Le biathlon.

Le biathlon, du latin bi-, « deux », et du grec athlon (ἆθλον) « combat, lutte », est une épreuve combinant deux disciplines. Par coutume, quand on parle du biathlon, on évoque la combinaison du ski de fond et tir à la carabine. Ce sport d’origine militaire1 combine ainsi l’endurance nécessaire au ski de fond au calme et à l’adresse nécessaires au tir. La maîtrise de ces deux disciplines pourtant antagonistes est le principe même du biathlon, sport olympique depuis les Jeux de Squaw Valley en 1960, mais dont l’ancêtre, la Patrouille militaire, avait été disputé dès les premiers Jeux d’hiver en 1924 à Chamonix.

Le biathlon est un sport relativement jeune, en témoignent les modifications récentes et régulières apportées aux courses internationales. Ainsi, d’une seule épreuve olympique en 1960 (le 20 km individuel masculin), le biathlon est désormais une discipline qui en compte sept : sprint, poursuite, individuel, départ groupé (mass start), relais hommes et dames, relais mixte et relais simple mixte. Aidé par le format spectaculaire de compétitions individuelles mises au point dans les années 1990 qui ne durent généralement pas plus de 40 minutes avec des courses en ligne à confrontation directe, la popularité du biathlon va croissant, au point d’être un sport national en Allemagne, en Russie ou dans les pays nordiques. En France, la médaille d’or obtenue par le relais féminin aux Jeux olympiques d’hiver d’Albertville en 1992 a été le

point de départ de la reconnaissance du biathlon. Elle compte en son sein Martin Fourcade, le sportif français le plus titré aux Jeux olympiques (cinq médailles d’or) et le recordman des victoires au classement général de la Coupe du monde (sept). Par ailleurs, l’athlète masculin le plus médaillé des Jeux olympiques d’hiver et le plus titré du ski en général est un biathlète : le Norvégien Ole Einar Bjørndalen, qui compte treize médailles aux Jeux, 20 titres mondiaux et 95 victoires individuelles sur la Coupe du monde.

Biathlon, carte maximum, Norvège, 1986.

De nos jours, la pratique du biathlon de haut niveau est réglementée par l’Union internationale de biathlon (IBU) qui organise les principales compétitions : Coupe du monde et championnats du monde annuels, sauf en année olympique pour ces derniers. Bien que considéré comme discipline du ski ou sport de neige, le biathlon est totalement autonome vis-à-vis de la Fédération internationale de ski (FIS), autre institution mondiale ayant autorité sur toutes les autres disciplines des sports d’hiver disputées sur la neige.

Le biathlon peut être pratiqué hors saison hivernale, particulièrement en été, ce qui permet aux néophytes de s’initier à cette discipline dans un contexte loisirs grâce à l’utilisation de skis à roulettes et de carabines à air comprimé sur des stands de tir adaptés (15m). Les sportifs de haut niveau s’entraînent également hors saison sur skis à roulettes. Il existe par ailleurs au calendrier des championnats du monde de biathlon d’été.


Dans les pays nordiques, le ski de fond était le mode de déplacement le plus pratique durant les hivers. Les hommes utilisaient des planches de bois pour se déplacer et des armes pour chasser, comme le montrent des vestiges de l’art antique scandinave. En Norvège, des peintures rupestres datant d’environ 5 000 ans ont été retrouvées attestant le fait que les hommes pratiquaient déjà la chasse au gibier au moyen de skis pour se déplacer sur la neige. Ces chasseurs organisaient des compétitions pour désigner les meilleurs d’entre eux.

De nombreux écrits antiques chinois, grecs ou romains font le récit de combats entre soldats équipés de skis, certains datant de 400 av. J.-C. Le poète Virgile décrit des pratiques de chasse avec des skis. Au Moyen Âge vers 1050, des pierres runiques retrouvées en Norvège représentent des hommes chassant à l’aide d’arcs, de flèches et des skis pour se déplacer. Plus généralement dans toute l’Europe du Nord, les écrits composés de sagas et de légendes évoquent l’utilisation combinée de skis et d’armes pour se défendre mais aussi pour se distraire.

Biathlo, entier postal, Tchéquie.

Ces observations permettent de penser que les pratiques ancestrales du biathlon répondaient à des besoins vitaux : déplacements, recherche de nourriture, chasse. Elles touchent également le domaine militaire, cadre où se développe ce sport combiné.

Sur le plan sportif, les origines du biathlon se situent essentiellement dans le domaine militaire. Dès le début de l’ère des Vikings, les populations autochtones du Nord de l’Europe se défendaient à skis contre les Vikings danois qui procédaient à de régulières invasions. Au Moyen Âge, des factions militaires armées équipées de skis deviennent des éléments essentiels des armées en Scandinavie et en Russie, des régions régulièrement enneigées.

