Le skateboard.

Un skateboard ou skate ou plus rarement une planche à roulettes est un objet composé d’un plateau (planche) sous lequel sont fixés deux essieux (les trucks) maintenant chacun deux roues. Un skateboard est utilisé comme moyen de déplacement ou pour réaliser des figures acrobatiques (tricks), le plus souvent en environnement urbain, ou dans des espaces spécialement aménagés (skateparks).

Une personne utilise un skateboard en se maintenant debout en équilibre sur la planche, et se propulse généralement par la poussée d’un pied sur le sol (push) ou bien par une technique d’appuis alternés des deux pieds sur les bords de la planche (pumping).

Le skateboard est aussi la pratique de cet objet, généralement considérée comme un sport, une activité récréative, une forme artistique ou un moyen de transport. Les pratiquants sont appelés « skateurs » ou « riders », et le verbe skater signifie « pratiquer le skateboard ».

Skateboard, carte maximum, Belgique, 30/08/1986.

Les premiers skateboards apparaissent aux États-Unis comme un jeu d’enfant, probablement dans les années 1950. Le skateboard est ensuite médiatisé en Californie à la fin des années 1950 par la communauté des surfeurs. La pratique encore marginale se popularise au milieu des années 1970, où il devient un phénomène de mode éphémère tant aux USA qu’en Europe. À partir des années 1990, la pratique se confond avec la discipline du street devenue dominante. Le skateboard devient également un phénomène culturel mondial, avec notamment une forte influence sur la mode vestimentaire des jeunes.

En plus du street pratiqué typiquement dans les espaces publics urbains, il existe d’autres disciplines moins connues du grand public : la rampe (ou le bowl) pratiqué sur des modules artificiels aux pentes verticales, l’ancien freestyle sur le plat, la descente (downhill) pratique de vitesse sur des routes en pentes, ou plus récemment le longboard dancing. Diverses compétitions de street et de rampe/bowl sont organisées depuis les années 1980, avec des skateurs professionnels, et ces deux disciplines feront partie des Jeux olympiques de 2021.

En 2009, le marché annuel du skateboardk était estimé à 4,8 milliards de dollars (3,5 milliards d’euro) avec des pratiquants actifs généralement estimés entre 11 et 18 millions (2008). Les pratiquants seraient aux États-Unis 13 millions (2008), au Brésil presque 5 millions (2014) et plus de 200 000 en France (2010).


Les origines des premières planches munies de quatre roulettes sont mal connues. Des jeux d’enfant constitués d’une « boite » ou « planche » équipée de quatre roulettes » ont été bricolés par différentes personnes en différents lieux des États-Unis. Dans la première moitié du XXe siècle, d’autres engins à roulette étaient populaire parmi les enfants américains : les patins à roulettes, les trottinettes bricolées avec une caisse de fruit et un patin (années 1910), les trottinettes manufacturées (années 1930). À partir de 1945, le Skeeter Skate, planche à 4 grosses roues munie d’un guidon amovible, est équipé d’un axe (truck) permettant de diriger l’engin par appui sur les carres.

L’usage d’une planche munie de quatre roulettes est attesté chez des enfants afro-américain de Washington au début des années 1950. Mais les premiers skateboard pourraient aussi avoir été expérimentés dès les années 1930 ou 1940 par des surfeurs de La Jolla (Californie) ; des skates sont déjà produits en nombre et distribués auprès des surfeurs vers 1957. La pratique concerne seulement la descente de pentes (downhill) et les petites roues métalliques se bloquent à la moindre aspérité de la route, provoquant la chute.

L’engin, dont la pratique a été médiatisée, a été popularisé en Californie à la fin des années 1950 par la communauté des surfeurs avec des pionniers comme Mickey Muñoz et Phil Edwards. Cet engin est constitué d’une petite planche sur laquelle sont fixées des roulettes, dénommé roll-surf (littéralement « surf roulant » en français). Dérivant du surf, la pratique du skateboard reprend ainsi les valeurs des sports de glisse (marginalisation, rupture, fun, rébellion, etc).

Australie, carnet de 10 timbres.

À cette époque les planches sont en bois et lourdes, les trucks fixes, les roues en métal. Au début des années 1960 apparaissent les roues larges en céramique : plus accrocheuses et confortables sur le sol, elle facilite aussi les virages et permettent les premières courbes. En 1969 apparait le premier tail relevé.

Les premiers skateboards industriels sont vendus sous la marque Humco en 1956. En 1959 est commercialisé le skateboard « Roller Derby ».

Très vite le skateboard sera surnommé « sidewalk surfboard » ou « roll-surf », littéralement « planche à surfer les trottoirs », et deviendra de plus en plus populaire. Dans le film de Billy Wilder sorti en 1966 et tourné en 1965 The Fortune Cookie, une scène montre des enfants roulant sur des skateboards. En France, le magazine pour enfant Le Journal de Tintin tire un article sur le roll’surf en mai 1966, montrant des figures inspirées du surf, de la gymnastique et de l’athlétisme (saut en hauteur). Au Québec, toujours en 1966, Claude Jutra réalise Rouli-roulant, un court-métrage sur la passion de jeunes montréalais pour ce sport et la loi qui en interdit la pratique dans les rues.

