Le festival de Woodstock (1969).

Le Festival de Woodstock (Woodstock Music and Art Fair, ou Woodstock) est un festival de musique et un rassemblement emblématique de la culture hippie des années 1960, organisé à White Lake, hameau de Bethel, Comté de Sullivan, dans les montagnes Catskill, dans l’État de New York, sur les terres du fermier Max Yasgur, à une cinquantaine de miles (environ 80 kilomètres) au sud-ouest de Woodstock. Ce qui aurait pu tourner au fiasco par le mélange de drogues et météo désastreuse devient un des plus grands moments de l’histoire de la musique populaire, classé par le magazine Rolling Stone parmi les 50 moments qui ont changé l’histoire du rock ‘n’ roll, apothéose du mouvement hippie.

Organisé pour se dérouler du 15 août 1969 au 17 août 1969 et accueillir 50 000 spectateurs, il en reçoit finalement environ un demi million, et se poursuit un jour de plus, soit jusqu’au 18 août 1969 au matin. Le festival accueille les concerts de 32 groupes et solistes de musiques folk, rock, soul et blues. Le budget de rémunération des artistes atteint au total dix millions de dollars.

L’événement est immortalisé par le film Woodstock de Michael Wadleighn 1, les photos d’Elliot Landy, l’album tiré du film et enfin la chanson de Joni Mitchell Woodstock qui commémore ces journées et qui est reprise par Crosby, Stills, Nash and Young.

Plusieurs morceaux joués durant l’événement deviendront légendaires, comme le Star Spangled Banner (hymne des États-Unis) réinterprété par Jimi Hendrix dans un solo de guitare dans lequel il imite des bombardements de B-52 pendant la guerre du Vietnam, le Soul Sacrifice de Santana avec un solo épique de batterie par l’un des plus jeunes musiciens du festival, le batteur Michael Shrieve (20 ans), le Fish Cheer/I-Feel-Like-I’m-Fixing-To-Die-Rag de Country Joe McDonald avec la phrase  légendaire : « Give me a F! Give me a U! Give me a C! Give me a K! », I’m Going Home de Ten Years After, With a Little Help from My Friends des Beatles repris par Joe Cocker, l’interprétation de Tommy par les Who et Freedom chanté par Richie Havens.


Le festival est né d’une idée commerciale : Michael Lang (producteur), jeune hippie organisateur du Miami Pop festival qui a réuni 100 000 personnes, veut tirer de la recette d’un nouveau festival les fonds suffisants à l’achat de son propre studio d’enregistrement, Media Sounds. Aidé de son voisin, le chanteur et parolier Artie Kornfeld, alors vice-président de Capitol Records (aujourd’hui Laurie Records), il convainc deux jeunes entrepreneurs de la ville de New York, avec lesquels il fonde Woodstock Ventures, d’investir avec lui, espérant créer un studio d’enregistrement à Woodstock. John Roberts et Joel Rosenman, alors âgés de 24 ans, diffusent dans le Wall Street Journal et le New York Times l’annonce suivante : « Jeunes hommes avec un capital illimité cherchent des occasions d’investissement intéressantes et des propositions d’affaire ». Au départ, ils veulent créer un studio d’enregistrement dans la région de Bethel, mais l’exemple du Festival de Monterey l’année passée leur fait envisager l’idée d’un festival.

La manifestation doit d’abord avoir lieu à Woodstock, puis à Wallkill, à 50 kilomètres au sud de Woodstock, mais ses habitants refusent que ce festival ait lieu chez eux, malgré le fait que les organisateurs avaient déjà commencé à vendre des billets aux festivaliers. Le site d’un motel situé à White Lake (2366 habitants alors) dans la localité de Bethel à 96 km au sud de Woodstock, appartenant à un certain Elliot Tiber a été également envisagé comme solution de repli, mais fut jugé trop petit pour les organisateurs. Elliot Tiber les mit donc en contact avec son ami et voisin Max Yasgur, dont la ferme laitière se situait à environ 4 km à l’ouest du lac11. Yasgur leur loue un terrain de 243 ha, pour 50 000 dollars. Les organisateurs s’engagent auprès de l’agriculteur à ne recevoir que 50 000 personnes.

