Le flamenco.

Le flamenco est un genre musical et une danse datant du XVIIIe siècle qui se danse seul, créé par le peuple andalou, sur la base d’un folklore populaire issu des diverses cultures qui s’épanouiront au long des siècles en Andalousie.

À l’origine, le flamenco consistait en un simple cante (chant) a cappella, établi dans le triangle formé par Triana (Séville), Jerez et Cadix. Le mot cante s’applique essentiellement au chant flamenco, car le mot habituel en espagnol pour dire chant est canto. L’appellation traditionnelle du flamenco est d’ailleurs le cante jondo (ou « chant profond », variante andalouse de l’espagnol hondo). Les chanteurs et chanteuses de flamenco sont appelés cantaor ou cantaora (variante andalouse de l’espagnol cantador : « chanteur », ou cantante : « chanteur lyrique »).

Flamenco, entier postal, Tchéquie.

Les claquements des mains pour accompagner ce chant s’appellent palmas, et la danse se nomme el baile (bailaor : « danseur » ; bailaora : « danseuse », termes réservés aux danseurs de flamenco, car le terme générique en espagnol pour « danseur » est bailarín au théâtre ou danzante dans une procession). La percussion, en plus des palmas polyrythmiques, se fait souvent avec les pieds : le zapateado, une sorte de claquettes inspirée de la danse de groupe de type traditionnel dite chacarera, toujours pratiquée dans certains pays d’Amérique latine. Comme percussion, les castagnettes, héritage de l’antiquité romaine, sont encore parfois utilisées, suivies du mouvement des poignets. Les mains et les doigts proposent aussi des figures très travaillées et expressives appelées floreos1. La danse représente une fusion stylistique entre la chacarera, le mouvement artistique du toreo de salon, et la danse du ventre ; elle relève aussi probablement, comme source lointaine, de certaines danses indiennes et arabes, peut-être  apportées en Andalousie par le peuple gitan, lequel se trouve au cœur de la construction culturelle que représente le flamenco, lui-même partie prenante intime de l’âme espagnole.

La guitare classique française s’apparente à la guitare flamenca, même si cette dernière est plus fine, plus légère et rend un son plus clair, métallique, brillant et moins velouté. La musique qui accompagne le chant ou la danse, ou qui joue seule, est nommée el toque (jeu de guitare essentiellement, même si aujourd’hui, dans le nouveau flamenco, on trouve aussi du piano et d’autres instruments). Le musicien de flamenco est appelé tocaor, par déformation dialectale andalouse de l’espagnol tocador (joueur de guitare, musicien). À l’époque contemporaine, la percussion se fait souvent aussi avec le cajón, instrument des musiques traditionnelles péruviennes depuis le XVIIIe siècle ; celui-ci fut rapporté du Pérou par Paco de Lucía.

Le flamenco a été inscrit par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité le 16 novembre 2010, à l’initiative des Communautés autonomes d’Andalousie, d’Estrémadure et de Murcie.


Le flamenco, selon certains auteurs, trouverait son origine dans trois cultures : arabo-musulmane, juive et andalouse chrétienne. L’origine arabo-musulmane est démontrée. En dépit de la  préconisation par les conquérants Berbères almohades de l’orthodoxie religieuse, ils ont emporté avec eux l’art du flamenco. L’origine de cette musique doit aussi être recherchée dans l’ethnologie du peuple qui l’a conservée et transmise, c’est-à-dire le peuple gitan. Les Gitans, originaires de l’Inde, ont conservé de larges franges de leur culture d’origine, à savoir la langue (le caló) et la musique. Une étude comparative de la danse indienne (bharata natyam, mudrā et surtout kathak) et de la danse flamenca (par exemple celle de Carmen Amaya) permet de dégager des similitudes exactes. L’influence africaine sur la genèse du flamenco, par le biais des personnes d’Afrique subsaharienne esclavagées et de leurs descendants, présents en Andalousie dès le XVe siècle, est également attestée.

