Les chutes du Niagara.

Les chutes du Niagara ou chutes Niagara (toponyme officiel au Canada ; en anglais Niagara Falls), sont un ensemble de trois chutes d’eau situées sur la rivière Niagara qui relie le lac Érié au lac Ontario, dans l’est de l’Amérique du Nord, à la frontière entre le Canada et les États-Unis :

  • les « chutes du Fer-à-Cheval » (Horseshoe Falls) ou « chutes canadiennes » ;
  • les « chutes américaines » (American Falls) ;
  • les « chutes du Voile de la Mariée » (Bridal Veil Falls).

Bien qu’elles ne soient pas particulièrement hautes (57 m), les chutes du Niagara sont très larges. Avec un débit de plus de 2 800 m3/s, elles sont les chutes les plus puissantes d’Amérique du Nord et parmi les plus connues à travers le monde.

Renommées pour leur beauté, les chutes du Niagara sont aussi une source immense d’énergie hydroélectrique et leur préservation est un défi écologique. Cette merveille naturelle, haut-lieu du tourisme depuis plus d’un siècle, est partagée par les villes jumelles de Niagara Falls (New York) aux États-Unis et Niagara Falls (Ontario) au Canada.


Les chutes du Niagara, ainsi que la rivière Niagara et les Grands Lacs nord-américains, sont apparues lors de la déglaciation qui a suivi la période glaciaire du Wisconsin, il y a environ 30 000 à 50 000 ans. Durant cette période, cette région était couverte par un énorme glacier continental (inlandsis laurentidien) qui en fluant vers le sud depuis le territoire canadien oriental a broyé et transporté roches et sols sur son parcours. Il a surcreusé des vallées, emplacements des futurs lacs, et en a barré d’autres par des moraines.

Pendant et après la fonte de l’inlandsis, les cours d’eau ont dû se frayer un chemin vers le nord-ouest, dans une topographie bouleversée, en incisant de nouveaux lits. La localisation actuelle du canal Welland correspondrait à une ancienne vallée. Les flots provenant des Grands Lacs en amont formèrent l’actuelle rivière Niagara. Celle-ci ne pouvant plus suivre son ancienne vallée remblayée emprunta alors un nouvel exutoire passant par un escarpement de regard nord qu’il éroda en gorges. Cet escarpement est un front de cuesta dû à un pendage monoclinal vers le sud6 et à la résistance de la formation géologique du Lockport (−415 millions d’années, Silurien), résistante à l’érosion, entre le lac Érié et le lac Ontario. La partie inférieure de l’escarpement, composée de roches marines largement antérieures à la dernière glaciation, a ainsi été soumise à l’érosion de la rivière Niagara. Trois principales formations géologiques sont à l’affleurement dans les gorges du Niagara.

La rivière nouvellement établie rencontra d’abord la résistante formation du Lockport, dont l’érosion se fit beaucoup plus lentement que celle des roches plus tendres situées en dessous. La photo aérienne montre  clairement le chapeau rocheux composé de la roche dure de la formation de Lockport (Silurien moyen), en amont des rapides. Son dénivelé représente environ le tiers supérieur de la hauteur des chutes. Cette formation est composée d’une couche très dense et très dure de calcaire et de dolomite.

Les deux tiers inférieurs de l’escarpement laissent apparaître la formation de Rochester (Bas Silurien), une couche beaucoup plus tendre et friable, avec un pendage plus fort. Elle est principalement composée de marne, bien qu’entrecoupée de fines couches de pierre calcaire, et contient de nombreux fossiles. Cette couche s’érodant plus rapidement, la rivière a contourné de part et d’autre l’éminence rocheuse dure et a creusé les chutes.

Submergée sous la rivière, dans la vallée inférieure, à l’abri des regards, se situe la formation de Queenston (Ordovicien supérieur), composée de schistes et de grès fins. Les trois formations proviennent d’une ancienne mer, et leurs différents faciès sont issus d’un changement de conditions de cette mer.

À l’origine, les chutes du Niagara étaient proches du site actuel de Lewiston dans l’État de New York et de Queenston en Ontario, mais l’érosion de ces crêtes a causé le recul des chutes d’eau de quelques kilomètres. Juste en amont de l’endroit actuel des chutes, Goat Island divisa le courant de la rivière Niagara, ce qui eut pour conséquence de séparer le « Fer à Cheval » à l’ouest des chutes américaines et du Voile de la Mariée à l’est. Bien que l’érosion et la récession des chutes aient été ralenties dernièrement grâce aux nouvelles technologies, les chutes vont sans doute reculer assez loin pour drainer la plupart du lac Érié, dont le fond est plus profond que la hauteur des chutes. Les ingénieurs s’efforcent aujourd’hui de réduire le taux d’érosion pour retarder cet événement aussi longtemps que possible.

