Le Bréguet 14.

Le Breguet 14 (ou Breguet XIV) est un biplan conçu en France et utilisé pendant la Première Guerre mondiale. Il servait comme avion de reconnaissance ou bombardier. Il a été fabriqué en un grand nombre d’exemplaires durant la guerre (plus de 8 000 exemplaires) et la production a été poursuivie bien au-delà de 1918.

Il s’agit du premier avion produit en masse qui utilisait une structure métallique et non en bois. À résistance égale, cette structure était plus légère, rendant l’avion plus rapide et agile vu sa taille. Il est pour cette raison considéré comme le meilleur bombardier moyen du conflit, tout en étant l’appareil biplace le plus rapide.

Bréguet 14, carte maximum, Paris, 15/11/1997.

Au-delà de ses nombreuses missions durant la guerre, il reste célèbre également pour avoir participé à l’épopée de l’Aéropostale aux mains de pilotes comme Mermoz, Daurat, Saint-Exupéry et Guillaumet.


Le Breguet 14 est conçu par le pilote et ingénieur français Louis Breguet. À cette époque, c’est-à-dire peu avant la Première Guerre mondiale, la société Breguet est déjà réputée pour avoir construit quelques aéronefs performants et des avions d’essai à l’aérodynamique innovante. La société a notamment fabriqué le gyroplane Breguet-Richet en 1907. Il s’agit du premier quadrirotor de l’histoire. En 1909, le premier biplan sort des usines Breguet. Il innove grâce à sa structure entièrement métallique, composée d’acier et d’aluminium. Durant les années pré-guerre, Breguet développe de nombreux biplans à structure métallique mais tous avec des moteurs à hélice tractive. Ces avions n’étaient cependant pas connus pour leur esthétisme, l’ingénierie et la physique prenant le pas sur celui-ci.

En 1914, la guerre éclate et les avions Breguet sont introduits dans des escadrilles françaises ainsi qu’anglaises. Breguet, pilote, reçoit la Croix de Guerre à la suite d’un vol de reconnaissance à bord d’un Breguet 10 durant la bataille de la Marne. Bien vite, il se rend compte qu’une motorisation plus importante est nécessaire si les états-majors veulent augmenter le rayon d’action des avions ainsi que leur charge utile (bombes). Même s’il est contre l’idée, devant l’insistance des états-majors, il passe d’une hélice tractive à une hélice propulsive. Ceux-ci voient en une hélice tractive (à l’avant) une gêne pour le pilote, diminuant fortement sa visibilité. Ainsi, le Breguet BU-3 voit le jour en collaboration avec la société Michelin, à l’époque active dans le domaine aéronautique.

Au cours de l’été 1915, le ministère de la Guerre français organise une compétition pour trouver un avion capable de transporter 300 kg de bombes et ce, à une vitesse de 120 km/h sur une distance minimale de 600 km. Ce concours, prénommé « Concours SN » (pour la ville allemande d’Essen), doit lancer un programme d’avions puissants, capable en décollant de Verdun de frapper les industries allemandes dans la Ruhr. Le Breguet-Michelin SN-3, dérivé du BU3, remporte le concours. Bien que moins performant que son unique concurrent, le Paul Schmitt Type IV, il possède une hélice propulsive, ce qui n’était pas le cas du Type IV. Finalement, bien que produit en quantités, le SN-3 ne s’impose pas. Il doit en partie son succès à sa gratuité, Michelin en ayant offert 100 à la France.

Même si Breguet a dû adopter une hélice propulsive pour son Breguet SN-3, il continue à croire dans le potentiel d’une hélice tractive. L’État-major se rend aussi compte du besoin d’un tel avion. Il faut impérativement un nouveau bombardier, plus rapide et avec une mitrailleuse à l’arrière montée sur une tourelle pour se protéger des chasseurs allemands Fokker. Dès lors, la motorisation avant est réinstaurée.

En 1916, sous l’action de Section technique de l’aéronautique (STAé), un nouveau concours est présenté. Il est toujours question de transporter 300 kg de bombes sur 600 km mais cette fois, la vitesse minimale est de 140 km/h. Breguet présente un trimoteur, le type 11 “Corsaire”, et gagne le concours avec ses 1 700 kg de charge utile et une vitesse de 150 km/h. Cependant, aucun exemplaire ne sera produit. On lui conseille d’abandonner un tel avion et de se concentrer sur un bombardier monomoteur à hélice tractive.

