Les mangas.

Un manga (漫画?) est une bande dessinée japonaise.

Le mot « manga » est par ailleurs parfois utilisé pour désigner, par extension, une bande dessinée non japonaise respectant les codes des productions populaires japonaises ou pour nommer, par métonymie, d’autres produits visuels rappelant certaines de ces bandes dessinées (dessins animés, style graphique, etc.).

Les mangas traduits en langue française se lisent généralement dans le sens d’origine (de droite à gauche). En raison du rythme élevé de parution, la plupart des mangas sont dessinés en noir et blanc.

Les deux premiers pays les plus consommateurs de mangas sont le Japon et la France. La personne réalisant des mangas est appelée mangaka.


Le mot japonais « manga » souvent traduit littéralement par « image dérisoire » ou « dessin non abouti », est composé de « ga » (画), qui désigne la représentation graphique (« dessin », « peinture » ou toute image dessinée — comme l’estampe), et « man » (漫), « involontaire », « divertissant », « sans but », mais aussi « exagérer », « déborder » (qui peut être interprété comme caricature), ainsi qu’« au fil de l’idée ». Ainsi on pourrait aussi bien traduire ce mot par « dessin au trait libre », « esquisse au gré de la fantaisie », « image malhabile » ou tout simplement caricature ou grotesque dans le sens de Léonard de Vinci.

Mangas, carte maximum, Paris, 16/09/2016.

Le terme devient courant à partir de la fin du XVIIIe siècle avec la publication d’ouvrages tels que Mankaku zuihitsu (1771) de Kankei Suzuki, Shiji no yukikai (1798) de Kyōden Santō ou Manga hyakujo (1814) de Minwa Aikawa. Également en 1814, Hokusai, futur graveur de La Grande Vague de Kanagawa, donne à ses recueils d’estampes parfois grotesques le titre Hokusai manga. C’est ce dernier ouvrage qui fait connaître le mot en Occident. Il aurait été ainsi choisi pour son analogie avec un terme similaire dans l’ancien temps mais dont l’écriture diffère, et qui décrit la conservation de proies dans les becs des pélicans indiquant des scènes prises sur le vif — comme l’oiseau fondant sur sa proie.

Il ne prend le sens précis de « bande dessinée » qu’au cours du xxe siècle, avec l’introduction de celle-ci au Japon. Lorsqu’elle y devient très populaire, après 1945 et grâce à Osamu Tezuka, le terme s’impose pour finir par ne plus désigner qu’elle. C’est ce terme qui a été utilisé à l’étranger (France, États-Unis, Allemagne, etc.), pour caractériser la bande dessinée japonaise, dont il est devenu un synonyme, et parfois grossièrement ramené à un genre.

Genre et nombre du mot « manga » en français[modifier | modifier le code] Le mot « manga » est pleinement intégré dans la langue française, comme l’atteste son intégration dans les dictionnaires usuels. Ceux-ci le donnent comme masculin (les mots japonais, eux, n’ont pas de genre grammatical), et c’est le genre qui prédomine largement. Toutefois, la première utilisation du mot en français revient à Edmond de Goncourt en 1895, dans une étude artistique dédiée à Hokusai, où il accorde « manga » au féminin pour désigner ce qu’il appela La Mangwa (sic) de l’artiste. Le terme revêtait alors plutôt le sens de « miscellanées », c’est-à-dire un recueil de nature disparate8. Depuis cette époque, manga a souvent été employé au féminin, et ce jusqu’à la popularisation de l’usage au masculin dans les années 1990 (notamment par les premiers journaux spécialisés et la télévision). Mais un argument en faveur de la féminisation du terme pourrait être que la locution équivalente en français, bande dessinée, est déjà de genre féminin. Plus récemment, l’auteur Frédéric Boilet parle de manga au féminin, notamment dans le cadre de son mouvement franco-japonais La Nouvelle Manga.

Manga s’écrit mangas au pluriel, selon la règle du pluriel des mots étrangers intégrés dans la langue française (les dictionnaires actuels ne donnent d’ailleurs pas le mot comme invariable).

