Le Hêtre commun.

Le Hêtre commun, Fagus sylvatica, couramment désigné simplement comme le hêtre est une espèce d’arbres à feuilles caduques, indigène d’Europe, appartenant à la famille des Fagaceae, tout comme le chêne et le châtaignier.

Il est l’une des principales essences constitutives des forêts tempérées caducifoliées d’Europe où on peut le trouver en peuplements exclusifs de hêtraies pures ou le plus souvent associé à d’autres espèces majeures dans des forêts feuillues, principalement avec le Chêne rouvre, ou dans des forêts mixtes avec le sapin blanc ou l’Épicéa commun.

C’est une essence bioindicatrice d’un climat tempéré humide. Les forestiers en pratiquent de longue date la sylviculture pour produire du bois de futaie principalement destiné à l’ameublement. Il est également utilisé comme source de bois de chauffage, surtout en zone de montagne.


Le « hêtre », sans autre précision, est bien employé généralement pour désigner l’espèce Fagus sylvatica. Pour le distinguer le cas échéant des autres représentants du genre Fagus, on peut alors préciser qu’il s’agit du « Hêtre commun ». L’appellation « hêtre européen » est en revanche un anglicisme, une traduction littérale de European beech.

Hêtre, carte maximum, Belgique, 1970.

On trouve, selon les régions18, de nombreuses dénominations locales dérivées de son nom latin fagus : fou, foutel, fouteau, faye, foyard, fau, faon, fayard (mot francoprovençal), fayaud, favinier, faou, etc.

Outre un usage répandu dans une grande partie sud-est de la France, l’appellation fayard (ou sa variante foyard) est également employée par les forestiers lors des inventaires ou des martelages, lorsqu’il faut désigner à voix haute l’espèce, à la place du mot hêtre, trop peu sonore.

La racine norroise bóki se retrouve dans les toponymes normands Bouquelon, la Bouquelonde (littéralement « hêtraie ». cf. norvégien bøkelund « hêtraie ») et Bouquetot, très nombreux au nord-est de la Normandie où cet arbre est plus commun qu’à l’ouest. Il est cependant en concurrence avec les types romans que l’on trouve partout dans la France du nord : Fy ; Fay, c’est-à-dire « hêtraie ». On y trouve également la variante la Fontelaye, la Foutelaye, dérivé de foutel « hêtre ». Elle a sans doute été influencée par le slave, on retrouve notamment le mot buk en tchèque pour désigner le hêtre, qui aurait donné son nom à la Bucovine, littéralement « hêtraie » ou « pays des hêtres ».

La langue occitane a fourni un autre type toponymique pour désigner une hêtraie, il s’agit de Fage, d’où Lafage ou encore en occitan gascon Lahage (Haute-Garonne). Ces toponymes reposent sur le nom du hêtre en occitan : ancien occitan *fag (languedocien fau) dérivés en -ia, d’où la terminaison francisée -e.

Une forêt où le hêtre domine, est une hêtraie.

Le Hêtre commun est un grand arbre. Sur les sols de bonne fertilité, il peut s’élever facilement jusqu’à 30 à 35 m de hauteur et la circonférence de son tronc peut couramment atteindre 2,50 m chez des hêtres centenaires. Des sujets exceptionnels ont été mesurés jusqu’à 45,5 m de hauteur et on a répertorié certains troncs dont le tour dépasse les 6 m22. Inversement, lorsqu’il croît en lisière haute des forêts de montagne et que de plus il est régulièrement brouté par le bétail ou par les cervidés, il peut alors rester prostré à hauteur d’homme.

La silhouette varie selon le traitement forestier et l’habitat. En futaie, le hêtre développe un tronc long et mince, dégagé de ses branches jusqu’à 15 ou 20 m de hauteur et le houppier est étroit avec des branches redressées à 60°. En situation isolée, le fût est très court et le houppier large et haut, aux branches étalées, pouvant couvrir 600 m2.

Il rejette difficilement de souche : parfois à l’étage montagnard,  pratiquement jamais à l’étage collinéen.