Exégètes, musicologues et chercheurs s’accordent à penser aujourd’hui que Triana, un quartier de Séville, est le berceau du flamenco. C’est en effet dans cette ville que poètes et musiciens trouvèrent refuge vers le XVIe siècle. D’autres sources, telle la bibliothèque de Séville, font remonter la venue de troubadours « réfugiés » en raison de persécutions au XIIIe siècle.

Il est souvent dit que le flamenco est né des Gitans8. Ce qui, comme le souligne Michel Dieuzaide n’est pas tout à fait exact, et de nuancer : « Le flamenco ne se confond pas avec les Gitans, il s’en faut ; les payos (ou gadgé pour les Roms), y jouent un rôle important, mais les Gitans lui donnent son style. » Certains historiens considèrent que les Gitans, par nomadisme, ont fortement contribué à la diffusion du flamenco en arrivant en Espagne, au début du xve siècle. Ils ne furent pas seulement les diffuseurs de cet art, mais les importateurs de la sémantique flamenca, dont la source est indienne, aussi bien pour la danse que pour la musique.

Selon certains musicologues, les Gitans intégrèrent les diverses sonorités musulmanes, telles que nous pouvons encore les entendre de nos jours avec Abdelkrim Raïs, tout en en modifiant le rythme. Mais il se pourrait que le mimétisme ait opéré en sens contraire, et que le flamenco, devenu populaire en Espagne, ait influencé la culture arabe qui en a reproduit les intonations. Il est en effet connu que le monde arabe a exercé une vive influence en Espagne, à la fois par ses auteurs, penseurs et musiciens : les meilleurs locuteurs arabophones au xvie siècle étaient, du moins l’affirme l’historien Ibn Khaldoun, les Andalous. Ainsi, c’est en Espagne que le monde musulman a eu ses meilleurs philosophes et penseurs. La musique flamenca, produit typique de la terre d’Espagne, exerça son influence en terre d’Islam lors des exils dus au décret de l’Alhambra10. Il convient donc légitimement de s’interroger : qui influence qui dans l’élaboration d’un art, et ne point passer sous silence l’influence indienne directe qui conditionne la culture gitane.

Les Gitans s’inspirent également des cantiques liturgiques chrétiens mozarabes, ou « rites mozarabes », dont la présence est attestée dès le début du ixe siècle11. Ces liturgies seront remplacées (pour ne pas dire interdites) vers le début du xie siècle par les papes qui se succéderont, ainsi que par les rois de Castille et d’Aragon. Elles seront de nouveau autorisées au xvie siècle par l’évêque Cisneros de la cathédrale de Tolède, qui voit là une bonne façon de ramener au bercail les « infidèles ». Le mozarabe apparaît pleinement dans la poésie des troubadours appelée muwachchaha, terme que l’on retrouve déformé dans la langue Rom sous la forme muvaachaha.

Enfin, la profonde sensibilité musicale des Gitans puiserait également dans la douceur, l’exil et la tristesse des berceuses des mères juives (à confirmer).

Il est très difficile de déterminer avant le XVIIIe siècle, comment était représenté l’« ancêtre » du flamenco. Des pièces de musique du XVIe siècle (nées vers 930-960) et ayant circulé dans le sud de l’Europe, Corse, Andalousie, et dans les Pays catalans, telles les Cant de la sibilla — tout en étant d’ailleurs interdites par l’Église catholique romaine — peuvent nous donner une idée des sonorités arabo-andalouses, qui composaient les voix et la couleur sonore des instruments de cette époque.

À côté des instruments traditionnels utilisés, un seul d’entre eux semble ne pas avoir changé. Il s’agit du rabâb, ancienne vièle à deux cordes en boyau de mouton, dont on tire les sons avec un archet en crin de cheval. Le son mélodieux de cet instrument peut, sans autres précisions, d’après le musicologue Garcia Matos, avoir été utilisé pour accompagner ceux que nous pouvons nommer les « premiers » cantaores (en espagnol, le mot « chanteur » se dit normalement cantante ; mais pour le flamenco, on utilise le terme spécifique de cantaor). Il semblerait que la mandoline ait pu être utilisée, mais ce, sans autre forme de précision notable, si ce n’est quelques photographies anciennes datées des années 1900.

