Le cuirassé “Bismarck”.

Le Bismarck est un cuirassé allemand mis en service en août 1940.

Construit par le chantier naval Blohm & Voss de Hambourg entre juillet 1936 et février 1939, il est le premier cuirassé de la classe Bismarck. Construit pour la Kriegsmarine sous le Troisième Reich, il est, avec son navire-jumeau le Tirpitz, le plus grand navire de guerre utilisé par l’Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale.

Il porte le nom du chancelier allemand Otto von Bismarck, qui fut l’un des architectes de l’unification allemande au XIXe siècle.

En mai 1941, il quitte la mer Baltique pour participer à l’opération Rheinübung où il doit, accompagné du croiseur lourd Prinz Eugen, attaquer les convois alliés entre l’Amérique du Nord et le Royaume-Uni.

Durant leur trajet vers l’Atlantique nord, les deux navires sont repérés et la Royal Navy tente de les intercepter. Lors de la bataille du détroit de Danemark le 24 mai, le Bismarck détruit le croiseur de bataille Hood — un des plus puissants navires de guerre britanniques — et oblige le cuirassé Prince of Wales à se replier. Ayant été touché et perdant du combustible, le Bismarck met le cap vers la France occupée pour y être réparé tandis que le Prinz Eugen poursuit sa mission.

Après la destruction du Hood, la Royal Navy mobilise des dizaines de navires pour intercepter le cuirassé avant qu’il ne puisse rejoindre une zone sous la protection de l’aviation et des sous-marins allemands. Le 26 mai, le Bismarck est attaqué par des Fairey Swordfish du porte-avions Ark Royal équipés de torpilles, l’une d’entre elles rendant inopérant son gouvernail. Dans l’impossibilité de manœuvrer, il est rattrapé le lendemain par les cuirassés Rodney et King George V, neutralisé par un intense bombardement des Britanniques et coule après avoir été sabordé par son équipage ; seuls 114 marins et un chat survécurent sur un effectif de plus de 2 200 membres d’équipage.

Son épave est localisée en juin 1989 par l’océanographe américain Robert Ballard à 650 kilomètres au large de la côte française, à presque 4 800 mètres de profondeur.


Après le sabordage de la flotte allemande à Scapa Flow, l’Allemagne ne possède en vertu du traité de Versailles plus aucun cuirassé et le tonnage des navires ne peuvent pas dépasser 10 000 t.

C’est après l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir que les études pour la construction de nouveaux cuirassés reprirent.

Le Bismarck fut commandé sous le nom d’Ersatz Hannover pour remplacer le vieux pré-dreadnought SMS Hannover lancé en 1905.

Le contrat pour sa construction fut accordé au chantier naval Blohm & Voss de Hambourg où la quille fut posée le 1er juillet 1936.

Le navire fut lancé le 14 février 1939 en présence d’Adolf Hitler et il fut baptisé par Dorothee von Löwenfeld, la petite-fille de l’ancien chancelier Otto von Bismarck qui avait donné son nom au cuirassé.

Fin 1939, la proue est allongée de 2,5 m6. Il fut achevé durant l’été 1940 et il entra en service le 24 août 1940.

La mise en service a lieu le 24 août 1940.

Le 6 mars, le Bismarck quitte Hambourg pour aller mouiller à midi à Brunsbüttel avec deux Sperrbrechers et un brise-glace.

Le 8 mars, il s’amarre à Scheerhafen pour embarquer des munitions, du ravitaillement et du combustible et peignit des motifs dazzle sur la coque.

Des bombardiers britanniques attaquent sans succès le port le 12 mars. Le 17, le cuirassé Schlesien et Sperrbrecher 36 escortent le Bismarck jusqu’à Gotenhafen pour de nouveaux essais.

L’Oberkommando der Marine (« Haut commandement de la flotte » ; OKM) commandé par l’amiral Erich Raeder, compte poursuivre ses opérations d’attaque des convois alliés à l’aide de ses navires de surface. Les deux cuirassés de la classe Scharnhorst se trouvent alors dans le port français de Brest qu’ils avaient rejoint à la fin de l’opération Berlin au cours de laquelle ils avaient coulé 22 navires alliés. Le navire-jumeau du Bismarck, le Tirpitz étant quasiment terminé, il est envisagé que les quatre cuirassés se retrouvent dans l’Atlantique et la date fut fixée au 25 avril 1941 lors de la nouvelle lune pour éviter que les Britanniques ne les repèrent.

