Le lycée Henri IV à Paris.

Le lycée Henri-IV est un établissement d’enseignement secondaire et supérieur public, situé au 23, rue Clovis dans le 5e arrondissement de Paris, dans le Quartier latin. Il accueille plus de 2 600 élèves, du collège aux classes préparatoires.

Le lycée est réputé pour ses excellents résultats au baccalauréat, au concours général et aux concours d’entrée aux grandes écoles, et plus spécialement pour les concours littéraires (Écoles normales supérieure de Paris, Lyon et Paris-Saclay, École nationale des chartes). Il est connu pour son élitisme et pour avoir formé de nombreux intellectuels, hommes politiques, scientifiques et personnalités françaises.

Il est également classé monument historique pour certains de ses bâtiments hérités de l’ancienne abbaye Sainte-Geneviève, qui datent du XIIe au XVIIIe siècle : cloître, tour Clovis (ancien clocher), chapelle (ancien réfectoire), Salle des Médailles (ancien cabinet de curiosités). Des travaux de rénovation effectués vers 1996 ont mis au jour des vestiges de l’époque carolingienne.

Le devise du lycée est Domus Omnibus Una (« Une maison pour tous »), est celle des moines augustiniens, dont le bâtiment était le siège. On désigne l’établissement par la périphrase « le lycée sur la montagne » pour sa situation dominante sur la montagne Sainte-Geneviève et par l’abréviation « H4 ».

Lycée Henri IV, carte maximum, 12/10/1996.

À l’époque romaine le cœur de la cité se situe sur la montagne Sainte-Geneviève. Le cardo maximus (axe nord-sud, aujourd’hui rue Saint-Jacques) et le decumanus (est-ouest, aujourd’hui rue Soufflot) sont les voies majeures de Lutèce qui relient aux autres cités gauloises et donc à l’Empire. Au niveau de la rue Soufflot, en avant de l’actuel Panthéon, les vestiges du forum ont été dégagés. Le forum représente le centre politique, religieux, et commercial de la ville gallo-romaine. Il comporte une esplanade entourée de portiques sous lesquels sont installées des boutiques, la basilique où se traitent les affaires judiciaires et au centre le temple dont on ignore à qui il était dédié, peut-être à la triade capitoline (Jupiter, Junon, Minerve). Il est possible d’imaginer la foule se promenant sous les portiques, assistant au culte ou écoutant les plaidoiries à la basilique.

À quelques pas de là se trouvent les thermes du Nord, dits de Cluny. Leur construction date de la fin du Ier siècle. Ils comprennent des vestiaires, des palestres, des latrines, une salle froide (frigidarium), une salle tiède (tepidarium), une salle chaude (caldarium), un système de chauffage par hypocauste. Des peintures, des mosaïques ornent l’intérieur des bâtiments.

L’aqueduc de Lutèce y conduit les eaux des sources de Chilly-Mazarin et de Morangis. Recueillie précieusement dans un bassin collecteur dans la commune de Wissous, à quatorze kilomètres au sud-ouest de Paris dans le département de l’Essonne, l’eau de source rejoint la cité par l’intermédiaire de ce qui est devenu les aqueducs d’Arcueil et de Cachan.

Les arènes de Lutèce, construites au Ier siècle, sont un peu plus à l’est. Complexe hybride, de type « amphithéâtre à scène » ou encore « amphithéâtre-théâtre », il comporte à la fois une scène pour les représentations théâtrales et une arène pour les combats de gladiateurs et autres jeux de l’amphithéâtre. Le parc qui l’abrite aujourd’hui est un havre de paix prisé des « ashquatriens ».

La Civitas Parisiorum, ville des Parisii (IVe siècle), se rétracte sur la cité lors des invasions barbares. C’est à cette époque que nait la sainte patronne de la ville Geneviève, Jeanne d’Arc du Haut Moyen Âge. Sur le mons Lucotitus est aménagé un cimetière, où est supposément enterrée la Sainte.

