Le mouvement Emmaüs.

Le mouvement Emmaüs est un ensemble d’associations et groupements de solidarité présents dans 37 pays. La première communauté Emmaüs, d’inspiration initialement chrétienne a été fondée en 1954 en France par l’abbé Pierre. Les divers groupes Emmaüs actuels, en France et à l’étranger, sont sans attache religieuse et ont pour objet la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, par des moyens divers et adaptés au contexte des pays où ils se trouvent. La majorité d’entre eux ont une activité économique, souvent basée sur la récupération et le réemploi, mais pas exclusivement. Dans certaines régions, les groupes Emmaüs pratiquent également l’agriculture (en Afrique et en Asie) et le micro-crédit (au Liban et au Bangladesh notamment).

Les communautés Emmaüs sont le type de groupe Emmaüs le plus répandu autant en France que dans le reste du monde. Elles pratiquent la récupération, la remise en état et la revente de matériaux reçus en dons. Les personnes accueillies dans les communautés sont appelées « compagnons d’Emmaüs ».

Emmaüs International a été créé en 1971 pour regrouper l’ensemble des groupes Emmaüs du monde, qui étaient plus de 300 en 2011. Emmaüs France regroupe les 175 groupes Emmaüs français1 et a été créé en 1985.


En 1949, l’abbé Pierre, député MRP de Meurthe-et-Moselle, achète une maison à Neuilly-Plaisance, non loin de Paris. Cette maison étant « trop grande » selon lui, il crée dans son habitation une auberge de jeunesse internationale qu’il appelle « Emmaüs », en référence à l’épisode biblique d’Emmaüs. Il est accompagné de sa secrétaire, Lucie Coutaz, qu’il a rencontrée dans la résistance, et qui est considérée comme la cofondatrice du mouvement Emmaüs.

En novembre 1949, l’abbé Pierre rencontre Georges Legay, ancien bagnard, qui est désespéré et pense au suicide. L’abbé Pierre tente de lui redonner la volonté de vivre :

« Je ne peux pas t’aider, je n’ai rien à te donner. Mais toi, tu peux m’aider à aider les autres. »

Georges accepte alors de suivre l’abbé Pierre et de se consacrer à cette tâche. Il devient ainsi le premier compagnon d’Emmaüs. Cette rencontre constitue l’acte fondateur du mouvement Emmaüs.

Bien que fondé par un prêtre catholique, député de surcroît, le mouvement Emmaüs s’est voulu totalement neutre sur les plans religieux et politique. Il est ouvert à toutes les nationalités, les origines ethniques, sans juger les convictions de ceux à qui il porte assistance sans distinction.

En hiver 1954, le froid atteint des niveaux très importants. La situation est aggravée par la pénurie de logements qui suit la Seconde Guerre mondiale. L’abbé Pierre lance alors un appel sur les ondes de Radio Luxembourg :

« Mes amis, au secours ! Une femme vient de mourir gelée cette nuit à 3 heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l’avait expulsée »

Cet appel déclenche « l’insurrection de la Bonté », entendu à la fois par les pouvoirs publics et par l’ensemble de la société française, qui y répond massivement. Les dons en nature et en argent sont collectés dans un premier temps à l’hôtel Rochester.

C’est en 1954 que l’association Emmaüs est créée dans le but d’organiser ce mouvement. L’immeuble du 32, rue des Bourdonnais, siège de l’association, est acheté avec l’argent de l’insurrection de la Bonté. Par la suite, le mouvement Emmaüs se regroupera au sein d’Emmaüs International (à partir de 1971) et, pour sa branche française, d’Emmaüs France (à partir de 1985). L’association Emmaüs continue à exister en tant que telle, mais s’occupe désormais exclusivement des centres d’hébergement et autres centres d’accueil de Paris et de la proche banlieue. Elle connaît un important regain d’activité pendant les années 1980 avec le développement du phénomène des « nouveaux pauvres ».

Aujourd’hui, l’association Emmaüs gère plus de 20 centres d’accueils à Paris et en banlieue parisienne, et emploie plus de 400 travailleurs sociaux.

Le 22 janvier 2008, à l’occasion de la commémoration du premier anniversaire de la mort de l’abbé Pierre, une plaque commémorative est apposée à « l’immeuble du 32 », siège de l’association Emmaüs et cœur historique du mouvement Emmaüs, par un SDF et un compagnon d’Emmaüs, en présence de Bertrand Delanoë, maire de Paris.

En mars 2010, les salariés de l’association Emmaüs se sont mis en grève pour dénoncer leurs conditions de travail et des contrats parfois précaires.

La diversification des activités et création de structures (1954-1978)
Les années suivantes voient la création de nombreuses structures au sein d’Emmaüs : HLM Emmaüs (aujourd’hui Emmaüs Habitat), UNASL (Union nationale d’aide aux sans-logis, février 1955) qui devient en 1957 Confédération générale du logement9, puis SOS familles Emmaüs, ainsi qu’un grand nombre de communautés Emmaüs.

En 1958, l’Union centrale de communautés Emmaüs (UCC) est créée. Elle regroupe environ 14 communautés Emmaüs qui expriment leur désir de structurer et de professionnaliser Emmaüs. Il s’agit surtout de mettre en place un salariat des responsables et leur recrutement à l’externe ainsi qu’une formation poussée de type professionnel.

