L’abbaye Saint-Guénolé de Landévennec (Finistère).

L’abbaye Saint-Guénolé de Landévennec est une abbaye située sur la commune de Landévennec, en Cornouaille (presqu’île de Crozon). Elle est réputée avoir été fondée au Ve siècle par saint Guénolé, ce qui en fait une des plus anciennes et plus importantes de Bretagne. L’historien Arthur Le Moyne de la Borderie l’a qualifiée de « Cœur de la Bretagne ». Abandonnée en 1793 et ruinée dans les années 1810, elle est relevée par une nouvelle communauté monastique bénédictine en 1958, qui y construit de nouveaux bâtiments. Elle est affiliée à la congrégation de Subiaco.

Les ruines de l’ancienne abbaye ainsi qu’un musée historique sont accessibles au public.

L’ancienne abbaye de Saint-Guénolé fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 26 mai 1992.


Landévennec, en breton moderne Landevenneg, procède du suffixe vieux-breton lann = monastère, lieu saint (< du celtique *landâ = étendue de terre), et de Tevenneg < te+gwenn+eg, forme hypocoristique issu du vieux-breton to+uuinn+oc, reprenant suivant l’usage de l’époque la racine (u)uinn /win/ (= blanc & saint, pur ; br. mod. gwenn) à la base de l’anthroponyme vieux-br. Uuinualoe /winwaloi/, br. mod. Gwenole. Landevenneg signifie donc le “monastère de (Saint) Gwenole”. Cet usage des dérivations hypocoristiques à partir des racines anthroponymiques a pu amener à certaines confusions, tout patronyme construit sur (u)uinn/gwenn pouvant se dériver en (to+)uuin(n)+oc /(to)winok/, avec ou sans le suffixe to/te. Ainsi les formes Tevenneg, Gwenneg, Venneg, Vennec, Winoc, etc. peuvent se référer à différents personnages tels Saint Gwenole (Guénolé), Saint Winoc, voire Saint Ven(n)ec, forme locale moderne de Gwezhenneg, en fr. Saint Guéthénoc (du v. br Uuethennoc), lui-même frère de Saint Gwenole.

Disciple de Budoc qui s’était fixé avec des moines dans l’île de Lavret, près de l’île de Bréhat, (aujourd’hui département des Côtes-d’Armor), Guénolé vint s’établir avec onze compagnons dans le site de l’estuaire de l’Aulne (Finistère), d’abord dans l’île de Tibidy en 482 et, trois ans plus tard, à Landévennec. Il gagna l’amitié de Gradlon, premier roi de Cornouaille, contemporain de saint Corentin que l’on considère comme le premier évêque de Quimper.

Abbaye de Landévennec, carte maximum, 20/04/1985.

« Uinualoë [Wingalloe] et ses moines, arrivant là, avaient trouvé inculte, tout couvert de bois, le pays de Crozon, tout le littoral du fond de la Rade de Brest. Du droit du premier occupant, ils s’y étaient installés, ils avaient défriché autour d’eaux les terres les plus fertiles et se les étaient appropriées par droit de culture, avaient pris possession de la forêt. Puis quand Gradlon, reconnu chef de la plus grande partie des émigrés bretons établis dans le sud-ouest de la péninsule [armoricaine], avait appris l’existence du nouvel établissement formé sur la rade de Brest,il y était allé, sans doute pour vénérer le fondateur, mais surtout pour le gagner à lui, l’attirer dans son parti, l’amener à reconnaître sa souveraineté. »
La vie de saint Guénolé nous a été rapportée par ses deux hagiographies, rédigées au IXe siècle par l’abbé Gurdisten et le moine Clément dont le texte est repris par Gurdisten. Saint Guénolé prit une part considérable à l’évangélisation de la Cornouaille et l’abbaye de Landévennec devint par la suite la principale source des institutions monastiques en Bretagne.

Cette abbaye, créée si l’on en croit la tradition vers 485, suivait la règle des Scots7, dans la tradition du christianisme celtique. Les moines irlandais, ou scots, étaient vêtus d’une tunique souvent de couleur blanche et d’une coule (vêtement à capuchon) en grosse étoffe de laine, munie d’un capuchon.