Ce plan ne se réalise pas, les travaux d’achèvement du Tirpitz étant plus longs que prévu. Dans le même temps, le Gneisenau est torpillé dans le port de Brest le 6 avril puis bombardé trois jours plus tard pendant qu’il est en réparations en cale sèche. Les dégâts sont limités mais le navire est indisponible pendant plusieurs mois tandis que les chaudières du Scharnhorst devaient être remplacées ; les deux cuirassés de la classe Scharnhorst n’étaient donc pas disponibles pour l’opération prévue. Pour ne rien arranger, les bombardements britanniques sur les arsenaux de Kiel ralentirent les réparations sur les croiseurs lourds Admiral Scheer et Admiral Hipper qui ne sont pas disponibles avant le milieu de l’été.

Devant ces difficultés, l’amiral Günther Lütjens, choisi pour diriger la sortie, suggère de la repousser jusqu’à ce que le Scharnhorst ou le Tirpitz puissent y participer mais l’OKM décida de lancer l’opération Rheinübung avec seulement deux navires : le Bismarck et le croiseur lourd Prinz Eugen. Lors d’une réunion avec l’amiral Raeder à Paris le 26 avril, Lütjens décida finalement de lancer l’opération le plus rapidement possible afin de ne pas laisser de répit à l’ennemi.

Le 5 mai 1941, Hitler et Keitel visitent le Bismarck à Gotenhafen et Hitler échange avec Lütjens sur la mission à venir. Le 16 mai, ce dernier rapporta que ses deux navires étaient prêts pour l’opération Rheinübung et il fut autorisé à prendre la mer dans la soirée du 19 mai. Dans le cadre de l’opération, une dizaine de pétroliers sont déployés dans l’Atlantique pour ravitailler le Bismarck et le Prinz Eugen tandis que quatre sous-marins sont positionnés entre la Nouvelle-Écosse et les îles Britanniques pour repérer les convois alliés.

Au début de sa mission, le Bismarck compte 2 221 officiers et marins dont un équipage de prise de 80 hommes pouvant être utilisé pour manœuvrer les navires capturés durant l’opération.

Le cuirassé quitte Gotenhafen le 19 mai à 2 h du matin en direction des détroits danois. Il est rejoint à 11 h 25 par le Prinz Eugen qui avait quitté le cap Arkona la veille. Les deux navires sont escortés par trois destroyers — le Z10, le Z16 et le Z23 — ainsi que par plusieurs dragueurs de mines tandis que la Luftwaffe assure la protection aérienne. Le 20 mai vers midi, Lindemann informe les équipages de leur mission.

À peu près au moment de la communication du commandant, une dizaine d’appareils de reconnaissance suédois repèrent les navires et rapportent leur cap sans être repérés par les Allemands. Une heure plus tard, la flottille croise le croiseur suédois HMS Gotland qui la suit discrètement pendant deux heures dans le Cattégat et qui informe l’état-major suédois que « deux grands navires, trois destroyers, cinq navires d’escorte et 10-12 avions ont dépassé Marstrand ». Lütjens et Lindemann estiment que le secret de l’opération a été éventé et effectivement, le rapport suédois est transmis à l’attaché militaire britannique qui en informa à son tour l’Amirauté. Les casseurs de code de Bletchley Park confirment qu’un raid dans l’Atlantique est imminent, ayant décrypté les rapports allemands selon lesquels le Bismarck et le Prinz Eugen embarquaient des équipages de prise et avaient demandé des cartes marines supplémentaires. Deux chasseurs Supermarine Spitfire sont envoyés en reconnaissance le long de la côte norvégienne pour repérer la flottille allemande.

Dans le même temps, plusieurs vols de reconnaissance allemands notent qu’un porte-avions, trois cuirassés et quatre croiseurs n’ont pas quitté la base navale britannique de Scapa Flow en Écosse ; cette information pousse Lütjens à considérer que les Britanniques n’étaient finalement pas au courant de sa sortie.

