Le cheval anglo-arabe.

L’Anglo-arabe est une race de chevaux de selle à sang chaud, historiquement développée en Angleterre, en Russie et en France dès la fin du XVIIIe siècle. Ce cheval issu en premier lieu du croisement d’un Pur-sang avec un Arabe s’est surtout fait connaître à travers les lignées françaises. Ce croisement a été étendu par la suite à deux races autochtones du Sud-Ouest français, dans le Limousin et le Midi. L’Anglo-arabe est élevé dans d’autres pays depuis la fin du XXe siècle, ayant fait l’objet d’une internationalisation de son élevage en 2012.

Par définition, l’Anglo-arabe est morphologiquement peu homogène, l’importance d’origines des deux races parentes influant grandement sur le modèle. Il est néanmoins caractérisé par ses allures, sa légèreté, son adresse, son courage et sa forte personnalité. Plusieurs appellations existent au sein de la race, permettant de distinguer la part plus ou moins importante d’origines Arabe chez l’animal, et la présence ou pas d’autres courants de sang mineurs : Anglo-arabe, Anglo-arabe de complément, Anglo-arabe de croisement et demi-sang Anglo-arabe. L’abréviation officielle est AA, mais il est fréquemment surnommé « anglo ».

L’Anglo-arabe est particulièrement représenté dans le sud-ouest de la France. Cette race s’est faite connaître pour ses performances sportives, en saut d’obstacles jusqu’aux années 1980, et depuis, en concours complet d’équitation. Des courses spéciales, de plat et d’obstacles, lui sont réservées dans différents pays du bassin méditerranéen. Si son élevage pour les courses est resté relativement stable en France depuis une vingtaine d’années, l’élevage de sport traverse une crise. Les nouvelles naissances ont fortement chuté dans les années 2000, au point qu’il est considéré comme « menacé ».


L’Anglo-arabe est issu du croisement de deux races de chevaux, l’Arabe et le Pur-sang. Bien que ce type de croisement soit pratiqué dans de nombreux pays du monde, la sélection pratiquée en France au XIXe siècle a atteint un degré d’excellence tel que l’Anglo-arabe y possède un statut de race à part entière, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des autres pays où ce type de croisement a été pratiqué. De ce fait, l’Anglo-arabe est considéré, avec le Selle français, comme l’une des deux grandes races de chevaux de selle à sang chaud d’origine française.

L’histoire de l’Anglo-arabe est liée à la politique menée par l’administration des haras français au cours du XIXe siècle. Si des tentatives de croisement ont eu lieu dans la région de Tarbes et dans le Limousin, menant notamment à la naissance du « cheval tarbais », c’est sous la direction de Raoul de Bonneval, puis d’Antonin Laurent Chébrou de Lespinats et d’Eugène Gayot, que la race est créée et prend son essor. Destiné un premier temps à la remonte militaire, l’Anglo-arabe a très vite été orienté vers les courses. Il faut attendre le xxe siècle pour voir les premiers chevaux de sport.

Cheval anglo-arabe, carte maximum, Monaco, 1970.

Il y a controverse pour définir la région du monde où les tout premiers croisements entre chevaux Pur-sangs et Arabes ont eu lieu. Ces croisements ont été pratiqués au Royaume-Uni dans le cadre de la recherche d’un bon cheval de course9. Plusieurs décennies avant l’émergence de la race en France, le comte Orlov pratique lui aussi ce type de croisements en Russie, dont naît la race Orlov-Rostopchin6. L’Anglo-arabe est cependant considéré comme d’origine française. Les premières tentatives connues de ce type de croisement en France ont été réalisées à la fin du XVIIIe siècle, grâce aux haras nationaux. La création de haras à Tarbes et à Pau en 1806 vise à fournir les armées de Napoléon Ier. Ces haras sont approvisionnés en animaux de race Barbe, Andalou et Arabe, ils pratiquent de nombreux croisement qui inspirent aussi les éleveurs privés de la région. Napoléon est particulièrement séduit par les qualités de la race Arabe.

