Le camp des Milles à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

Le camp des Milles était un camp d’internement et de déportation français, ouvert en septembre 1939, dans une usine désaffectée, une tuilerie, au hameau des Milles sur le territoire de la commune d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

Entre 1939 et 1942, il a connu l’internement d’étrangers et de résistants de 39 nationalités pour devenir finalement une antichambre d’Auschwitz avec la déportation de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants juifs en août et septembre 1942 dans le cadre de la Shoah. Il est le seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact et il devient accessible au public avec l’ouverture d’un Site-Mémorial sur les lieux mêmes à l’été 2012.


L’histoire du camp débute sous la IIIe République, au début de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le gouvernement français radical-socialiste d’Édouard Daladier prend la décision d’interner les ressortissants du Reich. Le ministre de l’Intérieur, Albert Sarraut, n’a aucun égard pour les authentiques antifascistes qu’ils sont pour la plupart, ayant fui en France dès avant 1936 la politique antisémite et anti intellectuels des nazis. Considérés paradoxalement et tragiquement comme des ”sujets ennemis”, les internés sont victimes d’un mélange de xénophobie, d’absurdité et de désordre administratifs ambiants.

Camp des Milles, carte maximum, Aix-en-Provence, 21/09/2012.

Dans le Sud-Est, ces étrangers sont internés dans la tuilerie des Milles, alors désaffectée.

Le 31 août 1939 le maire d’Aix en Provence, Jean Peytral, au nom du préfet, Paul Bouët1, réquisitionne une briqueterie pour en faire un centre de regroupement.

Ce bâtiment industriel bâti en 1882, agrandi en 1926 et 1932, atteint une superficie de 15 000 m2. Quand la guerre éclate, la briqueterie, qui appartient à la Société des Tuileries de la Méditerranée, est fermée depuis un an après avoir connu grèves et lockouts.

Le 9 septembre 1939 les 50 premiers « ennemis » arrivent. Les internés y vivent dans des conditions très précaires. Leur nombre évolue jusqu’à la première fermeture de celui-ci le 18 avril 1940.

Le 15 mai 1940 après le début de la campagne de France, le camp est rouvert. En juin 1940 s’ouvre une seconde période avec la défaite française et la signature de l’armistice. C’est là que se situe l’épisode du Train des Milles popularisé par le film de Sébastien Grall. À partir de juillet, sous le régime de Vichy, le camp est rapidement surpeuplé (3 500 internés à la fois en juin 1940). Au cours de cette période sont transférés aux Milles notamment les étrangers des camps du Sud-Ouest, et en particulier des anciens des Brigades internationales d’Espagne ainsi que des juifs expulsés du Palatinat, du Wurtemberg et du pays de Bade.

Camp des Milles, épreuve d’état, signée.

Le 1er août 1940 la commission allemande Kundt inspecte le camp qui compte à cette époque plus d’un millier d’internés. 747 d’entre eux sont volontaires pour être rapatriés en Allemagne.

À partir de novembre 1940, le camp, passé sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, devient le seul camp de transit en France pour une émigration Outre-Mer, transit régulier ou illégal avec l’aide de particuliers, d’organisations ou de filières locales et internationales. Au fil du temps, les conditions d’internement se dégradent : vermine, maladies, promiscuité, nourriture insuffisante… Max Ernst, Golo Mann, Hans Bellmer, Ferdinand Springer, Wols… y ont séjourné.

La conférence de Wannsee, présidée par Reinhard Heydrich « règle définitivement la question juive ». Concernant la « zone libre », l’Allemagne compte sur la collaboration du Gouvernement de Vichy, qui promet l’envoi de 10 000 Juifs étrangers ou Apatrides, chiffre qui sera porté à 14 500 par Pierre Laval en août 1942.

Jusqu’en aout 1942, le camp est placé sous administration militaire, dirigé par le capitaine Charles Goruchon assisté d’une trentaine de sous-officiers. Puis il passe sous administration civile et est dès lors placé sous l’autorité de l’intendant de police de Marseille Maurice de Rodellec du Porzic.

Une troisième période correspond aux mois d’août et septembre 1942 qui voient la déportation vers Auschwitz via Drancy ou Rivesaltes de plus de 2 000 juifs, hommes, femmes et enfants. Vichy a accepté de livrer 10 000 juifs de la zone dite “libre” à l’Allemagne. Au début du mois de juillet 1942, Pierre Laval propose d’inclure les enfants âgés de moins de seize ans dans les déportations.

Le chef de la section anti-juive de la Gestapo, Dannecker, recense 1 192 Juifs « déportables » le 15 juillet 1942.

Le 3 août 1942, le camp des Milles est bouclé par 170 gardes mobiles de réserve. Femmes et enfants juifs de la région sont orientés vers les Milles pour rejoindre les autres internés avant d’être déportés. Ne sont pas épargnés les juifs réfugiés politiques ou étrangers ayant servi dans l’armée française. Et une centaine d’enfants sont ainsi déportés à partir de l’âge d’un an.

Au total plus de 2 000 Juifs sont transférés du camp des Milles pour le camp de Drancy et une grande partie sera ensuite envoyée en déportation au camp d’Auschwitz.

En réaction, des hommes et femmes courageux aident les internés et les déportés. Des groupes civiques ou religieux comme la CIMADE viennent en aide aux internés, voire les aident à s’échapper. Certains de leurs animateurs furent reconnus Justes parmi les Nations : Père Cyrille Argenti, Edmond et Nelly Bartoloni, Marie-Jeanne et Auguste Boyer, Mgr Marius Chalve, Georgette et André Donnier, pasteur Marc Donadille et son épouse Françoise Donadille, pasteur Charles Guillon, Alice Manen et son époux pasteur Henri Manen, R.P Joseph Marie Perrin, abbé Fernand Singerlé, pasteur Gaston Vincent et son fils Michel.

Ces événements surviennent avant même l’invasion allemande de la zone Sud (11 novembre 1942). Le 4 décembre 1942, le camp est réquisitionné par la Wehrmacht. Les 170 internés qui s’y trouvent encore sont transférés au camp de La Ciotat.

Le camp des Milles est définitivement fermé le 15 mars 1943 et transformé en dépôt de munition.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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