Le Gros-bec.

Le Gros-bec errant (Hesperiphona vespertina) est une espèce d’oiseaux granivores de la famille des Fringillidae.


Le Gros-bec errant mesure 18,5 à 20 centimètres de longueur. L’adulte possède une courte queue noire, des ailes noires et un gros bec pâle (jaune clair ou verdâtre au printemps, blanchâtre à l’automne). Le corps, le front et les sourcils du mâle adulte sont jaunes. Sa tête est brune. Il présente une grande tache blanche au niveau des rémiges tertiaires. Le plumage de la femelle adulte est brun olivâtre, le dessus est plus gris et les ailes montrent deux taches blanches : celle des tertiaires plus petite que celle du mâle et une au niveau des primaires visible en vol. Le jeune a le bec brun et acquiert rapidement un plumage correspondant à son sexe.

Gros-bec, carte maximum, Yougoslavie.

La migration de cette espèce est variable : certains hivers, elle atteint le sud des États-Unis. La répartition du Gros-bec errant s’est étendue vers l’est, probablement à cause de la plantation d’érables negundos et d’autres érables et arbustes autour des fermes, et de la présence de mangeoires en hiver.

Cet oiseau se reproduit dans les forêts de conifères et mixtes (surtout érables et aulnes), les bois, les bosquets, les buissons et les taillis en montagne (surtout dans l’Ouest) et en plaine mais, en hiver, il tend à se rapprocher des zones cultivées, des vergers, des parcs et des jardins où il visite régulièrement les stations de nourrissage. La plantation à grande échelle d’érables négondos (Acer negundo) le long des routes et autour des fermes, à partir du milieu des années 1910 dans l’est des États-Unis, a nettement favorisé l’extension des gros-becs errants qui marquent une nette préférence alimentaire pour leurs graines restant sur les arbres durant l’automne et l’hiver.

Cet oiseau se nourrit surtout de graines d’arbres feuillus (trembles, frênes, érables, hêtres, ormes) et de conifères (surtout pignons de pins), de bourgeons, de baies, de fruits et de grains. Il récolte aussi de la sève d’érable et capture des insectes et leurs larves, surtout en période de reproduction. Enfin, à la mangeoire, sa préférence va aux graines de tournesol.

Quand l’enneigement est important, les gros-becs fréquentent assidûment les stations de nourrissage mais, à la fonte des neiges, ils quittent ces lieux car ils peuvent trouver, à nouveau, des graines sur le sol, souvent au pied des érables. Outre l’érable négondo, l’érable de montagne (Acer spicatum) est aussi exploité. Au début du printemps, ils prélèvent des bourgeons et récoltent de la sève d’érable qui suinte alors sur les troncs ou les branches et dont ils sont particulièrement friands. En hiver, certains individus se rapprochent des habitations et consomment également des petits fruits de pommiers ornementaux (Malus sp.) et des baies d’autres rosacées.

Doris Huestis Speirs (in Bent 1968) a observé un couple parmi un groupe lâche, début mai, dans le Iron County, Michigan. Le couple était perché à une douzaine de mètres dans un érable, le mâle à 30 cm au-dessus de la femelle, sur une autre branche. Soudain le mâle rejette la tête en arrière, écrase et exhibe son croupion jaune, relève et déploie la queue et se met à agiter ses ailes très contrastées. La vibration devient si rapide qu’elle réalise une certaine transparence, à la manière d’un colibri. Puis il avance le long de la branche, toujours au-dessus d’elle, avec le dos en forme de U. La femelle ne semblant pas du tout impressionnée par cette démonstration, s’envole vers un autre arbre, suivie de son prétendant.

Elizabeth Holt Down (in Bent 1968) a apporté une intéressante contribution à la parade de nourrissage observée dans la Glebe Mountain, South Londonderry. Durant la première partie d’avril, les gros-becs commencent à se poursuivre et, le 18 avril, la première parade fut observée. C’est la femelle qui en est à l’origine en ouvrant et en fermant sa queue comme un éventail tout en secouant la tête et en pivotant le corps de droite à gauche devant le mâle. Certains mâles ne réagissent pas immédiatement à cette invitation mais, dans notre cas, il lui donne un peu de sève d’érable. Puis cette parade devient quotidienne mais parfois elle est purement symbolique, aucun échange de nourriture n’étant alors observé. Après les premières séances de nourrissage, le mâle peut se livrer à une danse au cours de laquelle il balance son corps d’avant en arrière, couronne hérissée, bec et queue relevés, la poitrine contre le sol, avec les ailes abaissées mais déployées et vibrantes. Après la formation des couples, c’est le mâle qui prend l’initiative de nourrir la femelle, souvent, avec des graines. À ce stade, quand la femelle accepte l’offrande, elle prend immédiatement l’attitude du jeune quémandant de la nourriture en hérissant la couronne tout en abaissant le corps et en agitant les ailes.