En 1806, cinq étalons et cinq juments Arabes venus d’Égypte sont envoyés à Pompadour. Leur présence conduit à la naissance de l’Anglo-arabe du Limousin. Au haras de Tarbes, une sélection d’étalons Arabes (mais aussi turcs et persans) est importée dans le Béarn et la Navarre, puis croisée avec ce qui reste de l’ancienne jumenterie navarrine. C’est ainsi que naît le « cheval tarbais » ou « tarbéen », un cheval élancé et endurant, excellent en trait léger et pour la selle. Il possède la taille requise pour la cavalerie légère, mais dépasse rarement 1,52 m6. Il est possible que des Anglo-arabe soient nés dans la région du Limousin sans être répertoriés, puisque les statistiques du département attestent de la présence du Pur-sang dès 1778, et de l’Arabe à partir de 1789.

Sous l’impulsion de l’administration des haras nationaux, la race Anglo-arabe voit véritablement le jour dans la première moitié du XIXe siècle, vers les années 1840. Raoul de Bonneval croise le Pur-sang, connu pour sa vitesse, et le cheval Arabe, classique améliorateur. Il utilise pour cela deux étalons Arabe, Massoud et Aslan, cheval turc, ainsi que trois juments Pu-sang importées d’Angleterre, nommées Selim Mare, Dear et Comus Mare. Leurs trois filles Delphine, Galatée et Danae, puis leurs descendantes Agar et Quine, sont les génitrices de la première race de chevaux de sport en France. La première jumenterie Anglo-arabe naît au haras du Pin. Le haras de Rosières-aux-Salines compte lui aussi à la même époque plusieurs sujets issus de tels croisements. Amenés à Pompadour, ces chevaux sont à la base du développement véritable de la race Anglo-arabe.

Le développement de la race est surtout le fait d’Eugène Gayot, directeur des haras du Pin et de Pompadour, qui encourage la production dans ce sens. Il pense que l’Anglo-arabe croisé avec les races autochtones (limousines et tarbaises) doit produire « un cheval moyen qui ne soit ni l’arabe, ni l’anglais qui, tout en s’approchant de l’un et ne s’écartant pas trop de l’autre, n’ait pourtant ni les exigences de celui-ci, ni l’insuffisance de celui-là. ». Le cheval Arabe est en faveur dans les années 1830, en raison de la conquête de l’Algérie par la France, qui entraîne une redécouverte de cette race largement mise à contribution à l’époque napoléonienne. De plus, le Sud de la France est considéré comme une région idéale pour l’élevage de tels chevaux. Eugène Gayot affirme la supériorité des étalons Anglo-arabe sur les autres races locales du Sud-Ouest, disant dans ses ouvrages qu’ils « remplacent avec avantage les demi-sang arabes et les chevaux navarrins purs ».

De la même manière, Antonin Laurent Chebrou de Lespinats prend en charge la production des étalons Arabe Massoud et Nichab depuis leur arrivée du haras du Pin, et s’occupe en 1833 de précieuses juments Arabe importées depuis la Hongrie27. Grâce à ses échanges de reproducteurs, il permet le développement de l’élevage privé dans la région du Sud-Ouest, où l’Anglo-arabe se répand peu à peu.

La race rencontre peu de succès dans un premier temps, puisqu’elle n’intéresse qu’un faible nombre d’éleveurs, généralement issus de familles fortunées. Les premières productions sont orientées vers le cheval de courses et le cheval de luxe. D’autre part, la concurrence de l’Anglo-normand, un cheval carrossier, pousse nombre d’éleveurs à tenter des croisements avec ce dernier, et les détourne de l’Anglo-arabe. Le libéralisme économique fait que l’État se désengage peu à peu de la production. En 1861, la jumenterie de Pompadour (avec 46 juments et pouliches de la race) est fermée, l’initiative privée étant considérée comme suffisante. C’est à la même époque que les premières courses réservées aux Anglo-arabe sont organisées dans le Sud-Ouest.

La réforme des haras entreprise à travers la loi du 29 mai 1874 entraîne un développement de l’élevage d’Anglo-arabe à destination de la cavalerie légère. Le haras national de Gelos près de Pau, puis, à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, le Limousin, ont contribué à la sélection de ce cheval : un groupe de juments originaires de Tarbes et du Limousin y est accouplé avec des étalons Pur-sang et Arabe.