Au XVIIIe siècle, les unités de patrouilles des armées nordiques pratiquent le biathlon pour surveiller les frontières. Le bon soldat de ces régions est alors à la fois bon tireur mais aussi excellent skieur. En 1767, la première compétition est organisée sur la frontière suédo-norvégienne entre des patrouilles des deux pays. Jusqu’à la toute fin du XIXe siècle, la combinaison du tir et du ski n’est utilisée qu’au sein de l’armée, à l’exception de la chasse.

Le tout premier club de ski associé au tir, le Trysil Skytte og Skiloberlag (club de tir et de ski de Trysil), est créé le 30 mai 1861 en Norvège à Trysil (il a alors pour but de former les soldats pour leurs missions). Le biathlon est également apprécié dans les pays de langue allemande où la combinaison du ski de fond et du tir n’est pas rare. Plus encore, les premiers championnats militaires sont organisés dans l’Empire allemand en 1895. En Norvège en 1912, une course individuelle est organisée ; les concurrents doivent alors passer par deux séances de dix tirs positionnées sur le parcours de ski. Tous les participants étaient alors exclusivement des soldats recrutés au sein de l’armée qui organisait toutes les compétitions. Mais à partir du moment où les skis sont fabriqués industriellement, la pratique sportive est facilitée en dehors du strict cadre militaire.

Le format de ces compétitions évolue jusqu’en 1915 et la première course de patrouille militaire. Alors que l’exercice individuel était jusqu’ici de mise, ski de fond et tir sont désormais pratiqués par équipe. Composée de quatre membres, une patrouille militaire est menée par un officier accompagné d’un sous-officier et de deux soldats. Sur un parcours allant de 25 à 30 kilomètres, le groupe doit effectuer une séance de tir à mi-distance, couché ou debout. Pour chaque tir atteignant la cible, trente secondes de bonification sont accordées à l’équipe et donc retranchées du temps total.

Ce sport connaît un engouement particulier dans les années 1920 et 1930. En 1924, la patrouille militaire fait ainsi partie du programme olympique des premiers jeux d’hiver organisés à Chamonix en tant que sport officiel6. La patrouille militaire est un sport de démonstration aux Jeux de 1928, de 1936 et de 1948.

Après la Seconde Guerre mondiale, le ski militaire entre dans une nouvelle ère et s’ouvre davantage aux civils. Aux Jeux olympiques d’hiver de 1948, le pentathlon d’hiver, nouvelle discipline introduite par le CIO, côtoie la traditionnelle patrouille militaire comme sport de démonstration. Alliant équitation, escrime, tir, ski de fond et ski alpin, cette épreuve est le pendant hivernal du pentathlon moderne. Elle fait son unique apparition au sein du programme olympique en 1948 et peine à convaincre. Le 3 août 1948 à Sandhurst est créée l’Union internationale de pentathlon moderne (UIPM), présidée par le Suédois Tom Wibom, et composée de 17 pays membres. L’UIPM exprime son intérêt pour le sport hivernal et étudie ainsi la définition du pentathlon moderne d’hiver dont les premiers championnats du monde sont prévus pour 1953. Parallèlement se développe une pratique sportive alliant uniquement tir et ski de fond, qui connaît un rapide engouement en Scandinavie, en Allemagne et en Autriche. Ce sport, par sa plus grande facilité de mise en œuvre (deux disciplines combinées en une épreuve au lieu de cinq disciplines indépendantes), séduit l’UIPM qui planche alors sur ce dernier au détriment du projet de pentathlon moderne d’hiver qui est finalement enterré. Sur proposition de Sven Thofelt, le terme de « biathlon moderne d’hiver » est logiquement retenu pour désigner ce sport7 dont les règles, élaborées en 1955 à Macolin en Suisse, sont approuvées le 17 novembre 1956 à Melbourne. En 1957, le biathlon intègre officiellement l’UIPM (qui deviendra Union internationale de pentathlon moderne et de biathlon en 1967) et est immédiatement reconnu par le Comité international olympique.

Dans la foulée, et sans passer par la case “démonstration”, le biathlon devient sport olympique dès 1960 (JO de Squaw Valley), deux ans après l’organisation de premiers championnats du monde à Saalfelden en Autriche. 1978 marque un tournant pour le biathlon, avec le passage des gros calibres au .22 Long Rifle, se démarquant ainsi du monde militaire, ce qui permit la création de la Coupe du monde. L’administration du biathlon par l’UIPM perdure jusqu’en 1993, année de création d’une instance indépendante lors d’une session extraordinaire à Londres, l’Union internationale de biathlon (International Biathlon Union). La séparation formelle entre les deux unions a lieu en 1998. Désormais autonome, l’IBU organise seule la plupart des compétitions internationales de biathlon12, les autres sports d’hiver comme le ski alpin, le saut à ski, le ski de fond ou le combiné nordique étant sous l’autorité de la Fédération internationale de ski.

