Le Seigneur des anneaux.

Le Seigneur des anneaux (The Lord of the Rings) est un roman en trois volumes de J. R. R. Tolkien paru en 1954 et 1955.

Prenant place dans le monde de fiction de la Terre du Milieu, il suit la quête du hobbit Frodon Sacquet, qui doit détruire l’Anneau unique afin que celui-ci ne tombe pas entre les mains de Sauron, le Seigneur des ténèbres. Plusieurs personnages lui viennent en aide, parmi lesquels son jardinier Sam, les hobbits Meriadoc et Peregrin, le mage Gandalf ou encore l’humain Aragorn, héritier d’une longue lignée d’illustres rois.

À la suite du succès critique et commercial du Hobbit, Tolkien entreprend la rédaction du Seigneur des anneaux à la fin des années 1930 à la demande de son éditeur, Allen & Unwin. Il lui faut douze ans pour parvenir à achever cette suite, qu’il truffe de références et d’allusions au monde du Silmarillion, la Terre du Milieu, sur lequel il travaille depuis 1917 et dans lequel Le Hobbit a été attiré « contre l’intention première » de son auteur.

À l’origine, Tolkien souhaite publier Le Seigneur des anneaux en un seul volume, mais le prix du papier étant trop élevé en cette période d’après-guerre, l’œuvre est divisée en trois volumes (chacun divisés en deux livres) : La Communauté de l’Anneau (The Fellowship of the Ring), Les Deux Tours (The Two Towers) et Le Retour du roi (The Return of the King). C’est un succès commercial immédiat qui ne se dément pas tout au long de la deuxième moitié du xxe siècle et donne lieu à des adaptations sur plusieurs supports, dont une série de trois films à grand budget réalisés par Peter Jackson et sortis entre 2001 et 2003.

Seigneur des anneaux, entier postal, Tchéquie.

C’est une des œuvres fondamentales de la littérature dite de fantasy, terme que Tolkien explicite dans son essai Du conte de fées de 1939. Tolkien lui-même considérait son livre comme « un conte de fées […] pour des adultes », écrit « pour amuser (au sens noble) : pour être agréable à lire ».


Après un prologue décrivant les Hobbits et leurs mœurs, le passé de la Terre du Milieu et un rapide résumé des aventures de Bilbon Sacquet, le livre I s’ouvre sur le cent onzième anniversaire de ce dernier, soixante années après les événements décrits dans Le Hobbit. Au cours de la réception, Bilbon s’éclipse grâce à l’invisibilité que lui confère son anneau magique et quitte Hobbitebourg, laissant la plus grande partie de ses biens, l’anneau compris, à son neveu et héritier désigné, Frodon Sacquet. Dix-sept ans plus tard, leur vieil ami, le magicien Gandalf le Gris, révèle à Frodon que son anneau est en réalité l’Anneau unique, instrument du pouvoir de Sauron, le Seigneur Sombre, qui l’a perdu jadis ; s’il devait le retrouver, son pouvoir deviendrait insurmontable. Gandalf presse Frodon de quitter la Comté, qui n’est plus sûre pour lui et de se mettre en route pour le refuge qu’est Fondcombe, la demeure d’Elrond le Semi-elfe.

Frodon vend sa demeure de Cul-de-Sac, dissimulant son départ sous le prétexte d’un déménagement au Pays-de-Bouc, à la lisière orientale de la Comté. Accompagné de son jardinier Sam Gamegie et d’un jeune ami, Peregrin Touque (Pippin), il échappe de justesse à plusieurs reprises aux Cavaliers noirs, serviteurs de Sauron chargés de retrouver l’Anneau unique. Les trois compagnons atteignent le Pays-de-Bouc, à l’est de la Comté, où Meriadoc Brandebouc (Merry) les rejoint. Les quatre hobbits poursuivent leur route vers l’est, échappant aux dangers de la Vieille Forêt et des Hauts des Galgals grâce à l’énigmatique Tom Bombadil. Ils recupèrent dans les Hauts des Galgals, quatre vieilles épées. À Bree, ils font la connaissance de l’étrange Grands-Pas, un ami de Gandalf, qui devient leur guide. Les Cavaliers noirs, toujours à leurs trousses, parviennent à blesser Frodon près du Mont Venteux, mais grâce à l’elfe Glorfindel, il parvient à franchir le gué de Bruinen. Les Cavaliers, qui le suivent de près, sont emportés par une crue soudaine de la rivière, et Frodon s’évanouit.

