Le château de Suscinio (Morbihan).

Le château de Suscinio, résidence des ducs de Bretagne, se dresse au bord de la mer dans la commune de Sarzeau (Morbihan), au cœur de ce qui était autrefois un vaste espace boisé. Construit à la fin du Moyen Âge, il est situé dans la presqu’île de Rhuys, aujourd’hui formé de marais salants et de prairies. Le château s’inscrit dans la lignée des grandes résidences ducales émergeant alors en Bretagne sous l’impulsion de ducs puissants.

Longtemps laissé à l’état de ruine, le château est finalement classé en 1840 après la visite de Prosper Mérimée, cinq ans plus tôt, qui le met sur la première liste des Monuments historiques. À l’époque, le château est visité pour le caractère romantique de ses ruines.


Au début du XIIIe siècle, la Bretagne est dans la sphère d’influence des Plantagenets jusqu’à l’assassinat en 1203 d’Arthur Ier, alors duc de Bretagne. Sa sœur étant prisonnière en Angleterre, les barons et prélats bretons font d’Alix de Thouars l’héritière de la couronne ducale. Profitant de la situation, le roi de France entend lier le duché à la couronne de France en organisant le mariage de son cousin, Pierre de Dreux, avec celui de l’héritière dès l’an 1213. C’est à cette occasion que le jeune duc reçoit la garde du duché et que débute vraisemblablement l’édification du premier manoir de Suscinio entre 1213 et 1237. En effet, Suscinio est mentionné pour la première fois dans une lettre de Pierre de Dreux en 1218, sans que soit précisée la nature des lieux. Des indices archéologiques suggèrent seulement l’existence d’un primo-édifice encore méconnu, dont certaines fondations de murs sont intégrées à la construction de la grande courtine nord du XIIIe siècle. La proximité de la forêt laisse suggérer qu’il pourrait alors s’agir d’un « relais de chasse » proche de Vannes.

Château de Suscinio, carte maximum, Sarzeau, 28/05/2012.

D’abord dans les bonnes grâces de la couronne capétienne, les relations se dégradent rapidement sous le règne de Louis VIII et pendant la régence de Blanche de Castille. Pierre de Dreux choisit de participer aux révoltes de 1227 à 1234 et fait allégeance à Henri III, alors roi d’Angleterre. Le choix de ses alliances politiques et la pression de ses barons face à la menace française conduisent le duc à être écarté du pouvoir vers 1237 au profit de son fils Jean Ier dit le Roux. Le nouveau duc poursuit les travaux entrepris par son père. Les premières mentions de Suscinio font état d’un « manoir » ou de la « maison de Suscinio » dont le plan reste méconnu. On en sait peu à son sujet, si ce n’est qu’il devait être assez grand pour constituer le lieu de détention du seigneur de Lanvaux en 1238, et qu’il était alors « récemment commencé et édifié par ledit duc ».

Le duc et sa famille résident régulièrement au château entre 1240 et 1250, mais leurs visites vont se faire plus épisodiques passé cette date. Cela n’empêche pas le lancement de projet de construction à cette période. Ce faisant, on attribue également à Jean Ier la construction de la grande courtine nord et de la tour quadrangulaire ouest. L’aspect défensif du site qui protège le domaine côté mer et l’accès à Vannes expliquent vraisemblablement ce choix d’installation. Du logis nord appartenant à l’ensemble du XIIIe siècle, il ne reste aujourd’hui que les fenêtres présentes dans le rempart attenant et les vestiges mis au jour lors des fouilles archéologiques.

En 1286, Jean II accède au titre de duc et poursuit l’œuvre architecturale de son grand-père et de son père. D’importants travaux sont commencés à sa demande, notamment ceux de la grande tour dite de l’Épervier à l’angle nord-est. Il s’agit donc d’un château du XIIIe siècle présentant tous les éléments monumentaux inhérents à son caractère défensif. Cette sécurité permet d’abriter à Suscinio les archives, mais également le trésor monétaire de la famille ducale. Cependant, il n’en est pas moins une demeure de plaisance environnée de parcs et de bois propices à la chasse aristocratique, qui pouvait accueillir une centaine de personnes quand le duc y séjournait. Elle réunit ainsi toutes les composantes des fonctions résidentielles et de réception.

