Le festival du film à Cannes.

Le Festival de Cannes est un festival de cinéma international se déroulant chaque année en mai à Cannes (Alpes-Maritimes, France) durant douze jours. Il a été fondé le 20 septembre 1946 d’après une idée de Philippe Erlanger – qui lui vint dans le wagon-lit lors de son retour de la Mostra de Venise en 1938. Cette première date, fixée au 1er septembre 1939, fut malheureusement annulée pour cause de déclaration de guerre. Projet repris par Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-arts du Front populaire et Albert Sarraut, ministre de l’intérieur.

Il est devenu, au fil des années, le festival de cinéma le plus médiatisé au monde, notamment lors de la cérémonie d’ouverture et la montée des marches : le tapis rouge et ses vingt-quatre « marches de la gloire ». Le Festival est aussi beaucoup critiqué, et fut à l’origine de plusieurs scandales ou controverses que relayèrent magazines et journaux, français et étrangers.

Chaque année, durant la seconde quinzaine de mai, des cinéastes, des vedettes, des professionnels de l’industrie cinématographique (producteurs, distributeurs, vendeurs internationaux…) et des milliers de journalistes se déplacent à Cannes. Les principales projections ont lieu au palais des festivals et des congrès, situé sur la promenade de la Croisette.

1er festival du film, Cannes, 22/09/1946.

Parallèlement à la sélection officielle du Festival (films en et hors compétition), plusieurs sections ont été créées au fil des ans. Parmi elles, on retrouve la Quinzaine, la Cinéfondation, la Semaine de la critique, Un certain regard, et surtout le Marché du film de Cannes, le premier au monde, en importance, avec 11 000 participants.

Les producteurs et distributeurs y trouvent des partenaires pour le financement de leurs projets de films, et vendent les œuvres déjà tournées aux distributeurs et télévisions du monde entier.

Festival du fillm 1947.

Ce festival, au départ simple manifestation touristique et mondaine, a été créé pour récompenser le meilleur film (grand prix), le meilleur réalisateur (prix de la mise en scène) ou le meilleur acteur et la meilleure actrice (prix d’interprétation masculine et prix d’interprétation féminine) d’une compétition internationale de films. Plus tard, d’autres prix décernés par un jury de professionnels, d’artistes et d’intellectuels, sont apparus, comme le prix du jury et surtout la Palme d’or. La question se pose quant à créer un prix de la musique originale. Aujourd’hui, la sélection officielle se veut le reflet de la production cinématographique mondiale. La compétition met généralement en exergue le cinéma d’auteur ou de recherche.

La France ressent dès l’exposition universelle de 1937 le désir de consolider son prestige culturel en organisant une compétition internationale de films. À la fin des années 1930, choqués par l’ingérence des gouvernements fascistes allemand et italien dans la sélection des films de la Mostra de Venise — inaugurée en août par le docteur Joseph Goebbels —, Philippe Erlanger (directeur de l’Association française d’action artistique) et les critiques de cinéma Émile Vuillermoz et René Jeanne (tous trois membres du jury international de la Mostra) soumettent à Jean Zay, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, l’idée d’un festival international de cinéma, politiquement indépendant, en France. Jean Zay, intéressé par la proposition, donne une réponse favorable le 26 décembre 1938 et est encouragé par les Américains et les Britanniques qui ont boycotté la Mostra de Venise : Harold Smith, représentant à Paris de la Motion Picture Association of America et Neville Kearney, délégué officiel du cinéma britannique en France, s’engagent à soutenir ce « festival du monde libre » et à y amener des vedettes. Le festival se veut un partenariat franco-américain qui crée le plus grand marché du film mondial. Plusieurs villes sont candidates, notamment Aix-les-Bains, Alger, Biarritz, Lucerne, Ostende, Vichy et finalement Cannes, dont Henri-Georges Clouzot apprécie l’agrément et l’ensoleillement. Le comité de coordination composé des représentants des différents ministères concernés par le festival, après avoir étudié les atouts de chaque ville et envoyé ses représentants sur place, retient finalement Cannes. Deux personnalités cannoises, les directeurs de palaces Henri Gendre, propriétaire du Grand Hôtel, et Jean Fillioux, propriétaire du Palm Beach, ont en effet mis en avant leurs chambres, leurs équipements ainsi qu’une salle de projection pouvant accueillir un millier de spectateurs. De plus, la ville de Cannes s’est engagée à augmenter sa participation financière à 600 000 francs, à mettre à la disposition du comité ses salles de réception et a promis de construire un palais spécialement destiné au festival.

