Le site mégalithique de Stonehenge (Grande-Bretagne).

Stonehenge  est un monument mégalithique composé d’un ensemble de structures circulaires concentriques, érigé entre -2800 et -1100, du Néolithique à l’âge du bronze. Il est situé à treize kilomètres au nord de Salisbury, et à quatre kilomètres à l’ouest d’Amesbury (comté du Wiltshire, en Angleterre).

L’ensemble du site de Stonehenge et le cromlech d’Avebury, à une quarantaine de kilomètres au nord, sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco dans un ensemble intitulé « Stonehenge, Avebury et sites associés ». Le site attire environ un million de visiteurs par an.


Le nom de Stonehenge est attesté dès le Moyen Âge : le Glossaire latin-vieil anglais d’Ælfric d’Eynsham, du xe siècle, donne l’expression henge-cliff dans le sens de « précipice », et des auteurs du xie siècle mentionnent « des pierres qui se trouvent non loin de Salisbury », sous les appellations de stanenges ou stanheng, comprises comme des « pierres suspendues » (supported stones). En 1740, William Stukeley note que « dans le Yorkshire, les rochers suspendus sont appelés henges… Je ne doute pas, dit-il, qu’en saxon, Stonehenge signifie les « pierres suspendues » (hanging stones) ».

Stonehenge, carte maximum, Paris, 2012.

Christopher Chippindale, dans son Stonehenge Complete, donne Stonehenge comme pouvant être issu des mots du vieil anglais stān « pierre », et hencg « charnière » (hinge en anglais moderne), ou bien encore de hen(c)en, au sens de « potence » ou « instrument de torture » : les linteaux et les piliers des trilithes de Stonehenge ont pu en effet évoquer pour les visiteurs du Moyen Âge la silhouette familière d’un gibet. Cependant, ailleurs dans son livre, Chippindale donne aussi pour Stonehenge le sens plus immédiat de « pierres suspendues » (suspended stones).

Les préhistoriens ont créé le mot henge par dérivation régressive (ou troncation) d’après le nom de Stonehenge. Ils définissent un henge comme un terrassement en enclos circulaire comprenant un fossé interne3. Il faut pourtant considérer que le monument de Stonehenge ne répond pas pleinement à cette définition, puisque le talus (bank) se trouve, sur ce site, à l’intérieur du fossé (ditch) : Stonehenge est donc un henge très particulier, même totalement atypique, avec ses trilithes hauts de plus de 7 m, assemblés par tenons et mortaises, de manière unique.

La signification et l’étymologie de Stonehenge restent quelque peu incertaines : « les pierres suspendues » ou « les pierres en surplomb » conviennent aux linguistes familiers des racines germaniques, tandis que « le gibet » semble plutôt relever de l’étymologie populaire.

La datation et la compréhension des différentes phases de l’activité de Stonehenge ne sont pas une tâche aisée. Des générations d’archéologues se sont succédé sur le site depuis le début du XXe siècle : le professeur Gowland conduisit les premières fouilles scientifiques à partir de 1901 ; puis le colonel William Hawley entreprit des restaurations à partir de 1919, avant d’étudier la plupart des cavités existantes, jusqu’en 1926.

La chronologie retenue dans cet article est celle, classique, de l’archéologue Richard J. C. Atkinson9, qui a dirigé les dernières fouilles de grande ampleur à partir de 1950 et durant une trentaine d’années, avec une importante campagne de restaurations entre 1958 et 1964. On lui doit la division en trois phases I, II et III, aujourd’hui acceptée de tous. Mais les subdivisions, et même parfois la chronologie tout entière, diffèrent notablement d’un auteur moderne à l’autre.

Le site présente les traces d’une occupation antérieure à la construction du monument. Trois trous de poteaux (postholes (en)) mésolithiques ont été mis au jour en 1966 lors des travaux d’extension du parking des visiteurs. Ces trous de 75 cm de diamètre contenaient comme artefact un morceau d’os brûlé et des quantités de charbon de bois, ce qui peut suggérer, d’après le diamètre de ces fosses, que les trous étaient destinés à accueillir des poteaux d’une hauteur de 9 m. Ils sont actuellement matérialisés par des plots blancs sur le parking.

Un long enclos mégalithique, le Cursus, construit vers -3500, s’étend d’est en ouest sur une longueur de 3 km, à 700 m au nord du monument.