Après la victoire de Vouillé sur les Wisigoths qui lui ouvre la riche Aquitaine, le roi des Francs Clovis fonde vers 506 le monastère royal des Saints-Apôtres, dédié aux apôtres Pierre et Paul. Clovis y est inhumé en 511. L’année suivante, la basilique, poursuivie par la reine Clotilde, acquiert un prestige supplémentaire en recevant les reliques de sainte Geneviève. Les rues Clovis et Clotilde bordent aujourd’hui le lycée Henri-IV, et la rue Clotaire est voisine en hommage à leur fils le roi Clotaire Ier.

Pillée à plusieurs reprises par les Vikings, l’abbaye accueille des chanoines séculiers qu’on appellera par la suite les « génovéfains ». En 1110, Étienne de Garlande, revenu en faveur à la cour de Louis le Gros, obtient le titre de doyen de l’abbaye Sainte-Geneviève. L’abbaye survit dans les ruines laissées par les Normands sur la montagne Sainte-Geneviève. Entre la cité et le « diable Vauvert », ce qui était dans l’Antiquité le forum n’est plus qu’une banlieue ensauvagée et mal fréquentée, une cour des miracles de nature à plaire à des goliards turbulents. L’abbaye protège la porte Bordet de l’enceinte de Philippe Auguste, au 50 rue Descartes. Une partie de la muraille est visible sur le chemin qui mène du lycée, au nos 5-7 de la rue Clovis et au nos 48-50, au bout de l’impasse Jacques-Henri-Lartigue. La place de la Contrescarpe voisine tire son nom cette fonction militaire.

Pierre Abélard, philosophe, théologien scolastique et poète y fonde alors une école de rhétorique et de théologie. Le premier collège qui échappe au contrôle quotidien de l’évêque enfermé dans l’île de la Cité. Il ne s’agit pas seulement, comme ce le sera quarante-cinq ans plus tard pour le studium de Bologne, d’un centre de formation des moines et des futurs chanoines. À la différence de Guillaume de Champeaux, qui, en contrebas à Saint-Victor a voulu deux ans plus tôt fonder un monastère et se retirer du monde, Abélard veut attirer la foule et ouvre aux laïcs parmi les quelques génovéfains en place un nouveau Lycée.

C’est la première fois qu’une abbaye ouvre les portes du savoir. Elle trouve là, à travers la notoriété de son enseignement, un moyen de détourner les dons de ses concurrentes et de susciter des vocations auprès d’une jeunesse fuyant l’austérité. La seule activité d’enseignement intellectuel autorisée par la règle de Saint-Benoît, est l’étude non critique de l’Évangile et des Pères de l’Église, le catéchisme, un acte de foi et non de science. Cet acte de libération de l’enseignement contrôlé par le chapitre cathédral préfigure l’Université, qui ne sera officialisée que quatre-vingt-dix ans plus tard.

Lycée Henri IV, épreuve d’artiste signée.

Au XIIe siècle, les bénédictins sont réformés par Suger, abbé de Saint-Denis, qui les remplace par des chanoines réguliers de Saint-Victor : il les oblige à constituer un atelier de copistes et une bibliothèque.

En 1619, Louis XIII donne l’abbaye en commende au cardinal de La Rochefoucauld, fondateur de l’ordre génovéfain, la Congrégation de France, réunissant tous les chanoines augustiniens. Le cardinal dote l’abbaye d’une bibliothèque exceptionnelle qui, quarante années plus tard, recense 8 000 volumes.

L’abbaye Sainte-Geneviève acquiert un prestige international sous Louis XIV, et sert de modèle pour d’autres fondations. L’abbaye devient un ermitage princier. Le Cabinet des Curiosités de la bibliothèque conserve alors des antiquités, des médailles et des monnaies.

En 1723, Marin Marais écrivit la Sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont de Paris, une pièce de La Gamme et autres morceaux de symphonie pour le violon, la viole et le clavecin. Le 24 juin 1667, le cercueil en cuivre de Descartes y est déposé sous un monument de marbre. La rue Descartes borde aujourd’hui le lycée Henri-IV.

