Le calmar.

Les calmars, aussi appelés calamars, ou teuthides constituent un groupe morphologique, apparu au début du Jurassique, de céphalopodes décapodes marins regroupant près de 300 espèces. La plupart des espèces n’ont pas de nom vernaculaire spécifique et sont donc désignées en français sous le nom générique de « calmar ». Il en est de même pour le terme encornet, autre nom vernaculaire plus particulièrement utilisé lorsque ces animaux sont considérés en tant que comestibles ou appâts de pêche. L’ordre des Teuthida, qui regroupait tous les calmars, est désormais considéré comme obsolète parce que paraphylétique. Il est maintenant séparé en Myopsida et Oegopsida.

Ce sont des  espèces pélagiques vivant parfois de façon isolée mais plus souvent en banc. Comme les autres céphalopodes, les calmars ont une tête distincte, une symétrie bilatérale, un manteau, une couronne péribuccale de bras musclés et protractiles munis de ventouses et/ou de crochets. Leur taille varie de quelques centimètres à une dizaine de mètres.

Les calmars forment un important maillon de la chaîne alimentaire océanique et certaines espèces sont comestibles pour l’homme ; ils ont donc une importance commerciale considérable et font partie des espèces qui ont une croissance rapide, une prolificité élevée et dont les populations mondiales croissent globalement depuis les années 1950. Avec les méduses, les seiches et les poulpes, les calmars semblent faire partie des quelques taxons qui s’adaptent bien à la dégradation du milieu marin, au détriment d’autre espèces, et tant que leur optimum de conditions de vie ne sera pas dépassé1. Le calmar commun (Loligo vulgaris) est l’espèce la plus consommée par l’homme. Les appellations gastronomiques locales ne distinguent parfois pas les seiches des calmars.


Une grande partie de l’organisme est contenue dans le manteau, doté de deux nageoires latérales chez les petits calmars tels que ceux du genre Loligo ou bien d’une seule grande nageoire sommitale comme chez les calmars géants, voire une paire d’ailettes latérales comme chez Grimalditeuthis bonplandi ou une deuxième nageoire, foliacée, au bout du pédoncule caudal comme pour le juvénile de Chiroteuthis veranyi. Les espèces du genre Planctoteuthis et le calmar de Joubin présentent un pédoncule caudal plus long que leur manteau avec une nageoire en spirale tout autour. Cette particularité leur permet de monter et descendre comme un hélicoptère.

Ce manteau en forme de fuseau contient une vaste cavité, la cavité palléale, où se trouve la masse viscérale qui comprend les principaux organes internes ; cette cavité est recouverte par un mince épiderme membraneux. C’est à l’intérieur de cette cavité que les branchies effectuent leurs échanges gazeux, mais aussi que les organes reproducteurs, urinaires, et digestifs déversent leurs productions (gamètes, urine, excréments).

La tête des calmars, bien individualisée, concentre une grande partie des organes des sens et la quasi-totalité des organes impliqués dans la capture des proies. Comme tous les coléoïdes, les calmars ont un cerveau en forme de tore particulièrement développé pour des invertébrés. Et plus particulièrement, les grandes espèces de teuthides disposent d’axones géants, qui peuvent mesurer jusqu’à 1 mm de diamètre. Ces fibres nerveuses innervent le manteau et contrôlent une partie du système de propulsion à réaction.

Les calmars, de même que les seiches, font partie du sous-ordre Decabrachia, c’est-à-dire des céphalopodes à dix bras. Ils ont généralement huit bras fonctionnant par paire et deux longs tentacules, appelés « fouets », et aux extrémités plus larges, appelées « massues ». Les espèces de la famille des octopoteuthidés, comme leur nom l’indique, ne possèdent que 8 bras. C’est au cours de leur maturation sexuelle que les juvéniles voient leurs deux longs tentacules régresser.

Les bras et les tentacules ont une fibre nerveuse centrale très épaisse, permettant à chaque ventouse d’être contrôlée de manière indépendante, et entourée de muscles circulaires et radiaux.

Les bras sont garnis de ventouses dont l’animal se sert pour maîtriser ses proies. Les bras sont réunis à leur base par une membrane, mais elle reste discrète chez le calmar contrairement à d’autres céphalopodes comme les pieuvres5 (le calmar à ombrelle fait exception). Ces ventouses sont généralement surmontées d’un anneau corné qui améliore encore leur adhérence. Dans certains genres, l’anneau est renforcé par des petites dents et des crochets tranchants lui permettant d’avoir une meilleure prise sur sa proie. Les ventouses sont indépendantes les unes des autres.