Le premier monument (Henge Monument) date du Néolithique secondaire (ou final)13,14. Il n’était constitué que d’une enceinte circulaire délimitée par une levée de terre (bank) (8) et un petit fossé (ditch) (7) à l’extérieur, creusé dans le calcaire crétacé du Santonien, mesurant environ 110 m de diamètre, avec une entrée principale orientée vers le nord-est, et une entrée plus petite vers le sud (14). L’ensemble fut mis en place sur une surface légèrement en pente, qui ne présente apparemment aucun caractère exceptionnel par rapport au paysage environnant.

Les constructeurs n’ont pas accordé beaucoup d’attention à la régularité géométrique du fossé qui présente, vu du ciel, l’aspect « d’un chapelet de saucisses disposées en rond dans une assiette »8 : les fouilles ont révélé un travail par sections, de largeur et de profondeur variables (largeur de 5 à 6 m, profondeur 1,30 m – 2 m), avec des parois abruptes et des rétrécissements, décrochements et cloisonnements révélateurs d’un travail par tranches.

Au fond du fossé ont été découverts des restes d’outils néolithiques ayant servi au creusement : pioches faites de bois de cervidés, pelles constituées d’omoplates de bovins, aisément datables par la suite au radiocarbone ; à mi-hauteur ont été trouvés quelques éclats de « pierres bleues », qui établissent clairement la chronologie des travaux et montrent que ces pierres ont été retravaillées à leur arrivée sur le chantier. Plus en surface, la fouille a livré quelques tessons de poterie, des monnaies romaines, jusqu’aux inévitables capsules de bière et ampoules de phares d’automobiles qui sont le lot de tout archéologue. Atkinson insiste cependant sur le mélange des couches dû peut-être au piétinement (les tessons de poterie néolithique peuvent aussi bien se trouver au fond du fossé que parmi des éléments récents), mais bien plus encore à l’action des pluies entraînant sans cesse terre et objets vers le milieu de la structure.

Le fossé n’était qu’une sorte de carrière d’où l’on a extrait les matériaux nécessaires à l’édification de l’enceinte circulaire exécutée à l’intérieur du fossé, cette fois avec le plus grand souci de régularité géométrique. Le cercle, de 98 mètres de diamètre, a été tracé au cordeau. Le remblai devait présenter une largeur de 6 m et une hauteur d’au moins 2 m. L’érosion lui a donné dès les premiers siècles de son existence le profil arrondi et étalé qui est encore le sien aujourd’hui.

Des vestiges d’un autre talus en contrescarpe, de moindre importance, sont visibles à l’extérieur du fossé, au nord et à l’est.

En 1978, Richard Atkinson et son collègue John G. Evans ont découvert, au cours d’une fouille en tranchée dans l’enceinte circulaire, le squelette d’un homme de l’âge du bronze, connu sous le nom d’« archer de Stonehenge (en) », délibérément et soigneusement enseveli dans le fossé extérieur, et non dans un tumulus (barrow), comme c’est le cas généralement dans la région.

On a voulu voir en lui un archer en raison du bracelet de pierre et des silex et flèches trouvés à ses côtés. En fait, plusieurs pointes de flèches étaient fichées dans les os du squelette, ce qui semble nettement indiquer que l’homme a été tué par ces flèches.

L’examen du squelette a montré que l’homme était originaire de la région et âgé d’environ 30 ans. La datation au radiocarbone laisse à penser qu’il est mort autour de -2300, ce qui le rend à peu près contemporain des autres « archers » découverts dans le voisinage, à Amesbury (archer d’Amesbury et Boscombe Bowmen). Ses restes sont maintenant conservés au Salisbury and South Wiltshire Museum (en) de Salisbury.

Plusieurs dizaines de cavités funéraires plus petites, de contenu similaire à celui des trous d’Aubrey et découvertes non loin d’eux, ont été fouillées par Hawley dans la moitié sud-est de l’enclos circulaire qu’il a complètement décapée18. En tout, environ 55 tombes à incinération ont été relevées, trous d’Aubrey compris. Atkinson situe cette période d’utilisation comme cimetière à crémation à la fin de la phase I, s’étendant sur environ deux siècles. Il suggère que d’autres tombes pourront être découvertes dans les talus intérieurs de l’enclos, qui n’ont pas été fouillés8. La présence d’objets comme une tête de massue ou un petit bol partiellement brûlé sur un côté (un encensoir ?) suggère que les défunts auraient pu être des dignitaires politiques ou des chefs disposant d’une autorité spirituelle ou religieuse, accompagnés de leurs familles19. L’étude des restes des défunts retrouvés à Stonehenge indique qu’ils étaient avant leur mort dans un état de santé moins bon que la moyenne observée sur les restes de la population de l’époque, beaucoup souffrant de maladies osseuses ou de traumatismes. Cela pourrait indiquer que la fréquentation du site avait un but potentiellement thérapeutique.