Parmi les arbres d’Europe tempérée, le Hêtre commun se reconnaît facilement à son écorce mince et lisse qui persiste ainsi tout au long de la vie de l’arbre. La surface du tronc est régulière, contrairement au Charme (Carpinus betulus) dont l’écorce est également lisse mais la surface cannelée. Elle devient légèrement rugueuse (présence de petites fissures) à la base du tronc chez les vieux sujets. Très exceptionnellement, certains individus décrits comme Fagus sylvatica f. quercoides peuvent développer une écorce crevassée — un rhytidome — dont la survenue semble d’origine traumatique car non génétiquement transmissible. Le Hêtre a en effet un seul phellogène qui fonctionne pendant toute la durée de vie de l’arbre alors que chez la plupart des autres espèces (et au niveau de la base du tronc des hêtres âgés), ce sont plusieurs phellogènes qui se succèdent au cours de leur vie et sont à l’origine d’un rhytidome.

L’écorce présente une couleur qui varie du gris argenté (sujet jeune) au gris noirâtre ou gris-vert (arbre adulte), mais elle apparaît souvent recouverte d’une fine croûte de lichens qui donnent au tronc une teinte gris argenté caractéristique. Sous climat humide, la végétation épiphyte du tronc et des branches peut être plus exubérante, et se composer de lichens fruticuleux ou foliacés, de mousses, de petites fougères… Dans certaines régions, ou sous l’effet de la pollution atmosphérique, les lichens peuvent au contraire être remplacés par une pellicule verte d’algues microscopiques (comme Pleurococcus vulgaris).

La finesse de son écorce est due à une seule assise génératrice externe (le phellogène) pour toute la vie de l’arbre. Cette assise, « ainsi que le phelloderme auquel elle donne naissance, gardent la propriété de pouvoir se diviser radialement, permettant à ces tissus d’épouser parfaitement le tronc lorsque celui-ci augmente de circonférence du fait de la production de xylème et de liber. En revanche, les cellules issues du côté externe de cette même assise formant le suber, ont perdu cette propriété. Ne pouvant plus s’accroître tangentiellement, cette couche de cellules fortement tendue finit par se fissurer ; les crevasses peu profondes (0,25 mm) ainsi formées, sont cependant à peine visibles ». La fine écorce rend l’arbre particulièrement fragile aux blessures de toutes sortes. Des gravures au couteau de poche peuvent blesser le liber et freiner ou stopper la croissance de toute une partie de l’arbre. Toujours en raison de cette finesse, l’écorce peut être affectée par de nombreuses maladies et dégâts.

Les feuilles alternes sont entières et simples, de forme ovale à obovale, longues de 6 à 10 cm et larges de 4 à 7 cm, brillantes et légèrement coriaces. La base est cunéiforme, l’extrémité pointue. La marge des feuilles forme des petites dents arrondies aux extrémités de 5 à 8 paires de nervures. Le pétiole, cannelé, d’une longueur d’environ 1 cm porte une pubescence blanche dense. Le bord des jeunes feuilles est frangé de poils qui disparaissent ensuite. Pour retenir cette particularité, les botanistes néophytes disposent d’un mnémonique humoristique qui permet de distinguer la feuille de hêtre de celle du charme, de forme voisine : « Le charme d’Adam (à dents), c’est d’être (hêtre) à poils », rappelant ainsi la nature du bord du limbe (doublement dentés en scie pour le charme, cilié et entier ou grossièrement denticulé pour le hêtre). Comme chez de nombreux arbres, les feuilles sont hypostomatiques, elles ne portent des stomates qu’à leur face inférieure, à la densité moyenne de 340 par millimètre carré, ce qui les protège du soleil et les abrite des vents desséchants, permettant de réduire la perte d’eau par évaporation. La face supérieure est glabre, vert clair puis vert foncé lustré tandis que la face inférieure est vert clair, à pubescence axillaire et à nervures légèrement saillantes.

Le feuillage est fréquemment marcescent : des feuilles mortes restent attachées aux branches pendant une partie plus ou moins longue de l’hiver. Le phénomène affecte surtout les jeunes arbres. Chez des arbres plus développés, ce sont les parties basses et abritées qui gardent leurs feuilles, alors que les houppiers ont souvent été dégarnis dès les premiers vents d’automne. La marcescence est également courante sur les hêtres traitées en haies, qu’elles soient libres ou taillées.

Les bourgeons, longs de 1,5 à 3 cm, larges de 2 à 3 mm, nettement écartés des rameaux, sont fusiformes : particulièrement effilés et à pointe acérée. Ils sont couverts par des écailles brun clair, nombreuses, coriaces et luisantes.