Le soir du 20 mai, le Bismarck et le reste de la flottille atteignent la côte norvégienne et les dragueurs de mines sont renvoyés en Allemagne. Le lendemain, les opérateurs radio du Prinz Eugen captèrent des messages radio britanniques demandant des vols de reconnaissance pour localiser deux cuirassés et trois croiseurs remontant la côte norvégienne. À 7 heures du matin, les marins allemands repérent quatre appareils non identifiés qui s’éloignèrent rapidement. En début d’après-midi, la flottille arriva à Bergen et mouilla dans le Grimstadfjord.

Alors que le Bismarck était en Norvège, deux chasseurs Bf 109 volaient autour du fjord pour empêcher les attaques aériennes britanniques mais un pilote de Spitfire parvint à survoler la flottille et à la photographier depuis une altitude de 8 000 mètres. Ayant reçu cette information, l’amiral John Tovey ordonna au vieux croiseur de bataille HMS Hood, au nouveau cuirassé HMS Prince of Wales et à six destroyers de rejoindre les deux croiseurs patrouillant dans le détroit de Danemark tandis que le reste de la Home Fleet fut placé en état d’alerte. 18 bombardiers furent envoyés attaquer les navires allemands mais le mauvais temps empêcha la réussite de la mission. Le Bismarck ne fut pas ravitaillé en combustible durant son mouillage en Norvège car cela n’était pas imposé par ses ordres.

Le 21 mai, un résistant norvégien du nom de Viggo Axelssen aperçoit les navires allemands devant Kristiansand et informe les résistants d’un autre réseau qui informe l’Amirauté de la présence des navires. Le même jour à 19 h 30, le Bismarck, le Prinz Eugen et les trois destroyers d’escorte quittent Bergen. Ces derniers font demi-tour à 4 h 14 le 22 mai alors que la flottille se trouve au niveau de Trondheim et vers midi, Lütjens ordonne à ses deux navires de se diriger vers le détroit du Danemark. Décidant de franchir le passage le plus rapidement possible, il demande le lendemain matin d’accroître la vitesse à 27 nœuds (50 km/h). Le brouillard réduit la visibilité à quelques kilomètres et les deux navires activèrent leurs systèmes radar; le Bismarck précédait le Prinz Eugen d’environ 700 mètres. La présence de glace oblige à une réduction de la vitesse à 24 nœuds (44 km/h) et les deux navires durent manœuvrer pour éviter les blocs les plus importants. À 19 h 22, les opérateurs des radars et des hydrophones détectent le croiseur lourd britannique HMS Suffolk à environ 12 kilomètres et le Prinz Eugen intercepte une communication du navire adverse qui alertait la flotte britannique de leur présence.

Le Suffolk commence alors à filler le Bismarck. Lütjens ne fait pas tirer sur le croiseur anglais, mais tente seulement de le semer. En effet, il ne veut pas gaspiller ces munitions alors que sa mission est de détruire les navires marchands.

À 20 h 30, le croiseur HMS Norfolk se joint au HMS Suffolk pour filer les navires allemands. Le HMS Norfolk qui est à moins de 10 kilomètres du Bismarck est pris pour cible par ce dernier qui tire cinq salves mais les artilleurs ne parviennent pas à ajuster précisément leur cible en raison du brouillard et ils ne tirent pas. Après s’être abrité derrière le mauvais temps le HMS Norfolk rejoint le HMS Suffolk pour une filature commune. Le HMS Suffolk continue à suivre les navires allemands à la limite de portée de son radar qui était de 12 milles (22 km).

L’onde de choc produite par les tirs mit cependant hors service le radar du Bismarck qui dut laisser le Prinz Eugen ouvrir la voie.

Voyant que les croiseurs ne peuvent pas être semés malgré la vitesse, Lütjens autorise à faire feu à 22 h 04. Même s’il était dissimulé par la pluie, la manœuvre du cuirassé allemand fut repérée par le radar du Suffolk qui se retira à distance de sécurité.

Le mauvais temps prend fin à l’aube du 24 mai laissant apparaître un ciel dégagé et à 5 h 7, les opérateurs des hydrophones du Prinz Eugen détectent deux navires inconnus approchant à environ 30 kilomètres depuis le sud-ouest.

À 5 h 45, les vigies allemandes repérent de la fumée à l’horizon ; il s’agissait du Hood et du Prince of Wales commandés par le vice-amiral Lancelot Holland. Lütjens ordonne alors le branlebas de combat.