Obéissance, pauvreté et chasteté étaient strictement pratiquées par les moines bretons. « Vaquez à l’étude avec humilité, sans vous enorgueillir de votre science, soumettez-vous au travail manuel avec abaissement et contrition de cœur, sans rechercher la louange des hommes dans l’exercice de votre art, sans mépriser celui qui l’ignore, insistez sans cesse sur la prière accompagnée de jeûnes et de veilles ». Telles étaient les recommandations faites par Budoc, le maître de saint Guénolé. Selon la tradition, le successeur de saint Guénolé fut saint Gwenaël que l’abbé accueillit tout jeune au monastère. Le rayonnement de cette abbaye traversera les siècles.

Abbaye de Landévennec, épreuve de luxe.

Les fouilles récentes, commencées en 1978, et effectuées entre autres par Annie Bardel8, a confirmé la construction aux alentours de l’an 500 d’un petit oratoire rectangulaire, situé à quelques dizaines de mètres d’un établissement gallo-romain, et entouré de tombes, dont peut-être celle de saint Guénolé9. L’oratoire fut reconstruit et agrandi vers 700, transformé en un premier monastère construit donc à l’époque mérovingienne.

L’édit de Louis Le Pieux (daté de 818) ordonnant l’abandon des “usages scotiques” et de les remplacer par la règle de saint Benoît.
En 818, venu soumettre le roi élu par les Bretons Morvan, l’empereur Louis Ier (dit Louis le Pieux ou Louis le Débonnaire), fils de Charlemagne, persuadé que son pouvoir venait de Dieu et désireux d’unifier les règles monastiques, demanda à l’abbé de Landévennec du moment, Matmonoc, lors d’une entrevue à Priziac, près de Gourin (Menez Du / Montagnes Noires) de renoncer à « ses usages scotiques » (la règle de saint Colomban) et d’adopter pour son monastère la règle de Saint Benoît. Pour autant, cela n’abolit pas la spécificité bretonne : en témoignent les enluminures des manuscrits du scriptorium. C’est alors, au IXe siècle donc, que l’abbaye connaît pendant environ un siècle son « âge d’or ». C’est à cette l’époque carolingienne que l’abbaye adopte la règle bénédictine et est reconstruite, sans doute à la suite de l’édit de Louis le Débonnaire : l’église est raccordée à l’oratoire et les bâtiments se rassemblent classiquement autour d’un cloître formé d’une galerie couverte avec des piliers maçonnés à la chaux selon une méthode gallo-romaine donnant sur une grande cour ; les toits étaient couverts de tuiles, le sol de la nef recouvert de mortier de chaux. Les reliques de saint Guénolé sont transférées de l’église antérieure et déposées dans un tombeau dressé dans le chœur. Les traces d’un puits et d’un bas-fourneau (ayant probablement servi à couler la cloche du monastère) ont été retrouvés. L’abbaye était aussi à cette époque entourée d’un mur d’enceinte. Tout cela indique une puissance et une richesse certaine. Trois sarcophages en bois, situés dans un caveau sous le porche de l’église, ont aussi été trouvés lors de ces fouilles, l’un d’entre eux est exposé dans le musée de l’abbaye. Le milieu humide conservant bien les éléments organiques, les fouilles ont permis de retrouver aussi des graines, des fruits utilisés à l’époque (des noix, des prunes, des pêches) et de prouver que la vigne était cultivée du VIIIe siècle au XIe siècle.

L’intégration au système carolingien vient de Nominoë fixant les sièges épiscopaux de Saint-Pol-de-Léon et de Quimper, les sièges de Tréguier et de Saint-Brieuc n’étant créés qu’au Xe siècle.

