L’aubergine.

L’aubergine (Solanum melongena L.) est une espèce de plantes dicotylédones de la famille des Solanaceae, originaire d’Asie.

Ce sont des plantes herbacées annuelles, largement cultivées pour leurs fruits comestibles comme plantes potagères ou maraîchères. L’espèce a été domestiquée en Asie depuis l’époque préhistorique. Le terme désigne également le fruit.

Elle constitue aux côtés des aubergines africaines : S. aethiopicum L., aubergine amère, ou gilo, et S. macrocarpon L., ou gboma, les trois espèces d’aubergines cultivées. À la différence de la pomme de terre et de la tomate, ces solanacées de l’Ancien Monde suivent un parcours de mondialisation qui leur est propre.


À la différence de la tomate (Solanum lycopersicum), de la pomme de terre (Solanum tuberosum), ou des poivrons et piments (Capsicum) originaires du Nouveau Monde, et qui ont fait l’objet d’une domestication secondaire en Europe, l’aubergine est une solanacée de l’Ancien Monde. Sa diffusion spontanée dans le Moyen-Orient et l’Asie du Sud précède sa domestication.

L’aubergine est une plante domestiquée à plusieurs reprises à partir de populations sauvages de S. incanum L. et S. undatum Lam, plantes morphologiquement et génétiquement proches et spontanées en Afrique du Nord et Moyen-Orient. Quoi qu’il en soit S. melongena, l’aubergine cultivée, n’existe pas à l’état sauvage. En 2012, une équipe du New York Botanical Garden a reconstitué les routes de diffusion de l’aubergine cultivées depuis deux centres en Inde centrale et la Chine du Sud et d’un événement séparé de domestication en Indonésie du Nord-est.

Concernant le centre indien, les anciens dictionnaires sanscrits donnent de nombreux noms pour l’aubergine dès avant notre ère. Concernant le centre chinois, la première mention de la culture de la plante date de 59 av. J.-C.. Sa culture est attestée au Japon au VIIIe siècle. En Mésopotamie antique, le Livre de l’agriculture nabatéenne recense six variétés alors qu’elle est inconnue des Grecs et des Romains. Sa présence en Iran semble ancienne, c’est là que les Arabes la rencontrent et l’adoptent. Le prophète Mahomet la recommande.

Ce sont les Arabes qui l’introduisent en Méditerranée au IXe siècle, on trouve des restes d’aubergine longue en provenance d’Inde dans le port égyptien de Kusayr, ex-Myos Hormos (XIe – XIIIe siècle), sa présence est établie au Xe siècle en Ibérie arabe. Au XIe siècle, l’agronome Abû I-Khayr mentionne quatre cultivars : égyptiennes à fruit blanc et à fruit pourpre, syrienne à fruit rouge violet, locale à fruit noir, cordouanne à fruits brun. Analysant 120 recettes de légumes des deux livres de cuisine du Moyen Âge andalou (L’art culinaire d’Ibn Râzin al-Tujîbî et l’Anonyme andalou), Louis Albertini écrit : « L’aubergine est sans conteste le légume le plus apprécié des deux cuisiniers » (48 recettes). C’est un plat populaire, les bergers font le mu’allak, en la mijotant avec de l’agneau et du fromage de brebis18. Les premières recettes en dehors de la zone culturelle arabe sont attestées au xive siècle en Italie. Dans le Sud de l’Europe elle devient de consommation courante à la Renaissance.

Au nord de l’Europe, elle attire la défiance depuis sa première mention vers 1280 par Albert le Grand dans son traité De vegetabilibus. Le nom italien melongiane signifie mala insana, c’est-à-dire fruit malsain. En français la mélongène est également nommée « pomme des fous ». Hildegarde de Bingen (XIIIe siècle) la considère comme un médicament contre l’épilepsie. Il faut attendre le XIXe siècle pour qu’elle devienne un légume, alors qu’elle est déjà cultivée en Amérique, où les Portugais l’ont diffusée depuis le XVIIe siècle (Pison la rencontra au Brésil en 1658). En 1808, Jaume Saint-Hilaire écrit encore à son propos « dans nos climats on ne la cultive que par curiosité et pour la singularité de ses fruits… Quelques médecins conseillent néanmoins d’en faire peu d’usage, parce qu’ils donnent des vents, des indigestions et des fièvres ».

C’est en 1825 que le marchand de primeur Decouflé la fait venir de Provence sur les marchés parisiens. Elle reste cependant absente des livres de recettes français pendant encore un demi-siècle. De cette lente arrivée dans le Nord de la France il reste une méfiance envers l’aubergine qui n’a jamais totalement disparue. Sa consommation annuelle reste inférieure à 1 kg par habitant en 2013, à comparer aux 10 kg par habitant au Moyen-Orient. Michel Pitrat écrit : « Encore récemment un procès de l’aubergine fut fait dans la presse, pour les infimes traces de nicotine que ces fruits contiennent ». Darra Goldstein, Kathrin Merkle rappellent qu’en Europe du Nord « la plupart des gens n’avaient encore jamais vu d’aubergines dans les années 1960 »

Une dizaine d’espèces voisines existent en Afrique. Parmi elles, solanum aethiopicum est celle dont l’usage culinaire est le plus développé.

