Les marionnettes.

Une marionnette est une figurine articulée ou non, en bois, carton ou toutes autres sortes de matériaux (os, cuir ou terre cuite), manipulée par une ou plusieurs personnes (les marionnettistes), traditionnellement cachées dans un castelet.

Leurs formes peuvent être extrêmement variées : marionnettes à fils comme Polichinelle ou à gaine comme Guignol (les plus connues en Europe), mais aussi marionnettes à tringle, marionnettes à tige des théâtres d’ombres de Chine et d’Indonésie, ou marionnettes sur l’eau vietnamiennes. Les marionnettes représentent des personnages (réels ou imaginaires) ou des animaux ; leur rôle peut être parlé ou muet.

Le mot français « marionnette » est dérivé de Marion, diminutif de Marie, et désignait à l’origine une petite figurine de la Vierge ; dans d’autres langues européennes, le terme s’apparente au mot « poupée » : « puppet » en anglais, « puppe » en allemand, « pupi » dans le théâtre de marionnettes sicilien (où il existe aussi un dérivé du mot « enfant » : « fantoccio », qu’on retrouve aussi en portugais : « fantoche ») ; en revanche, on dit « marioneta » ou « títeres » en espagnol.

Le terme « théâtre de marionnettes » désigne à la fois le genre théâtral et le lieu de la représentation.

Festival mondiale des théâtres de marionnettes, Charleville-Mézières, 21/09/1991.

Les marionnettes exercent un pouvoir de fascination depuis très longtemps. Dans l’Antiquité, des statuettes articulées, appelées nerospastos en grec, étaient utilisées dans des cérémonies religieuses. Hérodote y fait allusion dans ses Histoires à propos de cérémonies dionysiaques en Égypte. Suite aux fouilles d’Albert Gayet à Antinoupolis vers 1900, on parle d’un théâtre de marionnettes d’Antinoé, à l’époque copte, avec corps en bois et figures en ivoire.

Dans le Banquet de Xénophon, Philippe, amuseur public originaire de Syracuse qu’accompagnent une flûtiste et un cithariste, parle de ses marionnettes, ce qui suppose l’existence de spectacles. Dans Du mouvement des animaux Aristote compare les mouvements des animaux à ceux de marionnettes. Héron d’Alexandrie décrit un théâtre mécanique d’automates.

Rome connaît aussi des spectacles de marionnettes. Des auteurs comme Horace, Pétrone, Apulée, Perse y font allusion, et les Pères de l’Église les condamnent. Dans le Festin chez Trimalcion, une figurine en argent représentant l’esprit d’un mort (larva) exécute une danse macabre sous les yeux des convives. Ce sont les Romains qui auraient introduit les marionnettes en Gaule et en Germanie durant la décadence de l’empire.

En Asie aussi, les marionnettes sont très anciennes puisqu’on en a trouvé dans des sites de la civilisation de la vallée de l’Indus3. Les spectacles à Sutradhra (homme tireur de fils) mettent en scène des personnages de la religion, mais aussi des personnages humains, dont Vidouchaka4, origine possible de tous les karagöz et polichinelles. Cette tradition ancienne en Inde5 s’est élargie à Ceylan, puis au Siam, à la Birmanie, à l’Indonésie (ancêtre des wayang), en Perse (Pendj, Ketchek Pehlivan, Cheïtan, Hassan Ilodja, Shah Sélim…), au Turkestan…

En Birmanie, les Yokthe Thay possédaient la vertu de guérir. En Indonésie, à Toba Batak du Nord de Sumatra, les habitants créaient des marionnettes sophistiquées appelées Si galé galé. Commandées par un système complexe des cordes et des leviers internes qui leur permettaient de se déplacer et de danser d’une façon réaliste, les Si galé galé jouaient un rôle crucial dans les cérémonies funéraires.

La Chine semble connaître les marionnettes depuis près de 3 000 ans, selon George Soulié de Morant. Le personnage de Kvo est un polichinelle. Le Bunraku japonais a pu être à l’origine importé de Chine.

