Le commerce des esclaves (commerce triangulaire).

Le commerce triangulaire, aussi appelé traite atlantique ou traite occidentale, est une « traite négrière » reliant l’Europe, l’Afrique et l’Amérique, pour la déportation d’esclaves noirs, d’abord troqués en Afrique contre des produits européens (textiles, armes) puis en Amérique contre des matières premières coloniales (sucre, café, cacao, coton, tabac).

Au plan géographique, Rio de Janeiro fut le premier port négrier de la planète, devant Liverpool et Nantes. La plupart des côtes de l’Afrique occidentales furent ainsi reliés aux Caraïbes, au Brésil et au Sud des Etats-Unis, les Mascareignes étant concernées aussi par les traites orientales.

Le commerce triangulaire fut très concentré dans le temps: il a pris de l’ampleur au xviiie siècle, en particulier à partir de 1705, puis chuté après le droit de visite des navires étrangers, imposé par les Anglais en 1823 grâce à la domination des mers par la Royal Navy, après avoir négocié les années précédentes des traités internationaux pour rendre effective l’abolition de la traite négrière au début du XIXe siècle. Peu après, l’esclavage est lui-même aboli dans l’Empire colonial anglais et lors de Révolution de 1848 en France. Il perdure ensuite aux USA, à Cuba et au Brésil, mais principalement avec des esclaves nés dans le pays.


Esclave, carte maximum, France.

À l’exception du cas spécifique du Portugal, seul pays à avoir colonisé l’Afrique de l’intérieur avant le XIXe siècle, dans sa zone d’influence, la capture des futurs esclaves n’était pas réalisée sur les plages mais à l’intérieur des terres, où les Européens les ont échangés contre des armes. L’écrivain et journaliste américain Daniel Pratt Mannix (1911-1997) estime que seuls 2 % des captifs de la traite atlantique furent enlevés par des négriers blancs.

Initialement, en 1448, Henri le Navigateur avait donné l’ordre de privilégier l’établissement de relations commerciales avec les Africains, mais les Portugais ont rapidement lancé des expéditions militaires le long des rivières de l’Angola qui leur ont permis de capturer des esclaves puis d’armer des intermédiaires à qui ils ont ensuite sous-traité la capture ou l’achat de leurs victimes.

Les lançados, métis de Portugais, jouèrent les intermédiaires entre les négriers occidentaux et les négriers africains à partir du dernier tiers du xvie siècle en Gambie et au Liberia. D’autres lançados s’étaient établis dans le royaume du Dahomey. Au XIXe siècle, leur rôle en tant qu’intermédiaires et producteurs d’esclaves y était très important, surtout lorsque Francisco Felix da Souza obtint du roi Ghézo, en 1818, la charge de « Chacha » (responsable du commerce pour le royaume du Dahomey).

Au Congo, à partir du xviie siècle, des caravanes de pombeiros (marchands indigènes acculturés et commandités par les Portugais) s’enfonçaient à l’intérieur du continent pour aller produire ou acheter des esclaves.

Ailleurs, la production de captifs était affaire purement africaine.

Il ne faut pas oublier les trafiquants arabes, très actifs depuis des siècles dans la traite négrière, qui pouvaient également vendre des esclaves aux Européens, même sur la côte occidentale de l’Afrique.

Les échanges se faisaient soit à terre, soit sur le bateau. Dans les deux cas, les modalités de l’échange entre négriers africains et négriers européens avaient peu varié au cours des siècles. La marchandise européenne était étalée aux regards des courtiers et des intermédiaires africains. Ensuite les négriers européens payaient les coutumes, c’est-à-dire des taxes d’ancrage et de commerce. Puis les deux parties se mettaient d’accord sur la valeur de base d’un captif. Ce marchandage était âprement discuté.

Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que des monnaies fiduciaires occidentales ont été introduites en Afrique sub-saharienne. Il s’agissait notamment du dollar américain, de la piastre et du thaler de Marie-Thérèse.

Avant les courtiers africains utilisaient leur propre unité de compte comme la barre en Sénégambie ou l’once à Ouidah. En ce qui concerne les  marchandises européennes, ils ne tenaient pas compte des prix occidentaux.

C’est ce que valaient les 50 captifs pour les négriers africains. Par contre, le négrier français convertissait le tout en monnaie fiduciaire française et ces 50 captifs lui coûtaient 2 259 livres tournois. Ainsi chaque captif coûtait en moyenne 45 livres.

Dans d’autres régions, le prix était fixé en unité de compte locale. Par exemple à Ouidah un canon équivalait à une dizaine d’esclaves, à Douala on trouve des barres de fer et des pots de cuivre ayant servi de monnaie d’échange, au musée de Banjul se trouve exposée une table de conversion du kilo d’esclave en pistolets, cristaux ou vêtements. Mais pour les négriers occidentaux, le coût d’un esclave pouvait facilement varier. En 1773, à Ouidah, le prix d’un captif homme était fixé à 11 onces. À cette valeur, les marchandises échangées étaient différentes suivant les courtiers.