La Heel Stone, une pierre de grès du tertiaire, à l’extérieur de l’entrée nord-est, pourrait également avoir été érigée au cours de cette période, mais elle ne peut être formellement datée et peut aussi bien avoir été installée à n’importe quel moment de la phase III. Une ou deux pierres lui étaient adjointes.

Un réseau complexe de trous de poteaux (postholes) a été relevé par le colonel Hawley et confirmé par Atkinson, au centre du cercle et aux deux entrées du sud et du nord-est. Ces trous de poteaux, de 0,40 m de diamètre, sont plus petits que les trous d’Aubrey et beaucoup moins régulièrement espacés. On ne sait si ces poteaux correspondent à des échafaudages, ou bien supportaient la toiture d’une ou plusieurs constructions.

Les quatre Station Stones sont des pierres de grès sarsen de dimensions modestes, situées à proximité des trous d’Aubrey et diamétralement opposées deux à deux, l’ensemble formant un long rectangle de direction NO-SE perpendiculaire à l’axe général du monument.

Les trilithons ou trilithes sont cinq groupes de trois monolithes de grès sarsen levés et disposés comme des portiques selon un plan en forme de fer à cheval laissant au nord-est une ouverture de 13,70 mètres de largeur. Les énormes pierres ont été travaillées sur le chantier à l’aide de boules de pierre qui laissent sur le grès dur les traces en vagues parallèles caractéristiques de cette méthode bien connue des civilisations de l’Égypte antique. Puis les pierres ont été assemblées selon des techniques de charpente, par tenons et mortaises : chacun des dix piliers présente un tenon unique central en sa partie supérieure et les cinq linteaux, pesant jusqu’à cinquante tonnes, présentent chacun deux mortaises de forme ovale.

Les trilithes sont disposés symétriquement : les deux plus petites paires de trilithes atteignaient six mètres de hauteur, les suivantes 6,50 mètres, tandis que le grand trilithe unique du côté sud-ouest devait atteindre 7,3 mètres de hauteur, linteau compris32. En partant de l’ouverture NE dans le sens des aiguilles d’une montre, les deux premiers trilithes sont les seuls qui nous soient parvenus intacts, tandis que le grand trilithe central est depuis longtemps effondré : le pilier du trilithe principal, haut de 6,70 mètres, a été redressé en 1901 ; l’autre gît au sol, brisé en plusieurs morceaux ; le linteau est également renversé sur le flanc, montrant bien les deux mortaises ovales de l’assemblage. Le linteau du quatrième trilithe, tombé en 1797, a été remis en place en 1956, comme le montrent les photos d’Atkinson ; le dernier trilithe, quant à lui, est incomplet et brisé en plusieurs morceaux.

Les piliers des trilithes sont disposés par paires très faiblement espacées ; leur profil va diminuant vers le haut selon une courbe qui s’accentue nettement dans la partie haute, ce qui n’est pas sans rappeler le principe de l’entasis des anciens temples grecs, qui donne l’illusion de colonnes plus élancées et plus droites.

Les figures gravées d’un poignard et de têtes de haches ont été relevées sur l’un des piliers du trilithe sud. D’autres gravures de têtes de haches ont été repérées sur les faces extérieures des pierres situées au nord-est du grand cercle de sarsen. Ces figures sont difficiles à dater, mais sont d’aspect très semblable aux types d’armes bien connus du Bronze tardif.

Le grand cercle de grès sarsen est constitué de trente monolithes érigés en un cromlech de trente-trois mètres de diamètre et surmontés de trente linteaux. Chaque pilier comporte deux tenons correspondant aux deux mortaises ovales de chacun des linteaux, qui ont été mis bout à bout par un assemblage précis de rainures et languettes taillées en pointe : l’ensemble forme ainsi un anneau continu suspendu au sommet de la structure.

L’effet visuel final a été le souci permanent des constructeurs, de même que pour les trilithes : les orthostats (pierres verticales) s’élargissent légèrement vers le haut, afin que, vue du sol, leur perspective demeure constante, tandis que les linteaux de pierre sont taillés légèrement en courbe, afin de conserver la disposition circulaire générale du monument. Chaque pilier présente sa meilleure face vers l’intérieur du cercle. La taille est plus rustique que celle des trilithes et les faces extérieures sont quasi brutes de carrière.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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