Le tabagisme.

Le tabagisme est l’« intoxication aiguë ou chronique de nature  physiologique et psychique provoquée par l’abus du tabac ». Par extension, ce terme désigne également la consommation de tabac en général. Il est parfois spécifié tabagisme actif par opposition au tabagisme passif qui qualifie l’inhalation involontaire de la fumée de tabac contenue dans l’air environnant, ou l’inhalation de dépôts secondairement en suspension dans l’air (tabagisme résiduel). Outre la dépendance, le tabagisme est responsable de nombreuses maladies dont plus d’une dizaine de cancers différents et des maladies cardiovasculaires, qu’il soit actif ou passif. Le tabagisme est la première cause de mortalité évitable dans le monde, ce qui en fait un problème majeur de santé publique.


Le tabac a été fumé en premier lieu par les Autochtones d’Amérique depuis des temps indéterminés. En 1556, André Thevet introduit la plante  en Europe et la cultive près d’Angoulême. C’est par Jean Nicot, diplomate français au Portugal, qu’il est popularisé en France. La première illustration botanique du tabac est donnée par Nicolas Monardes en 1571.

Appelé nicotiane en l’honneur de son découvreur, le tabac rencontre un grand succès à la cour de France, où on lui prête des vertus médicinales.

L’introduction du tabac rencontre toutefois une forte opposition dès son introduction. Le sultan Mourad IV, à la tête de l’empire ottoman de 1623 à 1640, essaie de l’interdire au nom de la morale et de la santé publique. À la même époque, l’empereur de Chine Chongzhen publie un édit interdisant sa consommation. Un peu plus tard en Chine, les mandchous de la dynastie Qing font de fumer un crime. Pendant l’époque d’Edo au Japon, le shogun reproche à la culture du tabac de concurrencer d’autres plantations plus utiles. En 1634, le patriarche de Moscou interdit la vente de tabac et impose des châtiments corporels sévères aux contrevenants. Le pape Urbain VII condamne aussi l’usage du tabac dans les lieux saints en 1624. Le roi Jacques Ier d’Angleterre, très hostile au tabac et auteur d’un traité intitulé « Riposte contre le tabac », essaie de contrecarrer cette nouvelle mode par une taxe de 4 000 %, mais il ne parvient pas à inverser la tendance.

Le Cardinal de Richelieu instaure une taxe sur le tabac, et Colbert établit un monopole d’État de la vente en 1674. L’usage du tabac se popularise, mais il devient aussi une marque de raffinement bourgeois. La cigarette est introduite en France en 1825.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, il n’était pas convenable de fumer en société.

Au début du XXe siècle le cigare devient un symbole de réussite et de pouvoir, attribut des hommes d’affaires et des magnats de la presse.

En 1950, Evarts Ambrose Graham et Ernst Wynder publient la première étude épidémiologique faisant le lien entre tabac et cancer du poumon. Les premières évocations du risque tabagique apparaissent dans la presse, ce qui entraîne en 1952 l’invention de la cigarette filtre présentée comme moins toxique.

En 1964, le ministre de la Santé américain Luther Leonidas Terry lance la première campagne de prévention.

L’OMS estime que 6 000 milliards de cigarettes sont produites dans le monde chaque année pour une consommation d’environ 11 milliards de cigarettes chaque jour. On compte plus d’un milliard de fumeurs dont 20 % environ sont des femmes. Plus de 80 % de ce milliard de fumeurs vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire10. Grâce aux campagnes anti-tabac, l’incidence du tabagisme décroît au niveau mondial depuis le début des années 1980. Ainsi, la prévalence du tabagisme chez les hommes diminue (41,2 % des hommes de 15 ans et plus fument en 1980, 31,1 % en 2012) et chez les femmes (10,6 % des femmes fument en 1980, 6,2 % en 2012). Toutefois, le nombre total de fumeurs continue à croître du fait de l’augmentation de la population mondiale.

Cependant, si la diminution du tabagisme est généralisée dans les pays à hauts revenus, la tendance est inversée dans les pays en développement qui sont la nouvelle cible des compagnies de tabac.