À 5 h 52, la distance entre les deux groupes n’est plus que de 26 000 mètres. Le Hood ouvrit le feu suivi par le Prince of Wales une minute plus tard. Le premier engage le Prinz Eugen qu’il pensait être le Bismarck étant donné que les premiers rapports des deux croiseurs britanniques indiquaient qu’il se trouvait en tête.

Adalbert Schneider, le chef-artilleur du Bismarck demande à deux reprises l’autorisation de répliquer mais Lütjens hésite à engager le combat. Lindemann intervint et déclara : « je ne vais pas me laisser canonner mon bateau sous mon cul sans rien faire ». À 5 h 55, il sollicite à nouveau Lütjens qui accepta finalement de laisser les navires allemands répliquer.

Lors de l’engagement, les navires allemands barrent le T à leurs adversaires ; ce qui leur permet d’utiliser toute leur bordée tandis que les Britanniques ne pouvaient utiliser que leurs tourelles avant. Après plusieurs minutes, Holland ordonne à ses navires de virer de 20° sur bâbord afin de pouvoir engager l’ennemi avec les tourelles arrière. Le Bismarck et le Prinz Eugen concentrèrent leurs tirs sur le Hood et à 5 h 56, un obus de 8 pouces (203 mm) de ce dernier toucha un stock de munitions disposées autour des canons antiaériens de 4 pouces du Hood. L’incendie est rapidement éteint. Après avoir tiré trois salves de quatre canons, Schneider ajuste le tir et ordonne aux huit canons de 380 mm du Bismarck d’ouvrir le feu sur le croiseur de bataille britannique tandis que l’artillerie secondaire de 150 mm est orientée sur le Prince of Wales. Holland fait à nouveau virer ses navires de 20° sur bâbord sur un cap parallèle aux navires allemands. De son côté, Lütjens demande au Prinz Eugen de tirer sur le Prince of Wales pour que les deux navires britanniques soient ciblés et en quelques minutes, les obus allemands provoquèrent un petit incendie.

À 6 heures, le Hood achevait son second virage quand le Bismarck tira sa cinquième bordée. Deux des obus tombèrent à proximité mais au moins un des obus de 380 mm traversa son pont faiblement blindé et explosa dans la soute arrière qui contenait 112 tonnes de cordite. L’énorme explosion qui suivit brisa en deux le croiseur de bataille britannique qui coula en seulement trois minutes ne laissant que trois survivants sur un équipage de 1 419 hommes. Le Bismarck se tourna alors vers le Prince of Wales. Bien que le cuirassé allemand ait été touché par la sixième salve de ce dernier, l’un de ses obus traversa sans exploser la passerelle britannique ; presque tous ceux qui s’y trouvaient furent tués et le capitaine de vaisseau John Leach fut l’un des rares à survivre. Pilonné par les deux navires allemands, le Prince of Wales avait subi d’importants dégâts et pouvait difficilement riposter car plusieurs de ses canons, dont c’était la première utilisation au combat, fonctionnaient mal. Malgré cela, il parvint à toucher le Bismarck à trois reprises. Le premier obus toucha le gaillard d’avant au-dessus de la ligne de flottaison mais suffisamment bas pour que les vagues inondent la coque. Le second obus explosa au niveau de la cloison anti-torpille sans faire de gros dégâts. Le troisième projectile percuta sans exploser la catapulte à hydravion.

À 6 h 13, le Prince of Wales vira de bord et créa un écran de fumée pour couvrir sa retraite. Alors que ses navires étaient plus rapides et malgré l’insistance de Lindemann, Lütjens respecta scrupuleusement l’ordre d’éviter toute confrontation tant qu’un convoi ne serait pas en vue et il refusa de poursuivre le cuirassé britannique. Les deux navires poursuivirent donc leur route dans l’Atlantique nord.

Durant l’engagement qui avait duré une vingtaine de minutes, le Bismarck avait tiré 93 obus et en avait reçu trois. Le gaillard d’avant endommagé embarqua entre 1 000 et 2 000 tonnes d’eau dans une soute de mazout de la proue. Lütjens refusa de réduire la vitesse pour permettre des réparations, ce qui accrut la quantité d’eau entrante et provoqua une gîte de 9° sur bâbord et de 3° vers l’avant.