Au début du livre II, Frodon se réveille à Fondcombe, où il a reçu les soins d’Elrond et où il retrouve Bilbon. S’ensuit le Conseil d’Elrond, auquel assistent des représentants des principales races de la Terre du Milieu : Elfes, Nains et Hommes. Gandalf leur apprend la trahison de Saroumane, son supérieur dans l’Ordre des Mages, qui recherche l’Unique pour lui-même. Après avoir examiné toutes les possibilités qui s’offrent à eux, les participants au Conseil décident que le seul moyen de vaincre Sauron est de détruire l’Anneau en l’amenant au cœur du Mordor, pays de Sauron, et en le jetant dans la lave des Crevasses du Destin, là où il fut forgé. Frodon se déclare volontaire pour accomplir cette tâche, et une « Communauté de l’Anneau » est formée pour l’accompagner et l’aider : elle comprend Frodon et ses trois compagnons hobbits Sam, Merry et Pippin, ainsi que Gandalf, Aragorn, Boromir du Gondor, Gimli le nain, fils de Gloin et Legolas l’elfe.

La compagnie traverse l’Eregion déserte avant de tenter de franchir les Monts Brumeux par le col enneigé du Caradhras [archive]. Après leur échec face aux éléments déchaînés, Gandalf conduit ses compagnons dans les mines de Moria, ancienne cité naine désormais peuplée par des gobelins, mais il tombe dans un gouffre en affrontant le Balrog, une antique créature démoniaque. La Communauté, désormais menée par Aragorn, quitte la Moria et entre dans le pays elfique de Lothlórien, gouverné par Celeborn et Galadriel. Frodon et Sam regardent dans le miroir de Galadriel et voient des visions du passé, du présent et d’un possible futur. Terrifié par l’Œil de Sauron, Frodon propose de remettre l’Anneau à Galadriel, mais celle-ci surmonte la tentation. Les compagnons quittent la Lórien, avec des présents donnés par les elfes, à bord de trois bateaux et descendent le grand fleuve Anduin. Arrivée à hauteur des chutes de Rauros, la Communauté se sépare après une attaque d’Orques et Frodon et Sam partent seuls en direction du Mordor.

Au début du livre III, Boromir meurt en tentant de défendre Merry et Pippin, qui sont enlevés par les Uruk-hai de Saroumane. Après avoir offert des funérailles au capitaine du Gondor, Aragorn, Legolas et Gimli se lancent à leurs trousses à travers les plaines du Rohan. Aux abords de la forêt de Fangorn, ils retrouvent Gandalf, désormais le Blanc, qui a été renvoyé en Terre du Milieu pour achever sa mission après avoir péri en terrassant le Balrog. Les quatre compagnons se rendent à Edoras, où Gandalf libère le roi Théoden de l’emprise de son conseiller Gríma Langue de Serpent, un pantin de Saroumane. Ils participent à la guerre du Rohan contre les armées de Saroumane, qui sont vaincues lors de la bataille de Fort-le-Cor (ou bataille du Gouffre de Helm) tandis qu’Orthanc, la forteresse de Saroumane, est prise d’assaut par les Ents, des créatures à l’apparence d’arbres menées par Sylvebarbe, auprès de qui Merry et Pippin ont trouvé refuge. Refusant de se repentir de ses erreurs, Saroumane est exclu de l’Ordre des Mages par Gandalf.

Le livre IV suit Frodo et Sam sur la route du Mordor. Ils parviennent à capturer et à apprivoiser Gollum, l’ancien possesseur de l’Anneau, qui les suivait depuis la Moria. Il les guide vers une entrée secrète du Mordor, dans la vallée de Minas Morgul. Traversant l’Ithilien, ils sont capturés par Faramir, le frère de Boromir, qui les relâche lorsqu’il apprend l’importance de leur mission. À la fin du livre, Gollum trahit Frodon en le menant dans le repaire d’Arachne, l’araignée géante. Il survit, mais est fait prisonnier par les Orques de Cirith Ungol après que Sam lui a pris l’Anneau, le croyant mort empoisonné par le venin de l’araignée.

