L’avenue des Champs-Élysées à Paris.

L’avenue des Champs-Élysées (souvent abrégé les Champs-Élysées, parfois les Champs) est une voie de Paris. Longue de près de deux kilomètres et suivant l’axe historique de la ville, elle est une voie de circulation centrale reliant la place de la Concorde à la place Charles-de-Gaulle dans le 8e arrondissement. Site touristique majeur, elle a souvent passé pour la plus belle avenue de la capitale1, et est connue en France comme la « plus belle avenue du monde ».


À l’origine, les Champs-Élysées ne sont que des terrains marécageux et inhabités. Marie de Médicis décide d’y faire aménager au-delà du palais des Tuileries, le long de la Seine, une longue allée bordée d’ormes et de tilleuls. Le cours la Reine, s’inspirant de la promenade florentine des Cascine, est ouvert en 1616.

Les conquêtes du début du règne de Louis XIV ayant repoussé les frontières du royaume, le roi, se souvenant de la résistance de la Ville lors de la Fronde et voulant embellir et étendre la capitale, adopte la proposition de Colbert de raser ses fortifications et de percer des grandes avenues. Par un décret du 24 août 1667, le roi décide l’ouverture d’un chemin pour faciliter le passage des voitures de ses courtisans se rendant au domaine royal de Saint-Germain-en-Laye et au château de Versailles en construction. Le roi charge André Le Nôtre, le paysagiste du château de Versailles et, à Paris, du jardin des Tuileries, d’aménager à travers les bois et les marais qui longent la Seine cette « avenue des Tuileries » (qui sera appelée successivement, Grand Cours, avenue de Neuilly ou route de Saint-Germain) en axe royal. Cet axe depuis le palais des Tuileries, résidence du roi, doit offrir une perspective aussi grandiose que celle qui s’étend devant le château de Versailles, ce dernier symbolisant l’éloignement du gouvernement et la cour de Paris6. Celui-ci trace dans l’axe du pavillon central du palais des Tuileries, depuis l’actuelle place de la Concorde jusqu’à l’actuel rond-point des Champs-Élysées-Marcel-Dassault, en direction de la montagne du Roule — qui se situait à l’emplacement de l’actuelle place de l’Étoile — une belle avenue bordée de terrains où sont aménagés des allées d’ormes et des tapis de gazon. On l’appelle le « Grand-Cours » pour le distinguer du cours la Reine, ou encore la « grande allée du Roule », l’« avenue de la Grille Royale » (1678), l’« avenue du Palais des Tuileries » (1680) et les « Champs-Élysées », nom qui apparaît en 1694 mais qui n’est définitivement fixé qu’en 1709 comme en attestent les comptes royaux. Ce nom est choisi d’après le terme mythologique probablement en opposition à la partie basse marécageuse et malsaine où officiaient des femmes de petite vertu.

Champs-élysées, carte maximum, Paris, 1/01/1995.

La nouvelle avenue se développe au-delà de l’enceinte de Louis XIII et franchit (au niveau de l’actuelle rue Marbeuf) le Grand Égout, qui suivait le tracé d’un petit ruisseau descendant de Ménilmontant pour se jeter dans la Seine au niveau de l’actuel pont de l’Alma. Ce n’est qu’en 1710 que le duc d’Antin, surintendant des Bâtiments du Roi, fait jeter un pont de pierre au-dessus de cet égout. Ce pont permet de prolonger l’avenue jusqu’à ce que l’on appelait alors l’« étoile de Chaillot » — correspondant à l’ensemble du tracé actuel. Cette entreprise est achevée en 1724.

En 1722, le roi avait annexé le village du Roule aux faubourgs de Paris. En 1765, il permet la construction de bâtiments de part et d’autre de l’avenue des Champs-Élysées. En 1770, le marquis de Marigny, directeur général des Bâtiments du Roi, Arts, Jardins et Manufactures, fait entreprendre le nivellement de la montagne du Roule, renouvelle les plantations et fait tracer les actuelles avenues de Marigny et Matignon ainsi que l’allée des Veuves (actuelle avenue Montaigne). En 1774, il fait élargir l’avenue et la fait prolonger à l’ouest jusqu’à la Seine, au niveau du pont de Neuilly, par les actuelles avenues de la Grande-Armée à Paris et Charles-de-Gaulle à Neuilly-sur-Seine. On parle alors d’« avenue de la Grille royale » jusqu’à la barrière de Chaillot et d’« avenue de Neuilly » au-delà de celle-ci.