Heureusement, il œuvrait déjà en secret avec l’ingénieur français Marcel Vuillerme sur un tel projet. Dès 1916, il entreprend le design du Breguet AV Type XIV, AV signifiant avant. À cette époque, la dénomination par chiffre romain est encore d’application mais disparaîtra pour revenir à une numérotation classique avec le nombre 148.

La section technique de l’aéronautique de l’Armée française ayant eu vent du projet proposera un moteur Hispano-Suiza de 200 ch mais Breguet refusera et choisira un moteur Renault 12 cylindres de 220 ch. Ce moteur lui était familier puisqu’il équipait le Breguet Type V. Ce moteur évoluera durant le conflit pour atteindre 316 ch à plein régime.

Comme ses prédécesseurs, le Breguet Type XIV innove. Une structure entièrement métallique, avec un usage massif du duralumin, est choisie. Cet avion est même étudié en soufflerie chez Eiffel à Auteuil.

Deux prototypes sont conçus, le AV 1 et le AV 2. Le 21 novembre 1916, le prototype AV 1 effectue son premier vol à Villacoublay avec Louis Breguet aux commandes et Marcel Vuillerme dans le poste arrière. Les premiers vols permettent de corriger des erreurs de jeunesse (gouvernail insuffisant). L’AV 2 est plus léger et est pensé autour d’une amélioration du moteur Renault qui permet de le pousser à 275 ch. Le 11 janvier 1917, ce deuxième prototype est disponible pour les essais officiels.

À la suite de différents rapport d’évaluation en février 1917 et des essais en vol qui montrent ses grandes qualités (175 km/h au niveau du sol et 165 km/h à 4 000 m et un plafond à 5 800 m), le Breguet 14 est accepté par l’armée française. L’AV 2 est presque aussi rapide qu’un chasseur monoplace.

Le 6 mars 1917, les commandes débutent avec 150 avions de reconnaissance et 150 bombardiers, désignés respectivement Breguet 14 A.2 et Breguet 14 B.2. Le A.2 est équipé d’un appareil photo, certains transportant des radios, tandis que l’aile inférieure du 14 B.2 est légèrement modifiée afin de pouvoir emporter un « rack » de bombes construit par Michelin. Le premier prototype du B.2 est livré le 12 avril 1917 à la STAé.

Les commandes suivent et diverses compagnies (Darracq, Henri et Maurice Farman, Paul Schmitt, Bellanger et S.I.D.A.M.) reçoivent des contrats de production et les premiers modèles sont livrées à l’été 1917. Différentes escadrilles de France sont livrées (71 au total). Certaines escadrilles en Serbie, Grèce, Macédoine et au Maroc seront également équipées de Breguet 14.

Le Breguet 14 est alors le plus rapide des appareils biplaces, et probablement le plus efficace en tant que bombardier moyen. Il est déjà bien accepté par l’armée et auréolé d’un certain prestige. Ainsi, le 13 août 1917, deux Breguet 14 A.2 transporteront le roi (Albert 1er) et la reine (Elizabeth) des Belges pour aller décorer des équipages de la Br 218.

En novembre 1918, c’est un Breguet 14 A.2 qui transporte le Major allemand Hermann Geyer de Tergnier à Spa pour les conférences de Spa. Un drapeau blanc est attaché à l’arrière de l’avion.

À la fin de la Première Guerre mondiale, environ 5 500 Breguet 14 ont été construits.

D’autres variantes de cet appareil sont introduites en petit nombre au cours de la guerre, notamment la version 14 B.1, bombardier monoplace à long rayon d’action et le Breguet 14 GR.2, appareil de reconnaissance à longue distance. Quelques améliorations supplémentaires, notamment au niveau des plans d’ailes, amènent à de nouveaux types d’appareil : le Breguet 16 et 17.

Un modèle particulier du Breguet 14 est mis en place en 1918. Il s’agit d’une version « ambulance » qui permet de transporter des blessés graves. Quatre Breguet 14S (S pour sanitaire) participent ainsi au front de l’Aisne.

Après la guerre, les Breguet 14 T et Tbis voient le jour pour le transport de passager. Le pilote est désormais derrière une cabine où les passagers prennent place.