Après la mort du duc Jean III, la guerre de Succession de Bretagne oppose deux héritiers, mais surtout deux partis, dans le prolongement de la guerre de Cent Ans : les Français représentés par Charles de Blois, époux de Jeanne de Penthièvre et neveu du roi de France, et les Anglais, sur lesquels s’appuie Jean de Montfort. Au terme de combats interrompus de trêve, c’est finalement le parti de Montfort, réconcilié avec le roi de France, qui triomphe. Les conséquences du conflit ont un impact dans la gestion du domaine qui est récupéré par une nouvelle dynastie ducale. Contre toute attente, le château de Suscinio ne semble pas occuper une place militaire importante durant cette période mais la mise en œuvre d’importants travaux pour accentuer la défense du site peut être mise en relation avec cet épisode. Cette évolution est sensible dans les textes, qui au terme de « manoir » souvent utilisé, préfèrent désormais celui de « chastel ».

D’importants travaux sont menés à Suscinio sous Jean IV et Jean V. Ils renforcent les aspects défensifs et résidentiels du château tout en participant à la manifestation de la richesse et du pouvoir des propriétaires. Aux éléments défensifs viennent s’agréger des espaces de plaisance luxueux. Au milieu du XVe siècle, Suscinio est un monument composite résultant de « l’évolution du pouvoir seigneurial » et « par le besoin croissant de confort (…), de faste ou de luxe ». Il arbore une apparence assez proche de ce que le visiteur peut observer aujourd’hui.

Château de Suscinio, épreuve d’état, signée.

François Ier de Bretagne, fils de Jean V, décède sans héritier en 1450, tout comme son frère puis son oncle, amenant par alliance François II sur le trône ducal en 1458. Il préfère à Suscinio le château de Nantes où il entreprend d’importantes constructions. Lors de la guerre de Bretagne, le château est pris par les troupes françaises en 1491 lors de la quatrième campagne d’invasion militaire française, non sans occasionner quelques destructions mal documentées. Malgré le mariage de la fille de François II, Anne de Bretagne, avec Charles VIII puis avec Louis XII, ainsi que l’opposition de la chambre des Comptes, le château de Suscinio est donné au Prince d’Orange, Jean de Châlon. Ce dernier porte une attention certaine au domaine de Rhuys et s’y rend à plusieurs reprises. À la mort du Prince, Anne de Bretagne décide de reprendre possession du domaine non sans une certaine opposition des Châlon. En 1505, la reine fait halte à Suscinio lors de son voyage en Bretagne. À cette occasion, les sources comptables du domaine montrent qu’on va meubler le château, réparer les fenêtres, ainsi qu’acheter de quoi nourrir la reine et toute sa suite.

À la mort d’Anne de Bretagne, la couronne récupère le château qui est cédé à l’ancienne maîtresse du roi François Ier en 1523 puis à celle du dauphin Henri en 1543, connue sous le nom de Diane de Poitiers. Elle le remet bien vite à sa fille à l’occasion de son mariage dans la famille de Brezé. Ces derniers font du domaine une capitainerie qu’ils confient à Guillaume de Montigny, l’un des agents de Diane de Poitiers. Lui et ses descendants auront une forte influence sur le château. Guillaume conserve en effet la capitainerie après le rachat de Suscinio par le roi de France Charles IX en 1562. Cette volonté royale montre l’intérêt des souverains pour les lieux : Charles IX se rendra d’ailleurs sur place en mai 1570 avec sa mère Catherine de Médicis.

Cette seconde moitié du XVIe siècle est particulièrement marquée à Suscinio par la menace de conflits avec les Anglais et les Espagnols, auxquels s’ajoute une crise de succession à la mort du roi Henri III en 1589. C’est à la fois un conflit religieux et politique, puisque l’héritier Henri de Navarre est protestant et son futur royaume catholique. Le gouverneur de Bretagne, soutenu par la famille Montigny qui gère toujours le domaine, prend la tête de l’opposition catholique. Récemment converti, Henri IV accorde le domaine à l’un de ses fidèles, qui le revend au capitaine de Redon, François de Talhouët. Il promet néanmoins aux Montigny de leur conserver la capitainerie du château lors des négociations de 1597, ce qui conduit à l’ouverture d’un nouveau conflit entre les deux familles intéressées à la fin la guerre. Il se clôtura par la scission du domaine de Rhuys, cédé aux Talhouët, et le château qui restera aux Montigny.