L’abbé Pierre exprime à plusieurs reprises sa méfiance envers cette structuration10. L’Union des Amis et des Compagnons d’Emmaüs (UACE) est créée en 1971 avec comme premier président Roland Jeanniot, épaulé par Raymond Étienne. Regroupant d’autres communautés plus proches de la vision de l’abbé, l’UACE cherche à recréer l’unité et privilégie la promotion des membres issus des communautés aux fonctions de responsabilité. Cette fédération va largement contribuer à la multiplication du nombre de groupes Emmaüs en France, notamment par l’organisation de camps de jeunes, dans les années 1970. De nombreux groupes Emmaüs et responsables du mouvement Emmaüs sont issus de cette pratique des camps de jeunes.

Une autre pratique très répandue dans cette mouvance UACE d’Emmaüs est l’organisation de communautés itinérantes : un groupe de compagnons d’Emmaüs se déplaçant de ville en ville pour organiser des collectes de matériel et des ventes. Souvent, après quelques semaines ou mois d’itinérance, le groupe trouvait un endroit où se stabiliser, et une nouvelle communauté fixe était créée. Cette pratique, qui n’est plus utilisée aujourd’hui, a également grandement contribué à l’accroissement du nombre de communautés Emmaüs.

À son tour, cette UACE connaîtra des oppositions internes, qui seront à l’origine de la création d’Emmaüs Liberté et d’Emmaüs Fraternité, deux autres familles de communautés.

Avant la création d’Emmaüs France, les groupes Emmaüs sont très divisés. Les communautés Emmaüs sont regroupées selon leurs types de fonctionnement dans différentes fédérations, ou familles. L’Union centrale de communautés Emmaüs (UCC) est la plus importante d’entre elles, numériquement et financièrement (voir la partie 1958 : la création de l’union centrale de communautés). La place de l’UCC est fondamentale dans la structuration du mouvement Emmaüs : elle fournira par exemple à Emmaüs France l’ensemble de ses présidents depuis sa création.

D’autres types de groupes Emmaüs existent : des comités d’amis, constitués uniquement de bénévoles, des SOS familles Emmaüs, aidant les familles surendettées, sans oublier l’association Emmaüs de Paris, qui gère les centres d’hébergement de la capitale.

Tous ces groupes se retrouvent à l’échelle mondiale dans Emmaüs International, créé depuis 1971 (voir la partie L’origine de la création d’Emmaüs International (1963-1969)). Cependant, il n’existe aucune structure de rencontre à l’échelle nationale.

À partir de la fin des années 1970, quelques responsables de communautés, dont Raymond Étienne, responsable de la communauté Emmaüs de Metz, et Laurent Desmard, qui deviendra plus tard le secrétaire de l’abbé Pierre, s’attèlent à la difficile tâche de préparer la création d’Emmaüs France. Ils parcourent les groupes Emmaüs, organisent des rencontres, etc.

Ils parviendront à leurs fins en 1985, avec la création d’Emmaüs France. Raymond Étienne, artisan de sa création, en est le premier président.

Raymond Étienne va d’abord s’attacher à créer des zones de dialogue entre les différentes composantes du mouvement Emmaüs, dont certaines sont en conflit ouvert.

Selon la volonté de l’abbé Pierre, il crée en 1988 la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés. À la différence des associations du mouvement, la Fondation abbé Pierre fait appel aux dons des particuliers, ce qui entraîne un débat au sein d’un mouvement Emmaüs dans lequel l’autosuffisance s’acquiert plutôt par le travail et l’activité économique. La création de la fondation abbé Pierre marque pour Emmaüs un réel retour sur la scène du combat pour le droit au logement, composante essentielle de l’identité d’Emmaüs dès les premières années de son existence.

La présidence de Jean Rousseau, une période de transition (1995-2002)
Jean Rousseau, responsable de la communauté Emmaüs d’Angers depuis 1981, devient président d’Emmaüs France en 1996. Il s’attache alors à structurer le mouvement Emmaüs.

Pour préparer l’organisation du mouvement Emmaüs en « branches » (voir la partie Emmaüs France aujourd’hui), Jean Rousseau demande à chaque communauté de rejoindre l’une des fédérations ou familles de groupes Emmaüs. Ainsi, des interlocuteurs sont identifiés pour débattre avec les différentes tendances du mouvement.

La présidence de Jean Rousseau prépare l’organisation actuelle, mise en place sous la présidence de Martin Hirsch.

La présidence de Martin Hirsch sera le temps de la mise en place de la nouvelle organisation d’Emmaüs France, et de son regroupement en trois branches selon le type d’activité.

En 2007, Nicolas Sarkozy, élu président de la République, lui propose d’entrer au gouvernement. Martin Hirsch accepte et démissionne le 18 mai 2007 de la présidence d’Emmaüs France afin de préserver l’indépendance du mouvement Emmaüs. Pour le remplacer, Christophe Deltombe, avocat parisien ayant défendu à plusieurs reprises différentes composantes du mouvement Emmaüs au tribunal, est nommé président d’Emmaüs France.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

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