La version sanitaire du Breguet, le 14S, se retrouve sur les fronts français au Maroc, en Syrie ou encore en Indochine (1925-1926). Au Maroc, 500 blessés sont ainsi évacués tandis que 200 le seront en Syrie.

Le Breguet 14 H, H pour hydravion, voit le jour et est utilisé par l’escadrille indo-chinoise No 2 à Bien Hoa en 1925.

Le Breguet 14 fut également utilisé à Hanoï ou Saigon et est dans ce cas là dénommé 14 TOE (TEO pour Théâtre des Opérations Extérieurs).

Lorsque la production cesse en 1926, le total de toutes les versions construites atteint 7800 appareils ; d’autres sources mentionnent entre 8 000 et 8 370 unités.

Durant la Première Guerre mondiale, il est utilisé tant pour des missions de bombardement que de reconnaissance. Il vient en remplacement des Sopwith britanniques (construits en France), des Farman et Caudron jugés lents2. Il participe ainsi à des bombardements stratégiques (usines, voies ferrées, gares allemandes) mais aussi à de très nombreux raids contre les lignes de front. Ainsi, il joue un rôle crucial durant la seconde bataille de la Marne en attaquant les passerelles et les troupes ennemies, les empêchant ainsi de franchir rapidement la Marne. La vitesse et la robustesse de l’appareil en font également une cible dangereuse et difficile à abattre pour l’aviation ennemie.

Plus nombreuse et mieux équipée, l’aviation française (et alliée en général) conserve une indéniable supériorité tout au long de l’année 1918. En revanche, la défense allemande n’en reste pas moins redoutable. Ainsi, les bombardiers volent généralement au sein de larges formations, souvent protégées par la chasse et parfois par une protection rapprochée de Caudron R.11 (équipés de deux mitrailleurs), ce qui ne les empêche pas d’être fréquemment interceptées par des formations allemandes à peu près égales en nombre.

C’est d’ailleurs par un Breguet 14 que le célèbre pilote de chasse allemand Ernst Udet (62 victoires à la fin de la guerre) est abattu le 29 juin 1918 à bord de son Fokker D.VII. Udet ne doit son salut qu’à son parachute, mais il est gravement blessé.

Utilisé massivement par la France, le Breguet 14 équipe les armées alliées comme la Belgique (40), l’US Army Air Service (600) ou encore la Serbie (5 escadrilles), le Maroc (6 escadrilles), la Macédoine (8 escadrilles) et la Grèce (3 escadrilles).

Le Breguet 14 continue à être largement utilisé après la guerre, équipant des forces d’occupation françaises en Allemagne et servant d’appui aux troupes françaises dans les colonies. Les surplus sont largement exportés à travers le monde. Une version spéciale est développée pour les conditions difficiles rencontrées outre-mer, désignée Breguet 14 TOE. Il est utilisé en Syrie et au Maroc (pendant la guerre du Rif)22, en Indochine française et même en Russie. Des Breguet 14 sont utilisés, à partir de 1923, en Chine et en Mandchourie durant les nombreuses guerres intérieures.

Le dernier appareil français est retiré du service actif en 1932.

Le Breguet 14 permet de battre des records après la guerre. Ainsi le 26 janvier 1919, le Lt. Roget et le Capitaine Coli font une double traversée de la Manche pour une distance de 1 600 km. Ils établiront par la suite le record français de la plus longue traversée en effectuant le vol Paris-Kenitra (Maroc), soit 1 900 km.

En plus des versions militaires, Breguet est conduit à produire des versions civiles du type 14.

Le « Salon XIV T.2 » transporte deux passagers dans un fuselage spécialement modifié. Une version améliorée de ce XIV Tbis est utilisée à la fois comme hydravion et comme avion de terrain. Certains Breguet 14 T.2 furent employés par la Compagnie des messageries aériennes avant d’être remplacés par des Blériot-SPAD S.27 plus modernes.

Ce type d’appareil est à l’origine des premières lignes d’avion postal. La jeune compagnie aérienne Latécoère fait fabriquer une centaine d’appareils et s’appuie sur celui-ci pour exploiter les lignes transsahariennes. En tout, 106 Breguet 14 traversent l’Afrique pour le compte de CGEA (ex-Latécoère). Une remotorisation par un moteur Renault Ja plus puissant, conjointement à un aménagement de la cabine permettant d’emmener quatre passagers, mène à la création du Breguet 18.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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