Si le bateau appartenait à une compagnie, il se rendait aux comptoirs appartenant à leur nation. Là, des captifs étaient entreposés en vue de leur déportation. Avec le commerce libre, l’armateur fixait les lieux de cabotage du navire : dans le meilleur des cas, le navire cabotait dans une zone prédéfinie ; dans le pire des cas, le navire procédait à un lent cabotage entre chaque foyer négrier (appelé également « traite volante », de la Sénégambie jusqu’au Gabon et plus loin encore.

La durée du cabotage dépassait très fréquemment les trois mois.

L’embarquement des captifs se faisait par petits groupes de quatre à six personnes. Certains préféraient sauter et se noyer plutôt que de subir le sort qu’ils s’imaginaient : ils croyaient que les Blancs allaient les manger.

Dès qu’ils étaient à bord, les hommes étaient séparés des femmes et des enfants. Ils étaient enchaînés deux à deux par les chevilles et ceux qui résistaient étaient entravés aux poignets.

L’historien et ancien administrateur colonial Hubert Deschamps (1900-1979) qualifiait la traversée de l’Atlantique de « noir passage ».

Le terme Passage du milieu désigne la même chose mais se réfère à la partie centrale, transatlantique, du Commerce triangulaire.

La traversée durait généralement entre un et trois mois. La durée moyenne d’une traversée était de 66 jours et demi. Mais selon les points de départ et d’arrivée, la durée pouvait être très différente. Ainsi les Hollandais mettaient 71 à 81 jours pour rejoindre les Antilles alors que les Brésiliens effectuaient Luanda-Brésil en 35 jours. Avant d’entamer la traversée, il arrivait souvent que le négrier mouille aux îles de Principe et São Tomé. En effet, les captifs étaient épuisés par un long séjour, soit dans les baracons, soit dans le cas d’une traite itinérante sous voile. Les femmes et les enfants étaient parqués sur le gaillard d’arrière tandis que les hommes étaient sur le gaillard d’avant. La superficie du gaillard d’avant était supérieure à celle du gaillard d’arrière. Ils étaient séparés par la rambarde.

Les captifs étaient enferrés deux par deux. Ils couchaient nus sur les planches. Pour gagner en surface, le charpentier construisait un échafaud, un faux pont, sur les côtés. Le taux d’entassement était relativement important. Dans un volume représentant 1,44 m3 (soit un « tonneau d’encombrement », 170×160×53), les Portugais plaçaient jusqu’à cinq adultes, les Britanniques et les Français, de deux à trois. Pour les négriers nantais, entre 1707 et 1793, le rapport général entre tonnage et nombre de Noirs peut être ramené à une moyenne de 1,41.

Le marchand d’esclaves franco-italien Theophilus Conneau5 témoigna ainsi en 1854 : « Deux des officiers ont la charge d’arrimer les hommes. Au coucher du soleil, le lieutenant et son second descendent, le fouet à la main, et mettent en place les Nègres pour la nuit. Ceux qui sont à tribord sont rangés comme des cuillers, selon l’expression courante, tournés vers l’avant et s’emboîtant l’un dans l’autre. À bâbord, ils sont tournés vers l’arrière. Cette position est considérée comme préférable, car elle laisse le cœur battre plus librement ».

Si le temps le permettait, les déportés passaient la journée sur le pont. Toujours enchaînés, les hommes restaient séparés des femmes et des enfants. Ils montaient par groupes sur le pont supérieur vers huit heures du matin. Les fers étaient vérifiés et ils étaient lavés à l’eau de mer. Deux fois par semaine, ils étaient enduits d’huile de palme. Tous les quinze jours, les ongles étaient coupés et la tête rasée. Tous les jours, les bailles à déjection étaient vidés, l’entrepont était gratté et nettoyé au vinaigre. Vers neuf heures, le repas était servi : fèves, haricots, riz, maïs, igname, banane et manioc. L’après-midi les esclaves étaient incités à s’occuper (organisation de danses). Vers cinq heures les déportés retournaient dans l’entrepont.

Par contre, en cas de mauvais temps et de tempête, les déportés restaient confinés dans l’entrepont. Il n’y avait pas de vidange, ni de lavement des corps, ni de nettoyage des sols. Le contenu des bailles coulait sur les planches de l’entrepont, se mêlait aux choses pourries, aux émanations de ceux victimes du mal de mer, aux vomissures, au « flux de ventre, blanc ou rouge ». Toutes les écoutilles pouvaient être closes. L’obscurité, l’air rendu irrespirable par le renversement des bailles à déjection, le roulis qui faisait frotter les corps nus sur les planches, la croyance d’un cannibalisme des négriers blancs terrorisaient et affaiblissaient les captifs.