Philippe Erlanger est le premier délégué général du Festival.

En juin 1939, Louis Lumière accepte d’être le président de la première édition du Festival qui doit se dérouler du 1er au 20 septembre. Il avait alors déclaré vouloir « encourager le développement de l’art cinématographique sous toutes ses formes et créer entre les pays producteurs de films un esprit de collaboration ». La sélection française est arrêtée et comprend L’Enfer des anges de Christian-Jaque, La Charrette fantôme de Julien Duvivier, La Piste du nord de Jacques Feyder et L’Homme du Niger de Jacques de Baroncelli.

Parmi les films étrangers, on retrouve Le Magicien d’Oz de Victor Fleming, Pacific Express (Union Pacific) de Cecil B. DeMille, Au revoir Mr. Chips (Goodbye Mr Chips) de Sam Wood et Les Quatre Plumes blanches (The Four Feathers) de Zoltan Korda.

Le peintre Jean-Gabriel Domergue, cannois par adoption, crée la célèbre affiche du 1er Festival.

Dès le mois d’août, les vedettes affluent et la Metro-Goldwyn-Mayer affrète un paquebot transatlantique pour amener les stars d’Hollywood : Tyrone Power, Gary Cooper, Annabella, Norma Shearer et George Raft. On prévoit des fêtes ; inspirés par le film Quasimodo, les Américains projettent de construire une réplique de Notre-Dame de Paris sur la plage de Cannes. Le 1er septembre, jour de l’ouverture, les troupes allemandes pénètrent en Pologne, et le Festival est annulé.

La première édition du Festival se déroule après la guerre, du 20 septembre au 5 octobre 1946, dans l’ancien casino de Cannes, sur les volontés de Philippe Erlanger, chef du service des Échanges artistiques au ministère des Affaires étrangères, et de la confédération générale du travail10 (CGT) dont le réalisateur Louis Daquin est membre. Le Ministère des Affaires étrangères et la ville de Cannes prennent en charge le financement.

Il est un temps question que le Festival de Cannes et la Mostra de Venise aient lieu chaque année en alternance. La France et les professionnels du cinéma ignorent cet accord. En 1946, le Festival est un succès et les cinéastes attendent une nouvelle édition en 1947. Lorsque l’accord est dévoilé, il est vivement critiqué : certains parlent d’une capitulation de la France, d’après le magazine La Technique française.

50ème festival du film, Cannes, 1997.

Le gouvernement refuse de financer un Festival annuel et le Palais des Festivals est construit dans la précipitation par le syndicat pour accueillir l’édition de 1947. Encore aujourd’hui, la Fédération CGT des syndicats du spectacle siège au conseil d’administration du Festival. Cette année, les organisateurs du Festival décident que le jury se compose d’un représentant par pays.

Le Palais des Festivals et des Congrès (également appelé Palais Croisette), inauguré le soir du 11 septembre 1947 (le Festival dura du 12 au 25), est remplacé par un nouveau palais en 1983, grâce au maire de Cannes, le Docteur Raymond Picaud (fils du Docteur André Picaud et de Marthe Pabot du Chatelard). La toiture, inachevée, s’envole lors d’un orage à la fin du Festival. Le bal de clôture et la remise des prix ont lieu au Casino municipal.

Robert Favre Le Bret rejoint la direction du Festival en 1947 et instaure le principe de la Commission de sélection : le Centre national de la cinématographie doit donner à la commission de sélection les dates et règlements des autres festivals internationaux en précisant les délais de l’envoi des films. Les producteurs sont ensuite informés et peuvent envoyer leur(s) film(s) à la Commission, qui établit ensuite la sélection. Ces films doivent alors être conformes aux règles de censure de l’époque. Pendant la Guerre froide, la liste est validée par le ministère chargé de la Cinématographie et celui des Affaires étrangères. Ainsi, durant l’année 1947, le Festival s’institutionnalise et trouve ses marques au sein de l’Europe, où les festivals de cinéma se multiplient. Le Festival n’a pas eu lieu en 1948 et en 1950 officiellement en raison de problèmes budgétaires, et peut-être à cause d’un contrat avec la Mostra de Venise qui les faisait se dérouler en alternance un an sur deux.

