Le tilleul.

Le genre Tilia regroupe les tilleuls, des arbres sauvages et ornementaux dont les fleurs odorantes et les bractées sont utilisées en infusions apaisantes et calmantes. Ils sont plantés surtout dans les parcs, le long des avenues et sur les places publiques pour leur port et l’ombrage qu’ils fournissent, mais peuvent également se rencontrer en forêt, particulièrement dans les régions calcaires. Les tilleuls appartiennent à la famille des Tiliaceae selon la classification classique, ou à celle des Malvaceae selon la classification phylogénétique.


Le nom botanique du genre Tilia dérive du bas latin tilius à l’origine des noms romans du tilleul. Tilia est une adaptation à travers l’étrusque du grec πτελέᾱ, ptelea, « orme » (allusion à la ressemblance entre les deux arbres, notamment au niveau des feuilles), lui-même issu de l’indo-européen *ptel-ei̯ā, signifiant « large » ou peut-être « à feuille large ».

Les tilleuls sont des arbres à croissance rapide, à cime ovoïde, très rameuse, pouvant atteindre 15 à 18 m de haut adultes, aux branches assez largement étalées.

Le tronc présente une écorce d’abord grise et lisse, puis marquée de fines gerçures longitudinales assez écartées.

Chez les sujets très âgés, il peut prendre un aspect aussi crevassé que celui d’un chêne. Les rameaux lisses, glabres et luisants, sont souvent rougeâtres.

Les feuilles, caduques, simples, alternes, distiques, généralement asymétriques et en forme de cœur (cordiformes) avec une longue pointe à l’extrémité et à bord denté, forment un feuillage dense.

La face inférieure du limbe porte de petites touffes de poils à l’aisselle des nervures.

Les bourgeons ovoïdes, globuleux, écartés du rameau, présentant deux écailles apparentes inégales, rougeâtres.

Il n’existe pas de bourgeons terminaux, car les tilleuls possèdent une ramification sympodiale monochasiale.

La dominance apicale est toujours mise au profit de la croissance du tronc (les jeunes arbres ayant occasionnellement une fourche).

Les fleurs sont groupées par 2 à 7 en cymes bipares, chacune de ces inflorescences lâches ayant à leur base un pédoncule soudé sur toute sa longueur à une bractée oblongue et translucide, de couleur jaunâtre, dont il s’écarte en son milieu.

Les fleurs sont hermaphrodites, étant donc à la fois de sexe féminin et masculin. À cinq sépales et cinq pétales libres de couleur blanc jaunâtre, avec de nombreuses étamines.

Les fruits présentent les caractéristiques de petites capsules sèches et globuleuses, persistant sur le pédicelle, mais ils sont indéhiscents. Ils renferment une ou deux graines.

En Basse-Bavière, un tilleul à grandes feuilles domine la place du village de Ried. Cet arbre est probablement le champion de son espèce. Selon Thomas Parkenham, auteur du Tour du monde en 80 arbres, c’est l’un des plus beaux arbres qu’il lui a été donné de voir. Pendant plus d’un siècle cet arbre porta le nom de Wolframslinde, c’est-à-dire le tilleul de Wolfram von Eschenbach, troubadour auteur de la version originale allemande de Parzival. Le poète fit de longs séjours au château voisin de Haidstein, où il tomba amoureux de la châtelaine. Certains prétendent que quantité de ses poèmes, y compris Parzival, ont été écrits en son honneur, dont certains alors que le poète était installé sous ce tilleul.

Selon l’estimation des historiens, cet arbre aurait mille ans. Il semble que ce soit là un maximum, le bois de tilleul étant trop tendre pour être résistant. Toutefois, il possède une capacité de régénération importante qui lui permet de rétablir une tête arrachée par une tempête. La majorité des tilleuls ne dépassent guère 400 ans, et les tilleuls à grandes feuilles semblent être les plus résistants.

En France, une collection de Tilia, comprenant 45 taxons, est gérée par le conservatoire de Tilia dans le cadre de l’Arboretum de Versailles-Chèvreloup situé dans la commune de Rocquencourt (Yvelines), établissement rattaché au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Cette collection a été reconnue comme collection nationale par le Conservatoire des collections végétales spécialisées (CCVS).

En Gascogne, à La Romieu, les jardins de Coursiana hébergent une collection de tilleuls, classée nationale en 2000 par le CCVS (Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées). Son recensement de 2010 a permis d’inventorier 31 espèces pures, 8 espèces hybrides et 25 cultivars provenant de trois continents, l’Amérique, l’Asie et l’Europe (tous de l’hémisphère nord).

À Aubers, une commune française, située dans le département du Nord en région Hauts-de-France, le Tilleul du Joncquoy date du XVe siècle. Il a été sélectionné pour représenter la Région au titre « d’arbre de l’année 2020 »

Tilleul, carte maximum, Yougsolavie, 1958.

Le bois de tilleul est homogène, aux limites de cernes peu marquées. L’aubier et le bois de cœur sont non distincts. Il est jaunâtre à roussâtre, blanchâtre ou rosâtre, parfois veiné de vert avec quelques taches médullaires. Il a une odeur de poussière.

