Le cheval “Lipizzan”.

Le lipizzan est une race de chevaux originaire de Slovénie, culturellement liée à l’École espagnole de Vienne en Autriche. Cette célèbre école, qui tire par ailleurs son nom des chevaux espagnols qui furent à l’origine de la race lipizzane, n’utilise en effet que des lipizzans. L’élevage du lipizzan remonte au XVIe siècle, lorsque la famille impériale des Habsbourg décide de fonder un nouveau haras dans la localité slovène de Lipica dans la région vallonnée du Kras qui appartenait à l’époque à l’Empire autrichien. La race des lipizzans est menacée de disparition lors de la Seconde Guerre mondiale, mais l’intervention du général américain George S. Patton permet de sauver 250 chevaux, assurant la préservation de cette race à la longue histoire.

Les lipizzans se signalent par leur robe qui, de baie ou noire à la naissance, s’éclaircit progressivement pour devenir d’un gris très clair souvent perçu à tort comme blanc, entre 6 et 10 ans. Ils font preuve de nombreuses qualités en dressage.


L’histoire des origines du lipizzan amène à évoquer d’autres races équines célèbres en Europe, en étudiant en particulier la provenance des chevaux qui furent réunis au haras de Lipizza après sa création, pour développer une nouvelle race de chevaux pour la Cour d’Autriche. Les origines du lipizzan sont indissociables de celles de l’école d’équitation impériale de Vienne, la célèbre École espagnole. À partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, la consolidation de la race des lipizzans à partir d’un tout petit nombre de chevaux en fixe les caractères.

L’origine des ancêtres des lipizzans remonte vers l’an 800. Des chevaux barbes et des étalons arabes originaires d’Afrique du Nord, amenés à cette époque au Portugal par les Maures, sont croisés avec des races locales portugaises pour donner naissance aux chevaux lusitaniens, dont descendent en partie les lipizzans actuels.

Mais, outre l’apport de sang des chevaux andalous dont bénéficieront plus tard les lipizzans, la région du Kras dispose d’une race de chevaux fort ancienne, qui sera croisée avec les étalons d’origine étrangère. Ces chevaux indigènes sont peut-être ceux qu’utilisaient les Romains lors de leurs courses de chars dans les cirques de la Rome antique ; cette race de chevaux serait originaire principalement de la ville d’Aquileia, située au nord de l’Adriatique dans une région faisant alors partie de la Thrace. On pense qu’il y avait dans cette région un temple dédié au dieu thrace Diomedes, le patron des chevaux

À la fin du XVIe siècle, alors que la famille autrichienne des Habsbourg occupe à la fois le trône du Saint-Empire romain germanique et le trône d’Espagne, les forces armées et les écoles d’équitation d’Europe centrale souhaitent pouvoir disposer d’un cheval à la fois robuste et agile. En 1562, l’empereur Maximilien II fait venir d’Espagne des chevaux et crée un haras à Kladrub en Bohême.

En 1580, son frère l’archiduc Charles II fonde lui aussi un haras dans la localité de Lipizza, devenue depuis Lipica. Cette localité située dans l’actuelle Slovénie fait alors partie de l’empire autrichien.

Cheval Lipizzan, carte maximum, Monaco, 5/12/1970.

Dès 1580, l’Autriche achète trois étalons espagnols, puis six autres l’année suivante, ainsi que vingt-quatre juments espagnoles. L’un des six étalons achetés en 1581 est un cheval andalou de très grande valeur, qui influence fortement l’évolution de la race. On pratique alors de nombreux croisements tant avec des juments qu’avec des étalons de la région montagneuse du Kras, et la nouvelle race se développe rapidement. Dès 1595, 30 chevaux sont envoyés chaque année à la Cour de l’archiduc à Graz. Ce sont ensuite des étalons de la région de Polesina, en Italie du nord, qui arrivent à Lipizza, avec d’autres chevaux de Kladrub, de Fredericksborg, ou encore d’autres étalons espagnols, comme Cordova, importé en 1701.

Toute l’histoire du haras depuis 1580 montre l’importance de l’apport de sang espagnol, justifiant l’appellation de « l’École espagnole de Vienne ». Pendant cette période, Kladrub se spécialise dans l’élevage de chevaux d’attelage, alors que Lipizza se spécialise dans l’élevage de chevaux légers.