Après l’engagement, Lütjens rapporta : « Croiseur de bataille, probablement Hood, coulé. Un autre cuirassé, King George V ou Renown, avarié, viré de bord. Deux croiseurs lourds tiennent le contact ». À 8 h 1 le 24 mai, il transmit le rapport d’avarie à l’OKM et exposa son intention de laisser le Prinz Eugen qui n’avait pas été endommagé poursuivre seul la mission d’attaque de convois, tandis que le Bismarck rejoindrait Saint-Nazaire pour y être réparé. Peu après 10 h, il demanda au Prinz Eugen de passer derrière le cuirassé pour évaluer la gravité de la fuite de combustible provoquée par l’impact sur la proue. Après avoir rapporté la présence de « larges nappes de mazout des deux côtés du sillage », le Prinz Eugen reprit sa position avant. Une heure plus tard, un hydravion britannique Short Sunderland informa le Suffolk et le Norfolk de la présence d’une nappe de mazout. Malgré ses avaries, le Prince of Wales avait rejoint les deux croiseurs mais le contre-amiral Frederic Wake-Walker qui commandait les navires lui demanda de rester légèrement en retrait.

Après la perte du Hood, la Royal Navy ordonna à tous les cuirassés présents dans la région de participer à l’interception de la flottille allemande. La Home Fleet de Tovey était le groupe le plus important mais le matin du 24 mai, elle se trouvait encore à 650 kilomètres des navires allemands. Le cuirassé Rodney qui escortait le paquebot Britannic utilisé comme transport de troupes et devait subir des modifications au Boston Navy Yard rejoignit également Tovey. Par ailleurs, deux vieux cuirassés de la classe Revenge participèrent à la traque : le Revenge venant de Halifax au Canada et le Ramillies qui accompagnait le convoi HX 127. Au total, six cuirassés et croiseurs de bataille, deux porte-avions, treize croiseurs et 21 destroyers furent mobilisés. Dans le même temps, l’Amirauté ordonna aux croiseurs légers Manchester, Birmingham et Arethusa de surveiller le détroit du Danemark dans l’éventualité où Lütjens déciderait de rebrousser chemin. Vers 17 heures, l’équipage du Prince of Wales remit en service neuf des dix canons de son artillerie principale et Wake-Walker décida de le laisser passer en tête de sa formation dans le cas d’une rencontre avec le Bismarck.

Avec le retour du mauvais temps, Lütjens demanda à 16 h 40 au Prinz Eugen d’en profiter pour s’éloigner mais la manœuvre n’échappa pas à Wake-Walker et le navire allemand revint provisoirement aux côtés du Bismarck. À 18 h 14, le Bismarck fit demi-tour pour faire face à ses poursuivants. Le Suffolk s’éloigna rapidement et le Prince of Wales tira douze salves sur le cuirassé allemand qui répondit avec neuf ; aucun obus ne toucha sa cible. L’affrontement détourna l’attention des navires britanniques et permit au Prinz Eugen de s’éloigner. Ce dernier poursuivit vers le sud mais des problèmes de propulsion l’obligèrent à abandonner sa mission le 29 mai ; il arriva à Brest le 1er juin sans avoir coulé aucun navire adverse. De son côté, le Bismarck reprit sa route toujours suivi sur bâbord par la flottille de Wake-Walker.

Même si ses avaries l’avaient obligé à réduire sa vitesse, le Bismarck continuait à naviguer à 27 ou 28 nœuds (52 km/h), soit autant que le King George V de la Home Fleet. À moins de pouvoir ralentir le cuirassé, les Britanniques seraient incapables de l’intercepter avant son arrivée en France. Peu avant 16 heures le 25 mai, Tovey détacha le porte-avions Victorious et quatre croiseurs légers afin qu’il puisse lancer ses bombardier-torpilleurs. À 22 heures, six chasseurs Fairey Fulmar et neuf torpilleurs Fairey Swordfish décollèrent du pont d’envol. Les pilotes inexpérimentés faillirent attaquer le Norfolk et la confusion permit aux défenses anti-aériennes du Bismarck de se préparer80. Aucun des appareils ne fut abattu et le cuirassé fut touché par l’une des neuf torpilles qui le visaient. L’impact au milieu du navire au niveau de la ceinture blindée ne perça pas la coque mais l’onde de choc tua un marin et en blessa cinq autres.