Le livre V relate la lutte entre le Gondor et le Mordor, vue par Merry aux côtés du roi Théoden et Pippin à Minas Tirith, capitale du Gondor. La Cité Blanche, assiégée par des milliers d’Orques, est sauvée par l’arrivée des cavaliers du Rohan, puis par celle d’Aragorn, qui a libéré le sud du Gondor grâce à l’armée des Morts et s’est emparé de la flotte des pirates d’Umbar, alliés de Sauron. La bataille des champs du Pelennor se conclut par une défaite des forces de Sauron, mais ce dernier dispose encore de forces prodigieuses dont ne peuvent espérer triompher les Peuples libres. Afin de détourner l’attention de Sauron de la quête de Frodo, Aragorn mène une armée devant la Morannon, la Porte Noire du Mordor, pour y livrer une bataille désespérée.

Le livre VI revient à Sam, qui libère Frodon des Orques de Cirith Ungol. Les deux hobbits traversent à grand-peine le désert du plateau de Gorgoroth et atteignent le Mont Destin, Gollum sur leurs talons. La tentation se révèle alors trop forte pour Frodon, qui revendique l’Anneau et le passe à son doigt. Il est attaqué par Gollum, qui lui tranche le doigt à coups de dents pour récupérer l’Unique avant de tomber dans les flammes de la montagne en fêtant son triomphe. Par ce retournement de situation eucatastrophique, l’Anneau est détruit, Sauron définitivement vaincu et ses armées en déroute. Aragorn est couronné roi du Gondor et épouse sa promise Arwen, la fille d’Elrond. Après plusieurs semaines de festivités, les membres de la Communauté retournent chez eux. De retour dans la Comté, les quatre hobbits retrouvent leur pays ravagé par des brigands humains et des semi-orques. À Cul-de-Sac, après avoir mis les bandits en déroute, ils découvrent que le responsable de ce chaos n’est autre que Saroumane, qui trouve peu après la mort aux mains de Gríma. la Comté connaît par la suite une grande embellie, mais Frodon, blessé physiquement et mentalement, ne peut apprécier ce renouveau. Il finit par faire voile vers l’Ouest avec Bilbon pour y trouver la paix, accompagné des porteurs des Trois anneaux des Elfes, Galadriel, Elrond et Gandalf. Le Troisième Âge du Soleil et Le Seigneur des anneaux s’achèvent.

Le récit proprement dit est suivi de six appendices, visant à donner de plus amples informations sur des éléments passés de l’histoire des peuples présents dans le livre.

Un mois après la publication du Hobbit, le 21 septembre 1937, Stanley Unwin, l’éditeur de Tolkien, lui écrit qu’un « large public réclamerait à cor et à cri dès l’année suivante qu’il leur en dise plus au sujet des Hobbits ! », ce à quoi Tolkien, « inquiet », répond qu’il « ne saurai[t] que dire de plus à propos des Hobbits », mais qu’il n’a « en revanche que trop de choses à dire […] à propos du monde dans lequel ce Hobbit a fait intrusion » : en effet, cela fait vingt ans qu’il travaille sur les textes du « Silmarillion ». Après une réponse encourageante d’Unwin, Tolkien promet qu’il commencera quelque chose dès que possible. Le 19 décembre, il écrit à C. A. Furth, de Allen & Unwin : « J’ai écrit le premier chapitre d’une nouvelle histoire sur les Hobbits — “Une réception depuis longtemps attendue”. » Dans ce chapitre, le héros est encore Bilbon Sacquet, qui disparaît de Hobbitebourg lors de la réception donnée pour son soixante-dixième anniversaire : le trésor qu’il a rapporté d’Erebor est épuisé, et il éprouve le désir de repartir à l’aventure.