Le festival de Woodstock n’a donc pas lieu à Woodstock, situé bien plus loin. Toutefois, il est organisé par Woodstock Ventures, et l’appellation reste conservée13. Le nom complet du festival est The Woodstock Music and Art Fair et l’affiche, créée par Arnold Skolnick pour quinze dollars, annonce « 3 Days of Peace & Music ». Le festival doit officiellement se tenir en hommage à Bob Dylan, mais celui-ci étant alors à Bearsville, il refuse et son nom est retiré du haut de l’affiche.

Les billets sont commercialisés, au tarif de dix-huit dollars les trois jours ou sept dollars la journée, chez les marchands de journaux et les disquaires. En un rien de temps, dès l’adresse connue, les hippies envahissent Bethel sous la forte hostilité des habitants. 10 000 watts de sonorisation sont installés sur une immense scène en bois ainsi que 600 sanitaires qui se révéleront bien insuffisants.

« Trois jours de paix et de concerts. Des centaines d’hectares à parcourir. Promène-toi pendant trois jours sans voir un gratte-ciel ou un feu rouge. Fais voler un cerf-volant. Fais-toi bronzer. Cuisine toi-même tes repas et respire de l’air pur. »

Cette publicité ne prévoit ni le nombre de spectateurs évalué à 450 000, ni les embouteillages colossaux qui en découlent, ni la pluie, ni la boue. John Morris, le coordinateur de la production, est désigné pour annoncer à la foule le début du festival. Il se retrouve sur scène, tétanisé face à la foule immense. La programmation est perturbée : le groupe de rock psychédélique Sweetwater, censé ouvrir le bal, est bloqué dans les embouteillages. Tim Hardin est trop défoncé pour se lancer, c’est donc à Richie Havens qu’est confiée la lourde tâche de lancer les hostilités à 17 heures. Effrayé par l’ampleur de l’événement, le chanteur folk noir américain enchaîne des chansons avec sa guitare sèche et arrive à la fin de son répertoire, mais le groupe suivant n’est toujours pas là. Il improvise alors Freedom sur un vieil air de gospel, Sometimes I Feel Like a Motherless Child, qui devient un hymne international.

À la fin de la première journée, quand les barrières qui délimitent le site sont renversées et les quelques pauvres grillages franchis, les organisateurs décident de rendre l’accès libre et l’annoncent sur NBC, résignés à perdre leurs investissements et bénéfices. La nouvelle se répand, et le nombre de spectateurs est estimé à 200 000 dans la soirée : « From now on, this is a free concert ! »

Dès le samedi 16 août, la radio proclame qu’il ne reste « ni eau, ni nourriture, ni médicaments ». Le téléphone ne fonctionne plus, l’autoroute est coupée et la plupart des routes bloquées ; le gouverneur de New York Nelson Rockefeller décrète la zone sinistrée. Déjà, la journée précédente se termine juste avant minuit sous un premier orage, puis la pluie persévère durant la nuit18. Outre des tentes, les couchages sont improvisés dans les voitures, sur de simples couvertures ou à-même la boue, alors que certains ne dormiront pas du tout. Les artistes qui ne peuvent accéder au site sont finalement amenés en hélicoptères de l’US Army, également utilisés pour apporter à la foule de l’eau, de la nourriture, des médicaments, mais également une dizaine de médecins bénévoles18. Mark Hosenball, alors jeune journaliste, relate plus tard de « ses souvenirs apocalyptiques » : « ce fut sinon un cauchemar, du moins un immense bordel, grouillant, sordide. Si vous aimez les embouteillages sans fin, les torrents de pluie, les chiottes portables qui puent, la nourriture à peine mangeable et les foules vautrées, en perdition, alors vous vous seriez bien amusé à Woodstock. »

Le Hog Farm, communauté hippie de jeunes Américains, s’occupe de la restauration, de l’animation et de la sécurité, prenant notamment en charge les festivaliers victimes de bad trip. Les mères juives du Monticello Jewish Community Center, ainsi que des locaux, essayent aussi de donner à manger aux festivaliers.