Le Pur-sang puis l’Arabe ont été utilisés sur le cheval navarrin, une race aux origines espagnoles ayant un petit modèle, plutôt plat, mais d’une grande robustesse. Le cheval navarrin est absorbé par l’Anglo-arabe, en particulier au haras de Tarbes. Le programme d’élevage s’achève officiellement en 1852, mais la race locale garde quelque temps son nom de « cheval de la Navarre ». Les registres du dépôt d’étalons de Tarbes, soigneusement tenus, donnent une idée précise du développement de l’Anglo-arabe et de la disparition du cheval navarrin. En 1830, il compte six étalons Pur-sang, cinq Arabe, vingt-trois arabes croisés et dix-neuf étalons de l’ancienne race navarrine. Vingt ans plus tard, en 1850, les étalons navarrins « purs » ont tous disparu, le haras compte vingt-cinq Pur-sang et vingt-sept Arabe.

Dans le Limousin, la forte demande en chevaux de cavalerie ne s’accorde pas avec les choix des garde-étalons des haras, qui privilégient le Pur-sang. La création de courses hippiques à Pompadour à partir de 1820 est une motivation pour reprendre l’élevage dans la région. Des croisements de type Anglo-arabe sont réalisés avec le cheval limousin qui, lui aussi imprégné de sang espagnol, est plus grand et étoffé que le navarrin. Le haras de Pompadour compte de moins en moins de chevaux limousins au profit de l’Anglo-arabe. Parallèlement, les éleveurs de la région emploient de plus en plus de croisements avec le Pur-sang. De nos jours encore, les Anglo-arabe du Sud-Ouest sont plus légers dans le modèle que ceux de souche limousine, qui ont plus de taille et de cadre. Des juments nivernaises et normandes ont aussi été utilisées pour produire de l’Anglo-arabe dans cette région.

Cheval anglo-arabe, épreuve d’artiste signée, Monaco.

En 1833, le stud-book français de l’Anglo-arabe est créé pour inscrire des chevaux Pur-sang, Arabe, et Anglo-arabe. En 1861, un arrêté définit comme « Anglo-arabe » les chevaux issus d’un géniteur Arabe. Une loi du 29 mai 1874 fixe le montant des encouragements à la race et le programme de sélection pour les courses, favorisant les meilleurs performers. Cette sélection est assez proche de celle qui est définie pour la race du Pur-sang par le Jockey Club. Cette loi fait du Limousin l’une des principales régions productrices.

Dès 1880 est exigée la règle des 25 % de sang Arabe pour être reconnu Anglo-arabe. Le 15 mars 1893, un arrêté impose aux étalons de la race participant aux courses spéciales réservées ce minimum des 25 % de sang, étendu à tous les sujets d’élevage le 30 janvier 1894. Entré en 1894 aux haras nationaux, l’étalon Prisme contribue fortement à fixer les caractéristiques de la race. Il est le père de près de 58 étalons.

Malgré les deux guerres mondiales, l’Anglo-arabe n’a cessé de prendre de l’importance en France du début du XXe siècle jusqu’aux années 1980-1990. Son élevage traverse une crise depuis le début du XXIe siècle, mais il s’est développé dans d’autres pays.

Après avoir été populaire comme animal de remonte pour la cavalerie, il est élevé comme cheval de selle polyvalent, puis devient la première race chevaline française destinée aux sports équestres. Cette orientation se fait évidente durant la seconde partie du XXe siècle. Les Haras nationaux cessent leurs achats et leurs élevages à destination de la remonte militaire, Pompadour ayant fait saillir 1409 juments par des étalons Arabe ou Anglo-arabe en 1943, tandis qu’en 1950, le nombre de ces juments saillies est tombé à 158. Sur la même période, la moitié des étalons nationaux et huit neuvièmes des juments de la remonte militaire sont réformés.

Avant le développement du Selle français, l’Anglo-arabe est le cheval de sport français par excellence. Plus rapide que les divers demi-sang présents dans le pays, il est également plus développé que l’Arabe. Il s’illustre particulièrement en saut d’obstacles, après-guerre. Le cheval Anglo-arabe type de cette période est de petite taille, doté d’un très fort coup de saut. Certains étalons marquent particulièrement l’époque, en donnant naissance à des gagnants internationaux, comme Séducteur (né dans la Creuse en 1940), Nithard (né en 1948 au haras de Pompadour en Corrèze), Zéphir (né en 1950 à Sagnat) et Noroit (né en 1957 à Pompadour).