Les deux grands tentacules servent à la capture des proies. Leur extrémité, aplatie, est garnie de ventouses. Leur volume reste constant : en contractant les muscles circulaires le rayon diminue, permettant l’augmentation rapide de la longueur. Généralement, un allongement de 70 % est obtenu en diminuant légèrement la largeur de 23 %. Chez les plus grandes espèces, ils sont bordés, à l’extrémité, de deux rangées de crochets pivotants très acérés. Plus la proie se débat, plus les crochets s’enfoncent dans sa chair6. Une membrane de protection autour des crochets, sur les tentacules et les bras, empêche le calmar de s’auto-mutiler.

Les céphalopodes possèdent une vision binoculaire avec des yeux, la plupart du temps assez grands, de chaque côté de la tête. Ils possèdent des yeux assez proches de ceux des vertébrés mais le processus évolutif qui les a fait apparaître est différent de celui qui a été mis en œuvre chez les vertébrés. La structure interne est différente : la rétine et le nerf optique sont externes (les cellules de la rétine sont tournées vers la source lumineuse), par conséquent les céphalopodes n’ont pas de point aveugle.

Les yeux contiennent chacun un cristallin dur. L’accommodation est réalisée par le déplacement du cristallin (comme la lentille d’une caméra ou d’un télescope), plutôt que par sa contraction comme pour l’œil humain. Le cristallin est sphérique, et élimine toute aberration grâce à une variation continue de l’indice de réfraction, qui diminue du centre à la périphérie.

Le bec corné, à l’extrémité de l’orifice buccal, est le seul tissu dur du corps de ces céphalopodes, il est difficile à rayer et à couper. Formé de deux mandibules, ce bec ressemble à ceux des Psittaciformes mais la partie inférieure chevauche la partie supérieure. Extrêmement dur à son extrémité tranchante, il a aussi la curiosité d’être élastique, la composition chimique du bec n’est pas la même de la partie fixée sur les tissus musculaires au côté tranchant. La rigidité de cet organe est fonction de rapports différents en chitine, en eau, en une molécule nommée DOPA et en protéines enrichies en histidine, un acide aminé. Le bord tranchant contient également du carbonate de calcium.

Les cétacés qui consomment des calmars ont souvent des becs dans l’estomac, où ils se digèrent mal. C’est d’ailleurs l’examen de ces becs qui porta à croire en l’existence de calmars gigantesques. Les becs ont une grande valeur paléontologique ; en effet, comme les tissus mous se conservent très mal, les fossiles découverts sont essentiellement des becs. On dénombre plus de 10 000 formes de fossiles céphalopodes, dont vraisemblablement un bon nombre de Teuthides.

La forme et la taille des becs de calmars sont spécifiques à chaque espèce. Ils peuvent mesurer de quelques millimètres à une dizaine de centimètres. C’est le calmar colossal qui possède le plus volumineux et le plus robuste de tous les becs de calmars, pouvant atteindre une longueur rostrale inférieure (LRL) de 49 mm.

Les mollusques ne disposent pas d’os comme les vertébrés mais ils disposent d’une coquille, excepté chez les coléoïdes chez qui celle-ci semble avoir évolué vers une structure interne analogue à la coquille des mollusques, elle aussi composée de chitine, un matériau dur essentiellement constitué d’un polysaccharide. Cet organe rigide, lové dans le manteau, dispose d’une forme différente pour chaque espèce de coléoïde, c’est même la forme de cette structure qui permet de déterminer l’espèce d’un spécimen. Ainsi celle des calmars, appelée plume ou gladius, est plutôt allongée et semi-transparente, elle a l’aspect d’une règle de section circulaire en plastique, elle passe au milieu du corps côté dorsal, entre les nageoires caudales, très différentes des os de seiche des Sepiida par exemple.

L’intérieur de cette coquille est poreux et l’animal règle sa flottabilité en y comprimant plus ou moins les gaz qu’elle renferme.

Les spécimens sont strictement sexués, c’est-à-dire qu’ils n’ont qu’un des organes, mâle ou femelle. La fécondation est interne.

Chez la femelle, les œufs sont télolécithes, autrement dit ils sont gros et riches en vitellus comme les œufs amniotiques des archosauriens, dont font partie les actuels oiseaux. Les œufs sont produits par un grand ovaire translucide situé vers la partie postérieure de la masse viscérale. Ils sont recouverts d’albumine par la glande oviductaire, puis recouverts d’une substance protéique durcissant au contact de l’eau par les glandes nidamentaires. Cette coque protéique réunit les œufs en grappes ; elle est parfois colorée en noir par l’encre, produite elle aussi dans la cavité palléale.

Les mâles possèdent un grand testicule à la place de l’ovaire, une glande spermatophorique et le sac d’encre. Chez les mâles matures, ce sac peut contenir des spermatophores, contenant les spermatozoïdes, qui sont placés dans le manteau de la femelle pendant l’accouplement.

