Le service postal ambulant, 1842-1994.

Dès l’avènement du chemin de fer, l’idée de transporter le courrier pour accélérer l’acheminement de la correspondance naît très rapidement. L’Angleterre en 1838, la Belgique en 1840 sont les premiers pays à mettre en circulation des bureaux de poste ambulants. La France est longtemps réticente à cause, notamment, des améliorations successives apportées au service des malles-poste à chevaux.

Cependant, François-Donat Blumstein, inspecteur des postes en Alsace, élabore un projet de transport et de tri de courrier par chemin de fer. Le 1er août 1842, il organise le premier transport de dépêches sur la ligne de chemin de fer de Strasbourg à Bâle. Puis, des expériences sont tentées entre Paris et des bureaux de poste de l’Eure en 1843, entre Paris et Rouen en 1844.

Le résultat est finalement jugé positif et les services ambulants sont lancés en janvier 1845. L’année suivante l’administration fait construire les premiers wagons-poste spécialisés mis en service sur la ligne Strasbourg-Mulhouse.

Wagon-poste du service des ambulants, carte maximum, 11/08/1944.

L’État impose aux compagnies de chemin de fer le transport gratuit du courrier . Dès lors, les régions desservies augmentent d’année en année et en 1848, 2160 km sont parcourus chaque jour par les bureaux de poste ambulants.
Les progrès sont rapides. En 1854, neuf directions de lignes sont créées, chacune correspondants à une compagnie de chemin de fer. En 1857, l’administration crée le ” train journalier de la poste “, train de nuit entièrement postal, composé de plusieurs bureaux ambulants et circulant selon des horaires particuliers. L’année suivante, on compte 32000 km de lignes parcourues par les ambulants ; le chiffre est doublé en 1898 !
Si le développement est remarquable, il ne saurait faire oublier l’aspect humain. Le service des ambulants est rude ; entre les mouvements du train, le manque d’air et de lumière dans les wagons-postes fermés, le peu d’espace pour les déplacements et le tri, les ” équipages ” embarqués mènent une vie difficile …

Carte-lettre au type Sage “Paris au Havre, 1899).

Avant la première guerre mondiale, la poste ferroviaire française affiche un palmarès impressionnant : plus de 700 wagons-poste, 175 services d’ambulants répartis sur tout le territoire, plus de 100 000 km de lignes et près de 3500 agents des postes. Toutes les gares sont désormais desservies soit par un wagon-poste, soit par un fourgon avec un local postal, soit même par un ” courrier-convoyeur “, agent chargé du courrier qu’il transporte dans le compartiment d’une voiture de voyageurs réservé à la poste.

Aux lendemains de la Grande Guerre, les choses changent avec l’arrivée de l’automobile et de l’aviation. Dès 1920, les services routiers commencent à remplacer les ambulants sur les petites destinations.
À partir des années 30, l’aviation postale, souvent plus rapides que le train, se met en place. Les catastrophes ferroviaires ont montré la fragilité des wagons postaux ; aussi, à partir de 1924, la poste décide-t-elle la construction de wagons entièrement métalliques et le remplacement des essieux par des bogies.

L’apogée des ambulants se situe à la veille de la Deuxième guerre mondiale; les services ambulants comprennent plus de 4000 agents, 825 wagons-postes et 300 bureaux rattachés.

Le déclin commence aux lendemains de la Libération et la concurrence du réseau postal aérien – Air Bleu ou la Postale de nuit -. Si les services ambulants restent compétitifs pendant les années 60, la création, dès 1974, des grands centres de tri mécanisés et automatiques signe la fin du service des ambulants ferroviaires. Quelques innovations voient tout de même le jour et, en 1979, huit rames automotrices postales (RAP) sont mises en service. En 1984, plus de 60 centres de tri fonctionnent et les premières lignes d’ambulants sont fermées. Le tri du courrier disparaît progressivement et en 1993, il reste à peine une dizaine de liaisons ferroviaires.Le dernier sursaut des ambulants concerne les TGV postaux qui, dès 1994, évoluent sur les Lignes à grande vitesse ; le tri a disparu et il ne reste plus dès lors que la fonction de transport du courrier.

Après un siècle et demi de bons et loyaux services, les services ambulants disparaissent avant la fin du XX e siècle.

Source : Ambulants.fr