En 2017 une enquête (l’Eurobaromètre montrait que plus d’un quart des Européens de plus de 14 ans sont des fumeurs actifs, malgré des politiques de lutte anti-tabac qui existent dans tous les pays de l’UE (taxation, zones non-fumeur, campagnes de sensibilisation, avertissements sur les paquets…) plus ou moins poussées ou efficientes. Dans les années 2000-2010 ces mesures sont nettement plus efficaces en Europe du Nord que dans le reste de l’Europe. Globalement, les taux de cessation ont augmenté de 1980 à 2010 chez les Européens âgés de 16 à 40 ans, notamment chez les femmes (dans toutes les régions) et dans le Nord de l’Europe chez les adultes mûrs (41-60 ans).

Dans les années 2000, beaucoup de fumeurs étaient déjà dépendants au tabac à la fin de leur adolescence (16-20 ans), même si l’initiation précoce a diminué pour les deux sexes et dans toutes les régions (sauf en Europe du Sud, où le déclin s’est stabilisé après 1990). Le taux était de 40 à 80  personnes pour 1 000 par an à la fin des années 2000-2010 en Europe de l’Est, du Sud et de l’Ouest par rapport à ceux de l’Europe du Nord (20 pour 1 000 par an). Les taux d’initiation au tabagisme au début de l’adolescence (11-15 ans) ont nettement augmenté après 1990 dans toutes les régions (sauf chez les jeunes garçons d’Europe du nord), et ils ont en Europe occidentale atteint 40 pour 1 000 par an vers 2005.

Chez les adultes, les taux de cessation restent assez bas, mais ont été nettement plus élevés (chez les hommes comme pour les femmes) en Europe du Nord (49,9 pour 1 000 personnes par an) par rapport aux autres régions (fourchette : de 26,5 à 32,7 par 1 000 par an). Les femmes arrêtent plus aux environs de l’âge de 30 ans, supposément pour protéger leur fœtus ou jeunes enfants.

Dans la plupart des régions européennes on note que les fumeurs ayant commencé avant 16 ans sont moins susceptibles de cesser de fumer que ceux ayant commencé plus tard.

Vers 2018, la prise de conscience des effets néfastes du tabagisme en Europe progresse mais, hormis en Europe du Nord, les stratégies de lutte antitabac sont trop peu efficaces.

En Belgique, le tabagisme y a diminué de 2002 à 2007 chez les plus de 15 ans (27 % de la population fumait en 2007), mais a réaugmenté en 2008 (30 % de fumeurs) selon un sondage15, + 11 % de fumeurs en 2008 par rapport à 2007.

5 860 000 Belges (48 % de la population) n’ont jamais fumé ; 2 840 000 fument (dont 3 % uniquement occasionnellement) et 1 630 000 sont ex-fumeurs (19 % de la population), avec de légères différences régionales ; 29 % des Flamands fument, de même que 29 % des Bruxellois mais ils sont 32 % en région wallonne.

Le paquet de cigarettes neutre devient obligatoire en janvier 2020 (avec un délai d’un an pour l’écoulement du stock des détaillants).

Tabagisme, carte maximum, Allemagne.

En France, en 2001, le nombre de cigarettes vendues légalement était de 82,5 milliards d’unités. Il a ensuite baissé, alors que les prix augmentaient de 2001 à 2004, et s’est stabilisé autour de 55 milliards par an. En 2010, un fumeur français moyen régulier fumait 14,8 cigarettes par jour pour les hommes et 12,3 pour les femmes. Parmi les 15-85 ans, 31,6 % des interrogés (35,6 % des hommes et 27,9 % des femmes) se déclaraient fumeurs de tabac (27,3 % quotidiennement et 4,3 % occasionnellement). 81,4 % des hommes et 67,4 % des femmes ont fumé au moins une fois dans leur vie.