Malgré ces travaux, les Champs-Élysées ont longtemps mauvaise réputation. C’est un lieu de médiocres guinguettes qui attirent de mauvais garçons, des prostituées et même des brigands. Quelques baraques de foire y sont installées10. Un luxueux parc de loisirs ou vauxhall, le Colisée, est inauguré en 1771 au niveau du rond-point des Champs-Élysées, mais il ne tarde pas à péricliter car le public hésite à se rendre le soir dans ce qui est encore une partie de Paris excentrée et surtout mal famée, et l’établissement fait faillite dès 1780. Les promeneurs préfèrent diriger leurs pas le long du cours la Reine, qui suit le tracé de la Seine et où l’on peut jouer aux quilles, à la paume ou aux barres. Au bout du cours la Reine se trouve d’ailleurs un établissement populaire, quoique de mauvaise réputation, le Petit Moulin-Rouge, bâti sur des terrains appartenant à madame du Barry11. Pour améliorer la sécurité des Champs-Élysées, un poste de Gardes Suisses contigu à la barrière de Chaillot est établi en 1777.

Défilé des prisonniers des camps de concentration libérés, Paris, 1/04/1965.

La popularité des Champs-Élysées, qui prennent alors leur dénomination définitive d’« avenue des Champs-Élysées » (1789), ne décolle véritablement que sous la Révolution française. C’est par les Champs-Élysées que passe le cortège de mégères qui, le 5 octobre 1789, sous la conduite de Théroigne de Méricourt et de Reine Audu, se dirige vers Versailles pour ramener la famille royale à Paris. C’est aussi par les Champs-Élysées que la famille royale est ramenée dans Paris le 25 juin 1791 après la fuite à Varennes, entre deux haies de Gardes nationaux qui rendent les honneurs la crosse en l’air. Sous la Terreur, la place de la Concorde est le théâtre des exécutions capitales. Au bas de l’avenue, Huzard fait placer, sur des socles dessinés par le peintre David, les groupes de chevaux en marbre exécutés par Guillaume Coustou pour l’abreuvoir du château de Marly. Sur le plan administratif, la section des Champs-Élysées est créée en 1790, circonscription qui devient en 1795 le quartier des Champs-Élysées. Le territoire du quartier administratif des Champs-Élysées s’étend alors au nord et au sud de l’avenue du même nom. Après le redécoupage de 1860, le quartier de ce nom sera d’une surface plus restreinte et essentiellement au sud de l’avenue.

Le Directoire fait élargir l’avenue centrale, fermer quelques bouges et combler les caves et souterrains où se réfugiaient les malfaiteurs pour échapper à la police. Des cafés élégants ouvrent leurs portes comme le Café des Ambassadeurs, dont les plans auraient été dessinés par Jean-Jacques Rousseau, ainsi que des restaurants comme celui du traiteur Dupe, ouvert en 1800 et qui attire toutes les célébrités de l’heure, à commencer par Barras, dans une jolie maison blanche à volets verts là où s’élève aujourd’hui le Ledoyen. Les Champs-Élysées deviennent un lieu de promenade élégante, point de passage pour aller prendre l’air à la campagne, vers Longchamp. Le pèlerinage à l’abbaye de Longchamp durant la Semaine sainte redevient une sorte de chevauchée mondaine qui suscite les protestations de l’archevêque de Paris.

Le quartier des Champs-Élysées reste cependant peu sûr. Le 2 avril 1810, c’est par l’avenue, parée pour l’occasion d’un arc de triomphe factice, que la nouvelle impératrice des Français, Marie-Louise d’Autriche, fait son entrée dans la capitale. C’est par le même chemin qu’elle la quitte le 29 mars 1814. Le surlendemain, le tsar de Russie, Alexandre Ier, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III et le prince de Schwarzenberg prennent place dans une tribune dressée à proximité du palais de l’Élysée pour assister au défilé des troupes alliées. Celles-ci bivouaquent dans les jardins qu’elles laissent dans un état déplorable.

Louis XVIII le fait remettre en état et ouvrir l’avenue Gabriel. Pour poursuivre l’aménagement de l’avenue, le préfet de la Seine, le comte Chabrol de Volvic, par une loi des 20-27 août 1828, fait affecter l’ensemble des jardins à la Ville de Paris : « Sont concédés à la ville de Paris, à titre de propriété, la place Louis XVI et la promenade dite des Champs-Élysées, telles qu’elles sont désignées au plan annexé à la présente loi, y compris les constructions dont la propriété appartient à l’État et à l’exception des deux fossés de la place Louis XVI qui bordent le jardin des Tuileries. Ladite concession est faite à la charge de la ville de Paris :

  •  de pourvoir aux frais de surveillance et d’entretien des lieux ci-dessus désignés ;
  •  d’y faire, dans un délai de cinq ans, des travaux d’embellissement jusques à concurrence d’une somme de deux millions deux cent trente mille francs au moins ;
  • de conserver leur destination actuelle aux terrains concédés, lesquels ne pourront être aliénés en tout ou en partie. »

La Ville construit les premiers trottoirs. À partir de 1834, l’architecte Jacques Hittorff est chargé de réaménager les jardins des Champs-Élysées, parallèlement à son intervention sur la place de la Concorde.