Le grand tournant vint des invasions normandes qui s’attaquèrent principalement aux monastères dès 884. En 913, Landévennec fut pillé puis brûlé par les Vikings. Les moines fuirent et, emportant leurs reliques, notamment celles de Saint Guénolé, et leurs manuscrits et, après être passés par Le Mans et Château-du-Loir, se réfugièrent à Montreuil près du comte Helgaud où ils créèrent en 926 une nouvelle abbaye, l’abbaye Saint-Walloy12 (nom attribué localement par déformation à saint Guénolé), sous l’invocation de saint Guénolé (dénommé aussi localement « saint Walois »).

L’archéologie a conservé des traces du passage des Normands à Landévennec : sur une grande partie du site, une épaisse couche de cendres témoigne de l’incendie qui détruisit l’abbaye. Un calendrier conservé à Copenhague précise à la date de 913, en latin : « Cette même année fut détruit le monastère de saint Gwennolé par les Normands ». À proximité du coin sud-est du chœur de l’église carolingienne, un tumulus a été trouvé. Il contient rassemblés sous une couche de pierres, des cendres et des ossements calcinés. Il semble qu’il s’agisse là d’un rite païen alors en usage dans le monde scandinave, d’une pratique viking, qui aurait pour but de se faire pardonner la violation des sépultures en incinérant rituellement les restes et en les ré-enfouissant sous un tumulus.

Durant le règne scandinave, les échanges économiques, intellectuels et religieux s’effectuèrent par mer. La règle de saint Colomban fait son retour et c’est désormais dans la pierre que va s’opérer un syncrétisme culturel. De la Scandinavie à la Méditerranée, de Constantinople à la cité d’Alet, de Dublin à Brest, de Jaffa, Alexandrie, Oran, Cadix… à Nantes. La pensée Grecque contournant le monde Carolingien, amena scientifiques, architectes et médecins en Bretagne continentale.

Le premier âge Roman va s’y épanouir.

Les chefs du royaume de Cornouaille fuirent également, par exemple le comte Mathuedoï de Poher et son fils Alain Barbetorte, futur duc de Bretagne (Alain II de Bretagne), avec un grand nombre de Bretons, en Grande-Bretagne ou chez les Francs. C’en était fini de la royauté bretonne. En attendant la renaissance de l’effort démographique au XIIe siècle : Le pouvoir se déplaça vers la Haute-Bretagne, vers Rennes, puis Nantes. Le contact avec les Francs et l’apprentissage que les moines et chefs avaient fait de la langue romane durant l’exode, eurent pour conséquence de réduire le breton à une langue d’échanges, une langue non-écrite. C’était aussi désormais à l’Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, ou ailleurs, en France ou en Grande-Bretagne, qu’il fallait se rendre pour vénérer les saints bretons. La dépossession des corps saints avait privé la Bretagne des richesses que représentaient les pèlerinages aux reliques. Les abbayes bretonnes étaient privées de leurs manuscrits, et les écoles monastiques bretonnes qui enseignaient les sciences profanes aux enfants et aux jeunes gens près des abbayes, leur apportant une culture intellectuelle très appréciable, ne deviendraient plus jamais de grandes écoles.

L’enfeu de Jehan du Vieux-Chastel, dernier abbé régulier de Landévennec, décédé en 1522 (Musée de l’ancienne abbaye de Landévennec)
Toutefois la libération de la Bretagne fut préparée par le moine Jean, Abbé de Landévennec, qui dirigeait la colonie bretonne réfugiée à Montreuil près du comte Herluin, successeur du comte Helgaud. Au cours d’un voyage à travers la Bretagne, Jean se rendit compte que les Bretons restés sur le sol natal étaient impatients de secouer le joug des Normands et que ceux-ci vivaient dans une sécurité si profonde qu’ils pouvaient être surpris et abattus facilement par une attaque à l’improviste. Jean trouva dans la personne du prince Alain, fils du comte de Poher Matuédoï, et petit-fils d’Alain Le Grand, celui qui, réfugié à la cour du roi d’Angleterre Æthelstan, accepta de prendre la tête du mouvement. Débarqué en Bretagne, Alain livra des combats heureux à Dol et à Saint-Brieuc (936). Il réussit à s’emparer de Nantes, ce qui fit que les Normands abandonnèrent la Loire maritime. À la suite de ses victoires, Alain, à qui l’Histoire donna le surnom de « Barbe-Torte », fut reconnu duc de Bretagne (937). Il donna à l’abbaye la paroisse de Batz-sur-Mer, le monastère de Saint-Médard-de-Doulon (situé près de Nantes), les églises Saint-Cyr et Sainte-Croix, situées aussi à Nantes. C’est le seul acte de donation fait par Alain Barbetorte en faveur d’un sanctuaire, ou du moins le seul qui soit parvenu jusqu’à nous.