Le bois est de densité faible pour les espèces européennes, et moyenne pour celles d’Amérique du Nord. Il est tendre et facile à travailler, à scier, tourner et sculpter. Au séchage, il se rétracte fortement. Une fois sec et mis en œuvre, il est très stable. Ce bois est peu durable et inadapté aux utilisations extérieures, mais est correctement durable à l’état sec : ce fut le matériau favori du sculpteur Grinling Gibbons.

En Europe, le bois de Tilia cordata est plus apprécié que celui de Tilia platyphyllos, car ce dernier est réputé pour être plus tendre et moins résistant, le tronc souvent plus large, mais présentant des formes moins satisfaisantes. Faute d’étude scientifique, il est actuellement impossible de distinguer avec certitude le bois de Tilia platyphyllos de Tilia cordata.

Apprécié pour son homogénéité et son travail facile, le bois de Tilia cordata ne convient pas là où une forte résistance mécanique est nécessaire. Il a néanmoins de nombreuses utilisations.

  • Traditionnelles : sculpture, sabots légers, ustensiles de cuisine, instruments de dessin, bobines de fils, plateaux d’imprimerie, pinceaux plats, crayons, allumettes, moules de fonderie, meubles, jouets, boîtes et récipients divers, lutherie, ruches, prothèses, instruments de musique (virginal flamand), etc. Dans l’art sacré orthodoxe, le tilleul est le seul bois autorisé comme support des icônes.
  • Contemporaines : bois d’ébénisterie (parties sculptées), sculptures de toutes sortes, tournerie, crayons, placages, pâte à papier, panneaux de fibres et de particules.

En Dauphiné, le bois de tilleul est utilisé pour confectionner des coffres à grains, car c’est un bois que les rongeurs ne peuvent détruire sans danger pour eux de suffocation, en raison de sa pulvérulence.

Le charbon de bois, quant à lui, est très prisé pour le dessin et ses propriétés filtrantes. Il était utilisé dans la fabrication de la poudre de fusil.

On utilise l’écorce interne, appelée « teille » ou « tille », du tilleul pour confectionner de la ficelle et de la corde d’une grande qualité.

Les connaisseurs savent distinguer les parfums des fleurs de tilleul de différentes provenances. La substance produisant cette senteur, le farnésol, fut découverte à Zürich en 1923 par Leopold Ruzicka, Prix Nobel de Chimie en 1939, connu pour ses nombreuses découvertes et synthèses de molécules organiques. Depuis, le farnésol occupe une place importante en parfumerie. Pour l’extraire, on traite les fleurs séchées à l’éther de pétrole. La concrète obtenue est vert foncé et possède une odeur herbacée de foin sec. L’absolue, quant à elle, est visqueuse et verdâtre.

Les fleurs du tilleul commun renferment du mucilage, des huiles essentielles (38 %, dont le farnésol) des tanins, des glucosides, des gommes, des sucres, du manganèse et de la vitamine C. En teinture-mère ainsi qu’en infusion, elles sont recommandées dans de nombreux cas de troubles nerveux (fatigue, crises d’angoisse, neurasthénie), de migraines, de grippe, et d’insomnies. Ces fleurs sont des anti-dépresseurs, des euphorisants et des sédatifs. Elles seraient également antispasmodiques, diaphorétiques, rendraient le sang plus fluide et favoriseraient sa circulation. À dose plus forte, l’infusion devient excitante et peut causer des insomnies19. On a par contre surestimé les capacités du tilleul dans le traitement de véritables névroses ou même de l’épilepsie.

La forme la plus commune est l’infusion de fleurs sèches, de préférence débarrassées de leurs bractées qui renferment des tannins en excès. En 1957, année de forte grippe en France, on infusa 500 tonnes de fleurs de tilleul (20 % de plus que la moyenne). Les bains calmants sont aussi recommandés. Étonnamment, en Europe, la tisane de tilleul ne serait utilisée que depuis le XVIe siècle.

En Provence, il existe une véritable production industrielle de fleurs de tilleul depuis deux siècles. La récolte se fait autant sur des arbres solitaires que dans des vergers dont les arbres sont taillés et greffés spécifiquement. Les fleurs sont séchées à l’ombre dans des greniers ou des fours où elles sont brassées régulièrement. Quatre kilogrammes frais donnent un kilogramme de fleurs séchées. Il existe des cultivars particuliers favorisant la résistance des branches au poids des échelles. Le cru de Carpentras (Drôme, Vaucluse, Hautes-Alpes, Basses-Alpes) est un des plus réputés. On y cultive notamment le tilleul commun. Cette région livre plus de 80 % de la production française (250 tonnes). Réalisée par sélection empirique, la variété « Benivay » (venant de Bénivay-Ollon en Drôme Provençale) voit sa bractée mesurer 15 à 20 cm. En 1985, non loin du mont Ventoux, est la Confrérie des Chevaliers du Tilleul des Baronnies. Son but est de promouvoir l’arbre porté sur leur blason. Ils organisent chaque année, début juillet, la foire du Tilleul, à Buis-les-Baronnies.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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