Le phare de Cordouan (Gironde).

Le phare de Cordouan est un phare situé à sept kilomètres en mer sur le plateau de Cordouan, à l’embouchure de l’estuaire de la Gironde, estuaire formé par la confluence de la Garonne et de la Dordogne, donnant dans l’océan Atlantique. Il éclaire et sécurise fortement la circulation dans les deux passes permettant l’accès à l’estuaire : la Grande passe de l’Ouest, balisée de nuit, qui longe le rivage nord depuis le banc de la Coubre, et la passe Sud, plus étroite, et qui n’est pas balisée la nuit.

Il se trouve dans le département de la Gironde, en Nouvelle-Aquitaine, entre les villes de Royan, Vaux-sur-Mer et la Pointe de Grave, sur le territoire de la commune du Verdon-sur-Mer, sur lequel il figure à la parcelle numéro 1 du cadastre.

Construit de 1584 à 1611, il est le plus ancien phare de France encore en activité. Appelé parfois le « Versailles de la mer », le « phare des rois » ou encore le « roi des phares », il est le premier phare classé au titre des monuments historiques par la liste de 1862.

Le site est la propriété de l’État, représenté par la direction interrégionale de la mer Sud-Atlantique, dont les services du Verdon veillent à ce que le phare continue à assurer chaque jour sa mission de signalisation maritime et de sécurisation des passes.

Phare de Cordouan, carte maximum, Le Verson-sur-mer, 23/06/1984.

La valorisation touristique et le gardiennage du site sont délégués par la direction interrégionale de la mer depuis janvier 2010 au syndicat mixte pour le développement durable de l’estuaire de la Gironde (SMIDDEST), réunissant les départements de la Gironde et de la Charente-Maritime, la région Nouvelle-Aquitaine, la métropole de Bordeaux, la communauté d’agglomération Royan Atlantique, la communauté de communes de l’Estuaire et la communauté de communes de la Haute Saintonge, en étroite collaboration avec l’association pour la sauvegarde du phare de Cordouan. Par ailleurs, depuis mars 2009 émerge une terre aux abords du phare, c’est l’île sans nom.

Au Haut Moyen Âge, des Maures de Cordoue auraient installé, à l’entrée de l’estuaire de la Gironde, un comptoir commercial. Pour assurer la sécurité de leurs vaisseaux, et leur permettre de circuler à travers les dangereux courants des passes, ils auraient construit un phare. Plusieurs interprétations ont été proposées pour expliquer l’origine du nom de Cordouan, la référence à la ville de « Cordoue » est très peu probable, et il semble qu’une explication soit à trouver dans l’étude des toponymes. En effet, l’île de Cordouan est située au cœur (cor en latin) des bancs de sable les Asnes, signalés sur de nombreuses cartes. La contraction de cor et Asnes expliquerait le toponyme de Cordan. Au fil des siècles, ce « cœur des Asnes » serait devenu Cordouan.

L’installation de l’abbé Étienne de Saint-Rigauld et du frère prieur Ermenaud pour se retirer du monde sur l’île de Cordouan, est attestée dès le Moyen Âge par la charte de Cluny, datée de 1088. Le cartulaire de l’abbaye de la Grande-Sauve daté de 1092note 1 mentionne que les moines sonnaient une cloche et allumaient un feu en cas de danger pour les marins.

La circulation des navires étant toujours aussi dangereuse dans cette zone au XIVe siècle, le Prince Noir, Édouard de Woodstock, prince d’Aquitaine, prince de Galles et duc de Cornouailles, fils aîné du roi Édouard III d’Angleterre, qui gouverne la Guyenne de 1362 à 1371, ordonne la construction d’un édifice, la Tour du Prince Noir, au sommet de laquelle un ermite allume de grands feux et prélève un droit de passage sur les navires entrant dans l’estuaire. Cette tour est vite abandonnée et, deux siècles plus tard, elle est en ruines.

À la fin du XVIe siècle, le maréchal de Matignon, gouverneur de Guyenne, se préoccupe à son tour de la sécurité de la navigation dans l’estuaire. Le 2 mars 1584, en présence de son ami Michel de Montaigne, maire de Bordeaux, il passe commande du phare de Cordouan à l’ingénieur-architecte Louis de Foix. Ce nouvel ouvrage est qualifié d’« œuvre royale ».

Après avoir consacré dix-huit ans de sa vie et toute sa fortune à la construction du phare, Louis de Foix meurt en 1602 sans voir le bâtiment terminé. Les travaux nécessitent l’édification et le maintien en état continuel de défenses en grosses pierres de taille entre-liées de bois tout autour du plateau pour protéger la cité ouvrière. Celle-ci comprend notamment, en dehors des chantiers proprement dits, un four à chaux, des ateliers, une menuiserie, une charpenterie, un charronnage, une forge, des logements pour l’ingénieur et jusqu’à cinquante ouvriers, des magasins de vivres, un chai pour le vin, un moulin à blé, un four à pain, et enfin une écurie pour les six ou sept chevaux qui charrient les matériaux, ainsi qu’une grange pour leur fourrage12. Son fils reprend sa succession mais, ruiné, il transmet le flambeau à François Beuscher, ancien conducteur de travaux de Louis de Foix qui achève son œuvre en 1611, soit vingt-sept ans après la signature du contrat.