Louis XV fait le vœu en 1744 de construire une nouvelle église monumentale à l’abbaye. L’abbé de Sainte-Geneviève bénit le terrain le 1er août 1758, le roi pose la première pierre en grande cérémonie le 6 septembre 1764. Cette nouvelle église dessinée par Jacques-Germain Soufflot deviendra à la Révolution le Panthéon de Paris.

Les chanoines sont chassés lors de la Révolution : leur abbaye est déclarée bien national en 1790. Leur riche bibliothèque (58 000 imprimés et 2 000 manuscrits) — troisième bibliothèque en Europe après le Vatican et la Bodleian Library à Oxford — échappe à la dispersion. L’abbaye, elle, est remplacée par un établissement d’enseignement, inauguré le 25 octobre 1795 sous le nom d’École centrale du Panthéon. De remarquable savants y enseignent, notamment Georges Cuvier, promoteur de l’anatomie comparée et de la paléontologie, et Aubin-Louis Millin de Grandmaison, naturaliste et bibliothécaire français, érudit dans plusieurs domaines, notamment l’archéologie et l’histoire de l’art médiéval et classique.

L’École centrale du Panthéon est remplacée par le lycée Napoléon, premier lycée de la République. L’église abbatiale est rasée entre 1801 et 1807 pour percer la rue Clovis. Lors de la Restauration, le lycée est rebaptisé collège royal Henri-IV. Il est un lycée de l’élite, que fréquentent les fils de Louis-Philippe et la haute aristocratie.

Après son introduction en France à partir de 1818 par Francisco Amorós, la gymnastique scolaire est enseignée à Henri-IV à partir de 1831.

Sous le Second Empire, la probité du personnel enseignant est surveillée. Toutefois, faute de pouvoir réglementer leurs loisirs aussi strictement que pour les élèves, les autorités, souhaitant éviter qu’ils ne trainent dans des cabarets, aménagent dans plusieurs lycées des salons de jeux et de lecture pour leur détente, comme à Henri-IV à partir de 1865.

Le lycée retrouve son Napoléon sous le Second Empire, et en 1870, avec la proclamation de la Troisième République change encore de nom, pour lycée Corneille. Mais en 1873, le gouvernement du président Patrice de Mac Mahon, royaliste légitimiste, et l’assemblée de l’Ordre moral renomment le lycée du nom du seul Bourbon apprécié des Républicains, « le bon roi Henri ». Le lycée Henri-IV a trouvé son nom actuel.

Lycée Henri IV, épreuve de luxe.

L’école perd un grand nombre de brillants élèves durant les combats de la Première Guerre mondiale. Une plaque impressionnante est inaugurée dans la salle du Parloir du lycée, ainsi qu’un monument dans les jardins du cloître, fleuris lors de la fête de l’Armistice.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, des étudiants du lycée Henri-IV bravent l’occupation nazie et se rendent au Panthéon pour fêter la fin de la guerre de 14-18. Ils seront arrêtés. Des étudiants juifs doivent cacher leur identité, et malgré les précautions du corps professoral, un certain nombre est déporté. Une plaque en leur mémoire est installée après la guerre à côté de la première. Une cérémonie annuelle, rassemblant les délégués de toutes les classes de la cité scolaire, rend hommage à tous ces élèves morts durant les deux guerres.

En 1946, dans le cadre de la rénovation du système éducatif, est ouvert à Montgeron (Seine-et-Oise) un lycée mixte expérimental rattaché à Henri-IV jusqu’en 1955. Des salles dans des préfabriqués sont installées dans la Cour Musset et la Cour Descartes.

Les élèves du lycée publient des revues, notamment une assez critique de Ravaillac, qui se voit interdite par la direction dès son second numéro en mars 2002. Actuellement, un collectif lycéen publie un journal trimestriel, dont le premier numéro est paru le 30 mai 2013. Ce journal a pour titre The Fool on the Hill, titre d’une chanson des Beatles, mais aussi jeu de mot sur la position géographique de l’établissement parisien, au sommet de la montagne Sainte-Geneviève.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.