Les esclaves devaient être systématiquement soumis à une quarantaine avant d’être débarqués. Mais les arrangements avec les autorités étaient fréquents. Le chirurgien veillait à redonner une apparence convenable : les lésions cutanées et les blessures étaient dissimulées, les cheveux étaient coupés et le corps était enduit d’huile de palme. Ils étaient alors prêts pour être vendus sur les marchés aux esclaves. Dans la majorité des colonies, les esclaves étaient vendus par lots. Une annonce était transmise aux planteurs locaux. La vente pouvait avoir lieu sur le navire ou à terre. Il existait plusieurs techniques de vente comme les enchères ou le scramble. Les colonies qui importèrent le plus d’esclaves furent le Brésil suivi des Antilles.

Après la vente, les esclaves faisaient l’objet d’une sorte de dressage (période d’acclimatation appelée le seasoning par les esclavagistes anglo-saxons). Coupés de leurs racines (on les séparait de leur famille, de leur groupe ethnique, de leur groupe linguistique, on leur donnait un nouveau nom), ils devaient s’habituer aux conditions particulières du pays (apprentissage de la langue, vie sociale sur les plantations, apprentissage forcé de la religion, etc.) et des conditions de travail. Totalement désocialisés, ils durent réinventer des liens communautaires qui ne pouvaient plus être ceux de l’Afrique et se créer des biens immatériels (prière, spiritualité, musique à travers des chants de travail qui sont à l’origine des negro spirituals et des gospels).

La canne à sucre, où la productivité et la rentabilité peuvent être poussées au maximum, est la culture qui consomme le plus d’esclaves et les use le plus vite. Les planteurs y affectent les esclaves les plus jeunes, qui sont soumis au fouet lorsque la productivité ralentit.

C’est avec la révolution sucrière en Amérique que la traite connut une telle ampleur. Selon l’économiste américain Robert Fogel (1926-2013), « entre 60 et 70 % de tous les Africains qui survécurent à la traversée de l’Atlantique finirent dans l’une ou l’autre des […] colonies sucrières ».

La révolution sucrière commença au Brésil dans les années 1600, puis elle se propagea dans les Caraïbes à partir du troisième tiers du XVIIe siècle. Manquant d’esclaves Amérindiens, les Portugais commencèrent à importer des esclaves d’Afrique à la fin du XVIe siècle. Ceci favorisa le métissage, tandis que certains esclaves en fuite fondèrent des quilombos. Vers 1580, des esclaves fugitifs lancèrent un mouvement millénariste et syncrétique, influencé par le christianisme, dans la Baie de tous les saints, à Bahia: la Santidade de Jaguaripe fut réprimée avec l’aide des Jésuites et de l’Inquisition romaine.

Les grandes plantations (fazendas) cultivaient pour l’exportation. Le travail est plus simple que pour le tabac ou le coton. Les esclaves coupaient la canne à la machette avant de la transporter en chars à bœufs vers les moulins.

La plantation typique, d’une surface de 375 hectares, comprenait 120 esclaves, 40 bœufs, une grande maison, des communs et des cases pour les esclaves.

À la fin du XVIIIe siècle, la culture de café se développait.

Au XVIIIe siècle, dans les plantations sucrières françaises, on a souvent tendance à croire que la plupart des esclaves était uniformément soumis à un traitement d’une cruauté gratuite qui dépasserait l’entendement. Or cela irait contre les intérêts du maître d’abîmer son outil de travail, d’autant plus qu’il a dû souvent les acheter à un prix élevé. Celui-ci gardait donc un œil sur l’état de santé des esclaves. Également le Code noir vint réglementer le traitement des captifs. Ainsi les maîtres étaient-ils dans l’obligation d’instruire et évangéliser les esclaves. En revanche il prévoit aussi une palette de châtiments corporels (amputation, exécution).

Les bossales, ou nouveaux arrivés, n’étaient pas tout de suite mis au travail. Pendant au plus six mois, ils étaient mis à l’écart pour s’acclimater.

Les négriers rentraient en Europe avec de la canne à sucre ainsi que de l’or, ou effets de commerce, correspondant à la vente des esclaves. Mais aussi avec des produits dits de « haute valeur » (coton, canne à sucre, tabac et métaux précieux).

Pour les négriers nantais, la mortalité moyenne était de 17,8 %. Il ne s’agit que d’une moyenne. Certaines traversées pouvaient se faire sans aucun décès tandis que d’autres pouvaient enregistrer une mortalité de 80 % voire davantage.

Source : Wikipédia.

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