Les mangas se lisent originellement de droite à gauche (ce qui correspond au sens de lecture japonais), en commençant par la dernière page. Cela amène une certaine confusion puisque la lecture des mots se fait alors dans le sens inverse de celui des cases (ce qui n’est pas le cas au Japon). Introduits en France en 1978 avec la revue Le cri qui tue, les mangas ne sont publiés dans ce sens que depuis 1995 environ. Toutefois, les éditeurs français ne se plient pas systématiquement à cette spécificité. Certains choisissent alors de simplement retourner les images, ce qui occasionne des incohérences pouvant sembler douteuses (un droitier qui devient gaucher, un coup porté au cœur qui perd son sens). D’autres adaptent entièrement les ouvrages en retournant seulement certaines images, en changeant la mise en page et en redessinant certains éléments graphiques, ce qui a pour mérite de faire correspondre la forme des phylactères avec l’horizontalité des systèmes d’écriture occidentaux (Casterman notamment, dans sa collection Écritures), mais génère toutefois un surcoût significatif.

La plupart des éditeurs français ont actuellement adopté le sens de lecture japonais, dans un but d’économie et de respect de l’œuvre. Cela les expose à se couper d’un lectorat plus large (notamment âgé) que les habitués du genre. Depuis son « invention » par Rodolphe Töpffer en 1827, la bande dessinée occidentale a été codifiée pour une lecture exécutée de gauche à droite et le lecteur risque donc de lire la fin d’une action ou d’un gag avant le début. Cependant, la vague de démocratisation qu’a connu le manga en France auprès des jeunes a fait qu’ils sont désormais plus habitués à un autre sens de lecture.

Le sens de lecture japonais est également devenu le standard de lecture des
En 2002 le marché du manga représentait 22,6 % des bénéfices de l’industrie éditoriale japonaise et 38,1 % des livres et magazines publiés au Japon étaient des mangas. Le volume de vente de mangas au Japon représentait quant à lui, en 2006, environ 27 % du total des livres vendus au Japon. Le marché du manga génère ainsi une importante activité économique pour le pays avec un bénéfice de 40,67 milliards de yens pour l’année 2007, et il est estimé que près d’un Japonais sur douze lit au moins une fois un manga par semaine.

La grande popularité des mangas rivalise avec les grands noms de la bande dessinée européenne ; ainsi, les 42 tomes de Dragon Ball se sont vendus à plus de 230 millions d’exemplaires dans le monde et les 95 tomes de One Piece se sont vendus à plus de 430 millions d’exemplaires dans le monde, un chiffre qui surpasse celui enregistré par Les Aventures de Tintin avec 24 albums édités à plus de 200 millions d’exemplaires. Rien qu’au Japon, le tirage de One Piece dépasse les 360 millions d’exemplaires à la sortie du tome 86 le 4 août 2017.

Les mangas sont vendus moins chers au Japon qu’en Europe, leur prix avoisinant les 500 yens (5,23 euros en juillet 2012), alors qu’en France, le prix d’un manga se situe généralement entre 6 et 15 euros selon le format et les éditions. Les mangas publiés dans les magazines de prépublication sont considérés au Japon comme des objets de grande consommation plutôt que comme des objets de valeur. Cependant, des éditions reliées et brochées à l’image de celles paraissant en Occident, sont destinées à être collectionnées et conservées.

Depuis son ouverture en novembre 2006, le musée international du manga de Kyoto offre une impressionnante collection de mangas (plus de 300 000 volumes en 2012, sachant que la collection est amenée à évoluer).

Le manga, bien que très ancré dans la culture japonaise moderne, trouve ses prémices dans la peinture narrative qui apparaît à l’époque de Nara, avec l’apparition des premiers rouleaux narratifs peints japonais : les emakimono. Ces œuvres associaient en effet des peintures à des textes calligraphiés qui assuraient, ensemble, le récit d’une histoire que l’on découvrait au fur et à mesure que se déroulait le rouleau. Le premier des emakimono, l’E inga kyō (絵因果経?), illustration d’un sûtra, était la copie d’une œuvre chinoise et marquait une nette séparation entre le texte et la peinture. Pourtant, durant l’époque de Heian apparaissent les premiers emakimono de goût japonais (le style yamato-e), dont l’emaki du Genji monogatari datant du XIIe siècle est l’un des plus anciens représentants conservés. Ces derniers faisaient souvent intervenir de courts textes explicatifs après de longues scènes peintes. Les Chōjū-giga, soient « caricatures de la faune », une satire anthropomorphique, sont constitués uniquement de dessins à l’encre. Cette priorité accordée à l’image – qui peut assurer seule la narration – est aujourd’hui une des caractéristiques les plus importantes du manga.