Le biathlon féminin a connu un développement plus tardif que pour les hommes. Il faut en effet attendre 1980 et un congrès organisé à Sarajevo pour que l’UIPMB adopte de premières règles sur la pratique du biathlon par les femmes. En 1981, une première épreuve féminine internationale est organisée à Jáchymov en Tchécoslovaquie. Les premiers championnats du monde féminins se déroulent en 1984 à Chamonix, séparément de ceux des hommes10. En 1989, les premiers championnats du monde réunissant hommes et femmes ont lieu à Feistritz (Autriche). Un an auparavant, le Comité international olympique intégrait le biathlon féminin au  programme des jeux olympiques d’hiver, une décision concrétisée en 1992 à Albertville. Dès lors et très rapidement, le biathlon féminin a rattrapé son retard puisque, à l’image d’une majorité de sports d’hiver, le biathlon fait désormais l’objet d’une médiatisation égale entre les hommes et les femmes.

Les règles complètes du biathlon sont consignées dans le livre des règles officielles de l’IBU. Toutefois, la description succincte ci-dessous, devrait être suffisante pour qu’un spectateur puisse comprendre ce qui se passe dans un stade de biathlon.

Le biathlon allie le ski de fond sur un circuit à parcourir plusieurs fois et le tir à la carabine effectué à chaque tour sur cinq cibles situées à une distance de 50 mètres, et ce dans deux positions : couché et debout. Les cibles sur lesquelles les biathlètes tirent ont un diamètre de 45 mm pour le tir couché et de 115 mm pour le tir debout. L’intérêt et la complexité de cette discipline reposent sur l’alternance des phases d’effort intense sur les skis et des phases de calme et concentration sur le pas de tir où précision et rapidité sont recherchées. À la performance individuelle s’ajoutent la gestion de situations de confrontation directe avec les adversaires et des aléas météorologiques (vent, chutes de neige, froid ou les trois combinés) impliquant parfois des modifications de réglage (clics) des organes de visée de la carabine.

La pénalité pour chaque cible manquée se traduit par une minute ajoutée au temps total pour l’individuel, ou par un anneau de pénalité de 150 m à parcourir pour tous les autres formats de course, sauf le relais mixte simple pour lequel le tour de pénalité est de 75 m. Lors des relais, les biathlètes disposent de trois balles de pioche avant d’effectuer, le cas échéant, un ou plusieurs anneaux de pénalité.

Les épreuves du sprint et de l’individuel sont des courses contre-la-montre. La poursuite est une course en ligne avec départ par handicap d’après les résultats de la course précédente, tandis que l’ensemble des concurrents des relais ainsi que du départ groupé prennent le départ en même temps.

Toutes les techniques de ski de fond sont autorisées dans le biathlon, le style “skating” appelé aussi “pas de patineur” étant préféré car plus rapide et nécessitant moins de mouvement du haut du corps, ce qui est un handicap lorsqu’une carabine doit être portée sur le dos. Aucun équipement autre que les skis et les bâtons de ski ne peut être utilisé pour se déplacer le long de la piste.

La carabine utilisée en biathlon est une carabine de calibre 22 Long Rifle (5,6 × 15 mm) que les athlètes portent sur le dos tout au long du parcours. Elle doit peser 3,5 kg au minimum. Les athlètes n’ont pas le droit de toucher à la culasse de la carabine en dehors du tapis de tir, ni même de retirer la carabine de leur dos. De plus, aucune balle ne doit se trouver dans la culasse et aucun chargeur alimenté ne doit être engagé dans la carabine en dehors du tapis de tir. Une douille vide, dans la culasse, ou un chargeur vide, connecté à la culasse, sont autorisés. C’est pourquoi les tireurs n’éjectent généralement pas la cinquième douille de leur canon, ni n’enlèvent le chargeur vide après un tir. Les chargeurs doivent contenir cinq balles. Les biathlètes sont aussi autorisés à emporter des balles de réserve, à placer manuellement dans la culasse. Ces balles peuvent être utilisées en cas de problème technique, ou bien, dans le cas d’un relais, pour trois tirs supplémentaires. En effet, lors d’un relais, tant que la cible n’est pas blanchie, l’utilisation des balles de réserve dites « de pioche » (trois au maximum) est obligatoire.

La cible est située à une distance de 50 mètres, aussi bien pour le tir debout que pour le tir couché. Les cibles ont un diamètre de 45 mm pour le tir couché, et de 115 mm pour le tir debout. L’impact de la balle sur la cible active un mécanisme qui va placer un cache blanc sur la cible. Le tir est considéré valide uniquement si ce mécanisme s’est activé. Ainsi il arrive que des cibles soient activées par un ricochet de la balle.

Pour des raisons de sécurité, l’arme doit toujours pointer vers le ciel ou vers les cibles.

En cas de sprint final, à l’instar du ski de fond, c’est la fixation du premier ski franchissant la ligne d’arrivée qui fait foi. Il est donc courant de voir des biathlètes jeter leur ski en avant sur la ligne.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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