Les tout jeunes rameaux portent une pubescence soyeuse, présentent une couleur vert-brun et croissent en zigzag alternativement d’un nœud à l’autre. Au cours de l’année, ils deviennent glabres et plus ternes, d’une couleur brun-violet. Ils portent des lenticelles ovales légèrement ocrées.

Le Hêtre commun est une espèce monoïque : un même arbre porte les deux sexes sur des fleurs différentes. La floraison intervient en avril ou mai, juste après la feuillaison : les bourgeons floraux, plus larges (4 à 5 mm) que les bourgeons végétatifs dont ils sont issus par induction florale, évoluent en fleurs lorsque le hêtre est âgé de 40 à 50 ans en milieu ouvert, 60 à 80 ans en peuplement dense. Les fleurs mâles, à huit étamines chacune, sont disposées (en moyenne 15 par inflorescence) en chatons globuleux (ces chatons d’abord jaunes puis bruns sont constitués d’épis de cymes triflores) à l’extrémité d’un long pédoncule pendant de 2 cm sur un jeune rameau ; les fleurs femelles vertes, situées dans les aisselles foliaires des rameaux de l’année (près de la zone apicale), sont réunies par deux, plus rarement trois ou quatre, dans une enveloppe florale, un involucre hérissé de pointes molles, au bout d’un pédoncule pubescent court et dressé. Fleurs mâles et femelles sont dépourvues de pétales, les sépales fusionnés forment des écailles qui forment quatre à six lobes sur les périanthes mâles, six lobes sur les périanthes femelles. La formule florale s’exprime donc ainsi : ♂∗S(4-6) E8 C0 et ♀∗S6 E0 C(3)

Hêtre, carte maximum, France, 1985.

La pollinisation est anémophile et la fécondation allogame.

Les faînes sont les fruits du hêtre. Ce sont des akènes de la catégorie des nucules : leur paroi, le péricarpe, est dure et ne s’ouvre pas pour libérer les graines. Les faînes sont environ longues de 2 cm et larges de 1 cm. Elles ont la forme d’un tétraèdre à base bombée, de couleur brune, à surface vernissée ; elles ressemblent à de minuscules châtaignes triangulaires. Chaque faîne contient en général une seule graine, sans albumen, dont les cotylédons pliés en accordéon servent de tissu de réserve nourricière pour la future plantule.

Elles sont enfermées par deux, parfois trois ou quatre, dans une cupule ligneuse hérissée d’épines recourbées molles, issue de la condensation de l’involucre floral. Celle-ci, qu’autrefois certains appelaient « brou », s’ouvre par quatre fentes, parfois trois, pour former autant de valves.

Les faînes sont des fruits secs riches en lipides et glucides. Elles sont comestibles, mais les tanins les rendent légèrement astringentes et toxiques pour l’homme si elles sont consommées en quantité. Elles sont très appréciées des rongeurs (écureuils, mulots, loir, muscardin, campagnols…), des blaireaux, des sangliers et des oiseaux (pigeons ramiers, pinsons, pics…) qui participent à leur dissémination (dyszoochorie) lorsqu’elles sont tombées au sol.

La germination est épigée : la croissance de la radicelle et le gonflement de la plantule provoquent l’expulsion, hors de l’enveloppe de la faîne, des cotylédons qui se déploient pour former deux larges feuilles primordiales, demi-circulaires et auriculées à la base qui assureront la photosynthèse pendant tout ou partie de la première année du jeune arbre.

Le hêtre est un arbre principalement utilisé pour le bois qu’il fournit, aussi bien comme matériau servant à fabriquer de nombreux objets, que comme combustible ou comme source de fibres pour l’industrie papetière.

Il est également apprécié en tant qu’espèce ornementale, avec une grande diversité de variétés horticoles. Il ne supporte cependant pas du tout les tailles sévères, ni les sols compactés et son usage est donc plutôt réservé aux plantations de parc. Il se prête bien à l’art du bonsaï. C’est un arbre de haies et de bocage uniquement dans les régions au climat frais et humide.

Il a été parfois utilisé pour l’extraction ou la fabrication de diverses substances, comme la créosote.

Enfin c’est un arbre alimentaire de second plan qui fournit des faînes, utilisables dans certaines limites pour la consommation humaine ou animale.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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