Avec l’accord du nouveau préfet de la Seine, le comte de Rambuteau, Hittorf entreprend de créer des massifs à l’anglaise et de faire de nouvelles plantations. Il élève quatre fontaines de style homogène :

  • la fontaine des Quatre Saisons, dite aussi fontaine du Cirque, est la première installée en 1839. Elle est ornée d’un groupe de quatre enfants, symbolisant les saisons. Elle est l’œuvre du sculpteur Barre ;
  • la fontaine de Diane fut confiée au sculpteur Desprez ;
  • la fontaine de Vénus, appelée parfois fontaine des Ambassadeurs, érigée comme la précédente en 1840 est l’œuvre de Duret ;
  • la quatrième, appelée fontaine de la Grille du coq, est d’une facture plus simple, elle ne possède pas de sculptures et date aussi de 1840.
  • Hittorf dessine également les réverbères en fonte toujours en place, mais alors alimentés au gaz, et qui achèvent de donner aux Champs-Élysées, selon la Revue de l’Art « l’effet le plus agréable qu’il soit donné de voir ».

Le 22 février 1848, un grand banquet se tient aux Champs-Élysées, ce sera le point de départ de la Révolution de 1848.

Sculptures et réverbères profiteront à partir de 1856 du système de cuivrage industriel, mis au point par Léopold Oudry, qui assurera leur protection.

Dans le projet qu’il soumet au conseil municipal de Paris en 1835, Hittorff propose également de créer un panorama, un cirque, des restaurants et cafés de grand luxe et un théâtre.

Le panorama des Champs-Élysées, construit pour remplacer celui édifié en 1831 dans la rue des Marais, se situait dans un espace circulaire situé entre le cours la Reine et le grand carré des Jeux, à l’emplacement où se dressent aujourd’hui le Grand et le Petit Palais. C’était une vaste rotonde de 40 mètres de diamètre et 15 mètres de hauteur. Hittorff en avait lui-même donné les plans et en avait confié la direction artistique au peintre Jean-Charles Langlois (1789-1870). La nouvelle attraction, édifiée en quelques mois, ouvrit ses portes en mai 1839 avec L’Incendie de Moscou, réalisé par Langlois, qui remporta un grand succès public. En 1855, le panorama fut intégré aux bâtiments de la première exposition universelle comme salle d’exposition où étaient présentés les productions des manufactures de Sèvres et des Gobelins ainsi que les joyaux de la couronne de France. Il fut démoli l’année suivante afin de créer une allée reliant le palais de l’Industrie au cours la Reine. Un nouveau panorama fut alors édifié en 1860 par l’architecte Gabriel Davioud, toujours avec le concours de Langlois, à l’angle de l’avenue d’Antin (Voir théâtre du Rond-Point).
Le Cirque d’Été au carré Marigny, d’abord simple cirque de planches et de toile de 1835 à 1841, est remplacé en 1841 par un vaste édifice en meulière pouvant accueillir 6 000 spectateurs, construit sur les plans de Hittorff et magnifiquement décoré par Bosio, Duret et Pradier. Pendant du Cirque d’Hiver, construit par Hittorff boulevard du Temple, il fonctionnait du 1er mai au 1er septembre. L’acoustique y était si bonne que Berlioz y donna des concerts. Cirque national en 1841, il connut son apogée sous le Second Empire sous le nom de « cirque de l’Impératrice » (après 1853). Sa grande attraction fut longtemps le clown Jean-Baptiste Auriol (1808-1881). Caroline Otero et Émilienne d’Alençon y firent leurs débuts. Son succès se prolongea jusque dans les années 1880. Le Tout Paris s’y précipitait le samedi, jour réputé chic. Petit à petit délaissé par le public après l’Exposition universelle de 1889, il fut démoli vers 1900 en donnant son nom à la rue du Cirque.

En 1855, Hittorff fit construire par l’architecte Gar dans le carré Marigny, à l’angle de l’avenue Gabriel et de l’avenue Marigny, à l’emplacement du spectacle de « physique amusante, fantasmagorie et curiosité » proposé depuis 1835 à cet endroit par un prestidigitateur, le théâtre Marigny, doté de 600 places, et confié pour cinq ans à Jacques Offenbach. Il est remplacé en 1880 par l’édifice actuel, plus vaste, construit par l’architecte Charles Garnier et transformé par Édouard-Jean Niermans.