Au milieu du Xe siècle, les moines reviennent et rebâtissent le monastère, avec l’aide de Riwalen [Rivalon] 1er de Rosmadec, seigneur de Rosmadec et vicomte du Faou, la construction de l’église abbatiale romane commençant au milieu du XIe siècle. C’est de cette époque également que date la compilation du cartulaire de Landévennec.

L’édifice carolingien est conservé au cœur de la nouvelle église abbatiale agrandie, qui est dotée d’un transept et d’un chœur à déambulatoire et chapelles rayonnantes. La nef est prolongée vers l’ouest. La nef de la petite église carolingienne sert désormais de sacristie ; un mausolée est construit à l’angle sud-ouest de la croisée du transept, sans doute s’agit-il d’une sépulture seigneuriale que la tradition a attribuée au roi Gradlon. Les piles et les colonnes sont ornées de chapiteaux et de bases ornées de motifs traditionnels en Bretagne à l’époque : entrelacs, palmettes, fougères, etc. Quelques chapiteaux montrent un décor historié, mais très fruste.

L’abbaye attirait alors des pèlerins parfois venus de loin (y compris de la Cornouailles anglaise et du nord de la France, comme l’attestent des monnaies retrouvées sur place), attirés par la renommée de saint Guénolé, que l’on venait invoquer, notamment contre la fièvre. Certains pèlerins traversaient la rade à partir de Camfrout où se trouvait un hôpital qui pouvait les héberger.

Au XIVe siècle, l’abbaye souffre de la guerre de Succession de Bretagne et de pillages anglais. À partir de 1524, l’abbaye de Landévennec devient une abbaye en commende, les abbés successifs profitant du bénéfice procuré par l’abbaye mais ne s’en occupant guère, d’où son déclin progressif. À la fin du XVIe siècle, l’abbaye est pillée à plusieurs reprises par les Ligueurs et est dans un triste état dans les premières années du XVIIe siècle sous la direction d’un abbé incapable, Pierre Largan. L’abbaye est restaurée par son successeur Jean Briant, qui reconstruit les bâtiments conventuels.

En 1593, la porte sacrée de ladite abbaye qui était d’or massif et les plus beaux ornements qui y étaient, servant au service divin, furent emportés et ravagés, avec les meubles de ladite maison, [ainsi que] les garnitures des chambres pour loger lesdits religieux, par les gens de guerre du seigneur de Sourdéac. Et en outre les gens de guerre entrèrent [dans les] chambres de ladite maison et emportèrent tout ce qu’ils y trouvèrent, entre autres tous les garants de ladite maison et abbaye, qui étaient dans un grand coffre. Au mois de janvier 1594, un régiment de la Ligue conduit par le comte de La Magnane se serait logé dans ladite abbaye l’espace de trois jours durant lesquels [les soldats] brûlèrent tous les restes des boiseries qui restaient en ladite maison, [ainsi que] les portes et fenêtres de celle-ci. Et les restes des garants demeurés après les premiers ravages dans la chambre basse de ladite maison, nommée “chambre de saint Benoist”, ils les jetèrent pour la plus grande partie au feu et le reste sous les pieds des chevaux, [tant et si bien] qu’ils furent perdus et gâtés. Au mois d’octobre 1595, un troupe d’Anglais, comme l’on allait au siège de Crozon, descendirent en ladite maison et abbaye de Landévennec, entrèrent dans l’église de celle-ci, et emportèrent le reste des ornements. (…) »

Selon Dom Noël Mars, auteur de l”Histoire de l’abbaye royale Saint-Guénolé de Landévennec”, publiée en 1648, le régime de la commende était particulièrement néfaste, bien plus encore que les guerres : par exemple entre 1570 et 1606, Troïlus de Mesgouez, marquis de La Roche18 dispose des revenus de l’abbaye en toute légalité grâce au régime de la commende ; il en confie l’administration à son frère René de Mesgouez, seigneur de Kermoalec, qui en chassa tous les religieux.