La dissociation du domaine de Rhuys et du château semble préjudiciable à l’entretien de ce dernier, resté dans le giron des Montigny. Une violente tempête emporte toitures et cheminées en 1599. L’état de dégradation est déploré par Henri IV qui ordonne la réparation du château témoignant malgré tout de l’intérêt toujours porté au domaine par la couronne. Une somme est prévue tous les ans dans la comptabilité du domaine pour son entretien.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, le terme de « gouverneur des isles, ports et havres de Rhuis et du château » est préféré à celui de capitaine de Suscinio. Les questions maritimes prennent de plus en plus d’importances dans la considération des lieux par le pouvoir central. Richelieu prévoyait même d’installer à Suscinio une compagnie de commerce. En 1641, son cousin Jérôme du Camboult est nommé comme gouverneur de Suscinio. Une garnison et de l’armement conséquent sont toujours stationnés dans le château en 1644. Cependant, la gestion hasardeuse du domaine et l’appauvrissement des habitants de la presqu’île, qui doivent participer aux frais d’entretien du château, conduisent à sa détérioration.

Au début du XVIIIe siècle, la princesse de Conti récupère le château en rachetant les droits liés à l’ancien domaine. Elle parvient à récupérer la jouissance du château aux mains des capitaines puis des gouverneurs depuis la fin du XVIe siècle. L’intendance est laissée à ses agents et aux fermiers. Si elle ne semble pas délaisser complètement le bâti, divers procès-verbaux réalisés au cours du siècle font état d’une dégradation du château toujours plus importante dont les bâtiments servent au stockage des récoltes et à la vie quotidienne des habitants. Le rôle de Suscinio devient plus local et le statut de ses habitants évolue au cours du siècle. La tradition militaire perdure tout de même puisque la crainte de descentes anglaises perdure tout le long du XVIIIe siècle. Malgré la vétusté générale, le château continue tout de même d’être entretenu. À la veille de la Révolution, les coûts des réparations amènent les héritiers de la princesse à entreposer les récoltes dans les parties « qui ne tombent pas encore et de ne pas s’embarrasser du reste ».

Le château est vendu en tant que bien national à la Révolution en 1798 au marchand Pascal Lange pour cinq mille francs. Tous les matériaux pouvant être réutilisés vont être vendus, comme le bois des charpentes et les pierres de taille, accentuant ainsi l’état dégradé du domaine. Il est acheté en 1852 par le vicomte Jules de Francheville, dont la famille fait tout son possible pour sauver l’existant jusqu’au rachat en 1965 par le Conseil départemental du Morbihan, à l’initiative de son président Raymond Marcellin, conseiller général de Sarzeau, qui entreprend sa restauration.

Profitant de son statut d’inspecteur général des Monuments historiques, Prosper Mérimée visite les ruines du château en 1835 et parvient à faire classer le château dès 1840 sur la première liste des Monuments historiques. Quand le Département du Morbihan fait l’acquisition de Suscinio en 1965, une grande partie des élévations était menacée d’écroulement et le site était laissé à l’abandon depuis longtemps. Dès son acquisition, le département engage les premières interventions de restauration après sollicitation de la Commission supérieure des Monuments historiques.

En 1966, la courtine nord et sa tour sont consolidées tandis que l’escalier menant à la chapelle du logis Est fait l’objet de travaux de réfection. Deux ans plus tard, tous les murs sont consolidés, les escaliers disparus remontés, les douves recreusées, les bastions et le rempart sud restaurés tout comme le pont principal. En 1977, un nouvel architecte en chef des monuments historiques est chargé de restaurer les intérieurs du château pour créer des salles d’expositions. Des plafonds en béton sont installés aux trois étages du logis d’entrée, suivi par l’aménagement de toitures permettant l’ouverture au public. Le logis Ouest sera également doté de toiture dans les années 1990

Depuis 2013, un programme de recherche archéologique est mené au château. Les fouilles ont notamment permis de révéler l’organisation interne du rez-de-chaussée d’un grand logis au niveau de la courtine nord, avec ses cuisines et son espace de stockage. Les niveaux archéologiques rencontrés dans la cour (aire de gâchage, foyers, aire de débitage, dépotoirs) renvoient à un chantier de construction qu’il est tentant de rattacher aux grands travaux commandés par Jean II, duc de Bretagne de 1286 à 1305.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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