Les lipizzans ont été relocalisés par sécurité à plusieurs reprises durant les guerres. La première relocalisation se passe en 1797 durant la guerre entre la Prusse et l’Empire d’Autriche. Le 22 mars 1797, les chevaux furent évacués de Lipica avant d’y être ramenés en novembre de la même année alors que les étables n’étaient plus que des ruines. Celles-ci sont reconstruites mais en 1805, les chevaux sont à nouveau évacués lorsque Napoléon Ier envahit la région en annexant les provinces illyriennes. Les chevaux reviennent en avril 1807. À la suite du traité de Schönbrunn, les chevaux sont à nouveau déplacés et de nombreux chevaux meurent lors de l’exil. Ce n’est qu’en 1815 qu’ils y reviennent à la suite de la défaite française de la bataille de Waterloo.

Après la Première Guerre mondiale, la province de Lipica est cédée à l’Italie par l’Autriche, en application du Traité de Versailles. Au début de l’année 1920, le haras de Piber situé près de la ville autrichienne de Graz devient le haras attitré des chevaux utilisés par l’École espagnole de Vienne. Ce haras fut à l’origine créé en 1798, pour y accueillir des lipizzans dès 1853. Une sélection très rigoureuse avec tests d’endurance y était appliquée pour ne prendre que les meilleurs étalons pour l’école d’équitation de la capitale impériale.

Dans les années 1920-1929, le roi Alexandre Ier de Yougoslavie va faire importer des lippizans à Novi Sad à l’école de cavalerie de cette ville sous la responsabilité d’un officier de cavalerie russe blanc, Mikhaïl Chidlovsky. Ces chevaux seront saisis par la Wehrmacht lors de l’invasion allemande après avril 1941.

La Seconde Guerre mondiale met en péril la race. De nombreux chevaux sont emmenés par les forces nazies : par exemple, des chevaux du haras de Piber sont envoyés dans un haras de Hostau en République tchèque. Menacés par les bombardements alliés, les chevaux de Vienne sont déplacés vers la localité de Saint Martin en Haute-Autriche. Sous le commandement d’Alois Podhajsky, le directeur de l’École espagnole, les étalons sont ainsi préservés ainsi que les traditions de l’élevage et du dressage. La famine incite par ailleurs au vol des chevaux dans le but d’en faire une source de nourriture.

En 1945, l’armée américaine dirigée par le général George S. Patton appartenant à la cavalerie américaine, prend le contrôle de St. Martin. Patton avait déjà rencontré Podhajsky lors de compétitions olympiques d’équitation d’avant-guerre. Ils conviennent de la protection des étalons par l’armée américaine jusqu’à la fin de la guerre afin de les rendre ensuite aux Autrichiens.

Juste avant la fin de la guerre, le haras d’Hostau se trouve derrière les lignes des forces soviétiques. Des officiers allemands, prisonniers des Américains, indiquent la localisation exacte des chevaux et prient les Américains de les sauver avant que les Soviétiques ne les découvrent, de peur que ceux-ci ne les mangent. Le 28 avril 1945, Patton envoie des troupes sous les ordres du colonel Charles H. Reed pour récupérer les chevaux derrière les lignes soviétiques. Les Allemands toujours présents pour protéger le haras se rendent sans problème en saluant les soldats américains. Seuls 250 lipizzans survivent à la guerre, mais la race est toutefois sauvée. Cet épisode contribue à la notoriété des lipizzans aux États-Unis et mène à la création du haras de Temple Farm, non loin de Chicago.

Cheval Lipizzan, épreuve d’artiste signée, Monaco.

En 1983, la population lipizzane du haras de Piber est touchée par une épidémie virale. Celle-ci cause la perte d’environ 40 chevaux. Depuis, la population de chevaux dans le haras ne cesse de croître avec par exemple 56 naissances en 1993 et la présence de 100 juments en 1994. Depuis 1994, le taux de réussite des fécondations des juments a augmenté de 27 à 82 % grâce à la création d’un nouveau centre vétérinaire.

En 2005, l’École espagnole d’équitation célèbre les soixante ans du sauvetage de Patton en organisant des spectacles à travers les États-Unis.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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