Léon Blum, homme d’état.

Léon Blum, né le 9 avril 1872 à Paris et mort le 30 mars 1950 à Jouy-en-Josas, est un homme d’État français.

Figure du socialisme, Blum fut l’un des dirigeants de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), et président du Conseil des ministres, c’est-à-dire chef du gouvernement français, à deux reprises, de juin 1936 à juin 1937, puis de mars à avril 1938.

Il a marqué l’histoire politique française pour avoir refusé l’adhésion à la Troisième Internationale communiste en 1920, et pour avoir été le président du Conseil des ministres du Front populaire en 1936. Il ne peut aider militairement les républicains espagnols à cause des radicaux qui annoncent qu’ils feraient tomber le gouvernement pour empêcher cette livraison d’armes ou cette intervention directe (pendant la guerre civile en Espagne), ce qui a entraîné le retrait du soutien des communistes au Front populaire (qui était composé à la base du Parti communiste, de la SFIO (ancien nom du Parti socialiste de 1905 à 1969, des radicaux et de divers gauche). En juin 1937, Léon Blum démissionne une première fois du poste de président du Conseil. Il retrouve ses fonctions de chef du gouvernement, brièvement, du 13 mars au 10 avril 1938. Lors de l’occupation de la France par les armées du Troisième Reich, il est emprisonné par le régime de Vichy, traduit en justice lors d’une parodie de procès, puis dépo

Président du gouvernement provisoire de la République française de décembre 1946 à janvier 1947, son cabinet sera chargé de mettre sur les rails les institutions de la IVe République.

Ses réformes, en particulier lors de sa présidence du Conseil de 1936-1937, ont permis une amélioration générale de la condition des employés (congés payés, réduction du temps de travail, entre autres), et il a fait participer plusieurs femmes à ses gouvernements. Il est généralement considéré comme l’une des grandes figures du socialisme français.


Il est le second fils d’Abraham Blum, né le 22 juillet 1831 à Westhoffen (Bas-Rhin), qui tient un commerce prospère de rubans et soieries, et d’Adèle Marie Alice Picart, née le 7 novembre 1841 à Paris, dans l’ancien 6e arrondissement, tous deux de religion juive. Ils se marient le 4 mars 1869 dans le 1er arrondissement de Paris. Ils habitent au dessus du magasin au 243, rue Saint-Denis (2e arrondissement), où André Léon Blum naît le 9 avril 1872. Il a un frère aîné, Lucien, né en 1871, et aura trois cadets : Marcel (1874), Georges (1876) et René (1878).

Léon Blum, carte maximum, Paris, 18/12/1982.

À partir de 1876, aux côtés de Lucien, il fait une scolarité primaire comme interne dans différentes institutions (pensions Roux, rue d’Aboukir ; pension Pignerol). En 1882, il entre en sixième au lycée Charlemagne et est interne à la pension Kahn (rue des Francs-Bourgeois) ; il fait une brillante scolarité secondaire. En 1888, il part au lycée Henri-IV faire sa classe de Philosophie. Il y rencontre André Gide ; à l’âge de 17 ans, il publie ses premiers poèmes dans une revue créée avec celui-ci. En 1889, il obtient le second prix du concours général de philosophie et est reçu au baccalauréat.

En juillet 1890, il est reçu (23e sur 25) à l’École normale supérieure où il va faire la connaissance du futur bibliothécaire Lucien Herr. Mais il se désintéresse des cours et, ayant échoué aux examens de licence de première année, il est exclu de l’école (octobre 1891). Il poursuit ensuite des études de Lettres à l’université de Paris, mais commence aussi des études de droit ; il obtient la licence de droit en 1894.

l se présente alors au concours du Conseil d’État et est reçu à sa deuxième tentative. Âgé de 23 ans, il est nommé auditeur en décembre 1895.

Il va y faire une carrière de près de 25 ans, interrompue seulement par ses fonctions de chef de cabinet de Marcel Sembat, ministre socialiste des Travaux publics, de 1914 à 1916.

Il a été commissaire du gouvernement dans des affaires célèbres jugées par le Conseil, comme l’arrêt « Granits porphyroïdes des Vosges » de 1912, « Époux Lemonnier » de 1918 ou encore « Compagnie générale française des tramways » de 1910, qui ont contribué à forger la jurisprudence administrative.

