L’école nationale d’administration ENA.

L’École nationale d’administration (ENA) est une grande école d’application française située à Strasbourg et créée en 1945 pour démocratiser l’accès à la haute fonction publique de l’État grâce à des concours. Elle est chargée aujourd’hui d’assurer la sélection et la formation initiale et continue des hauts fonctionnaires de l’État.

L’école accueille chaque année à Strasbourg 80 à 100 élèves en formation initiale auxquels il faut ajouter un tiers d’étrangers, une soixantaine d’élèves de masters et mastère spécialisé ainsi qu’une centaine d’élèves étrangers dans le cadre des cycles internationaux. À ces promotions, il faut ajouter des sessions courtes de formation continue à Paris et à Strasbourg pour des fonctionnaires français et étrangers, soit presque 11 000 personnes par an.

Les 6 500 anciens élèves de l’école sont communément appelés « énarques ». Au cours de la Ve République, les énarques jouent un rôle central dans la vie politique française (quatre présidents de la République, huit Premiers ministres, de nombreux ministres et secrétaires d’État, etc.).

ENA, carte maximum, Strasbourg, 5/10/1995.

Jouissant d’un certain prestige dans l’enseignement supérieur en France, l’ENA est souvent associée à l’élitisme et à la technocratie qui sont sources de critiques depuis sa création. Ainsi, la question de sa suppression ou de sa transformation est à l’étude.

Avant 1945, l’État n’assurait pas une formation unique pour les fonctionnaires responsables de sa haute administration. En effet, si le système du concours – considéré alors comme la seule garantie d’un recrutement impartial et fondé sur le mérite – était déjà généralisé depuis la fin du XIXe siècle, chaque corps ou ministère organisait son propre concours, sans considération pour l’homogénéité de la haute fonction publique. Certains risques de corporatisme ou de népotisme en résultaient.

En 1848 déjà, le ministre de l’Instruction publique Hippolyte Carnot avait eu l’idée de créer une École d’administration, chargée de la formation des administrateurs gouvernementaux. Un décret de création fut rédigé (décret du 8 mars 1848), mais l’école, installée dans l’ancien bâtiment du collège du Plessis, fut fermée en août 1849, quelques mois après son inauguration, lorsque Carnot quitta son poste de ministre.

À partir de 1936 et consécutivement à l’arrivée au pouvoir du Front populaire et de son ministre de l’éducation nationale Jean Zay, l’idée de créer une unique école de sélection et de formation des hauts fonctionnaires voit à nouveau le jour. Elle se heurtera à un vote défavorable du Sénat.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, deux projets aux apparences similaires mais aux objectifs opposés émergent. L’École des cadres d’Uriage, créée par Vichy en 1940, a pour objectif l’instauration d’une nouvelle aristocratie fondée sur le sens du service de l’État. S’éloignant de l’idéologie vichyste, elle sera finalement dissoute par Pierre Laval en décembre 1942. Le second projet, qui est quant à lui conduit peu après la libération par Michel Debré et Emmanuel Monick, aboutira à la création de l’ENA, des Instituts d’études politiques et du Centre de hautes études administratives.

ENA, épreuve de luxe.

L’école nationale d’administration (ENA) a été créée par l’ordonnance no 45-2283 du 9 octobre 1945 par le Gouvernement provisoire de la République française, alors présidé par le Général de Gaulle. Cette décision, qui devait profondément bouleverser la structure même de l’administration publique française, avait été préparée par la Mission provisoire de réforme de l’administration, placée auprès du chef du gouvernement et dirigée par Maurice Thorez, vice-président du Conseil et secrétaire général du Parti communiste français. Après la démission du Général de Gaulle de la présidence du Conseil le 20 janvier 1946, c’est Maurice Thorez qui va réussir à mener à bien la réforme administrative et l’élaboration du statut de la fonction publique, en se préoccupant d’assurer d’abord la naissance de l’école nationale d’administration créée avant son entrée au Conseil. Michel Debré, maître des requêtes au Conseil d’État et commissaire de la République à Angers, animait cette mission de création de l’école. Il a assuré provisoirement la direction de l’école.

« Nous avons créé la République des ingénieurs » se félicitera à ce sujet Georges Pompidou.

L’École s’établit d’abord dans les murs de l’Hôtel de La Meilleraye, au 56 rue des Saints-Pères, à Paris. Le bâtiment, exproprié en 1945 au bénéfice de la Fondation nationale des sciences politiques, est jugé trop petit par le directeur de l’école Henri Bourdeau de Fontenay, qui recherche rapidement une autre implantation. Sur le conseil de Raoul Dautry, ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme, il revendique la Grande Écurie du Château de Versailles, alors affectée au ministère des Armées. Un décret du 14 février 1946 affecte la Grande écurie au ministère de la Fonction publique, avec attribution à l’ENA ; trois projets successifs d’aménagement sont demandés à plusieurs architectes, dont André Lurçat, Albert Morize et Louis Madeline. Mais les crédits manquent, l’Armée rechigne à quitter les lieux, et Bourdeau de Fontenay doit renoncer à son projet versaillais en 1954. L’ENA reste dans ses locaux de la rue des Saints-Pères, qui verront se succéder trente-quatre promotions d’élèves (de la promotion France combattante jusqu’à la promotion Pierre Mendès France).

L’hôtel de Feydeau de Brou, situé au 13 rue de l’Université, a été occupé par le Service hydrographique et océanographique de la marine jusqu’en 1971, date de sa décentralisation à Brest. L’hôtel a alors été restauré et les élèves de la promotion Michel de l’Hospital s’y sont installés en 1978. En avril 2007, cet hôtel particulier a été rebaptisé « Bâtiment René Rémond » par le nouveau propriétaire des murs (la Fondation nationale des sciences politiques).

En 2002, l’ENA a absorbé l’Institut international d’administration publique (IIAP), établissement issu de l’École nationale de la France d’outre-mer, et utilise ses anciens locaux au 2 avenue de l’Observatoire (VIe arrondissement).

Le site strasbourgeois à la Commanderie Saint-Jean, en bordure de l’Ill.
Sous l’impulsion d’Édith Cresson, il est décidé en 1991 de déménager l’école à Strasbourg, au 1, rue Sainte-Marguerite. Avant d’accueillir l’ENA, la Commanderie Saint-Jean, construite au XIVe siècle, fut successivement un lieu de commerce et de diplomatie, un hôpital puis, entre 1740 et 1989, une prison.

Pendant treize ans, les activités de l’école se sont organisées sur trois sites (rue des Saints-Pères, rue de l’Université et rue Sainte-Marguerite). La promotion Simone Veil, soixante-deuxième promotion de l’ENA, fut la première à effectuer l’ensemble de sa scolarité à Strasbourg.

Le déménagement à Strasbourg représente un rapprochement symbolique de l’école des institutions européennes et permet une collaboration avec l’autre grande école du service public implantée à Strasbourg, l’Institut national des études territoriales (INET).

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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