Depuis l’introduction en France de la cigarette en 1825, et son  industrialisation en 1840, la prévalence du tabagisme (pourcentage de consommateurs de tabac dans la population) n’a cessé de croître jusqu’en 1957 (75 % des hommes fument contre 15 % des femmes à cette époque, les risques de cancer du poumon dû au tabac commençant alors à être dévoilés au public) puis de diminuer dans les décennies suivantes et à nouveau recroître à partir de 2008 (parmi les causes de cette reprise évoquées figurent des informations préventives sur les risques du tabagisme devenues moins incitatives car répétitives, et l’usage du tabac comme anxiolytique pour gérer le stress croissant au travail). Cette baisse pendant des décennies est en partie imputable aux dispositifs des lois Veil de 1976 et Évin de 1991 qui restreignent puis interdisent la publicité pour le tabac et le tabagisme dans les lieux publics. Par ailleurs, la loi Évin a exclu le tabac de l’indice des prix utilisé pour la revalorisation notamment des pensions, des pensions alimentaires, des rentes viagères et des minima sociaux ; à la suite de cela, les taxes furent augmentées significativement. Ainsi le prix des cigarettes a crû de 40 % sur la seule période octobre 2003 – janvier 2004, après déjà un doublement dans la décennie 1990-1999.

Depuis le 1er janvier 2008, fumer est interdit dans les lieux publics. L’accès aux fumoirs est interdit aux mineurs et la signalétique d’interdiction de fumer et d’espace réservé aux fumeurs est téléchargeable sur un site gouvernemental dédié.

De 2010 à 2016, la prévalence du tabagisme des 15-75 ans est presque stable (passée de 29,1 à 28,7 %), mais sa polarisation sociale s’est accentuée (le taux de fumeurs quotidiens grandit chez les Français à faibles revenus (il passe de 35,2 % à 37,5 %). Inversement les Français à haut niveau de revenus fument moins (taux passé de 23,5 % à 20,9 % en six ans).

Le « paquet de cigarettes neutre » devient obligatoire en janvier 2017.

De 2016 à 2017, le nombre de fumeurs en France diminue d’environ un million, selon un rapport de l’Agence nationale de santé publique, pour s’établir à 26,9 % de la population âgée de 18 à 75 ans, contre 29,4 % l’année précédente. Par ailleurs, la baisse concerne plus particulièrement les personnes à faibles revenus et les chômeurs, et dans une moindre mesure les personnes peu diplômées, à l’opposé de la tendance observée depuis le début des années 2000.

En France, le marché parallèle du tabac représente de 14 à 17 % de la consommation en 2021 ; la France est le premier marché européen pour ce trafic.

En suisse ,en 2017, 27,1 % des plus de 15 ans fumaient (31 % des hommes, 23,3 % des femmes). En 2017, les 15-24 ans sont plus touchés par le tabagisme (31,7 %).

Le tabagisme est en Suisse la première cause de mortalité évitable (26 décès par jour), d’années de vie perdues (en moyenne 14 ans par fumeur) et de diminution de la qualité de vie.

Aux Etats-unis en 2006, 20,8 % de la population fume, soit une diminution de plus de moitié depuis 1965. Parmi les jeunes, 21,7 % des lycéens et 8,4 % des collégiens fumaient en 2004. En 2000 le tabagisme causait près de 440 000 décès annuels (soit environ un décès sur cinq). Le coût a été estimé, à la fin des années 1990, à près de 75 milliards de dollars (prise en charge médicale) et à 82 milliards de dollars (en perte de productivité).

En Asie, environ six cents millions d’Asiatiques fumaient en 2011 (sur près d’un milliard dans le monde). Parmi eux, près de 350 millions sont chinois (très majoritairement des hommes) en 2015.

Si les ventes de cigarettes s’effondrent en Occident, les compagnies de tabac se développent avec succès dans l’eldorado asiatique : Chine (premier producteur mondial), Cambodge, Inde, Indonésie, Laos, Viêt Nam, Philippines, Corée du Sud, etc. Là, les marques de cigarettes se livrent à un marketing offensif, bien moins réglementé qu’en Occident : les politiques de santé publique y sont à la traîne.