C’est à l’occasion de l’affaire Dreyfus que Léon Blum se lance réellement en politique. Longtemps convaincu de la culpabilité de Dreyfus, il est sceptique devant les plaidoyers de Bernard Lazare ou de Michel Bréal dont il pense qu’ils cherchent avant tout à défendre sans preuve un coreligionnaire. Finalement, Lucien Herr réussit à le convaincre qu’Alfred Dreyfus a été injustement condamné11. Son rôle dans le déroulement de l’affaire est limité. Le devoir de réserve qui le lie en tant que membre du Conseil d’Etat ne lui permet d’agir qu’en coulisse, en donnant aux avocats de Dreyfus et de Zola des conseils juridiques11. Cet engagement provoque sa rupture avec Maurice Barrès, qu’il considérait jusqu’alors comme son maître en littérature et, surtout, sa rencontre en 1897 avec Jean Jaurès, avec qui il se lie d’amitié.

Léon Blum, épreuve de luxe.

Il rentre en politique au début de la Première Guerre mondiale : en août 1914, réformé pour cause de myopie, il devient chef de cabinet du socialiste Marcel Sembat dans le cadre du gouvernement d’Union Sacrée. Le conseiller d’État y apprend le quotidien de l’action gouvernementale. Lorsque Sembat démissionne en décembre 1916, Léon Blum reprend ses fonctions au Conseil d’État.

Il a toujours soutenu l’effort de guerre et la politique de l’Union sacrée. Malgré les divisions de la SFIO sur la question de la guerre, Blum est resté convaincu qu’il s’agissait de la bonne option. Toutefois, tout en s’opposant aux pacifistes, il ne s’identifiait pas pour autant à l’aile droite du parti.

Ce n’est qu’un peu avant les élections législatives de 1919 que Léon Blum accède au cercle dirigeant de la SFIO. Lors du congrès d’avril 1919, Blum tente de préserver les acquis démocratiques et républicains de Jaurès et d’insuffler aux socialistes une approche progressive de la révolution dans les domaines sociaux, économiques et politiques. C’est grâce à lui que le Parti socialiste conserve une apparence d’unité lors de ces élections. La droite l’emporte néanmoins. Blum est élu pour la première fois député de la Seine ; il démissionne alors du Conseil d’État.

Il devient ensuite secrétaire, puis président du groupe parlementaire socialiste. Député de la Seine de 1919 à 1928 — dans la circonscription Charonne – Père Lachaise de Paris — et de l’Aude de 1929 à 1940, circonscription de Narbonne.

C’est le dirigeant communiste Maurice Thorez qui, par des articles dans L’Humanité, appelle à la formation d’un large « Front populaire » (citant Eugen Fried, représentant de l’IC en France), après que l’ancien chef communiste et futur collaborationniste Jacques Doriot l’ait lui aussi proposé deux années auparavant (le projet avait alors été rejeté par Moscou et Doriot exclu du PCF). Thorez présente d’ailleurs son projet quelques semaines plus tard devant la Chambre des députés. Il propose aussi d’associer à ce Front populaire les radicaux, qui étaient à l’époque liés à la droite et le parti le mieux représenté à la Chambre. Blum fut conseillé par Georges Boris.

Les accords du Front populaire permettent la victoire aux élections législatives françaises d’avril/mai 1936 et débouchèrent sur le premier gouvernement à dominante socialiste de la IIIe République. Blum devient président du Conseil à partir du mois de juin. Il « ne se charge d’aucune responsabilité particulière pour se consacrer tout entier à la direction du gouvernement ». Le gouvernement est alors composé seulement de socialistes et de radicaux, les communistes le soutenant de l’extérieur. Ce gouvernement de Front populaire est aussi le premier à comprendre des femmes, alors qu’à cette époque elles n’ont pas encore en France le droit de voter.

Les raisons de la victoire du Front populaire sont multiples : crise économique, montée d’Adolf Hitler (p.e. remilitarisation de la Rhénanie le 7 mars 1936), scandales financiers, instabilité du gouvernement de la législature de 1932, existence des ligues d’extrême droite, armées et de plus en plus nombreuses, émeutes du 6 février 1934. Tous ces éléments ont participé à son émergence.

