Le recensement de la population.

Le recensement (du latin recensere, « passer en revue ») est une opération statistique de dénombrement d’une population. Les recensements démographiques existent depuis l’Antiquité (Chine, Égypte, Hébreux que la Bible mentionne à plusieurs reprises ; Rome), mais leur signification ainsi que leurs méthodes ont évolué.

Ils ne sont mis en œuvre de façon systématique qu’à partir du XVIe siècle et plus encore avec l’avènement de l’État-nation dont ils servent divers objectifs : notamment la conscription militaire, la répartition de l’impôt, la connaissance du nombre et des richesses de la population.

Au XXIe siècle, les recensements sont surtout des outils d’aide à la prévision économique. Outre le nombre d’habitants, ils recueillent d’autres caractéristiques comme l’âge, la profession, les conditions de logement, les déplacements domicile-travail ou domicile-études, les modes de transport et, ce qui apparaît aujourd’hui comme une évidence mais ne l’était pas naguère, leur nom et prénom. D’autres données personnelles sont parfois collectées, comme la religion, la langue, ou, comme c’est le cas aux États-Unis, l’identification des personnes interrogées à une « race ».

Recensement de la population, carte maximum, Paris, 27/02/1982.

Les premiers recensements connus sont organisés en Égypte, sous les Pharaons, et en Chine (le premier aurait eu lieu il y a 4 000 ans, le plus célèbre ayant été ordonné par la dynastie des Han en l’an 2 afin de compter la population — 57 671 400 habitants mais en cette occasion seules les familles imposables avaient été prises en compte —, déterminer les revenus et le nombre de soldats mobilisables).

L’Ancien Testament évoque, à plusieurs reprises, le dénombrement des hommes, qui doit obéir à des règles strictes, dictées à Moïse dans le Livre des Nombres. Le roi David (vers le Xe siècle av. J.-C.) aurait ainsi effectué un recensement, afin de comptabiliser le nombre de soldats mobilisables. Toutefois, l’Ancien Testament raconte qu’il fut puni par Dieu pour ce fait.

Sous les Romains, le recensement existe, mais avec une fonction bien différente. Le cens, qui devient une institution fondamentale de la République romaine, est en effet lié à la « censure » (exercée par un magistrat spécialisé, le censeur) et à la surveillance des mœurs.

La plus ancienne loi romaine connue sur l’état civil est prise vers 550 av. J.-C. par Servius Tullius : les naissances des citoyens sont déclarées au gardien du trésor du temple de Junon Lucina, les décès à celui du temple de Libitina et la prise de la toge virile à celui du temple de la jeunesse.

Sous la République, le cens organise le peuple (populus) en un corps civique structuré et hiérarchisé. À chaque citoyen, le censeur attribue un rang permettant de préciser sa dignité, ses droits et ses devoirs envers la cité. Ce rang dépend essentiellement du patrimoine foncier.

Par ailleurs, certains des groupes de premiers chrétiens, au risque de la persécution, recensent leurs baptisés dans des livres évoqués par Grégoire de Nysse, Grégoire de Nazianze, ou encore par les actes du concile de Soissons (en 853) ou dans ceux du 4e concile de Carthage, dans la règle de Chrodegang, évêque de Metz (en 762), etc.

Recensement de la population, carte maximum, Paris, 20/02/1999.

Le recensement effectué en Judée sous Quirinius, gouverneur de Syrie, est resté célèbre en raison des controverses sur sa coïncidence avec le recensement évoqué dans l’évangile selon Luc, au moment de la naissance de Jésus-Christ.

Au Moyen Âge les recensements en Europe traversent une période d’éclipse relative, malgré quelques exemples comme le Domesday Book de 1086 de Guillaume le Conquérant, ou celui effectué en 1183 dans le Royaume de Jérusalem afin d’évaluer les forces du royaume en vue d’une éventuelle invasion de Saladin. Au Moyen-Orient, le deuxième calife de l’islam, Omar ibn al-Khattâb (VIIe siècle), organise lui aussi un recensement.

Les recensements reviennent à l’ordre du jour à partir du milieu du XVIe siècle. Ils visent principalement deux objectifs: d’abord, connaître la répartition des croyants. Ainsi, Calvin établit à Genève l’enregistrement obligatoire des baptêmes, une disposition reprise par le catholicisme au concile de Trente (1563). Ensuite, ils sont utilisés par les rois afin de connaître la richesse de leur territoire et de leur population.

Ainsi, selon Gramaye, Sanderus ou L. Guicciardini, on compte et note, à certaines époques, le nombre de personnes se présentant à la communion à Pâques. Puis le Concile de Trente (session 24) ordonne (avec un succès très relatif) de tenir dans chaque église curiale des Registres des baptesmes, mariages et personnes mortes. L’Édit perpétuel  du 12 juillet 1611 renforce l’habitude de tenir des registres plus exacts.

Parallèlement, après deux recensements en 1591 et 1717, la couronne de Castille organise ainsi un nouveau recensement minutieux, le cadastre d’Ensenada, en 1747. De façon analogue, le Royaume de Suède ordonne à l’Église de Suède d’effectuer les premiers recensements en 1686, avant d’établir un bureau spécialisé, la Tabellverket (Bureau des Tables), en 1749. Les premiers recensements suédois, étudiés par l’historien Eli Heckscher (1879-1952), servent notamment à s’assurer de la pratique du luthéranisme ainsi qu’à compter le nombre d’hommes mobilisables.

Dans le royaume de France (cf. aussi infra), l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, qui concerne les baptêmes et sépultures, rend obligatoire la tenue des registres paroissiaux, jusqu’ici encore rares. L’Ordonnance de Blois (1579) ordonne la transmission de ces registres à l’Etat, qui centralise ces données par le cabinet d’archives créé en 1595 par Sully.

Après la Révolution de 1789, un décret du Directoire, du 29 prairial an IV, fait passer ce devoir d’enregistrement aux communes, instaurant ainsi l’état civil laïc. Certaines familles tenaient aussi des livres de familles, notamment les familles juives, où étaient inscrits les naissances, alliances, décès de leurs membres, ainsi que divers autres évènements.

Lié à l’avènement de la statistique et effectués sur le modèle des livres de compte des marchands, l’idée d’effectuer des recensements réapparait ainsi à l’Âge classique, chez des auteurs comme Bodin, Juste Lipse ou Montchrestien, dans le sillage de la littérature sur la raison d’État puis du mercantilisme. Celui-là considérait en effet la population comme une richesse de l’État qu’il convenait de préserver voire d’augmenter.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

 

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