Lors de sa mise en service, dès sa construction terminée, le phare est constitué d’un petit dôme à huit baies fermées de vitraux. Dans un bassin placé sur un piédestal en bronze, on brûle du bois enduit de poix, d’huile et de goudron1. La fumée est évacuée par une pyramide creuse de 6,50 m de hauteur. Le feu est situé à 37 m au-dessus des plus hautes mers.

Une fois le phare achevé, les défenses n’étant plus entretenues, la mer a rapidement raison de ce qui subsistait de la cité ouvrière, ne s’arrêtant qu’au roc de l’îlot de Cordouan.

En 1645, une violente tempête détruit la pyramide et le dôme ; ce dernier est rétabli en 1664, et le combustible est remplacé par du blanc de baleine. Le soubassement est renforcé entre 1661 et 1664.

En 1719, la partie supérieure de la tour est démolie. Elle est reconstruite en 1724 sur de nouveaux plans, dus au chevalier de Bitry, ingénieur en chef des fortifications de Bordeaux.

Le premier feu à réverbères paraboliques voit le jour en 1782, mais le phare se trouve alors en très mauvais état. Les marins déplorent par ailleurs l’insuffisance de la portée du phare, dont le feu n’est pas assez élevé. D’importants travaux de rénovation sont donc nécessaires. Ils sont menés de 1782 à 1789 par l’ingénieur Joseph Teulère qui suggère de rehausser cette tour de 30 mètres en conservant le rez-de-chaussée et les deux étages, et ceci dans le style Louis XVI dont la sobriété un peu sèche contraste avec la richesse des étages inférieurs, qui ont conservé leur décoration Renaissance.

Puis en 1790, après avoir rehaussé le phare à 60 mètres au-dessus des plus hautes mers, l’ingénieur Teulère met au point le premier feu tournant à réverbères paraboliques. Il est constitué de lampes à huile, ou becs d’Argand, et est manœuvré par une machine construite par Mulotin, horloger à Dieppe. Le combustible est un mélange de blanc de baleine, d’huile d’olive et d’huile de colza.

Le premier appareil lenticulaire de Fresnel à système tournant, application de l’invention d’Augustin-Jean Fresnel, est expérimenté à Cordouan en 1823. La lampe à trois mèches concentriques, placée au « plan focal » de l’appareil, est approvisionnée à l’huile de colza au moyen d’une pompe aspirante et refoulante.

En 1948, l’électrification du phare de Cordouan est réalisée au moyen de deux groupes électrogènes autonomes — on en ajoute un troisième en 1976 — reliés à une lampe de 6 000 W en 110 volts triphasé. Le feu fixe, transformé en feu à occultations avec trois secteurs colorés, est situé à 60,30 m au-dessus des hautes mers.

En 1982, lors de travaux, un chef d’entreprise qui a besoin de pouvoir contacter ses autres chantiers sur le continent fait installer le téléphone, qui demeure ensuite sur place.

En 1984, une lampe de 450 W au xénon est installée, mais elle est remplacée trois ans plus tard par une lampe de 2 000 W aux halogènes.

En 2002, le phare de Cordouan est inscrit sur la liste indicative des monuments susceptibles d’être classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les travaux de renforcement du bouclier entrepris en 2005.
Entre mars et novembre 2005, une cuirasse de béton armé de 70 mètres de long et de 8 mètres de haut est construite autour du flanc sud-ouest du bouclier, afin de mieux le protéger des assauts de la houle d’ouest, qui entraîne des vibrations mettant en danger la structure du phare. Les travaux, réalisés par la société Guintoli et pilotés par la subdivision du Verdon du Centre d’études techniques maritimes et fluviales (CETMEF), ont coûté environ 4,5 millions d’euros, financés par l’État (57,5 %), l’Union européenne (17,5 %), les régions Aquitaine et Poitou-Charentes, les départements de la Gironde et de la Charente-Maritime.

En 2006, le phare est automatisé et informatisé. Le CETMEF procède par ailleurs à la rénovation complète des équipements de signalisation maritime, en remplaçant à la fois les groupes électrogènes, l’automate de gestion, les bâtis et moteurs de rotation, le feu et son support. L’ampoule halogène de 2 000 W est remplacée par une nouvelle ampoule halogène métallique (HM) de 250 W, conformément à la doctrine technique en la matière. L’ensemble est mis en service le 10 novembre. Une rénovation importante des toitures du socle du phare est par ailleurs effectuée en 2010 afin de garantir l’étanchéité des toits des locaux abritant les gardiens et les groupes électrogènes.

En 2011, le phare a 400 ans. Le SMIDDEST, appuyé par la municipalité de Royan, prévoit de nombreux événements entre mars et juillet 2011 pour célébrer ce 400e anniversaire, le point d’orgue des manifestations étant fixé au samedi 11 juin 2011, date de l’anniversaire du phare retenue par les organisateurs et correspondant au premier allumage du phare le 11 juin 16117. Dans le cadre de la célébration des 400 ans du phare est créée et enregistrée le 13 juillet 2011 dans la chapelle du phare l’œuvre polyphonique « Cordouan, Quand j’admire ravi… » du compositeur Jean-Marie Gagez, commande du ministère de l’Écologie, composée sur les paroles du sonnet de l’architecte Louis de Foix gravé dans la chapelle du phare.

En 2012, la lumière du phare automatisé est gérée par le service des phares et balises du Verdon-sur-Mer. Depuis 2013, le phare fait l’objet d’une restauration complète dont les travaux doivent s’achever en 2021.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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