Les espèces des eaux peu profondes du plateau continental, épipélagique et mésopélagiques sont caractérisées par la présence d’un ou deux bras, appelés bras hectocotyles, qui sont modifiés pour permettre l’accouplement. La plupart des calmars des grands fonds n’ont pas d’hectocotyle, mais un pénis, toutefois Ancistrocheirus lesueurii et les cranchiinés font exception. Les calmars géants du genre Architeuthis sont inhabituels ; ils possèdent à la fois un grand pénis et un hectocotyle, mais il n’est pas certain que ce dernier soit utilisé pour le transfert des spermatophores. Un allongement du pénis a été observé chez des espèces des grands fonds comme Onykia ingens ; en érection, le pénis peut être aussi long que le manteau, la tête et les bras. Ainsi, les calmars des eaux profondes ont le plus grand pénis par rapport à la taille du corps de tous les animaux mobiles, les deuxièmes du règne animal, après certains cirripèdes.

Bien que la majorité des calmars ne dépassent guère 60 cm de long, certains calmars atteignent une taille jusqu’à dix fois supérieure. Ces derniers sont surtout des espèces vivant dans les abysses, ainsi les scientifiques supposent que ces calmars sont sujets à un gigantisme abyssal. Toutefois, la longueur des calmars est souvent donnée du sommet du manteau à l’extrémité des deux tentacules. Ces derniers, extensibles de surcroît, peuvent chez les grands spécimens augmenter considérablement cette longueur et fausser l’appréciation des dimensions de l’animal : la mesure s’arrêtant jusqu’au bout des bras peut généralement être plus parlante.

Les calmars géants du genre Architeuthis sont les plus connus, ils peuvent atteindre jusqu’à 13 m de long pour une centaine de kilos. Mais le calmar colossal est actuellement le plus grand de tous. Cette espèce est connue depuis 1925 grâce aux quelques parties de grands spécimens retrouvées dans l’estomac de cachalots, mais son étude n’a été rendue possible qu’après des prises accidentelles par des navires de pêche à la palangre flottante. Un calmar colossal de 10 m et 450 kg a été capturé en février 2007 en mer de Ross près de l’Antarctique par des pêcheurs néo-zélandais à 1 800 m de profondeur.

D’autres calmars atteignent de grandes tailles bien qu’inférieures aux précédents cités ; le calmar robuste (2 m), Taningia danae (2,3 m), le calmar cacatoès (4 m), Kondakovia longimana (2,3 m), Asperoteuthis acanthoderma (5,5 m) et les calmars à longs bras (jusqu’à 8 m).

Mais les tailles maximales que peuvent atteindre tous ces calmars ne sont pas connues avec exactitude. Souvent, des prises accidentelles viennent infirmer les précédentes mesures, laissant libre cours aux estimations les plus extravagantes, sans pour autant présenter de preuves formelles.

Les calmars ont colonisé tous les océans du monde et la plupart des mers. On les trouve aussi bien dans les eaux chaudes des récifs coralliens, que dans les eaux froides des deux cercles polaires.

Parmi les 300 espèces de calmar existantes, certaines vivent à proximité des côtes, presque en surface. D’autres, au contraire, séjournent à de grandes profondeurs. Les juvéniles des espèces abyssales vivent près de la surface, où ils ne sont guère repérables grâce à leur transparence. Ils descendront de plus en plus profondément au fil de leur croissance.

Bien que les calmars aient réussi à coloniser toutes les étendues d’eau salée, on ne trouve pas de calmars en eau douce, ni même aucun céphalopode. Toutefois le calmar Lolliguncula brevis, vivant dans la baie de Chesapeake, s’avère être une exception puisqu’il tolère l’eau saumâtre. Dans cette baie, la salinité est aussi faible que 8,5 parties pour mille (environ le quart de celle de l’océan).

Tous les calmars sont des prédateurs, à la possible exception des calmars à longs bras. Ils s’attaquent principalement aux poissons, aux crustacés ainsi qu’à d’autres mollusques. Les calmars sont occasionnellement cannibales, les plus grands calmars pouvant s’attaquer aux plus petits.

Les calmars juvéniles se nourrissent de zooplancton.

À l’instar des seiches comme des pieuvres, le calmar montre une intelligence relativement élevée parmi les invertébrés. Par exemple, les encornets géants chassent en groupe les bancs de poissons, en utilisant la communication active. La coopération présente chez cette espèce fut la première observation d’un tel comportement chez les invertébrés.

Certaines espèces peuvent également utiliser des changements de couleurs, de motifs et autres clignotements pour communiquer ou lors de comportements à composante sexuelle. Le calmar de récif des Caraïbes peut par exemple formuler un message par certaines gammes de couleur à un calmar sur sa droite, tandis qu’il communique un message différent à un individu sur sa gauche.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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