L’aubergine appartient au clade Leptostemonum (subgénero Leptostemonum Bitter) dont la taxinomie a été synthétisée en 2013. Une équipe de généticiens chinois (2018) a séquencé 45 séquences microsatellites (marqueurs SSR) de 287 cultivars d’aubergines du monde entier, puis les ont classés en 4 groupes phylogénétiques : hormis 2 groupes marginaux (Afrique et Brésil, et le petit groupe d’aubergine thaï à petits fruits ovoïdes de diverses couleurs) les deux groupes ultra majoritaires ont des centres de gravité chinois pour le groupe III et diversifié de l’ancien monde pour le groupe IV.

La domestication est vraisemblablement ancienne (Ier millénaire avant notre ère ?) primitivement en Inde et en Chine, puis sur une vaste zone du Sud-Est asiatique, toujours en climat chaud. Il en résulte une très grande diversité des variétés et cultivars. Une étude (2019) des effets de la sélection humaine et sauvage sur les transcriptomes de l’aubergine montre que la pression sélective porte sur le fruit (gène OG12205) mais aussi sur la tolérance au stress et la résistance aux maladies (8 gènes concernés).

En culture potagère on cultive toujours des cultivars locaux ou fixés traditionnels. En culture intensive les hybrides F1 sont généralisés, les premiers hybrides F1 ont été mis au point au Japon dans les années 1930.

341 variétés sont inscrites au Catalogue officiel des espèces et variétés végétales (2018) dont 108 aux Pays-Bas, 71 en Italie, 45 en Espagne, 40 au Catalogue français, dont 2 sur la liste Sans Valeur Intrinsèque (SVI : qui correspond à la liste des anciennes variétés pour amateurs) et 3 en Belgique. La plupart des cultivars actuels sont des hybrides F1, sans pour autant que l’érosion génétique ne soit importante au niveau mondial. Bien au contraire, l’hybridation avec des espèces sauvages proches (S. torvum, S. anguivi, S. aethopicum) ouvre des possibilités nouvelles aux obtenteurs.

Depuis 50 ans d’énormes ressources génétiques ont été rassemblées en Chine (3 000 accessions), en Inde (1 000 accessions) en Russie et en Europe dans le cadre du réseau EGGplant genetic resources NETwork l’INRA indique 1122 accessions en collection. Les séquences SSR et les microsatellites sont rassemblés (2018) par une équipe italienne dans une banque de donnée accessible sur le site Eggplant Microsatellite Database.

L’amélioration des caractéristiques agronomiques répond dans un premier temps à la demande de la production intensive : taille, forme, poids, couleur, homogénéité des fruits, rendement et rapidité de la mise à fruit, adaptation aux conditions climatiques (lumière, chaleur) adaptation à la culture sous serre : réduction de la masse foliaire. Le cultivar japonais Ryoma est destiné à la culture en pot en appartement et en hiver.

Plus récemment, résistance aux maladies et propriétés organoleptiques et nutritionnelles sont devenus des axes de sélection40. La cartographie génétique a été réalisée en 2015, elle est centralisé sur Eggplant Genome Project en Italie et Eggplant Genome DataBase au Japon. Eggplant Microsatellite Database qui donne une bonne information au sujet de la recherche génétique a annoncé avoir inventorié les séquences microsatellites (SSR) en 2018. Les gènes impliqués dans la synthèse des anthocyanes qui colorent la peau sous l’effet de la lumière sont décrits en 2018 (sans qu’une démonstration expérimentale ne confirme les résultats du séquençage).

À partir d’une variété traditionnelle locale, Mahyco, filiale indienne de Monsanto, a développé une aubergine OGM (aubergine Bt) qui possède un gène de Bacillus thuringiensis (abrégé Bt), bactérie qui secrète une toxine insecticide, en vue de supprimer les dégâts causés par un lépidoptère (Leucinodes orbonalis). En effet, de nombreux insectes attaquent les cultures potagères d’aubergine sous les tropiques. La diffusion de cette variété OGM est sous moratoire en Inde depuis 2010 et formellement interdite depuis décembre 2016 dans l’état d’Uttarakhand. Au Bangladesh, en revanche, après deux années de tests (sur 12 ha en 2014 puis sur 25 ha en 2015), en 2016 elle est cultivée avec succès par 6 000 agriculteurs, le gouvernement bangladais déclare en janvier 2017 « développer une gamme d’aubergines locales OGM résistantes aux ravageurs », en 2018 27 000 agriculteurs l’adoptent.

Une étude réalisée en hiver 2016-17, publiée en 2018, sur 851 agriculteurs donne un rendement 6,7 fois supérieur chez les agriculteurs Bt, le nombre d’application de pesticides est divisé par quatre avec une baisse de 61 % du coût des traitements, l’intention d’utiliser des aubergines Bt lors de la prochaine campagne est 100 % chez les Bt, et 86 % chez les non Bt52. En Inde l’aubergine est le deuxième légume le plus consommé après les pommes de terre. À diverses reprises l’existence d’un marché noir des graines d’aubergine Bt – dont de fausse semence Bt – y a été signalée. En mai 2019, dans l’état de Maharashtra, le parti Shetkari Sangathan aide 1500 fermiers à planter ces OGM et prône la désobéissance civile suite à la destruction par la force publique de 2 ha de culture interdite appelant un nouveau satyagraha, héros de l’indépendance invoqué par Mahatma Gandhi dans cette même région pour les campagnes de désobéissance civile non-violente contre les colons britanniques. Un avis juridique recommande au ministre de l’agriculture de détruire les plantations d’aubergine Bt et de poursuivre au pénal les agriculteurs contrevenant au moratoire. Le motif est désormais le risque de pollution génétique des 2500 variétés (d’après la presse) traditionnelles locales, l’action répressive est conduite par le Ministère de l’environnement.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.