De même, lors de la période Edo, les estampes étaient d’abord destinées à l’illustration de livres, mais, très vite, le rapport de force s’inversa et l’on vit l’apparition de « livres à lire » en opposition avec les « livres à regarder », les kusazōshi tels que le kibyōshi. Puis vint la disparition relative des écrits complémentaires et la naissance de l’estampe « indépendante » en une seule illustration, qui est la forme la plus fréquente de l’ukiyo-e. C’est d’ailleurs Katsushika Hokusai (1760-1849), le fondateur de l’estampe de paysage, qui donna son nom au manga (littéralement « dessins grotesques »), nommant ainsi ses célèbres caricatures les Hokusai Manga, qu’il publia de 1814 à 1834 à Nagoya.

Enfin, et notamment dans le manga de type shōjo, l’Art nouveau occupe une place prépondérante parmi les influences des mangaka, tout en sachant que ce mouvement a été provoqué en partie par le japonisme en Europe, à la suite de la découverte des estampes par les Occidentaux.

Pendant la restauration Meiji, à partir de 1868, l’ouverture obligatoire du Japon au commerce extérieur s’accompagne d’une modernisation rapide du pays sous influence occidentale. De nombreux étrangers sont attirés au Japon pour enseigner les sciences et technologies occidentales et de riches Japonais voyagent en Europe. Edo, rebaptisée Tokyo, voit ses rues, éclairées par des réverbères, se peupler de pousse-pousse sans oublier les bicyclettes d’importation. C’est la création du yen et l’interdiction du chonmage (丁髷?, chignon traditionnel) et du port du shin-shintō (新新刀?, sabre). L’usage du kimono et du hakama (pantalon traditionnel) diminue au profit du costume occidental accompagné du chapeau et du parapluie, pour les hommes, et d’une coiffure européenne pour les femmes.

Les deux seuls quotidiens existants au début des années 1860 étaient à destination de la colonie étrangère, le Nagasaki Shipping List and Advisor (bihebdomadaire de langue anglaise) et le Kampan Batavia Shinbun (Journal officiel de Batavia). La presse japonaise naît avec le Yokohama Mainichi Shinbun en 1871 et le Tokyo Nichinichi Shinbun en 1872. C’est le Shinbun Nishikie, créé en 1874, qui introduit le premier les estampes dans la presse japonaise.

Sous l’occupation américaine, les mangakas d’après-guerre subissent l’énorme influence des comic strip qui sont alors traduits et diffusés en grand nombre dans la presse quotidienne japonaise. Sazae-san de Machiko Hasegawa sera le premier grand succès d’après-guerre19. Cette génération a vu ses villes rasées, ses pères vaincus, son empereur déchu de sa divinité, et ce que leurs idéologies véhiculaient jeté dans les poubelles de l’Histoire par les vainqueurs32. Les bombardiers B29, les avions invulnérables, et les jeeps armées apparaissent dans la vision des futurs mangaka encore adolescents. Après sa défaite, le Japon s’est reconstruit au prix d’un lourd sacrifice ; d’ailleurs dans les mangas apparaît souvent la devise de Shōnen Jump : « Amitié, effort, victoire » (devise choisie par les lecteurs).

L’un d’entre eux, influencé par Walt Disney, révolutionnera le genre et donnera naissance au manga moderne : il s’agit du célèbre Osamu Tezuka. C’est en effet Tezuka qui introduira le mouvement dans la bande dessinée japonaise par des effets graphiques comme des traits ou des onomatopées soulignant toutes les actions comportant un déplacement, mais aussi et surtout par l’alternance des plans et des cadrages comme il en est usage au cinéma, rompant ainsi avec une tradition théâtrale, les personnages étant jusque-là toujours représentés en pied, à égale distance et au centre de l’image. On considère généralement Shin-Takarajima (新宝島?, lit. « La nouvelle île au trésor »), parue en 1947, comme marquant le début du manga moderne.