La fiscalité du tabac représente 7 % des recettes fiscales totales de la Chine. Yuxi, dans le Yunnan, est un haut lieu de cette activité.

Malgré cette fascination pour la cigarette, qui fait ressembler l’Asie de 2011 à l’Occident des années 1950, la totalité des pays de la zone (hors Indonésie) a ratifié la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (FCTC) lancée en 2003 par l’Organisation mondiale de la santé. Celle-ci déploie un arsenal de mesures destinées à limiter l’addiction : interdiction de toute publicité ou parrainage publicitaire, hausse des taxes, mise en place de zones non-fumeurs, répression de la contrebande.

les hommes de Corée du Sud sont, selon une étude récente de l’Organisation de coopération et de développement économiques, les plus gros fumeurs du monde. Pour contrer le tabagisme, la ministre de la Santé a voulu multiplier par deux le prix peu élevé des cigarettes locales (1,50 euro) mais elle a dû reculer sous la pression du lobby du tabac.

Quelques pays du continent connaissent cependant des avancées réelles : le tabagisme a fortement baissé au Japon, passant d’environ 30 % en 2000 à environ 23-24 % en 2010. Il y est interdit de fumer dans les lieux publics, mais les cafés et restaurants sont considérés comme des lieux privés ; rues ou places, où des espaces fumeurs peuvent être délimités. En trente ans, le taux de fumeurs est passé de 40 % à 20 % à Hong Kong. D’autres pays comme Singapour, qui, avant la Norvège et la Nouvelle-Zélande, a réglementé la publicité et imposé des zones non-fumeurs, mais aussi la Thaïlande, qui reverse 2 % du revenu de la taxe sur les cigarettes à des campagnes de prévention contre le tabac et l’alcool, sont parvenus à de bons résultats en matière de lutte contre le tabagisme.

Dans une enquête de 2011 auprès de 292 experts cliniques en Écosse, la nicotine a été classée 6e à la fois pour le préjudice personnel et pour le préjudice causé à la société, sur 19 drogues récréatives courantes (voir aussi à ce sujet : Classification des psychotropes). Le tabagisme a un impact majeur sur la santé. Outre les problèmes de dépendance (évalués par le test de Fagerström), le tabagisme accroît le risque de survenue de maladies cardiovasculaires, de maladies pulmonaires ainsi que de nombreux cancers. Selon une étude de l’OMS publiée en mai 2017, il est responsable de plus de 7 millions de morts par an dans le monde, contre 4 millions au début du xxie siècle, et pourrait être à l’origine d’un milliard de morts au cours du XXIe siècle.

Une étude publiée en 2013 montre que l’espérance de vie chez les fumeurs est réduite d’au moins 10 ans par rapport à un non-fumeur.

Un fumeur sur deux qui n’arrête pas de fumer avant la fin de sa vie décédera d’une maladie liée au tabagisme.

Le tabagisme pendant la grossesse a des conséquences pouvant être  dramatiques pour la santé de l’enfant.

Selon la commission Roger Henrion de 1995 : « les connaissances apportées ces dernières années dans le domaine de la neurologie et de la  pharmacologie ne permettent pas de justifier la distinction actuelle entre drogues licites et illicites ».

Le tabac entraîne plus de problèmes de dépendance que l’alcool : environ 3 % des buveurs de bière ou de vin sont alcooliques alors qu’entre 80 % et 90 % des fumeurs sont dépendants. Selon les enquêtes et les pays, entre 57 % et 75 % des fumeurs souhaitent arrêter de fumer.

Mais, contrairement à la plupart des psychotropes, le tabac n’entraîne pas de fortes modifications de conscience ; il n’empêche pas les activités habituelles de la vie en société.

En France, la pandémie de Covid-19 a fait ressortir le rôle du tabac sur une frange plus pauvre de la société : les plus défavorisés utilisent le tabac pour surmonter les difficultés du quotidien ou pour gérer le stress. La précarité les conduit à se projeter plus difficilement dans l’avenir, ce qui les conduit à un « déni de risque ».

Source : Wikipédia.

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