En Amérique du Sud, des fouilles archéologiques récentes ont permis de mettre au jour un bas-relief réalisé durant la période d’invasion toltèque entre 400 et 900 apr. J.-C. qui montre la figurine d’un marionnettiste animant une marionnette à gaine de type Guignol.

Le mot français marionnette date du Moyen Âge et vient d’un des nombreux diminutifs du prénom Marie, à l’instar de Marion, Mariotte ou Mariolle, signifiant « petite Marie chérie ». Ces diminutifs servaient à désigner la Vierge Marie et ses représentations plastiques (1306). À partir du XVIe siècle, le vocable désigne toute figurine de bois, sacrée ou profane, mais s’étend également aux poupées utilisées en sorcellerie.

Dieppe (Seine-Maritime) organise des mitouries dès 1443.

On trouve pour la première fois l’acception scénique de « marionnette » en 1584 dans l’ouvrage Les Sérées (« Les Soirées ») de Guillaume Bouchet (1513-1594).

13ème festival mondial des théâtres de marionettes, Charleville-Mézières, 2003.

Au XVIIe et dans la première moitié du XVIIIe siècle, à Paris, à l’occasion des foires annuelles de Saint-Germain et de Saint-Laurent, le théâtre de la foire présentait, entre autres, des spectacles de marionnettes. Un marionnettiste connu était Pierre Datelin, dit Jean Brioché, qui importe en France le personnage de Polichinelle et présente ses spectacles sur le pont Neuf8. Comme marionnettiste il y avait également son fils François, Jean-Baptiste Archambault, François Bodinière, Jean et Alexandre Bertrand, Jérôme, Arthur et Nicolas Féron.

Parmi les pièces jouées, il y avait des parodies d’opéras : pendant que des marionnettes en costumes somptueux miment l’action, des chanteurs, soutenus par quelques instruments, parodient les livrets sur des refrains populaires, alternant allusions grivoises, jeux de mots vaseux et humour décalé.

Dominique Séraphin (1747-1800) crée un Théâtre Séraphin10 en 1772, d’ombres chinoises, qui perdure jusque vers 1870, et dont un recueil est publié en 1875. Castagna est un autre entrepreneur de marionnettes (Fantoccini italiens) de la fin XVIIIe siècle. Le Théâtre du Beaujolais11 créé en 1784 devient Théâtre Montansier en 1790.

La censure étant moins pesante sur les spectacles de marionnettes que sur les autres arts du langage, des auteurs comme Fuzelier, Lesage ou d’Orneval, profitent de la liberté d’expression qu’ils permettent.

La Révolution française marque l’apparition de nombreuses marionnettes spécifiques comme Guignol, créé à Lyon en 1808 par Laurent Mourguet, ou Lafleur, apparu à Amiens à la même époque.

Au XIXe siècle, sont réputés Maurice Sand (1823-1889), Louis Edmond Duranty (1833-1880), Louis Lemercier de Neuville (1830-1918). En 1881 est créé le théâtre d’ombres du Chat noir. Et en 1888 le Petit Théâtre.

Au XXe siècle, Gaston Baty (1885-1952), Yves Joly (1908-2013), Jean-Loup Temporal (1921-1983), Jacques Félix (1923-2006), et beaucoup d’autres, participent au renouveau de l’art de la marionnette en domaine francophone.

À partir de 2008, la Bibliothèque nationale de France lance un programme de numérisation de marionnettes en collaboration avec la compagnie Dominique Houdart – Jeanne Heuclin et Georges Lafaye. La numérisation continue en 2015 avec le théâtre Gérard-Philipe de Frouard, « scène conventionnée pour les arts de la marionnette et les formes animées ». Pour chaque marionnette (ou autre objets de ces fonds), huit clichés sont pris selon des angles de vue toujours identiques, ainsi que des clichés montrant leur manipulation.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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