L’explosion endommagea légèrement les équipements électriques, mais des dégâts bien plus importants furent causés par la grande vitesse et les manœuvres violentes destinées à échapper aux torpilles. Les réparations de la voie d’eau à la proue furent affaiblies et l’inondation obligea à l’abandon de la salle des machines no 2 sur bâbord. La perte de deux chaudières, la baisse de la réserve de combustible et l’accroissement de la gîte vers l’avant obligèrent le navire à réduire sa vitesse à 16 nœuds (30 km/h). Après des travaux de colmatage de la brèche avant réalisés par des plongeurs, la vitesse passa à 20 nœuds (37 km/h)82. Peu après le départ des bombardiers, le Bismarck et le Prince of Wales s’engagèrent dans un bref duel d’artillerie mais aucun des deux ne parvint à mettre au but.

Alors que la poursuite continuait au milieu de l’Atlantique, la formation de Wake-Walker fut contrainte de zigzaguer pour éviter d’éventuels sous-marins allemands présents dans la zone. Cela obligeait les navires à naviguer sur bâbord pendant dix minutes puis sur tribord pendant la même durée pour maintenir le même cap.

À 3 heures le 25 mai, Lütjens profita du changement de cap du Suffolk pour pousser son navire à sa vitesse maximale, soit à ce moment 28 nœuds (52 km/h), et à virer à l’est puis au nord pour semer ses poursuivants84. La manœuvre fonctionna parfaitement et le Bismarck se retrouva à l’arrière de la flottille britannique qui continuait de naviguer vers le sud tandis que le cuirassé allemand se dirigeait vers la France à l’est. Après une demi-heure, le commandant du Suffolk informa Wake-Walker qu’il avait perdu la trace du navire allemand et ce dernier ordonna à ses navires de se disperser pour tenter de le repérer visuellement à l’aube.

Après la perte de contact avec le Bismarck, la Royal Navy lança ses navires dans toutes les directions pour essayer de le retrouver. Le Victorious et son escorte furent envoyés à l’ouest, la flottille de Wake-Walker continua vers le sud et l’ouest tandis que les navires de Tovey naviguaient vers l’Atlantique centre. La Force H composée du porte-avions Ark Royal, du croiseur de bataille Renown et du croiseur léger Sheffield avait quitté sa base de Gibraltar après la bataille du détroit du Danemark mais elle se trouvait encore à au moins une journée de navigation de la zone. N’ayant pas réalisé qu’il avait semé ses poursuivants, Lütjens envoya plusieurs messages radio au quartier-général de la flotte à Paris et ces derniers furent interceptés par les Britanniques. La détermination de la localisation de l’émetteur réalisée à bord du King George V fut cependant incorrecte et elle poussa Tovey à croire que le Bismarck avait fait demi-tour et tentait de rejoindre l’Allemagne par le détroit entre l’Islande et les îles Féroé. Lorsque l’erreur fut découverte sept heures plus tard, le cuirassé allemand s’était considérablement éloigné.

Les casseurs de code britanniques parvinrent cependant à décrypter des communications dont une demande de couverture aérienne pour le Bismarck jusqu’à Brest tandis que la résistance française confirma que des appareils allemands se redéployaient dans la zone. Tovey ordonna donc à ses forces de converger au large de la Bretagne sur la route que devrait emprunter le cuirassé allemand.

Le 26 mai à 10 h 30, un des appareils d’un escadron de Consolidated PBY Catalinas basé en Irlande du Nord envoyé en patrouille localisa le Bismarck à 1 280 kilomètres à l’ouest de Brest. Étant donné sa vitesse, le cuirassé rejoindrait la protection des avions et des sous-marins allemands en moins d’une journée et aucun des navires britanniques n’était en mesure de le rattraper.

La situation de la Royal Navy était en effet délicate car le Victorious, le Prince of Wales, le Suffolk et le Repulse avaient été obligés de cesser la poursuite en raison du manque de combustible tandis que le King George V et le Rodney étaient trop éloignés. Le seul moyen pour intercepter le Bismarck était d’utiliser les avions du 820 Naval Air Squadron embarqués à bord du porte-avions Ark Royal commandé par l’amiral James Somerville. Ses appareils participaient aux recherches quand le Bismarck fut localisé à 110 kilomètres du porte-avions et Somerville ordonna immédiatement que les Swordfish soient équipés de torpilles pour une attaque immédiate. Il demanda également au croiseur Sheffield de suivre le Bismarck mais les aviateurs n’en furent pas informés. Le résultat fut que les appareils attaquèrent le croiseur britannique, mais leurs torpilles équipées d’un nouveau détonateur magnétique explosèrent lors de l’impact avec l’eau et le Sheffield en réchappa indemne.

