Le Tintoret, peintre.

Jacopo Robusti, dit Tintoretto, en français le Tintoret (né probablement en septembre-octobre 1518 ou en 1519 à Venise, alors capitale de la République de Venise, où il est mort le 31 mai 1594), est un peintre vénitien de la Renaissance, que l’on associe au mouvement artistique du maniérisme de l’école vénitienne.


Le Tintoret, de son vrai nom Jacopo Comin est né en septembre-octobre 1518 ou en 1519 à Venise et doit son surnom (« le petit teinturier », tintore signifiant « teinturier » adjoint du suffixe -etto, « petit ») à son père, Battista Robusti, qui travaillait dans une teinturerie, qui fut probablement le premier contact du jeune peintre avec le monde de la peinture via les pigments. Carlo Ridolfi, son premier biographe qui le fait naître en 1512, rapporte qu’il a été élève de Titien, le plus célèbre peintre vénitien du temps. Le jeune garçon est-il trop impatient d’affirmer sa personnalité ? Ou bien Titien a-t-il surpris quelques dessins de lui et l’a-t-il renvoyé de crainte que de pareils débuts ne révèlent un concurrent potentiel ? Toujours est-il que Jacopo ne reste que quelques jours dans l’atelier de Titien selon Ridolfi. Mais la réalité de cet élément biographique est aujourd’hui remise en cause et les historiens pensent que Tintoret fut plutôt un élève du peintre Bonifacio de’ Pitati. Tintoret est réputé par ses biographes pour avoir dépassé Titien dans la maîtrise des couleurs et des ombres, du rendu de la matière[réf. souhaitée], s’inscrivant ainsi parmi les grands du style vénitien.

Le Tintoret, carte maximum, Vatican.

Dès ses premières œuvres (à la fin des années 1530 et durant les années 1540), il s’intéresse aux courants maniéristes toscan, romain et émilien, diffusés à Venise par des artistes comme Sansovino, Salviati et Schiavone. Il a une grande admiration pour Michel-Ange qui l’a influencé dans sa technique du dessin et dans sa manière de dépeindre le canon humain dans sa peinture, souvent décrit comme sculptural. Le Tintoret a également une passion pour les effets de lumière : il réalise des statues de cire de ses modèles et expérimente l’orientation des sources de lumière avant de les peindre. En conséquence, certains visages réapparaissent dans différents travaux, sous différents angles et différents éclairages. Le clair-obscur joue un rôle important dans ses œuvres et participe aux effets dramatiques qu’il affectionne pour ses mises en scène. Vers 1542, il peint seize scènes tirées des Métamorphoses d’Ovide pour un plafond du palais du patricien vénitien Vettor Pisani : ces tableaux témoignent de sa connaissance des dernières évolutions du maniérisme et, en particulier, de l’œuvre de Jules Romain au Palais du Te à Mantoue, qu’il avait étudiée de visu en se rendant sur place à la demande de Pisani. Tintoret est au cœur de la querelle du paragone entre la peinture et la sculpture, Venise privilégiant la première et Florence la seconde.

À la fin des années 1530 et au cours de la première partie années 1540, Tintoret travaille souvent en compagnie du peintre Andrea Schiavone et réalise plusieurs décors à fresque pour des sommes modiques, aujourd’hui tous perdus.

Dès le milieu des années 1540, Tintoret est à la tête d’un atelier à Venise et réalise des peintures d’histoire et des portraits à destination des patriciens vénitiens et des commanditaires ecclésiastiques. Il est connu pour casser les prix de ses toiles afin de défier la concurrence des autres peintres vénitiens. Afin de satisfaire toutes les commandes, beaucoup de ses toiles sont en grande partie peintes par l’atelier, ce qui a pour effet une qualité moindre et explique les problèmes d’attribution d’un certain nombre de ses tableaux, où il est parfois difficile de mesurer le degré d’intervention du maître. En 1547, Tintoret déplace son atelier et sa résidence près de l’église de la Madonna dell’Orto, dans le sestiere de Cannaregio, et commence à travailler à des décors pour celle-ci.

La consécration arrive en 1548 quand il reçoit la commande d’une grande peinture pour la Scuola Grande di San Marco, l’une des plus importantes confréries de Venise. La toile qu’il peint, connue comme Le Miracle de l’esclave (aujourd’hui à la Galerie de l’Académie de Venise) fait sensation et l’installe comme le peintre le plus en vue de Venise après Titien. La toile est notamment louée par L’Arétin, le célèbre poète, ami de Titien. Vers 1550, il épouse Faustina Episcopi, fille de Marco Episcopi (élu à la dignité de Guardian de la Scuola Grande di San Marco) avec qui il a huit enfants.

Preuve de ce succès, en 1551, Tintoret réalise ses premières commandes pour le gouvernement de Venise, en travaillant à des toiles au Palais des Camerlenghi, qui abritait la Trésorerie de la République vénitienne. Et en 1553, il travaille à des décors au Palais des Doges, détruits dans l’incendie de 1577. À partir des années 1550, des artistes flamands assistent Tintoret dans son atelier.