La première compétition est organisée en 1963 en Californie. Le premier magazine, Skateboarder, est publié brièvement en 1964 et 1965. En 1963, les premiers skates font leur apparition en Europe et en France notamment, où la première compétition se tient en 1965. Arnaud de Rosnay s’illustre à l’occasion des éditions du championnat de France 1965, 1966 et 1967.

Toutefois, la pratique reste marginale et peine à se développer. Le skate est jugé difficile et peu amusant pour le grand public, ce qui explique le manque d’engouement comparé au surf. A la fin des années 1960, concurrencée par d’autres modes, l’activité disparait rapidement et il devient même difficile d’acheter un skateboard.

Au début des années 1970, les marques Bennett et Tracker inventent les trucks orientables, permettant des trajectoires en courbe.

En 1973, une innovation change la donne : les Californiens Frank Nasworthy et Bob Bahn mettent au point la roue en polyuréthane (une matière plastique) ; le skateboard moderne est né. Le succès est immédiat et le phénomène devient mondial dès 1974 avec la vente de plusieurs millions de planches : 15 millions de skates vendus en 1975 aux États-Unis. Le polyuréthane atténue en effet les vibrations provoquées par les aspérités du sol et accroît l’adhérence, ce qui améliore la maniabilité de la planche et favorise l’invention de nouvelles figures et du freestyle.

Le dérapage en descente est popularisée par Cliff Coleman, avec la technique d’appui d’un gant sur le sol (Coleman slide) au milieu des années 1970, permettant de contrôler et freiner la planche à grande vitesse. Cette technique et ses dérivés permettent de skater de nouveaux environnements : pentes variées, routes à virages serrés et même route à trafic. Critiquée au début de la décennie, la pratique de la descente de routes montagneuses (downhill) est peu à peu médiatisée et diverses petites courses illégales sont organisées en Californie.

Durant l’été 1975 à Los Angeles, des figures marquantes sont réalisées dans des piscines vidées et des fosses de drainages (ditch), alors que sévit une sécheresse. La légende mentionne notamment l’épopée d’un groupe de surfeurs, les Z-Boys, dont font partie Tony Alva (premiers aerials), Jay Adams et Stacy Peralta. Cette pratique spectaculaire est à l’origine des disciplines de rampe et bowl, mais aussi d’une nouvelle manière de skater « fluide et au raz du sol » ainsi qu’une image antisystème et élitiste.

Les innovations techniques et une production industrielle permettent une large diffusion du skateboard en Amérique du Nord et en Europe. Apparaissant comme un nouveau loisir à la mode et grand public, le skateboard rencontre un vif succès auprès des jeunes, avec une culture axée sur le fun (amusement) et un engouement pour les pratiques de saut, freestyle, slalom et descente. Les premiers skateparks voient le jour, tandis qu’une presse spécialisée émerge. En 1978, les pratiquants sont estimés à 11 millions aux USA, 1,2 millions en France.

En France, la discipline est reconnue comme sport en 1974 par le ministère des Sports et rejoint la fédération de surf. 27 skateparks sont créés en France entre 1974 et 1978.

Effet de mode éphémère et sport jugé dangereux, la pratique, l’industrie et la presse du skateboard s’effondre au début des années 1980. Aux États-Unis et en Europe, les skateparks publics sont abandonnés puis fermés.

Le skate devient alors un loisir underground. Les planches et la pratique évoluent vers un public restreint de passionnés, un esprit du trash (« malsain ») et le rapprochement avec d’autres cultures urbaines revendicatrices (graffiti, musiques). Cette nouvelle culture est diffusée par le magazine Thrasher Magazine (créé en 1981) avec sa devise « Skate and Destroy ». Le shape typique des planches devient large, avec un nose court et arrondi, un tail large et surélevé, à l’exemple des productions de Powell Peralta et d’autres petites entreprises fondées par des skateurs.

L’apparition d’une technique de saut sans tremplin ni pied au sol, le ollie, révolutionne la pratique tant en rampe que dans la rue. Avec le ollie sur le plat (1981), Natas Kaupas (inventeur du wall ride) et Mark Gonzales innovent dans l’utilisation du mobilier et des espaces urbains. C’est la naissance de la discipline du street et son utilisation des mains courantes, des rails, etc. Puis à la fin des années 1980, le franchissement des gaps : des sauts d’espaces, de marches. Apparaissent Rodney Mullen (inventeur du kickflip), Mike Carroll.

Skateboard, entier postal, Russie.

En 1985, le film Retour vers le futur participe à populariser cette nouvelle culture skate. Urbaine, celle-ci est liée à des attributs vestimentaires (pantalons amples, baskets basses en toile, t-shirts graphiques) et musicaux.

Parallèlement, la pratique sur rampes a de plus en plus de succès au début de la décennie, et répand de nouvelles manières de skater. De petites rampes en contreplaqué sont bricolées par des particuliers. Le half-pipe est médiatisé par des compétitions et des skateurs de rampe se font connaitre, comme Tony Hawk,paul laforie, Steve Caballero, Colin McKay. Mais à la fin des années 1980, la pratique perd nettement en popularité au détriment du street.