À la fin du XVIIe et au début du XVIIIe, le flamenco commence à être reconnu et revendiqué par les exclus et les déshérités. Le chant seul, comme dans la tonà, servait à dissimuler des remarques et critiques d’ordre politique. Ce n’est qu’au milieu du XVIIIe et au XIXe siècle, que ce dernier commencera à être reconnu, et à avoir un rôle social et culturel, qui s’exprimera d’abord dans les lieux de travail, entre amis, ou dans les réunions familiales. Il est parfois écrit que le flamenco fut popularisé à la fin du XVIIIe siècle à Jerez de la Frontera en Andalousie, par Tío Luis el de la Juliana. C’est en transportant de l’eau depuis la source des Albarizones jusqu’à Jerez que le cantaor créait ses chants. Son nom est à l’origine de nombreux conflits entre les flamencologues d’antan, car sa biographie n’a jamais pu faire l’objet d’un consensus.

{Aujourd’hui, cette discussion n’a plus la même perfection, car il est toujours impossible de démontrer le fait même qu’il ait existé}.

C’est à Triana, que s’ouvriront les premiers cafés cantantes, ancêtres des cafés-concerts. En 1881, Silverio Franconetti ouvre à Séville le premier café chantant consacré au seul flamenco. Mais le succès du flamenco a aussi son revers. Il perdra dans les années 1920, jusque vers 1950 — date de son renouveau — son âme. Mêlé à un pseudo folklore de « bas étage », il ne servira qu’à plaire à un public toujours plus nombreux, à la recherche de trivialités.

Il faudra attendre les années 1950 afin que soit entrepris un travail important pour faire découvrir aux amateurs les plus belles et vibrantes pages du flamenco passé, notamment par la première grande anthologie éditée par Ducretet-Thomson qui obtint le prix Charles-Cros en 1956. Mario Bois propose en 1985 au Chant du Monde de créer une anthologie. Les archives discographiques des plus grands interprètes couvrent une vingtaine de volumes. Pour ce dernier, le travail a été très difficile : « Comment trouver cette musique dans le labyrinthe de l’édition ? On peut dire que 80 % de ce que l’on entend est médiocre, 15 % est de « bonne volonté », mais le reste, rarissime, est d’une force, d’une flamboyance fascinantes. »

De nos jours, pour ce qui est de l’enseignement, des écoles prestigieuses, des académies — Jerez, Séville, Grenade entre autres —, donnent à cette musique une place très importante. Ce qui fait dire à Sophie Galland, dans Le Courrier (no 66, janvier 1993) : « Il renferme aussi et surtout les trois mémoires de l’Andalousie, mêlées de façon inextricable : la musulmane, savante et raffinée ; la juive, pathétique et tendre ; la gitane enfin, rythmique et populaire. »

Le flamenco peut être pratiqué dans les terrasses de cafés ou bars espagnols (Illa d’Or, Puerto Pollensa)12. Il existe aussi de nombreuses initiations pour enfants, ce qui n’était pas le cas auparavant, cela étant plus ou moins réservé aux adultes en tant que danse de l’amour, en raison du mouvement collé et de la vivacité des gestes effectués.

Une évolution de la musique flamenca, menée par la génération héritière de la révolution espagnole, crée le flamenco nuevo (littéralement « nouveau flamenco ») initié par Paco de Lucía et Camarón de la Isla. Mélangeant le flamenco traditionnel à des courants musicaux des xxe et xxie siècles tels que la rumba, la pop, le rock, le jazz ou encore les musiques électroniques, il est une nouvelle étape dans le processus d’universalisation que vit le flamenco depuis le début des années 1970.

Source : Wikipédia.

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