Après le retour des Swordfish, une seconde vague de quinze appareils, équipés de torpilles à détonateurs à contact plus fiables, fut lancée à 19 h 10 et l’attaque commença à 20 h 47. Durant l’approche des appareils britanniques, le Bismarck ouvrit le feu sur le Sheffield qui s’éloigna rapidement sous la protection d’un écran de fumée. Dissimulés par la couverture nuageuse, les Swordfish surprirent le cuirassé allemand qui vira brusquement. Une torpille l’atteignit sous la ceinture blindée sur bâbord au milieu du navire. Les effets de l’explosion furent contenus par le blindage, mais elle causa quelques dégâts structurels et une légère voie d’eau. Une seconde torpille frappa le côté bâbord de la poupe du Bismarck. L’axe du gouvernail bâbord fut gravement endommagé et bloqué à un angle de 12° tandis que l’explosion causa d’importants dommages. Les tentatives de réparation échouèrent et Lütjens rejeta l’idée de débloquer la barre à l’aide d’explosifs car cela risquait d’endommager les hélices.

Le gouvernail bâbord étant bloqué, le Bismarck décrivit un large cercle qui l’éloigna de Brest et le rapprocha de la flottille de Tovey. Même si le manque de combustible avait réduit le nombre de navires disponibles, les Britanniques disposaient encore des cuirassés King George V et Rodney et des croiseurs Dorsetshire et Norfolk. À 21 h 40 le 26 mai, Lütjens rapporta à son état-major : « Navire incontrôlable. Nous combattrons jusqu’au dernier obus. Longue vie au Führer ». Le moral de l’équipage, au plus haut après la destruction du Hood, s’effondra et les messages du quartier général, destinés à encourager les marins, ne firent que souligner la situation désespérée du cuirassé104. Alors que la nuit tombait, le Bismarck tira brièvement sur le Sheffield qui s’éloigna rapidement et dans l’obscurité perdit de vue le navire allemand. À la tête de cinq destroyers détournés de l’escorte du convoi WS 8 B, le commandant Philip Vian du Cossack reçut l’ordre de maintenir le contact avec le Bismarck durant la nuit.

La flottille retrouva le Bismarck à 22 h 38 et ce dernier lui tira immédiatement dessus avec son artillerie principale. Tout au long de la nuit et jusqu’à l’aube, les destroyers de Vian harcelèrent le cuirassé allemand avec des fusées éclairantes et des dizaines de torpilles mais aucune ne toucha sa cible. Entre 5 et 6 h, l’équipage allemand tenta de lancer l’un des hydravions Arado Ar 196 afin d’emporter le livre de bord, des images de la bataille avec le Hood et d’autres documents importants. Le troisième obus du Prince of Wales avait cependant endommagé la catapulte et tout lancement était impossible ; l’appareil risquant de prendre feu durant l’affrontement à venir, il fut jeté à la mer.

À l’aube du 27 mai, le King George V et le Rodney placé sur sa gauche lancèrent leur attaque. Tovey avait l’intention d’avancer directement sur le Bismarck avant de virer au sud à 15 kilomètres de la cible pour progresser parallèlement au navire allemand. À 8 h 43, les vigies du King George V repérèrent le Bismarck à environ 23 000 mètres. Quatre minutes plus tard, le Rodney ouvrit le feu avec ses deux tourelles triples avant de 16 pouces (406 mm), le plus gros calibre en vigueur dans la Royal Navy, et il fut imité par le King George V et ses six canons de 14 pouces (356 mm) quatre minutes plus tard. Le Bismarck répliqua à 8 h 50 avec ses canons avant et dès la seconde salve, il ajusta le Rodney.