Les commandes les plus importantes arrivent cependant dans les années 1560 : en 1563, il achève pour le chœur de l’église de sa paroisse, la Madonna dell’Orto, deux toiles monumentales de plus de dix mètres représentant L’Adoration du veau d’or et Le Jugement dernier. Entre 1562 et 1566, il exécute trois toiles pour la salle capitulaire de la Scuola Grande di San Marco pour laquelle il avait déjà peint Le Miracle de l’Esclave en 1548 : deux de ces nouvelles toiles, La Découverte du corps de saint Marc et L’Enlèvement du corps de saint Marc, comptent parmi les réalisations les plus importantes du Tintoret, montrant toute l’originalité de son approche : elles s’organisent autour de deux perspectives vertigineuses qui exacerbent l’aspect dramatique de la scène, renforcé par l’emploi de couleurs irréelles et d’un clair-obscur appuyé qui confèrent à l’ensemble un aspect presque fantasmagorique.

Cependant, les œuvres les plus connues de Tintoretto sont une vaste série de peintures de scènes de la vie de Jésus, de la Vierge Marie et de la vie de Moïse dans la Scuola Grande de San Rocco, dont il est nommé décorateur officiel en 1564 après avoir remporté un concours public. Pour s’attribuer ce marché, Tintoret, au lieu de fournir des esquisses au jury comme le voulait le règlement, soumit une grande toile parfaitement achevée à destination du plafond de la Scuola (Saint Roch en gloire), qui suscita l’admiration et qu’il offrit à la corporation. Par cet ingénieux stratagème, l’artiste remporta la commande alors même que l’un des membres de la confrérie avait promis une forte somme d’argent à condition que le marché pour le décor de la Scuola ne soit pas attribué au Tintoret. Le peintre travailla pendant près de vingt-cinq ans pour fournir le décor complet de la Scuola, de 1564 à 1588, tout en se consacrant à d’autres commandes. Dans ces œuvres de dimensions impressionnantes, le Tintoret réalise des compositions aux « espaces vertigineux et dynamiques » et aux « torsions exacerbées » où domine « un clair-obscur fantomatique et dramatique ». Tintoret tapisse trois salles avec plus de cinquante toiles : la salle du Rez-de-chaussée, la Grande Salle située à l’étage, longue de quarante-quatre mètres, et la Salle de l’Albergo.

À la mort de Titien en 1576, il est le plus célèbre peintre de Venise, aux côtés de son rival, Véronèse.

Entre 1578 et 1580, Tintoret se rend à Mantoue pour travailler au service du duc Guillaume Gonzague.

Après l’incendie du palais des Doges en 1577, les autorités vénitiennes décidèrent d’ouvrir un concours pour la réalisation d’une toile, représentant le Paradis. Le Tintoret se porta candidat aux côtés des artistes vénitiens les plus importants tels que Palma le jeune, Véronèse et Francesco Bassano. Ce concours eut lieu entre 1578 et 1582 et les lauréats furent Véronèse et Francesco Bassano. Pour des raisons inconnues, le travail ne se fit pas et un nouveau concours fut organisé à la mort de Véronèse en 1588. C’est alors que le Tintoret eut la commande pour cette œuvre, qu’il réalisa in situ avec son fils et son atelier.

À cause de son immense popularité, Tintoretto dut souvent recourir à l’assistance de ses enfants, Domenico et Marietta Robusti, qui étaient tous deux des artistes confirmés, très influencés par le style de leur père. Dans son atelier ont aussi travaillé Paolo Fiammingo, Ludovic Toeput, Maarten de Vos et l’Aliense.

Une comparaison d’une des dernières grandes toiles de Tintoret, La Cène (1592-1594), avec l’œuvre de Léonard de Vinci de même sujet (1495-1498) permet de visualiser l’évolution des styles artistiques à la Renaissance entre la fin du XVe siècle et la fin du XVIe siècle. Le traitement par de Vinci est très classique, dans une recherche d’équilibre et d’harmonie : les disciples sont disposés autour du Christ dans une symétrie presque mathématique, qui confère noblesse et monumentalité à l’ensemble tout en introduisant du mouvement. Le style est linéaire, les couleurs retenues, la scène baignée d’une lumière égale. Entre les mains de Tintoretto, le même événement devient dramatiquement torturé. Les silhouettes humaines sont écrasées par l’apparition d’anges, sous la forme d’êtres fantomatiques éthérés. Le peintre fait usage d’un clair-obscur anti-naturel : la scène se passe dans une sombre taverne populaire, où les auréoles des saints apportent une étrange lumière qui souligne des détails incongrus. Au lieu d’une composition frontale, telle une frise antique, Tintoret choisit de présenter la table où les apôtres partagent le repas selon une solution dite per angolo : la scène s’établit en profondeur, selon une oblique dynamique qui étire la scène et va, volontairement, contre la clarté et la facilité de lecture de l’image. Le ton annonce déjà l’art baroque.

Le Tintoret meurt le 31 mai 1594 à Venise, âgé de soixante-seize ans. Il est enterré dans l’église de la Madonna dell’Orto, où se trouve sa pierre tombale. À sa mort, il est le dernier grand peintre de la Renaissance à Venise, Véronèse étant décédé en 1588.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

 

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