Tolkien leur lut Le Seigneur des anneaux au fur et à mesure qu’il l’écrivait.
Après plusieurs faux départs, Tolkien décide de placer l’anneau trouvé par Bilbon lors de son aventure au centre de cette suite : à l’origine simple objet magique, il devient au fil des réécritures le terrible Anneau unique forgé par Sauron. L’histoire se met lentement en place : les hobbits Bingo, Frodon et Odo partent pour Fondcombe, dans un récit au ton encore bon enfant, proche de celui du Hobbit, qui subsistera en grande partie dans la version définitive des premiers chapitres du Livre I. Sur leur route, les hobbits croisent un cavalier entièrement drapé dans un manteau. Après un bref moment d’angoisse, le cavalier éclate de rire : il s’agit du magicien Gandalf. Mais Tolkien abandonne aussitôt cette idée au profit d’une autre, bien plus sinistre : Bingo et ses compagnons sont désormais poursuivis par des Cavaliers Noirs. Dans une lettre à Stanley Unwin, Tolkien indique alors que l’histoire a pris « un tour inattendu ».

À la mi-septembre 1938, le récit atteint le milieu de la conversation entre Bingo, peu après rebaptisé Frodo, et le nain Glóin à Fondcombe. Tolkien s’arrête alors un moment et retravaille les premiers chapitres, car l’histoire évolue alors même qu’il l’écrit, nécessitant de fréquentes corrections pour accorder les passages les plus anciens avec les plus récents. Le livre couvre alors 300 pages manuscrites et Tolkien, optimiste, estime qu’il en faudra encore 200 pour le terminer. Le récit est pourtant encore loin de sa version finale : par exemple, l’étranger que les hobbits rencontrent à Bree n’est pas encore Aragorn, Rôdeur descendant des rois de jadis, mais Trotter, un simple hobbit aventureux qui porte des chaussures de bois.

1939 est une année difficile pour Tolkien : un accident survenu au cours de l’été se solde par une commotion cérébrale, et le début de la Seconde Guerre mondiale entraîne un accroissement de ses responsabilités à Oxford. Il continue pourtant à travailler sur Le Seigneur des anneaux, qui atteint le chapitre « Les Mines de la Moria » (finalement « Un voyage dans le noir », chapitre 4 du Livre II) en décembre. Il n’y revient pas avant août 1940, mais se consacre à des corrections dans le texte déjà existant, et ne recommence à écrire qu’à la fin de l’année 1941. Il termine alors le Livre II et commence le III, dont les quatre premiers chapitres sont écrits fin janvier. À l’automne, le Livre III est terminé.

Le livre ne progresse plus avant le printemps 1944, lorsque Tolkien entame « dans la douleur » le Livre IV. Tolkien écrit les chapitres et les fait lire au fur et à mesure à son ami C. S. Lewis et à son fils Christopher, qui se trouve alors en Afrique du Sud pour s’entraîner avec la Royal Air Force. Tous deux sont très enthousiastes, ce qui motive Tolkien : il achève le Livre IV à la fin du mois de mai, avant de s’arrêter de nouveau. Le 12 août, il écrit à Christopher : « Toute inspiration pour [Le Seigneur des anneaux] s’est complètement tarie, et j’en suis au même point qu’au printemps, avec toute l’inertie à surmonter de nouveau. Quel soulagement ce serait d’en finir. »

Tolkien commence le Livre V, persuadé qu’il s’agira du dernier, en octobre. Mais il n’avance guère, et ce n’est qu’en septembre 1946 qu’il progresse véritablement, après un long moment sans avoir travaillé sur le récit. Ce cinquième livre est achevé un peu plus d’un an plus tard, en octobre 1947, Tolkien ayant dans le même temps apporté le lot habituel de corrections aux premiers livres. Finalement, la rédaction du Seigneur des anneaux est achevée, du moins au brouillon, entre la mi-août et la mi-septembre 1948. Le livre inclut alors un épilogue centré sur Sam et ses enfants, mais Tolkien se laisse convaincre de l’omettre.

Les brouillons du Seigneur des anneaux ont été publiés et étudiés par Christopher Tolkien dans les tomes 6 à 9 de son Histoire de la Terre du Milieu, non traduits en français : The Return of the Shadow, The Treason of Isengard, The War of the Ring et Sauron Defeated (1988-1992).