Concurrencé par de nouveaux sports à la mode, comme le roller en ligne, le skate subit une brève crise au début des années 1990. Après quelques années discrètes, le succès du street revient et la pratique ne cessera dorénavant de progresser à travers le monde. Le skateboard, et plus exactement la discipline sportive du street, devient un phénomène culturel mondial.

Entre 1992 et 1995, le skate met l’accent sur la technique, abandonnant quelque peu le côté esthétique. Cette époque verra l’émergence de centaines de nouveaux tricks : des flips, se créent et s’améliorent, Salman Agah “invente” le switch (le fait de pratiquer avec la jambe opposée à celle d’appel, à l’envers en quelque sorte).

Rodney Mullen est principalement, avec Natas Kaupas, celui qui est à l’origine du skate moderne et qui a inventé une vingtaine de figures dont le kickflip et le heelflip.

Après ces quelques années passées à parfaire leurs tricks (figures), les skateurs — imitant des stars comme Pepe Martinez (1973-2003) — reviennent à leurs premières amours, s’emparant plus que jamais de la rue. Une nouvelle fois, les gros gaps et les handrails sont mis à l’honneur, couplés cette fois-ci à la toute nouvelle technique.

À partir de 1995, la médiatisation mondiale des X Games crée un nouvel intérêt du grand public pour le skateboard. L’ancien skate rebelle et underground fait place à un grand spectacle de performances sportives, suivi par des millions de personnes. En même temps, les skateurs professionnels deviennent les ambassadeurs du marketing de grandes marques (vêtements, chaussures) visant les jeunes consommateurs masculins.

Si la rampe, très à la mode dans les années 1980, semble se marginaliser au début des années 1990, elle demeure néanmoins une discipline importante dans les compétitions et la médiatisation du skate. C’est l’époque, de Danny Way (considéré par certains comme le « plus grand ramprider de l’Histoire » ou encore le « maître de la vert’ »), mais aussi de Rune Glifberg, Bucky Lasek, Tony Hawk, John Cardiel, Tony Trujillo. Au fil des années, la construction de skateparks ouvrira la discipline à de plus nombreux pratiquants.

Les décennies précédentes, les skateurs étaient majoritairement des jeunes garçons (15-20 ans) issus de la classe moyenne ou aisés. Ces dernières années sont marquées par le développement du skateboard féminin (sport, déplacement), dans les milieux modestes, ainsi que l’émergence de pratiquants plus âgés (30-40 ans).

Les pratiquants aux États-Unis étaient estimés à plus de 8 millions en 2006 et seraient 3 millions en 2014. Plusieurs indicateurs suggèrent un déclin de la pratique du skate comparé au début des années 2000, tant aux USA qu’en Europe : baisse du nombre de pratiquants dans toutes les catégories d’âge, difficultés financière des industriels (DC Shoes, Quicksilver, Pacsun), fréquentation des skateparks, évolution des requêtes Google, fermeture de skateparks privés et de skateshops, etc.

Néanmoins la pratique du skateboard ne semble pas déclinante dans d’autres régions comme le Brésil, la Russie et l’Inde. Au Brésil, avec presque 5 millions de pratiquants (2014), en majorité à São Paulo, le skate est presque aussi populaire que la pratique du football. De jeunes brésiliens se distinguent sur la scène internationale, tel Pedro Barros, Luan de Oliveira ou Leticia Bufoni.

À côté d’une pratique dominée par le street, on assiste à une diversification ou un engouement des pratiques autour de la longboard et la miniboard, notamment la pratique de la promenade (cruising) et de la descente. C’est aussi l’émergence d’une nouvelle discipline acrobatique vers 2005, le longboard dancing, inspirée par les vidéos d’Adam Colton et Adam Stokowski. En Amérique du Nord, la longboard semble particulièrement progresser en zone urbaine ou auprès de pratiquants âgés de 25-35 ans ; la progression des ventes était estimée à 15-25% par an vers 2009. En vert, les méga-rampes apparaissent dans les années 2000 avec des figures aériennes de plusieurs secondes (big air), ainsi que des revêtements en caoutchouc et des bacs à mousse pour l’entrainement. Sur ce type de rampe est rentré le premier 1080.

De même la pratique de nouveaux engins voisins du skate s’est développée, à l’exemple du bladeboard et du waveboard, ou bien l’émergence à la fin des années 2000 du skateboard électrique comme moyen de transport.

À partir des années 2000, de nouveaux modèles de trottinette deviennent à la mode et sont utilisées pour des pratiques acrobatiques. Plus accessible, la trottinette freestyle concurrence le skate dans les pratiques de street ou de rampe, et les conflits d’usage se généralisent dans les skateparks. En France, la trottinette devient majoritaire dans les skateparks et la pratique du skate aurait diminué (2013).

En 2016, le skateboard est sélectionné pour les Jeux olympiques de 2020 (reportés en 2021) à Tokyo. C’est une évolution vers la normalisation de la pratique, qui ne fait pas consensus parmi les skateurs.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.