Depuis 1951, le Festival a lieu durant le printemps, et abandonne une date proche de celles de la Mostra de Venise et du Festival de Locarno. La Palme d’or est créée en 1955, à l’initiative de Robert Favre Le Bret, pour remplacer le « grand prix du Festival international du film » que l’on décerne au réalisateur du meilleur film de la compétition. Le délégué général réunit le conseil d’administration et invite des joailliers de toute l’Europe présenter le trophée de la Palme d’or. Le conseil opte pour un dessin de Lucienne Lazon. La première Palme est remise cette même année à Delbert Mann pour Marty. Le grand prix reprend sa place de 1964 à 1974 puis disparaît à jamais au profit de la Palme d’or.

À partir des années 1950, Cannes devient le plus grand événement du cinéma mondial. Peu à peu, comme le souhaite le critique André Bazin, le festival s’occupe plus de cinéma, et moins de mondanités, de patriotisme et de diplomatie (jusque dans les années 1970, les ambassades présentaient les films choisis par leur gouvernement). De grands cinéastes y présentent des œuvres majeures : Roberto Rossellini, Federico Fellini, Ingmar Bergman, Elia Kazan, Joseph L. Mankiewicz, Robert Wise, William Wyler, Michelangelo Antonioni, Vittorio De Sica, Andrzej Wajda, Satyajit Ray, Luis Buñuel et Akira Kurosawa.

En 1959, le prix de la mise en scène récompense François Truffaut pour Les Quatre Cents Coups, qui fustige quelques années auparavant un festival de promotion et de théâtre politique condamné à disparaître. Alain Resnais présente en parallèle Hiroshima mon amour qui choque, trois ans après le scandale de son documentaire sur les camps de concentration Nuit et Brouillard. La nouvelle vague est lancée.

Cette même année a lieu le premier marché du film, qui facilite les échanges entre vendeurs et acheteurs de l’industrie du cinéma, et est devenu la première plate-forme mondiale pour le commerce international du film. En 2007, il a accueilli plus de 10 000 participants provenant de 91 pays.

Dans les années 1960, la notion de « film de festival » fait débat mais on découvre des réalisateurs dont le talent est immédiatement reconnu et le travail largement récompensé : Andreï Tarkovski, Miklós Jancsó, István Szabó ou encore Glauber Rocha.

En 1962 a lieu la première Semaine internationale de la critique, créée afin de mettre à l’honneur les premières et deuxièmes œuvres des cinéastes du monde entier. La Semaine internationale de la critique visionne d’autres films que les sept courts et sept longs métrages en compétition. Ainsi François Ozon, Alejandro González Iñárritu, Julie Bertuccelli et Éléonore Faucher y ont été découverts. En 1965, le Festival rend hommage à Jean Cocteau, décédé le 11 octobre 1963, en le nommant président d’honneur du Festival à vie. L’année suivante, Olivia de Havilland est la première femme à présider le jury.

Le Festival de Cannes 1968 est interrompu le 19 mai. Les séances de projections officielles du Festival sont annulées à cause de manifestants étudiants. Dès le 13 mai, les étudiants envahissent le Palais des Festivals. Le 18 mai, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Lelouch, Claude Berri, Roman Polanski, Louis Malle et Jean-Pierre Léaud se mêlent au mouvement étudiant qui agite Cannes. Ils se révoltent aussi contre le ministre de la culture André Malraux qui démet alors Henri Langlois de son poste de directeur de la Cinémathèque française. Pour aider ces célébrités, Alain Resnais, Carlos Saura et Miloš Forman retirent leur film de la compétition. Le Festival est pris d’assaut et devient le théâtre d’affrontements politiques. Le 19 mai, les organisateurs annulent le Festival.

En 1969, Pierre-Henri Deleau crée la Quinzaine des réalisateurs qu’il dirige trente ans. Cet événement est créé pour présenter des films étrangers réalisés par des cinéastes méconnus, qui ne font pas partie de la sélection. La maxime de la Quinzaine est Cinéma en liberté. Pour sa première édition, l’événement est organisé en à peine deux mois, pas assez pour sélectionner les films : 62 longs métrages et 26 courts métrages sont projetés gratuitement, accessible à tous. La Première charge, du cubain Manuel Octavio Gómez, qui ouvre la première édition de la Quinzaine, reçoit immédiatement après sa projection une attention médiatique remarquée.