En mai 1957, Tolkien vend les brouillons du Seigneur des anneaux (entre autres) pour 1 500 £ à l’université Marquette de Milwaukee, à la requête du bibliothécaire de cette dernière, William B. Ready. Avant de les envoyer, Tolkien entreprend de les annoter et de les classifier, mais la tâche se révèle trop longue, et en fin de compte, les papiers sont envoyés dans le désordre à Marquette en 1958. Tolkien s’aperçoit ultérieurement que certains papiers liés au Seigneur des anneaux (principalement parmi les brouillons les plus anciens) sont toujours en sa possession. Finalement, c’est son fils Christopher qui, après avoir étudié et publié ces brouillons dans le cadre de son Histoire de la Terre du Milieu, envoie ces documents à Marquette. L’université américaine possède plus de 9 200 pages concernant Le Seigneur des anneaux.

Le Seigneur des anneaux est né des passions de Tolkien : la philologie, les contes de fées ainsi que les sagas norroises (notamment Beowulf et les Eddas), et le Kalevala, l’épopée nationale finlandaise. L’idée de l’Anneau unique qui gouverne le monde et trompe son porteur est présente dans le cycle des Nibelungen, saga germanique médiévale reprise par Richard Wagner dans sa tétralogie de L’Anneau du Nibelung. Tolkien nie cependant cette influence : « Ces deux anneaux sont ronds, et c’est là leur seule ressemblance », répond-il à l’introduction de la traduction suédoise du Seigneur des anneaux qui affirme que « l’Anneau est, d’une certaine manière, “der Nibelungen Ring” ». Comme le soulignent Wayne G. Hammond et Christina Scull, l’anneau d’invisibilité est un objet courant dans la littérature, que l’on retrouve dans les contes de fées d’Andrew Lang, chez Chrétien de Troyes (Yvain ou le Chevalier au lion) et jusque dans La République de Platon avec l’anneau de Gygès.

Le Seigneur des anneaux est globalement achevé en octobre 1949. En théorie, il devrait être publié par Allen & Unwin, à qui Tolkien avait promis une suite du Hobbit. Cependant, l’idée le prend de vouloir publier Le Seigneur des anneaux avec Le Silmarillion, qui avait été refusé par Allen & Unwin en 1937, lorsque Tolkien le leur avait soumis — refus qui, par ailleurs, a fait naître un certain ressentiment chez lui.

Durant l’automne 1949, Tolkien fait la connaissance de Milton Waldman, de la maison d’édition londonienne Collins, par l’entremise de Gervase Mathew, un membre des Inklings. Waldman propose à Tolkien d’éditer les deux livres ensemble, offre que Tolkien s’empresse d’accepter. En février 1950, il écrit à Stanley Unwin qu’il exige que Le Silmarillion soit édité avec Le Seigneur des anneaux. Après quelques mésaventures, notamment une note de Rayner Unwin que Tolkien n’aurait pas dû lire, dans laquelle le fils de Stanley propose à son père d’éditer Le Seigneur des anneaux, puis de « laisser tomber » Le Silmarillion, Tolkien pose un ultimatum à Unwin : soit il prend les deux ouvrages, soit il n’en a aucun. Unwin refuse, n’ayant même pas vu le manuscrit du Seigneur des anneaux.

Tolkien s’en remet alors à Waldman ; celui-ci l’assure que Collins éditera ses deux livres durant l’automne 1950. Mais Waldman, malade, est forcé de faire de fréquents séjours en Italie, et ses remplaçants sont beaucoup moins enthousiastes au sujet des deux volumineux livres de Tolkien. Au début de l’année 1952, rien n’est encore fait, si bien que Tolkien somme Collins de publier Le Seigneur des anneaux au plus tôt, sans quoi il se rapproprie le manuscrit. La longueur du texte affole les éditeurs, qui refusent net.

Rayner Unwin, au courant de ses démêlés avec Collins, reprend alors contact avec Tolkien, qui fait son mea culpa et demande s’il est encore possible de faire quelque chose « pour déverrouiller les portes que j’ai moi-même claquées ? », ce à quoi Unwin répond : « Nous voulons absolument vous publier — ce ne sont que les circonstances qui nous ont retenus. » S’ensuit un long travail de relecture et de correction, au cours duquel il est finalement décidé de publier le livre en trois volumes. Après beaucoup d’hésitations, les titres La Communauté de l’Anneau (The Fellowship of the Ring), Les Deux Tours (The Two Towers) et Le Retour du Roi (The Return of the King) sont choisis, ce dernier contre l’avis de Tolkien qui préfère La Guerre de l’anneau (The War of the Ring), moins révélateur de l’issue du récit.