Un peu plus bas, dans le carré de l’Élysée (8, avenue Gabriel), Hittorff fit construire en 1841 l’Alcazar d’été célèbre café-concert où s’illustrèrent la chanteuse Thérésa et le chansonnier Paulus. C’est aujourd’hui le Pavillon Gabriel.

Plus bas encore, dans le carré des Ambassadeurs, le Café des Ambassadeurs fut également construit par Hittorff à l’emplacement d’un restaurant dont la création avait été originellement autorisée en 1772 par l’abbé Terray et qui était tenu en 1816 par la veuve Rouget. Reconstruit en 1841, cet établissement se développa et accueillit, à partir de 1897, des spectacles de revues avant d’être démoli en 1929 pour être remplacé par le théâtre des Ambassadeurs et le restaurant du même nom. C’est aujourd’hui l’Espace Cardin.

De l’autre côté de l’avenue se trouvait un autre café-concert, le concert de l’Horloge, situé d’abord vers l’extrémité ouest du cours la Reine, à l’emplacement où s’installa ensuite, en 1896, le jardin de Paris (voir « Place du Canada »). Il dut être démoli en 1852 pour permettre la construction du palais de l’Industrie et fut transféré par sa propriétaire, Mme Picolo plus à l’est, là où commence aujourd’hui l’avenue Edward-Tuck. Il présentait l’agrément d’un toit mobile formé de deux parties coulissantes qui permettait de mettre le public à l’abri des intempéries.

Les restaurants Laurent et Ledoyen s’installèrent respectivement dans les carrés Marigny et Ledoyen dans des pavillons à frontons et colonnes polychromes dessinés par Hittorff lui-même.

L’ingénieur Adolphe Alphand, sous Napoléon III, est à son tour chargé de l’aménagement des jardins. Grâce à ses efforts, conjugués avec ceux de Hittorff, lors de l’Exposition universelle de 1855, les Champs-Élysées sont devenus le lieu à la mode. Alors que l’avenue ne comptait que six maisons en 1800, elle est bientôt bordée d’immeubles, d’hôtels particuliers et de maisons bourgeoises tandis que deux nouveaux lotissements se construisent au nord et au sud, à l’emplacement des anciens jardins Beaujon28 et Marbeuf.

Le Second Empire est une période faste pour les Champs-Élysées. L’avenue, bordée de luxueuses demeures, devient le haut-lieu de la vie élégante parisienne.

À partir de 1853, le grand carré des Jeux est occupé par le palais de l’Industrie, gigantesque construction de 200 mètres de long, édifiée par l’architecte Victor Viel et inaugurée le 15 mai 1855 par Napoléon III. Le bâtiment sert aux expositions universelles de 1855, 1878 et 1889, et est utilisé pour divers salons, expositions agricoles et horticoles, concours hippiques, fêtes et cérémonies publiques… Pour préparer l’Exposition universelle de 1900, l’édifice est détruit à partir de 1896 pour laisser place au Petit et au Grand Palais. Sa disparition permet de relier l’hôtel des Invalides au palais de l’Élysée par le pont Alexandre-III.

En 1898, toujours dans le cadre de la préparation de l’exposition de 1900, le restaurant du Petit-Paillard ouvre ses portes dans le carré de l’Élysée dans un pavillon en pierre de style éclectique construit par l’architecte Albert Ballu (aujourd’hui Pavillon de l’Élysée) à la place de l’ancien restaurant Langer, d’abord modeste café concédé en 1866 à Thollier, devenu propriété de la famille Moène. Pour le décor de la salle à manger, consistant en un élégant plafond peint inscrit dans un écrin de staff, Ballu fit appel à l’un de ses collaborateurs privilégiés, Jean-Baptiste Hugues (1849-1930), grand prix de Rome de sculpture en 1875.

Le 5 mai 1921, des cérémonies se déroulent sur l’avenue des Champs-Élysées et à l’hôtel des Invalides pour célébrer le centenaire de la mort de Napoléon Ier.

Le 26 août 1944, après la Libération de Paris, le général Charles de Gaulle descend les Champs-Élysées, précédé par quatre chars de la 2e D.B.

Le 30 mai 1968, en réaction à la crise étudiante et syndicale, une grande manifestation de soutien au président Charles de Gaulle remonte les Champs-Élysées, réunissant entre 300 000 et 500 000 personnes.

Le 12 juillet 1998, à l’issue de la victoire 3-0 de l’équipe de France de football en finale de la Coupe du monde, plus d’un million de personnes célèbrent la victoire sur les Champs-Élysées. Le lendemain, les Bleus paradent sur l’avenue à bord d’un bus. Des scènes similaires se reproduiront en 2000 après la victoire en finale de l’Euro.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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