Les chutes tombent d’une hauteur de 52 mètres (170 pieds), bien qu’en ce qui concerne les chutes américaines l’on ne puisse voir clairement qu’une hauteur de 21 mètres (70 pieds) avant que l’eau n’atteigne un amas de roches brisées provenant d’un énorme rocher tombé en 1954. Les chutes canadiennes, les plus larges, ont une longueur d’environ 792 mètres (2 600 pieds), alors que les chutes américaines sont larges seulement de 323 mètres (1 060 pieds). Le débit des chutes durant la haute saison est de 5 720 m3/s. Pendant l’été, lors de la déviation maximale de l’eau servant à la production hydroélectrique, le débit chute à 2 832 m3/s, dont près de 90 % passent par « le Fer à Cheval ». Ce débit est encore divisé par deux durant la nuit, quand la majeure partie de la déviation de l’eau à des fins  hydroélectriques se produit.

Une polémique existe pour savoir quel Européen fut le premier à fournir des descriptions écrites et orales des chutes du Niagara. Samuel de Champlain eut connaissance de Niagara par ses échanges avec des autochtones. « Ce ne peuvent être aussi que les Hurons qui ont révélé à Champlain l’existence d’une route fluviale reliant sans interruption le lac Huron au fleuve Saint-Laurent. Même les chutes du Niagara ont dû alors lui être signalées, car il dessinera clairement une cascade sur sa carte de 1632,… » Le cartographe Guillaume Delisle compila les renseignements des récits de Champlain et de Cartier sur une carte sur laquelle apparaît un saut d’environ une lieue de large, d’où il descend un très grand courant dans le grand lac.

Le 2 novembre 1640, le père Jérôme Lalemant décrit la rivière Niagara comme élément du système hydrologique à l’origine du fleuve Saint-Laurent : « Cette rivière ou fleuve est celui par lequel se décharge notre grand lac des Hurons ou mer Douce, qui se rend premièrement dans le lac Érié ou de la nation du Chat, et jusque-là elle entre dans les terres de la nation Neutre et prend le nom d’Onguiaahra, jusqu’à ce qu’elle se soit déchargée dans l’Ontario ou lac de Saint-Louis, d’où enfin sort le fleuve qui passe devant Quebek, dit de Saint-Laurent. De sorte que si une fois on était maître de la côte de la mer (le lac Ontario) plus proche de la demeure des Iroquois, on monterait par le fleuve de Saint-Laurent, sans danger, jusqu’à la nation Neutre, et au-delà de beaucoup, avec épargne notable de peine et de temps. »

Le Père Paul Ragueneau écrivait du pays des Hurons, le 16 avril 1648 : « De la nation Neutre, tirant jusqu’au midi, on trouve un grand lac quasi de deux cents lieues de tour, nommé Érié, qui se forme de la décharge de la Mer Douce, et qui va se précipiter par une chute d’eau d’une effroyable hauteur dans un troisième lac nommé Ontario, que nous appelons lac Saint-Louis. Ce lac nommé Érié était autrefois habité, en ses côtes qui sont vers le midi, par de certains peuples que nous nommons la nation du Chat, qui ont été obligés de se retirer bien avant dans les terres pour s’éloigner de leurs ennemis, qui sont plus vers l’occident. Ces gens de la nation du Chat ont quantité de bourgades arrêtées, car ils cultivent la terre et sont de même langue que nos Hurons.”. »

Paul Ragueneau visita les chutes 35 ans avant Hennepin. Le père Louis Hennepin observa et décrivit les chutes du Niagara beaucoup plus tard, en 1678, après avoir parcouru la région avec l’explorateur René Robert Cavelier, sieur de la Salle, le soumettant ainsi à l’attention du monde entier.

Hennepin fut aussi le premier à décrire les chutes de Saint Anthony dans le Minnesota. Il revendiqua par ailleurs avoir descendu le fleuve Mississippi jusqu’au golfe du Mexique, ce qui fut ultérieurement réfuté et porta le doute sur la validité de ses écrits et croquis des chutes du Niagara.

Certains attribuent au naturaliste finno-suédois Pehr Kalm la description originale manuscrite faite lors d’une expédition dans la région au début du XVIIIe siècle.

Pendant le XIXe siècle, le tourisme devint populaire, et ce fut une des zones touristiques les plus visitées à partir du milieu du siècle. Le frère de  Napoléon, Jérôme Bonaparte les visita avec sa jeune femme au début du XIXe siècle. Les nombreuses réclamations pour la création d’un passage au-dessus de la rivière Niagara ont conduit, en 1848, à la construction d’une passerelle puis à la construction du « pont suspendu de Niagara » par Charles R. Ellet.