Léon Blum condamne l’attitude du PCF face au pacte germano-soviétique, attitude qui provoque le départ d’un certain nombre de communistes qui se tournent vers la SFIO, avec l’aval de Léon Blum, mais contre l’avis d’autres socialistes. Blum se met aussi à dos une partie des socialistes en particulier Paul Faure à cause de ses positions non pacifistes.

Lors de la débâcle, Léon Blum emmène sa famille à Montluçon le 9 juin 1940 avant de rentrer à Paris le 11 juin avec Marx Dormoy, croyant Paul Reynaud et Georges Mandel toujours présents dans la capitale. S’avisant de l’absence de tout membre du gouvernement, les deux socialistes visitent la Chambre des députés déserte. Ils regagnent ensuite la municipalité de Dormoy, où ils apprennent que le gouvernement s’est réfugié à Bordeaux. Blum et Dormoy y parviennent à leur tour, tant bien que mal en plein exode, dans la nuit du 14 au 15 juin40. Autrefois confiant en la réputation « républicaine » de Philippe Pétain, Blum apprend avec stupeur l’attitude capitularde du maréchal le 15 juin40. Affecté par la chute du gouvernement Paul Reynaud survenue le lendemain, le chef socialiste croit encore au départ imminent des ministres devant l’avancée des troupes allemandes. Il donne son aval à la participation de deux membres de la SFIO (Albert Rivière et André Février) au gouvernement Philippe Pétain mais il ne nourrit plus aucune illusion vis-à-vis du maréchal, à plus forte raison lorsque ce dernier, dans son discours du 20 juin, impute la responsabilité de la défaite à l’esprit de jouissance, désignant ainsi le Front populaire comme bouc émissaire.

Bien qu’isolé, suscitant l’hostilité de plusieurs hommes politiques et rejeté par nombre de ses camarades socialistes, Léon Blum se rend à Vichy. Lors du vote des pleins pouvoirs à Pétain (10 juillet 1940), il fait partie des quatre-vingts parlementaires de l’Assemblée nationale qui votent contre, mais le dirigeant socialiste ne prend pas la parole de crainte que son intervention déclenche publiquement le reniement de la majorité de son groupe parlementaire. La peur de Laval, les intimidations du ministre de l’Intérieur Adrien Marquet, l’issue de Mers-el-Kébir et le pacifisme peuvent en partie expliquer que la quasi-totalité des 569 élus présents aient voté les pleins pouvoirs, mais Léon Blum est extrêmement affecté de la désaffection de nombre de siens : […] D’un autre côté, Léon Blum ne peut qu’être frappé par le fait que des centristes, chrétiens ou conservateurs, aient résisté et voté contre le projet Laval.

La Cour suprême de justice est instituée par Pétain, en juillet 1940, pour rechercher les responsables politiques de la guerre. Un grand nombre d’hommes politiques sont condamnés. Blum s’en indigne. Réfugié à Colomiers chez son ami Eugène Montel, il y reçoit une invitation à partir aux États-Unis de Roosevelt, rencontre de nombreux socialistes (Jules Moch, Vincent Auriol, Daniel Mayer…), entend l’appel du 18 juin mais il y est arrêté le 15 septembre 1940, en dépit de son immunité parlementaire, interné en France au château de Chazeron, puis à Bourassol. Ces lieux de détention deviennent le lieu de ralliement des socialistes résistants, comme Jean Pierre-Bloch, Félix Gouin son avocat ou André Philip. L’ancien chef de gouvernement se tient consciencieusement au courant de la situation et exhorte ses camarades à résister.

Par ordre du maréchal Pétain, les journaux reçoivent la consigne d’annoncer, en gros caractères et sur 5 colonnes, le châtiment des responsables présumés de la défaite (octobre 1940).
Il est traduit devant la cour de Riom mais sa défense, et celle de Daladier, est si efficace et si courageuse que le procès est suspendu sine die. Au-delà de Blum ou Daladier, ce sont les présidents du Conseil et les membres du Front populaire qui sont visés. Vichy leur reproche notamment d’être responsables de la défaite en ayant empêché le réarmement de la France par la mise en place de réformes sociales. Blum démontre avec brio que le réarmement n’a jamais été aussi intense que sous le Front populaire, au contraire des gouvernements l’ayant précédé, dont un qui eut pour ministre de la Guerre le maréchal Pétain.

