Les fontaines “Wallace”.

Les fontaines Wallace sont des points d’eau potable publics, des fontaines qui se présentent sous la forme de petits édicules en fonte présents dans plusieurs villes dans le monde.

Dessinées par Charles-Auguste Lebourg, elles tiennent leur nom de Richard Wallace, le philanthrope britannique qui finança leur édification. Elles sont souvent associées par les étrangers à l’image de Paris, car c’est dans cette ville qu’elles furent implantées en premier et qu’on en trouve le plus en France.


Pendant la guerre de 1870 déclarée par Napoléon III contre la Prusse, Paris connaît des temps très durs. La proclamation de la République, l’épisode de la Commune de Paris, les bombardements destructeurs des Prussiens, la défaite cuisante qui laisse l’Alsace-Lorraine à ces derniers, sont autant de bouleversements qui nuisent à la ville.

La reconstruction de la capitale est très rapide, malgré les ravages. En moins de dix ans, elle est transformée : nouveaux bâtiments (Sacré-Cœur), nouveaux boulevards (Raspail, Saint-Germain). La mode est à la philanthropie : les bourgeois fortunés financent de nombreuses « bonnes œuvres » (Croix-Rouge, Armée du salut, Société philanthropique), soit pour entretenir leur réputation, soit le plus souvent de façon anonyme, par charité chrétienne et pour que leur argent serve à soulager la misère2.

Parmi ces philanthropes, Sir Richard Wallace est l’un des plus éclectiques et des plus discrets.

Fontaine Wallace à Paris, carte maximum, 14/12/2001.

Ayant hérité de son père une grande fortune en août 1870, il décide d’en faire profiter les Parisiens, ce qui lui vaut une grande popularité. On peut le considérer comme un philanthrope, au sens propre du terme, comme il y en avait beaucoup à l’époque. Son dévouement le pousse à rester dans sa villa parisienne assiégée pour pouvoir être là où on avait besoin de lui, plutôt que de se réfugier dans une de ses luxueuses propriétés.

Il fonde également un hôpital, s’occupe de l’accueil des victimes des bombardements et de la distribution de vivres à la population. Il reste toujours fidèle à sa nation d’adoption, la France, où il repose désormais, au cimetière du Père-Lachaise.

Les fontaines portant son nom comptent parmi ses nombreuses contributions au patrimoine parisien.

À la suite du siège de Paris et à la Commune, de nombreux aqueducs sont détruits, et le prix de l’eau, déjà élevé, en est considérablement augmenté. De nombreux démunis se trouvent dans l’impossibilité d’en trouver gratuitement.

Dès lors, la tentation des « marchands de vin » est grande chez les indigents, et c’est un devoir moral que de les aider et de leur permettre de ne pas plonger dans l’ivrognerie. Le besoin urgent de ces « brasseries des quatre femmes » est clairement prouvé par la vitesse à laquelle le projet est concrétisé. Encore aujourd’hui, où l’eau et l’hygiène ne sont pas un problème pour la grande majorité des Parisiens, ces fontaines sont souvent les seuls points d’eau gratuits pour des personnes comme les SDF. Riches ou pauvres, tous les passants peuvent s’y désaltérer.

La philosophie de Wallace est d’aider efficacement et discrètement ceux qui en ont besoin : les fontaines sont la manière d’y parvenir tout en réalisant son souhait d’embellir Paris, sans faire dans le spectaculaire.

À Paris, le choix de l’emplacement des fontaines est laissé à la ville de Paris. Celles-ci doivent être facilement accessibles au public et s’intégrer de la façon la plus harmonieuse possible dans leur environnement. La plupart sont érigées sur des places ou à l’angle d’une rue. C’est Eugène Belgrand, ingénieur des Ponts et Chaussées qui fut directeur des Eaux et Égouts de Paris et qui travailla beaucoup avec le préfet Haussmann, qui est chargé de choisir leur emplacement.

La première fontaine Wallace est installée et mise en eau en août 1872 sur le boulevard de la Villette ; les chroniqueurs de l’époque rapportent qu’un nombre considérable de Parisiens sont présents et tentent de s’en approcher dans une bousculade effrénée. Aucun personnage officiel n’était présent à cette inauguration.

Fontaine Wallace de Bollène, entier postal repiqué.

Richard Wallace conçoit lui-même ces fontaines, faites pour allier esthétique et utilité. Elles sont conçues dans le respect d’un strict cahier des charges :

  • la taille : assez grande pour être visible de loin, mais pas trop pour ne pas rompre l’harmonie du paysage ;
  • la forme : à la fois pratique d’utilisation et esthétique ;
  • le prix : abordable pour permettre l’installation de dizaines d’exemplaires ;
  • le matériau utilisé : résistant, facile à travailler, et commode d’entretien.
    Les emplacements sont choisis par la mairie, ainsi que la couleur : vert profond, comme tout le mobilier urbain de cette époque, afin d’être discret et en harmonie avec les parcs et allées bordées d’arbres.

Wallace crée quatre modèles différents, de taille et de conception différentes. Le matériau utilisé est la fonte, matériau économique, facile à mouler, robuste, et très utilisé à l’époque. La quasi-totalité de la dépense est prise en charge par Wallace. La ville de Paris participe à hauteur de 1 000 francs pour le grand modèle, et 450 francs pour le modèle mural.

La réalisation des fontaines sera l’œuvre des fonderies du Val d’Osne, situées dans la Haute-Marne, près de Saint-Dizier, grande région de production de fonte d’art alors. On peut lire sur le socle des plus anciennes fontaines la signature de l’usine. Plus tard, la production (qui se prolonge toujours actuellement) se fera à Sommevoire (Haute-Marne) par la Générale d’hydraulique et de mécanique, Antoine Durenne ayant racheté le Val d’Osne et continuant à produire d’innombrables statues, fontaines et pièces de mobilier urbain.

Le succès des fontaines Wallace engendrera naturellement des copies par des fonderies concurrentes, ce qui explique qu’on trouve des fontaines qui sont « à la manière de », sans être d’authentiques fontaines Wallace.

Souhaitant que son projet se concrétise le plus rapidement possible, Wallace en confie la charge à Charles-Auguste Lebourg, un sculpteur à qui il a déjà fait appel. Ce Nantais améliore les croquis de Wallace, pourtant déjà très précis et réfléchi, pour faire de ces fontaines de véritables œuvres d’art.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

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