De 1940 à 1946, les règles d’admission au stud-book de l’Anglo-arabe sont légèrement assouplies en raison de la perte de nombreux chevaux pendant la guerre. En 1942, le stud-book de la race est ouvert aux chevaux issus de parents eux-mêmes Anglo-arabes, ou d’un croisement entre Arabe et Pur-sang. Le règlement d’élevage de la race, autorisant un cheval à être inscrit au stud-book de l’Anglo-arabe s’il présente au moins 25 % de sang Pur-sang ou Arabe, est redéfini en 1958, et inclut tous les anglos à moins de 25 % de sang Arabe au stud-book du Selle français. Il s’ensuit une diminution rapide des effectifs au profit de l’autre race de sport française, le SF, si bien que cette politique d’élevage est revue. Les juments possédant moins de 25 % de sang d’une des deux races deviennent des « facteurs d’Anglo-arabe », rattachées au livre généalogique de ce dernier. Les poulains qui naissent de ces juments facteurs d’anglo sont automatiquement réinscrits au livre généalogique de la race Anglo-arabe s’ils dépassent les 25 % de sang de l’une ou de l’autre des races parentes.

L’Anglo-arabe des années 1970 excelle tant en course hippique d’obstacles qu’en saut d’obstacles. La race n’a été orientée vers le complet que plus récemment. Dans les années 1970 et 1980, les acheteurs de la race donnent leur préférence aux chevaux de plus grande taille, provenant généralement du Limousin, au détriment des chevaux du Midi, bigourdans et palois, plus petits. Le Dr Jacques Sevestre s’est opposé à cette tendance, arguant qu’il n’existe aucune corrélation entre la taille et les performances sportives, tandis que la fréquence des accidents augmente significativement avec la taille et le poids du cheval. En 1976, l’Anglo-arabe français est reconnu comme race par la World Arabian Horse Organization (organisation mondiale du cheval arabe, WAHO), grâce notamment à Pierre Pechdo, ce qui permet de « blanchir » certains géniteurs Arabe utilisés en croisement chez la race, dont les origines étaient obscures. Par la même occasion, il fédère les éleveurs d’Anglo-arabe du Limousin et du Midi au sein de la Fédération Nationale des Éleveurs d’Anglo-arabes, qui organise sa première grande manifestation annuelle à Pompadour en 1979. En 1983 sont recensés 256 étalons Anglo-arabes, et 1 521 juments produisant pour la race. Le 1er septembre 1990, le stud-book français de la race est partiellement rouvert aux apports de sang extérieurs. En 1992, un stud-book est ouvert en Uruguay.

L’Anglo-arabe traverse une crise en France. La race est beaucoup moins visible sur la scène sportive internationale, et les nouvelles naissances chutent. Il est même considéré comme « menacé ». Entre 1976 et 2008, le nombre de naissances françaises a chuté de 50 %. Cette chute régulière des effectifs est devenue problématique pour les éleveurs, le nombre d’élevages ayant baissé de moitié entre 2001 et 2011. Les raisons sont à chercher dans le désengagement de l’État français via les Haras nationaux, le manque de moyens des éleveurs qui possèdent généralement de petites structures, la faible visibilité de la race à haut niveau de compétition en comparaison avec le Selle français, le manque de cavaliers professionnels de haut niveau dans le Sud-ouest, berceau de la race, et l’utilisation de poulinières Anglo-arabe pour la reproduction chez d’autres races de chevaux de sport. La diminution des effectifs aggrave progressivement le problème, les chevaux intéressants devenant de moins en moins nombreux avec la baisse des nouvelles naissances. Des tensions existent aussi au sein de l’association nationale de la race, l’ANAA (Association Nationale des éleveurs et propriétaires d’Anglo-Arabes).

Un rapprochement entre les différents pays d’élevage d’Anglo-arabes s’effectue pour pallier le « déficit d’image » de la race, dû au fait que les chevaux élevés dans d’autres pays que la France étaient comptabilisés comme « autres races » par la WBFSH. Néanmoins, la désaffection pour la race a profondément atteint le fief dit de l’« Anglo-arabie » autour d’Arnac-Pompadour, ancien site de production de chevaux de sport d’élite.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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