On donna le titre d’abbé à un prêtre nommé Largan, du diocèse de Quimper, mais celui-ci était aux gages du marquis de La Roche qui, réel possesseur du temporel de l’abbaye, en perçut les fruits jusqu’à sa mort. Plusieurs actes du temps témoignent des brigandages commis en ces circonstances par Troïlus et son frère qui enlevèrent de l’abbaye les joyaux, trésors, vaisselle d’argent et vases sacrés et en emportèrent, de force et par vol, une somme de 14 000 écus d’argent. Ils abattirent les plus beaux arbres, dont ils employèrent le prix, ainsi qu’une partie des matériaux de Landévennec, à l’acquisition et réparations de leur manoir de Trévallon, en Scaër. (…) Troïlus fit fondre les cloches pour en faire des canons et construisit un mur pour empêcher le peuple de fréquenter, désormais, l’église et le cimetière de l’abbaye. »
Le 14 juillet 1603, Vincent Le Grand, juge à Carhaix, recueille le témoignage des moines sur les abus commis par les frères Mesgouez :

« [René et Troïlus de Mesgouez] ont dénié et ôté [aux moines] une grande partie des commodités qui leur sont nécessaires pour vivre [ils sont] réduits à telle extrémité que si bientôt [des ressources ne leur sont pas allouées] ils seront contraints de quitter l’abbaye et leur profession pour trouver d’autres moyens par lesquels s’entretenir. Ils nous ont encore remontré que l’avarice desdits seigneurs de Kermoalec et marquis de la Roche les aurait tant transporté qu’ils auraient pris la vaisselle d’argent dédiée pour servir l’église, [ainsi que] crosse, calices, patènes, plats, chandeliers et autres, et en auraient fait de la vaisselle de cuisine pour leur usage particulier, [avec l’intention de] les lisser comme leur propre à leurs héritiers. Ils auraient pris et fait rendre et fondre en leur manoir de Trévalet [ou Trévallon], pour en faire servir de canons, deux des plus grosses cloches de ladite abbaye. (…) Pareillement, ils auraient laissé se gâter et se perdre les chapes, chasubles, tuniques et diverses étoffes, les unes de soie, les autres d’or et d’argent et même toute la lingerie de l’église. (…) »

Face à un relâchement de la discipline monastique, et à l’influence néfaste des abbés commendataires, l’abbaye qui était rattachée à la Société de Bretagne fut, comme ses autres membres, par un bref du Pape Urbain VIII en date du 8 novembre 1627, rattachée à la Congrégation de Saint-Maur, le 28 septembre 1628, ce qui est à l’origine d’un renouveau spirituel et intellectuel. Entre 1650 et 1655, les bâtiments abbatiaux sont rebâtis par un jeune moine architecte, le frère Robert Plouvier. Mais l’abbaye, critiquée par les Jansénistes, est à nouveau quasiment en ruine à la fin du XVIIe siècle.