L’animation étant la véritable passion de Tezuka, il réalisa la première série d’animation japonaise pour la télévision en janvier 1963, d’après l’une de ses œuvres : Tetsuwan Atom (鉄腕アトム, Tetsuwan Atomu?), plus connue en France sous le nom d’Astro, le petit robot. Finalement, le passage du papier au petit écran devint courant et l’aspect commercial du manga prit de l’ampleur. Tezuka bouleversa le mode d’expression du manga, en explora les différents genres – alors principalement infantiles – et en inventa de nouveaux. Il inspira de nombreux artistes tels que le duo Fujiko Fujio (Obake no Q-tarō, Doraemon), Fujio Akatsuka (Tensai bakabon) et Shōtarō Ishinomori (Cyborg 009, Kamen Rider) qui se succédèrent au Tokiwasō, voire Leiji Matsumoto (Galaxy Express 999).

Les années 1960 voient l’émergence de mangas plus dramatiques dans lesquels sont abordés des sujets plus « sérieux » et réalistes, appelés gekiga. Initié par Yoshihiro Tatsumi et Takao Saitō (Golgo 13), le style influencera notamment Sampei Shirato (Ninja bugeichō, Kamui den), Shigeru Mizuki (Kitaro le repoussant) et le duo Tetsuya Chiba/Asao Takamori (Ashita no Joe), la plupart de ces auteurs participant au magazine d’avant-garde Garo.

En 1964 naît l’association des mangaka du Japon (日本漫画家協会, Nihon mangaka kyōkai?), qui décerne des prix annuels à partir de 1972.

Dans les années 1970, le manga pour filles, écrit par des femmes (shōjo) se développe à l’initiative du groupe de l’an 24, notamment Moto Hagio (Poe no ichizoku) et Keiko Takemiya (Kaze to ki no uta), puis de Riyoko Ikeda (La Rose de Versailles), Suzue Miuchi (Glass no Kamen), et Yumiko Igarashi et Kyoko Mizuki (Candy Candy)19. Mettant en avant les relations psychologiques des personnages, il se détache des mangas pour garçons (shōnen).

En 1985, Tezuka Osamu reçoit le prix culturel de Tokyo, et en 1990, un an après sa mort, le Musée d’art moderne de Tokyo lui consacre une exposition. Cet événement marque l’introduction du manga dans l’histoire culturelle japonaise.

Ainsi, les mangas « grandissant » en même temps que leurs lecteurs et se diversifiant selon les goûts d’un public de plus en plus important, l’édition du manga représente plus d’un tiers par ses tirages, et près d’un quart par ses revenus, de l’ensemble de l’édition japonaise. En 2008, sur 3,2 milliards de publications vendues au Japon (2 000 milliards de yens), on comptabilisait 669 millions de magazines de manga (21 % des publications) et 478 millions de recueils de manga (15 %), pour un chiffre d’affaires respectif de 211 et 237 milliards de yens (22 % des ventes totales), chiffre relativement stable depuis le début des années 1990. Les hommes de moins de 30 ans lisent environ six mangas par mois, contre trois pour les femmes. La vente de mangas numériques représentait déjà en 2008 3/4 des ventes de livres électroniques avec 35 milliards de yens.

Le manga va plus loin, il en existe des jeux de cartes, des jouets, des jeux vidéo, des films d’animation et des films ; ces derniers pouvant même être à l’origine d’un manga (comme c’est le cas avec Pokémon qui était à l’origine un jeu vidéo). Il est devenu un véritable phénomène de société puisqu’il touche toutes les classes sociales et toutes les générations, traitant de tous les thèmes imaginables : la vie à l’école, celle du salarié, le sport y compris cérébral tel le jeu de go, l’amour, la guerre, l’épouvante, jusqu’à des séries plus didactiques comme la littérature classique, l’économie et la finance, l’histoire, la cuisine et même le code de la route, dévoilant ainsi ses vertus pédagogiques.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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