Il fut supplanté, en 1855, par le « pont suspendu des chutes Niagara » du germano-américain John Augustus Roebling. En 1886, Leffert Buck remplaça le pont de Roebling fait de bois et de pierre par un pont en acier qui aujourd’hui encore continue de transporter des trains au-dessus de la rivière Niagara. La première voûte en acier construite à côté des chutes fut achevée en 1897. Aujourd’hui connu comme le Whirlpool Rapids Bridge (pont des rapides tourbillonnants), il transporte des véhicules, des trains, ainsi que des piétons entre le Canada et les États-Unis en passant juste au-dessous des chutes. En 1941, la « Commission des ponts des Chutes du Niagara » réalisa la troisième traversée dans la région des chutes du Niagara avec le Rainbow Bridge (pont de l’arc-en-ciel), qui transporte à la fois des piétons et des véhicules.

Les chutes font l’objet d’innombrables histoires, une des plus intéressantes raconte le jour où elles ont cessé de couler. Le 29 mars 1848, le grondement habituel des chutes s’est arrêté. Le flot des chutes avait fait place à un mince filet d’eau. Les gens ont accouru en foule pour observer ce phénomène invraisemblable. Certains l’ont vu comme un signe que la fin du monde approchait. D’autres se sont amusés à traverser à maintes reprises le lit de la rivière, acte qui aurait normalement causé la mort de quiconque aurait tenté de le faire. On a découvert une multitude d’objets au fond de la rivière tarie, notamment des baïonnettes, des fusils, des tomahawks et d’autres artéfacts datant de la guerre anglo-américaine de 1812. Un encombrement de la rivière par de la glace s’était formé en amont, à l’embouchure de la rivière Niagara et du lac Érié, et empêchait les eaux de descendre la rivière. Pendant la nuit du 31 mars, la glace a cédé et la rivière a recommencé à couler jusqu’aux chutes.

En particulier après la Première Guerre mondiale, le tourisme a connu un nouveau boom car les automobiles rendirent l’accès aux chutes beaucoup plus aisé.

L’histoire des chutes du Niagara, au XXe siècle, est en grande partie liée aux efforts faits pour capter l’énergie des chutes pour l’énergie hydroélectrique et pour maîtriser le développement effréné de chaque côté — américain et canadien — qui menaçait la beauté naturelle du site.

Le 5 août 1951, William « Red » Hill Jr perd la vie en tentant de sauter les chutes dans un cylindre formé de 13 chambres à air reliées et retenues par un filet, appareil bricolé sans grand moyen qu’il a baptisé « the Thing » (la « Chose ») et qui se révèle insuffisamment robuste pour supporter le choc des chutes. À la suite de cette mort, toute tentative d’acrobatie de la part du public est interdite sur les chutes.

L’afflux maximum de visiteurs se fait en été, lorsque l’on peut admirer le spectacle des chutes du Niagara de jour comme en soirée. Du côté canadien, des projecteurs illuminent les deux côtés des chutes du crépuscule à minuit.

Du côté américain, les chutes du Niagara peuvent être admirées des chemins de randonnées ou de la tour d’observation de Prospect Park. Près de là, les sentiers des Cavernes des Vents mènent les randonneurs par un escalier de quelque trois cents marches jusqu’à un point situé sous les chutes du Voile de la Mariée. Les Niagara Scenic Trolley (« Tramways pittoresques du Niagara ») offrent également des circuits guidés le long des chutes américaines.

Du côté canadien, le parc de la Reine Victoria présente des jardins travaillés, et des terrasses offrant une vue sur les chutes américaines et du Fer à Cheval. Le soir, en fonction des saisons et des jours, le parc est animé d’illuminations et des feux d’artifice. En souterrain, un chemin mène dans des chambres d’observations qui donnent l’illusion d’être à l’intérieur même des chutes. Le point d’observation de la tour Skylon, située non loin de là, offre le point de vue culminant sur les chutes, et dans la direction opposée, permet de voir aussi loin que Toronto. C’est, avec la tour Konica Minolta, l’une des deux tours canadiennes avec vue sur les chutes. Le long de la rivière Niagara, le Niagara River Recreational Trail (« Chemin récréatif de la rivière Niagara ») parcourt les 56 km séparant Fort Érié de Fort George, et présente de nombreux sites historiques de la guerre de 1812.

Les croisières Maid of the Mist nommées d’après un personnage de la mythologie indienne Ogiara, transportent des passagers dans les tourbillons derrière les chutes depuis 1846. En 2014, Hornblower Cruises a remplace Maid Of the Mist sur la rive Canadienne. Les téléphériques espagnols, construits en 1916 d’après les plans de l’ingénieur espagnol Leonardo Torres Quevedo, sont des téléphériques qui transportent des passagers au-dessus du tourbillon, derrière les chutes du côté canadien.

En 2016, deux tyroliennes sont désinstallées.

Une statue de l’inventeur Nikola Tesla a été installée.

Source : Wikipédia.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Désolé, mais la copie des textes et des images n'est pas autorisée.