Lors de la reconstruction du cloître au milieu du XVIIe siècle, un accident survenu en rade de Brest en 1653 est ainsi relaté :

« Le vingt-cinquième jour du mois d’août [1653], un événement tout à fait funeste et inopiné vint troubler l’allégresse dont la réédification de leur cloître, complètement détruit et effondré, enflammait les religieux de ce (…) monastère. Nous voulons parler de la mort de trois ouvriers qui amenaient en barque des pierres de taille de la carrière de pierre de Logonna. Comme ils s’adonnaient à ce travail, une tempête soudainement levée fit couler la barque alourdie. Ils périrent sous les eaux près du promontoire nommé Penros, pas très éloigné de la carrière de pierre. Voici leurs noms : Yves Moin, Yves Le Borgne, Pierre Kérinnec. D’autres pourtant, qui secondaient ceux-là même en conduisant la barque, se saisirent de planches ou d’accessoires en bois qui se trouvaient dans la barque, ayant imploré d’en haut le secours divin, s’échappèrent jusqu’au rivage. Quant à ceux qui étaient restés morts sous les eaux, on les retrouva la nuit suivante quand la mer se retira et on les amena au monastère. Ils furent ensevelis dans la même fosse, dans la nef de l’église près du monument en pierre érigé en elle du côté du cloître le 26 août. Cependant, une fois quelques jours écoulés, alors que la mer se retirait un peu plus loin du littoral, la barque, délestée d’une partie de sa charge et vidée de ses eaux, se remit à flotter et fut ramenée au monastère. »

Aux XVIIe siècle et XVIIIe siècle, les bois appartenant à l’abbaye étaient une importante source de revenus, facilitée par la forte demande en bois d’œuvre de l’arsenal de Brest (par exemple en 1779 une coupe exceptionnelle rapporte plus de 100 000 livres) ; des “gardes des bois” sont nommés (par exemple Charles Quintric, Julien Le Faou, Jean-Guillaume le Poupon) et poursuivent, l’abbaye étant une seigneurie disposant des droits de police et de justice, les auteurs d’infractions qui, en pillant du bois, compromettent le reboisement ; par exemple le 4 octobre 1693 les moines font interdire le port de faucilles, serpes et autres instruments, afin d’empêcher la coupe de « landes, genêts, épines et autres bois » dans le bois de Penforn.

Le 4 février 1781 un brevet du Roi « autorise l’évêque à engager en cour de Rome la procédure en vue d’extinction et d’union de l’abbaye », la mense abbatiale étant rattachée à l’évêché de Cornouaille et bénéficiant à son évêque Toussaint-François-Joseph Conen de Saint-Luc.

Dès le 22 février 1791, la paroisse de Landévennec fait usage de l’église abbatiale « attendu qu’il ne s’y trouve plus de religieux ». En 1792, l’abbaye bénédictine de Landévennec où il ne restait que 4 moines fut abandonnée, la communauté monastique est dissoute, la bibliothèque dispersée et le monastère est vendu comme bien national à Joseph Richard-Duplessis38 (les bâtiments abbatiaux le 21 mai 1792, l’église abbatiale en 1796). L’abbaye existait encore entière vers 1810 ou 1815, mais son acquéreur d’alors s’acharna à la détruire, il y établit un four à chaux et employa une grande partie des matériaux de l’église et de l’abbaye à cette industrie3. L’abbaye changea six fois de propriétaire au cours du XIXe siècle, passant au Dr François Bavay (dont la petite-fille épousera Alexis Crouan, commanditaire de la villa Crouan à Port Maria). En 1875, ce qui reste de l’abbaye est vendu par les ayants droit du Dr Bavay au comte Louis de Chalus, qui entreprend de sauver ce qui peut encore l’être.

Lors des fêtes du Bleun Brug, l’abbé Yann-Vari Perrot fit jouer une pièce historique sur le moine Jean, abbé de Landévennec, image du renouveau religieux et national selon l’auteur.

Aujourd’hui, sur le site d’origine, les ruines stratifiées témoignent des heurs et malheurs de cette longue histoire montrant ce qui reste des abbayes carolingienne (IXe siècle), romane (XIIe siècle et XIIIe siècle) et mauriste (XVIIe siècle) qui se sont succédé sur le site.

Depuis 1978, des recherches archéologiques en font parler les pierres. Les églises carolingienne et romane, les cloîtres superposés au fil des siècles, le plus ancien datant du IXe siècle demeure jusqu’à aujourd’hui le seul connu de cette période, contribuent à faire de Landévennec un lieu majeur de l’archéologie médiévale en Europe.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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