Le Massacre de Deir Yassin (1948).

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Le massacre de Deir Yassin s’est déroulé le 9 avril 1948 au cours de la prise du village de Deir Yassin, à l’ouest de Jérusalem, durant la guerre civile de 1947-1948 en Palestine mandataire. Il a été perpétré par 120 terroristes de l’Irgoun et du Lehi. Les historiens évaluent aujourd’hui le nombre de tués entre 77 et 120. À l’époque, la presse et différents commentateurs rapportèrent le nombre de 254 victimes.

Selon les historiens et commentateurs, ce massacre a eu des répercussions importantes sur la suite du conflit, notamment en favorisant l’exode de Palestiniens, en panique à l’idée de subir le même sort, et comme justification pour les dirigeants arabes des pays voisins à intervenir dans le conflit.

Il est resté un symbole dans l’histoire du conflit israélo-arabe. Aujourd’hui, l’hôpital psychiatrique Kfar Shaul est construit sur le site de cet ancien village palestinien à 7 km à l’ouest de la vieille ville de Jérusalem.


Les événements se produisent le 9 avril 1948 lors de la guerre civile en Palestine. À ce moment, le pays est toujours sous le contrôle des autorités britanniques, bien qu’elles aient entamé leur évacuation du pays depuis février et que leur retrait complet soit prévu pour le 15 mai.

Fin mars, la situation de la communauté juive de Palestine (le Yichouv) est précaire. La guerre des routes entamée par Abd al-Kader al-Husseini et la Jaysh al-Jihad al-Muqaddas porte ses fruits : la ville de Jérusalem, où habitent cent mille Juifs, soit un sixième de la communauté juive palestinienne, est assiégée et ne peut plus être ravitaillée.

Début avril, les autorités sionistes prennent la décision de réagir et leur force paramilitaire, la Haganah, passe à l’offensive. Elles lancent l’opération Nahshon dans la nuit du 2 au 3 avril. Celle-ci a pour but de désenclaver et de ravitailler la ville en permettant aux convois de réemprunter la route Tel Aviv-Jérusalem. L’opération est rapidement couronnée de succès et se poursuit jusqu’au 20 avril. Le 8 avril, le commandant palestinien Abd al-Kader al-Husseini est d’ailleurs tué au cours des combats.

Deir Yassin est un village arabe situé à 5 km à l’ouest de Jérusalem. Il compte 610 habitants, tous musulmans. D’autres sources parlent de 400 à 1 200 habitants. En janvier, ses habitants ont conclu des accords avec leurs voisins juifs de Givat Saul et ont signé un pacte de bon voisinage avec eux après avoir chassé des hommes d’al-Najjada hors du village. À plusieurs reprises, les habitants empêcheront également des hommes de la Jaysh al-Jihad al-Muqaddas et de l’Armée de libération arabe d’utiliser leur village comme base contre les Juifs.

Considéré par la Haganah comme stratégique, avec l’accord du responsable du secteur de Jérusalem pour la Haganah David Shealtiel, l’Irgoun et le Lehi rassemblent 120 combattants pour attaquer le village. Des combattants de la Haganah et du Palmach prendront également part plus tard aux opérations, à la suite des difficultés rencontrées par l’Irgoun et le Lehi.

Selon Yoav Gelber, les motivations de l’Irgoun et du Lehi pour l’attaque de ce village qu’il considère stratégiquement insignifiant, sont de montrer qu’ils sont eux aussi capables de conquérir un village arabe (en rapport avec les succès de la Haganah dans l’opération Nahshon) avec un fond de vengeance à la suite des victimes juives de la « crise des convois ».

L’attaque est lancée le 9 avril au matin. L’opération est mal préparée et de nombreux incidents se produisent. Les combattants palestiniens offrent une résistance plus importante que prévu. Les combattants de l’Irgoun et du Lehi ne sont pas entraînés pour une opération qui consiste à prendre un village en plein jour. Ils comptabilisent rapidement 5 morts et 35 blessés dont plusieurs « officiers ». Ils font alors appel à la Haganah pour évacuer leurs blessés.