Avant de jouer, les Who exigent d’être payés. Un incident avec l’activiste politique Abbie Hoffman se produit alors que le groupe termine Pinball Wizard. Ce dernier, ayant consommé beaucoup de LSD pour rester éveillé, s’empare du micro pour haranguer la foule au sujet du militant politique John Sinclair, qui vient d’être condamné à dix ans de prison après avoir donné deux joints de marijuana à un policier en civil. Furieux, Pete Townshend lui dit de foutre le camp et l’éjecte de la scène à coups de guitare. À la fin de la chanson suivante Do You Think It’s Alright?, Townshend déclare au micro : ‘’La prochaine personne qui monte sur cette scène, je le tue. Vous pouvez rire mais je ne plaisante pas.’’ Les déclarations du guitariste sur le festival sont virulentes et confirment l’opinion négative qu’il porte sur les hippies : ‘’Notre passage à Woodstock a été absolument épouvantable. J’ai détesté de bout en bout. C’était le chaos total. Tous ensemble, ces hippies pensaient changer le monde. Moi, le connard britannique cynique, j’avais une envie folle de leur expliquer que rien n’avait changé, que rien ne changerait jamais. Ce qu’ils tenaient pour une société alternative n’était au fond qu’un champ sur lequel il y avait partout du LSD. Si c’était ça le monde dans lequel ils voulaient vivre, alors ils pouvaient tout aussi bien me lécher le cul.’’

Joe Cocker se produit devant d’immenses tours d’illumination et de son.
Beaucoup de grands noms de la scène rock de l’époque sont présents mais les Beatles qui sont au travail sur leur album Abbey Road, Led Zeppelin, Jethro Tull refusèrent les conditions, les Doors n’ont pas pu venir à cause du procès de Jim Morrison à Miami, Iron Butterfly est bloqué à l’aéroport ; les Rolling Stones avec Mick Jagger absent car en tournage de film en Australie, ne participent pas. Les organisateurs avaient écrit à John Lennon, offrant aux Beatles le cachet qu’ils désiraient pour se produire ; la contre-offre de Lennon, lui seul avec son nouveau groupe Plastic Ono Band, avait été rejetée. Bien qu’ayant été snobé, il trouva Woodstock terriblement excitant : « La foule du festival s’est rassemblée pour fonder une nouvelle église… elle disait : « nous croyons en Dieu, nous croyons en l’espoir et en la vérité, alors nous voici, vingt mille ou deux cent mille d’entre nous tous réunis et en paix. »

Le budget de 10 millions de dollars permet d’avoir une affiche avec les noms prestigieux de l’époque : The Who qui jouent pour un cachet relativement mineur de 11 200 dollars, Joan Baez enceinte, Ten Years After, Crosby, Stills, Nash and Young ou encore Creedence Clearwater Revival qui feront une prestation moyenne ; tous les concerts n’ont pas forcément été mémorables ces jours là.

Pour certains artistes comme Joe Cocker ou Carlos Santana, Woodstock est un accélérateur de carrière. Joe Cocker est alors pratiquement inconnu à l’époque mais subjugue tout le monde avec sa reprise de With a little help from my friends des Beatles. Santana n’a pas sorti le moindre disque mais la présence du groupe est imposée par Bill Graham en échange de la venue de Grateful Dead et de Jefferson Airplane. La new-yorkaise Melanie Safka, qui n’est même pas sur l’affiche, remplace au pied-levé les Écossais de l’Incredible String Band qui ont peur de se faire électrocuter. Jimi Hendrix, avec son exorbitant cachet de 18 000 dollars et sa Stratocaster écrue, termine le festival à l’aube du lundi 18 août pendant deux heures durant lesquelles il joue, entre autres, la mémorable reprise de l’hymne américain ; il ne reste alors plus qu’une immense mer de détritus variés et 30 000 spectateurs, la plupart ayant déjà quitté les lieux.

Malgré les problèmes techniques, logistiques et organisationnels qui ont perturbé le déroulement du festival, l’histoire retient du point de vue de la sécurité qu’il n’y a eu aucune électrocution (risque redouté par les techniciens en raison de la pluie et de la boue), 5 162 interventions médicales dont 797 liées à la drogue, 2 naissances, 4 fausses couches, et 3 morts (une par overdose, une accidentelle écrasé par un tracteur pendant qu’il dormait et une mort consécutive à une crise d’appendicite). L’événement est devenu le « plus grand festival de tous les temps ».

Le festival a été à la fois un des points culminants de la contre-culture des années 1960 et de la culture hippie et la fin du Flower Power.

Dans un premier temps, et en raison du nombre important de personnes qui sont entrées gratuitement (à l’origine, l’entrée était de 6 dollars par jour), le festival fait perdre énormément d’argent à ses organisateurs mais, à la suite des ventes des enregistrements du festival (audio et vidéo), ils deviennent bénéficiaires. En effet, si Woodstock est le point important de la contre-culture et de l’anti-capitalisme pacifiste, les organisateurs ont dû revendre les droits à la Warner pour régler leurs dettes.

Source : Wikipédia.

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