Ce découpage en trois tomes fait que l’on décrit souvent le Seigneur des anneaux comme une trilogie, mais ce terme est techniquement incorrect, car il a été écrit et conçu d’un seul tenant. Néanmoins, Tolkien lui-même reprend dans ses lettres, de temps à autre, le terme de « trilogie » lorsqu’il est employé par ses correspondants.

La Communauté de l’Anneau est publié au Royaume-Uni par Allen & Unwin le 29 juillet 1954, suivi par Les Deux Tours le 11 novembre 1954 et par Le Retour du Roi le 20 octobre 1955, ce tome ayant été retardé à cause des difficultés de Tolkien pour écrire les appendices. Aux États-Unis, Houghton Mifflin publie le volume 1 le 21 octobre 1954, le volume 2 le 21 avril 1955 et le volume 3 le 5 janvier 1956. Défiant les prévisions pessimistes de Rayner Unwin, le premier tirage des deux premiers volumes, assez faible (4 500 exemplaires pour La Communauté de l’Anneau et 4 250 pour Les Deux Tours, couvrant les marchés britannique et américain) est rapidement épuisé, réclamant une réimpression rapide. Ce succès explique que le tirage initial du Retour du Roi, paru un an plus tard, ait été de 12 000 exemplaires.

Au début des années 1960, Donald Wollheim, un auteur de science-fiction pour la maison d’édition Ace Books, estime que Le Seigneur des anneaux ne bénéficie pas de la protection du copyright américain à l’intérieur des États-Unis, en raison de l’édition en couverture rigide (hardcover) du livre chez Houghton Mifflin, compilée à partir de pages imprimées au Royaume-Uni pour l’édition britannique. Ace Books publie une édition pirate, sans avoir obtenu d’autorisation de la part de Tolkien et sans lui offrir aucune compensation. Tolkien le fait savoir clairement aux fans américains qui lui écrivent et passe l’été 1965 à réviser le texte du livre, corrigeant les fautes, adaptant quelques éléments de la mythologie toujours mouvante du Silmarillion et rédigeant un nouvel avant-propos, disant à propos de celui de la première édition : « confondre (comme il le fait) de véritables éléments personnels avec la “machinerie” du Conte est une grave erreur ». Cette seconde édition du Seigneur des anneaux est publiée au format poche chez Ballantine Books en octobre 1965. Ace Books finit par abandonner l’édition non autorisée et par signer un accord à l’amiable avec Tolkien, lui payant 4 % des bénéfices et s’engageant à ne pas réimprimer le livre30. Par la suite, Wollheim continue cependant à affirmer qu’Ace Books était dans son droit en publiant cette édition pirate. Ce n’est qu’en 1992 que cette controverse est tranchée par une décision de justice, qui statue que la première édition américaine du Seigneur des anneaux chez Houghton Mifflin était bien soumise au copyright américain.

À l’occasion du cinquantième anniversaire de la publication du Seigneur des anneaux, une nouvelle édition du livre est parue, sous la direction de Wayne G. Hammond et Christina Scull. Un grand nombre de coquilles y sont corrigées, ainsi que certaines erreurs du texte lui-même. La liste des corrections se trouve dans l’ouvrage séparé The Lord of the Rings: A Reader’s Companion.

Avec la sortie de l’adaptation filmée, les ventes de livres grimpent. Selon David Brawn, l’éditeur de Tolkien chez HarperCollins, qui détient les droits pour le monde anglo-saxon, à l’exception des États-Unis : « En trois ans, de 2001 à 2003, il s’est vendu 25 millions d’exemplaires du Seigneur des anneaux — 15 millions en anglais et 10 millions dans les autres langues. Et au Royaume-Uni les ventes ont augmenté de 1000 % après la sortie du premier film de la trilogie ».

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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