Blum est transféré au fort du Portalet, puis encore transféré par les Allemands en tant qu’otage d’Etat au camp de concentration nazi de Buchenwald le 31 mars 1943, hors de l’enceinte du camp, avec d’autres personnalités politiques, notamment Georges Mandel. Ses conditions de détention ne sont pas celles du camp voisin, et il peut épouser Jeanne Levylier (1899-1982), qui l’y a rejoint volontairement après autorisation de Pierre Laval.

Léon Blum, carte maximum, Paris, 18/12/1982.

Son frère René Blum, directeur d’opéra, fondateur du Ballet de l’Opéra à Monte-Carlo, est torturé puis tué à Auschwitz : il considérait comme une désertion de se réfugier hors de France comme ses amis le lui conseillaient.

Durant sa détention, Léon Blum entretient une importante correspondance et commence à écrire un ouvrage de réflexions qu’il termine en décembre 1944 et qui sera publié après la guerre sous le titre À l’échelle humaine.

Le 24 avril 1945, Léon Blum et sa femme sont emmenés dans un convoi de plus de 130 prisonniers et le 28 avril 1945, ils se retrouvent dans un hôtel à Niederdorf en Tyrol du Sud, où, le 30 avril, ils voient les premiers soldats américains.

A la fin de juillet 1945, il est cité comme témoin dans le Procès Pétain. Il y décrit ce qu’il avait vu à Vichy le 10 juillet 1940 : J’ai vu là pendant deux jours [dit-il] des hommes s’altérer, se corrompre comme à vue d’œil, comme si on les avait plongés dans un bain toxique. Ce qui agissait, c’était la peur : la peur des bandes de Doriot dans la rue, la peur des soldats de Weygand à Clermont-Ferrand, la peur des Allemands qui étaient à Moulins… Et le bruit qu’on faisait courir, […] c’est : « Ceux qui ne voteront pas ne coucheront pas dans leur lit ce soir… ».

Refusant un poste de ministre proposé par de Gaulle, il reprend ses articles quotidiens dans le journal Le Populaire.

Il est le chef de la délégation française, puis le président de la conférence constitutive de l’UNESCO, après avoir négocié l’annulation des dettes de guerre de la France auprès des États-Unis : les accords Blum-Byrnes de mai 1946 autorisent par la même occasion la diffusion des films américains dans les salles de cinéma françaises, introduisant une composante de l’American way of life dans la culture de masse à la française.

Après l’élection, le 11 novembre 1946, d’une nouvelle assemblée nationale, son président, Vincent Auriol, qui exerce en fait les fonctions de chef de l’État, sollicite Léon Blum le 12 décembre pour diriger le dernier gouvernement provisoire, du 16 décembre 1946 au 16 janvier 1947 (c’est le gouvernement dit « de la Saint-Sylvestre », premier gouvernement uniquement composé de socialistes). Pendant cette période de transition Blum fait progresser les négociations avec les travaillistes anglais pour aboutir au traité d’alliance franco-britannique de Dunkerque du 4 mars 1947, première pierre d’une stratégie européenne de défense.

Le 8 novembre 1948, Léon Blum dépose à la barre des témoins lors du procès de La Cagoule, organisation clandestine d’extrême droite.

Il se retire ensuite dans sa maison de Jouy-en-Josas près de Versailles où il meurt, le 30 mars 1950, d’un infarctus à l’âge de 77 ans. Il est resté directeur politique du Populaire jusqu’à sa mort, dénonçant notamment le danger que constitue, selon lui, le RPF pour le régime parlementaire.

Ses obsèques nationales, aux frais de l’Etat, ont lieu le 2 avril place de la Concorde. Son éloge funèbre est prononcée par le président Vincent Auriol, Daniel Mayer, Guy Mollet, Yvon Delbos et Louis de Brouckère.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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