Une section du Palmach intervient aux alentours de midi et tire au mortier de 2 pouces sur la maison du Moukhtar dans l’espoir de faire cesser la riposte palestinienne. Mais ces tirs sont sans effet et les combattants continuent à se battre même après que le reste du village a été pris ou que des villageois se sont rendus. Toutefois, selon Marius Schatner, la « section du Palmach réduit sans problème le principal noyau de résistance. Vers midi, elle se retire, laissant le soin aux attaquants de ratisser le village ». Lors de ce ratissage, les hommes de l’Irgoun et du Lehi prennent les habitations une par une, les « nettoyant » souvent à la grenade. Ils font également sauter plusieurs maisons à l’explosif.

Bien qu’on y soit conscient de la situation, aucun renfort n’est envoyé de Jérusalem par le Comité National palestinien local. Les Palestiniens sont occupés par les préparatifs de l’enterrement d’Abd al-Kader al-Husseini. Les Britanniques sont également approchés pour intervenir mais sans réelle insistance. Ce n’est qu’à la fin de l’après-midi, quand les premiers réfugiés – des femmes et des enfants – arrivent à Jérusalem que le comité d’urgence presse l’armée britannique d’intervenir.

Après le massacre, la presse relaie le chiffre de 25418 victimes civiles sur base du rapport du représentant de la Croix rouge Jacques de Reynier qui est un des premiers à arriver sur les lieux. Jacques de Reynier, averti le samedi 10 avril de l’aprés-midi par les Arabes écrit : « Il y avait quatre cents personnes dans ce village, une cinquantaine se sont enfuies, trois sont encore vivantes, tout le reste a été massacré sciemment, volontairement, car, je l’ai constaté, cette troupe est admirablement en mains et elle n’agit que sur ordre ».

Les historiens évaluent aujourd’hui le massacre aux alentours de 100 à 120 personnes. Yoav Gelber relate que l’historien palestinien Kan’ana comptabilise un total de 11 morts parmi les 100 villageois qui disposent d’armes tandis que 70 % des victimes sont non combattantes. Benny Morris parle de 100 à 120 victimes ainsi que des prisonniers qui sont exécutés.

Ce massacre suscite l’indignation de la communauté internationale. Ben Gourion le condamne ainsi que les principales autorités juives : la Haganah, le Grand Rabbinat et l’Agence juive qui envoie une lettre de condamnation, d’excuses et de condoléances au roi Abdullah. « Mais aucune action concrète ne sera entreprise contre les organisations dissidentes, et la direction sioniste entérine le même jour un accord de coopération entre la Haganah et l’Irgoun [négocié avant Deir Yassin], en vue de l’intégration de ses forces dans la future armée de l’État juif ».

Le 2 décembre 1948, 29 personnalités juives américaines dont Hannah Arendt et Albert Einstein cosigneront une lettre dénonçant « l’apparition d’un parti politique étroitement apparenté dans son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique et son appel social aux partis nazis et fascistes ».

Menahem Begin nie tout massacre, parlant d’une « propagande mensongère » mais se félicite par contre du résultat : « Ce ne fut pas ce qui s’est passé à Deir Yassin, mais bien ce qui a été inventé (…) qui nous a aidé à nous ouvrir un chemin vers des victoires décisives. (…) Les Arabes pris de panique s’enfuirent aux cris de “Deir Yassin”. »

Nathan Yalin Mor, responsable politique du Lehi et membre de sa direction semble avoir été choqué par le massacre. Il le condamnera un an plus tard, après la fin des combats, seul parmi les anciens dirigeants de l’organisation.

En représailles, le 13 avril, un convoi médical se dirigeant vers l’hôpital Hadassah du mont Scopus à Jérusalem sera attaqué par un groupe armé. Soixante-dix-neuf personnes, dont des patients, des médecins et des infirmières, seront tuées. Quelques soldats britanniques essaieront d’intervenir pour arrêter l’attaque, mais sans succès. Pour Jacques de Reynier, chef de la mission du CICR en Palestine, « après une enquête auprès des Arabes, des Anglais et des Juifs, démontre que cette affaire n’est pas aussi simple car le convoi sanitaire était précédé et suivi de troupes motorisées équipées pour le combat et preuve en est qu’un engagement eu lieu qui dura plusieurs heures ».

Aujourd’hui, sur le site de l’ancien village de Deir Yassin est construit l’hôpital psychiatrique Kfar Shaul qui intègre certaines anciennes structures arabes. Il est situé dans le quartier Givat Shaul de Jérusalem, à 1.3 km du cimetière du mont des Répits, à 1.4 km du mémorial de Yad Vashem, et à 7 km à l’ouest de la vieille ville de Jérusalem.

Source : Wikipédia.

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