cité. En 1840, la basilique Saint-Nazaire à l’intérieur de la Cité passe sous la protection des monuments historiques. Cette protection est étendue à l’ensemble des remparts en 1862.

En 1853, Napoléon III approuve le projet de restauration. Le financement est soutenu par l’État à 90 % et à 10 % par la ville et le conseil général de l’Aude. En 1855, les travaux commencent par la partie ouest-sud-ouest de l’enceinte intérieure, mais restent modestes. En 1857, ils se poursuivent sur les tours de la porte Narbonnaise et l’entrée principale de la Cité. Les fortifications sont çà et là consolidées, mais le gros du travail se concentre alors sur la restauration des toitures des tours des créneaux et des hourds du château comtal. L’expropriation et la destruction des bâtiments construits le long des remparts sont ordonnées. En 1864, Viollet-le-Duc obtient encore des crédits pour restaurer la porte de Saint-Nazaire et l’enceinte extérieure du front sud. En 1874, la tour du Trésau est restaurée.

Eugène Viollet-le-Duc laissera de nombreux croquis et dessins de la Cité et de ses modifications. À sa mort en 189, son élève Paul Boeswillwald reprend le flambeau puis l’architecte Henri Nodet. En 1889, la restauration de l’enceinte intérieure est terminée. Les travaux de restauration du château comtal débutent la même année et, en 1902, les travaux d’envergure sont achevés et les alentours de la Cité sont aménagés et dégagés. En 1911, les dernières maisons présentes dans les lices sont détruites et les travaux de restauration sont considérés comme terminés en 1913.

Seul 30 % de la Cité est restauré. Durant les travaux de restauration, le chanoine Léopold Verguet réalise de nombreux clichés, ainsi que des travaux de réhabilitation. Ces photos fournissent des témoignages sur le chantier et la vie autour de la Cité à cette époque. Un autre photographe, Michel Jordy, historien et archéologue, apporte également sa contribution à la sauvegarde de la Cité par ses recherches et ses photographies. Il est également le fondateur de l’hôtel de la Cité.

Sources : Wikipédia, Ville de Carcassonne.

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