Alors que les navires se rapprochaient, leurs artilleries secondaires entrèrent en action tandis que le Norfolk et le Dorsetshire commencèrent à utiliser leurs canons de 8 pouces (203 mm). À 9 h 2, un obus de 16 pouces du Rodney pulvérisa la superstructure avant du Bismarck, tuant des centaines de marins et endommageant gravement les tourelles avant. Selon les survivants, le tir tua probablement Lindemann, Lütjens et le reste du commandement. Bien qu’atteintes, les tourelles avant tirèrent une dernière salve à 9 h 27 et l’un des obus tomba à quelques mètres de la proue du Rodney, mettant hors service le tube lance-torpilles tribord du cuirassé britannique ; ce fut le meilleur tir des artilleurs allemands durant l’affrontement. Les tourelles arrière tirèrent trois autres salves avant qu’un obus ne détruise le système de télémétrie. Les canons reçurent l’ordre de tirer indépendamment mais à 9 h 31, les quatre tourelles principales avaient été mises hors service.

À 10 heures, les deux cuirassés de Tovey avaient tiré plus de 700 obus avec leur artillerie principale. Le Bismarck n’était alors plus qu’une épave en feu avec une gîte de 20° sur bâbord et la poupe presque submergée. Le Rodney s’approcha à seulement 2 700 mètres, soit à bout portant pour des canons de 16 pouces, et continua à tirer. Tovey ne pouvait en effet pas cesser le combat avant que les Allemands n’abaissent leurs couleurs ou commencent à abandonner le navire. Le cuirassé britannique tira deux torpilles depuis son tube bâbord et l’une d’elles toucha sa cible. Selon le journaliste Ludovic Kennedy, « il s’agit de la seule fois au cours de l’histoire où un cuirassé en a torpillé un autre ».

Alors que la bataille tournait en défaveur du cuirassé allemand, le commandant en second, Hans Oels, ordonna aux hommes se trouvant dans les ponts inférieurs d’abandonner le navire ; il demanda également aux mécaniciens machinistes d’ouvrir les portes des compartiments étanches et de préparer les charges de démolition115. Le chef machine, Gerhard Junack, amorça les charges avec une mèche de neuf minutes et il entendit les explosions alors qu’il remontait. Courant en long et en large pour ordonner l’abandon du navire, Oels et une centaine de marins furent tués par une explosion sur le pont principal.

Les quatre navires britanniques avaient tiré plus de 2 800 obus de tout calibre sur le Bismarck, dont 400 au but, mais le cuirassé allemand restait à flot. Vers 10 h 20, Tovey, dont la flottille était presque à court de combustible, décida d’en finir et il demanda au Dorsetshire de torpiller le Bismarck tandis que les cuirassés étaient renvoyés au port. Le croiseur tira deux torpilles sur tribord, dont l’une toucha au but, puis se positionna sur bâbord et lança une troisième torpille qui percuta également le cuirassé. Au moment de ces attaques, le navire gîtait tellement qu’une partie du pont était submergé ; il est ainsi possible que la dernière torpille ait explosé sur la superstructure bâbord du Bismarck qui était déjà sous l’eau. Vers 10 h 35, le navire chavira et coula par la poupe avant de disparaître cinq minutes plus tard.

Certains survivants rapportèrent avoir vu Lindemann au garde à vous alors que son vaisseau sombrait. Junack, qui avait abandonné le navire avant son chavirage, ne vit aucun dégât sous la ligne de flottaison du côté tribord. Le lieutenant de vaisseau Von Müllenheim-Rechberg, adjoint en quatrième du service artillerie, nota la même chose, mais supposa que le flanc bâbord, déjà submergé, était bien plus endommagé. Environ 400 marins étaient naufragés et ils furent secourus par le Dorsetshire et le destroyer Maori qui les hissèrent à bord avec des cordes. À 11 h 40, des vigies du Dorsetshire repérèrent ce qui semblait être un sous-marin et le commandant ordonna l’arrêt des opérations de secours. Ayant recueilli respectivement 85 et 25 hommes, le Dorsetshire et le Maori quittèrent les lieux, redoutant la présence d’un sous-marin allemand. Quelques heures plus tard, le sous-marin U-74 et le navire météorologique Sachsenwald récupérèrent respectivement trois survivants et deux survivants supplémentaires, dans deux radeaux (Herzog, Höntzsch, et Manthey dans le premier ; Lorenzen et Maus dans le second). L’un des marins secourus par les Britanniques succomba à ses blessures le lendemain. Finalement, il n’y eut que 114 survivants sur un équipage de plus de 2 200 hommes. La récupération par les Britanniques d’un chat sur une planche flottante est une anecdote apocryphe. Il sera surnommé Sam l’insubmersible.

Source : Wikipédia.

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