En 1977, la Quinzaine des réalisateurs met Henri Langlois, décédé le 13 janvier 1977, au premier plan sur l’affiche du Festival. De 1981 à 1983, la Quinzaine lance la section Super 8, sans grand succès.

En 1972, Robert Favre Le Bret est nommé président et Maurice Bessy est élu délégué général. Avant cette date, les films présentés au Festival sont choisis par les États. Maurice Bessy instaure un comité de sélection pour la France et un pour le cinéma international. Ce système pose problème pour la sélection du Festival de Cannes 1972. L’année suivante, est inaugurée la section Perspectives du cinéma français, aujourd’hui disparue. Les plus grandes modifications ont lieu en 1978.

Gilles Jacob arrive alors au poste de délégué général du Festival et crée la Caméra d’or qui récompense le meilleur premier film de toutes les sections par l’intermédiaire d’un jury indépendant. Il met également sur pied une nouvelle section de la sélection officielle : le Certain regard qui aide les films en marge de la distribution. Un film en ressort gagnant parmi 20 sélectionnés. Le Cinéma de genre est souvent mis à l’honneur dans cette section. De plus, Gilles Jacob réduit la durée du Festival de 15 à 13 jours (il passe plus tard à onze jours) et diminue le nombre de films sélectionnés. Sous son impulsion, le festival défend la liberté d’expression et de création contre la volonté de régimes autoritaires d’imposer leurs films officiels. Il prend aussi partie contre la censure et les pressions internationales. De fait, les réalisateurs Carlos Saura, Luis García Berlanga et Juan Antonio Bardem luttent mieux contre les prescriptions de la dictature franquiste, et le Géorgien Otar Iosseliani, bien accueilli par les festivaliers, évite les foudres de Moscou. Des cinéastes issus de pays en voie de développement comme le Malien Souleymane Cissé peuvent trouver une audience internationale, et le financement et la diffusion de leurs œuvres peuvent être facilités.

Le festival devient une manifestation autonome. D’autres modifications surviennent, surtout dans la constitution des jurys. Depuis ses débuts, le jury est en grande partie composé de membres de l’Académie française et est désormais essentiellement constitué de célébrités de l’industrie du cinéma. Cette orientation est prise dès les années 1960 : après que Georges Simenon, président du jury en 1960, couronne La dolce vita de Federico Fellini sous les huées du public ; Fritz Lang est le premier grand cinéaste à présider le jury en 1964 et consacre Jacques Demy avec Les Parapluies de Cherbourg. Même si les jurés sont parfois des artistes n’appartenant pas au monde du 7e art ou des intellectuels (journalistes, écrivains, critiques, historiens du cinéma…), le président du jury est aujourd’hui obligatoirement une personnalité du cinéma internationalement reconnue. Le dernier non-professionnel à avoir présidé le jury est l’auteur américain William Styron en 1983.

À la télévision, le Festival est couvert par Antenne 2 dans les années 1970 et 1980, puis Canal+ depuis les années 1990. Depuis 1993, les cérémonies d’ouverture et de clôture, pendant lesquelles un maître (ou une maîtresse) de cérémonie appelle sur scène les jurys et célébrités qui remettent les prix, sont télédiffusées en clair et en direct.

Le Palais des Festivals et des Congrès est agrandi en ce que les festivaliers appellent un Bunker de 10 000 m2, plus confortable et spacieux, qui est critiqué. Les travaux, pris en charge trop tard, manquent de provoquer l’arrêt du festival. Les prix de l’édition 1983 sont remis dans la poussière.

Pierre Viot est élu président du Festival en 1984, en remplacement de Robert Favre Le Bret. Gilles Jacob lui succède ensuite en 2001 et nomme Thierry Frémaux à son ancien poste de délégué général. En 2014, Pierre Lescure devient président du Festival à la suite du départ en retraite de Gilles Jacob après la 67e édition.

2016 sonne un changement pour les affiches du Festival : jusqu’à présent, elles représentaient une figure du cinéma. Cette année, c’est un film qui illustre la 69e édition du Festival, Le Mépris, de Jean Luc Godard, où Michel Piccoli monte des marches avec la Méditerranée en fond.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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