Gros-bec, carte maximum, Suède, 1985.

Enfin les femelles peuvent être aussi belliqueuses entre elles que les mâles. Au cours de cette parade d’intimidation, elles déploient leurs ailes à l’horizontale pour paraître plus menaçantes, pivotent de droite à gauche et échangent des coups de bec. Parfois, elles peuvent même se battre en s’élevant dans les airs. Une photo inédite (in Ottaviani 2008) illustre ce comportement.

Le nid est habituellement placé entre 3 et 7,5 m de hauteur dans un arbuste ou un arbre feuillu (saule, érable, orme) ou résineux (pin). Il consiste en une coupe, plutôt frêle et plate, de rameaux et de racines avec un revêtement intérieur de radicelles. La ponte compte de deux à cinq œufs (habituellement trois ou quatre) bleu clair ou bleu-vert pâle, tachetés et mouchetés, surtout sur le gros pôle, de brun-olive et de gris lilas. L’incubation incombe à la femelle seule mais le mâle la défend pendant qu’elle couve en se postant en sentinelle non loin du nid. Les deux parents défendent le nid et les jeunes.

Le gros-bec errant peut être sédentaire, erratique ou migrateur irrégulier. Comme l’ont montré les données du baguage, ses déplacements ne relèvent pas de la migration régulière mais plutôt d’un erratisme exploratoire directement lié à la quantité de nourriture disponible et intervenant tous les deux à cinq ans. Il ressort également de ces études que très peu d’oiseaux bagués sont repris au même endroit les hivers suivants et que certains peuvent couvrir des distances considérables vers le sud et le sud-est. Ainsi la naturaliste canadienne Doris Huestis Speirs (Ontario), qui a étudié le comportement de ce gros-bec, rapporte que durant les hivers 1951 à 1964, plus de 17000 de ces gros-becs furent bagués au Pennsylvania State College. 48 seulement furent repris les hivers suivants au même endroit. Par contre, on retrouva 451 de ces oiseaux bagués dans pas moins de 17 états des U.S.A. et dans quatre provinces canadiennes. De tels résultats montrent à quel point certains gros-becs errent sur de vastes territoires et combien peu retournent aux mêmes endroits d’un hiver à l’autre.

Leur remarquable familiarité les ont exposés aux captures, d’abord, par les enfants indiens puis, après la grande invasion de l’espèce vers l’est en 1889-90, par les enfants des colons qui les tuaient en grands nombres dans les rues et par différents moyens. Ils ont également payé un lourd tribut aux chats de ces mêmes colons. La prédation par les faucons et les pies-grièches n’était pas négligeable mais un seul rapport attestait le parasitage par le vacher (Molothrus ater) (Speirs in Bent 1968). Les captures à grande échelle qui ont sévi dans les années 1970 et au début des années 1980 en Amérique du Nord pour approvisionner le marché des oiseaux ont, fort heureusement, complètement disparu de nos jours (J. Simard in litt. in Ottaviani 2008). Une explication semble avoir été trouvée à propos de son déclin depuis les années 1980. Ainsi lors des grands rassemblements de printemps au Québec et au Nouveau-Brunswick, les naturalistes ont découvert une relation intime prédateur-proie entre le gros-bec errant et la tordeuse du pin et du sapin. En effet des troupes de gros-becs se rassemblaient dans les forêts les plus infestées, délaissant les régions où les pulvérisations aériennes avaient exterminé ces chenilles mais ils revenaient si la tordeuse avait survécu. L’analyse des contenus d’estomacs montrait alors une forte proportion de larves et de chrysalides de tordeuses. On peut présumer qu’ils en ont donné à leurs jeunes. Or en 1980 survint la fin du grand cycle d’infestation des tordeuses peu avant le déclin des invasions hivernales de gros-becs dans les mêmes régions d’où un lien probable entre ces deux phénomènes (Hapgood 1977, Dunn 1994).

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.