L’abbaye Notre-Dame de Cîteaux (Côte d’or).

L’abbaye Notre-Dame de Cîteaux est l’abbaye fondatrice de l’ordre de Cîteaux (ordre cistercien). Elle est située sur le territoire de la commune de Saint-Nicolas-lès-Cîteaux, canton de Nuits-Saint-Georges, dans le département de la Côte-d’Or, en Bourgogne-Franche-Comté. Sa construction est de style gothique et d’architecture classique du XIe siècle.

Elle fut fondée en 1098 dans le duché de Bourgogne par Robert de Molesme, abbé de l’abbaye Notre-Dame de Molesme, dédiée à Marie, mère du Christ, et placée sous la protection des ducs de Bourgogne.

Dépendant directement des États pontificaux par droit pontifical, l’Ordre cistercien est officiellement approuvé le 23 décembre 1119 par la Carta Caritatis (Charte de charité et d’unanimité) du pape bourguignon Calixte II, pour répandre et faire appliquer la Réforme grégorienne dans tout l’Occident chrétien, durant la Renaissance du XIIe siècle, en faisant de Cîteaux l’abbaye mère fondatrice de plus de deux mille monastères dans le Royaume de France mais aussi dans tout l’Occident chrétien, jusqu’en Transylvanie, où le monastère de Cârța était la plus orientale des abbayes cisterciennes médiévales d’Europe. L’abbaye de Cîteaux est un centre spirituel majeur qui influence profondément durant plus de sept siècles la vie spirituelle, économique et sociale de l’Occident chrétien au Moyen Âge, avec un retour au respect plus rigoureux de la règle de saint Benoît, par rapport à celle appliquée par le puissant ordre de Cluny, notamment à l’abbaye voisine de Cluny. Ce nouvel ordre monastique connait un essor considérable dans toute l’Europe grâce au moine bourguignon emblématique Bernard de Clairvaux (1090-1153).

À la suite de la Révolution française, lors de la confiscation des biens du clergé et de la noblesse, l’abbaye, ses biens et son domaine terrien de plus de 13 000 hectares, sont confisqués, et en grande partie détruits, ou vendus à titre de bien national en 1791. Depuis 1898, une vingtaine de Cisterciens-Trappistes de l’Ordre cistercien de la stricte observance (OCSO), l’occupent à nouveau et lui ont redonné sa vie spirituelle. Elle a à ce jour retrouvé son rang d’abbaye tête de l’ordre des Cisterciens-Trappistes, et perpétue sa longue histoire et sa tradition. Elle est classée aux monuments historiques depuis 1978.

Ayant quitté ce jour-là l’abbaye Notre-Dame de Molesme avec l’autorisation du légat Hugues de Die, archevêque de Lyon, un petit groupe de vingt-et-un moines, conduit par Robert de Molesme, apparenté à la grande famille des sires de Maligny, novice de l’Abbaye Saint-Pierre de Montier-la-Celle, abbé de l’abbaye Saint-Michel de Tonnerre, prieur de l’Église Saint-Ayoul de Provins, abbé fondateur de l’Abbaye Notre-Dame de Molesme…, arrive dans l’alleu de Cîteaux pour y appliquer la Réforme grégorienne, et vivre dans l’esprit de prière et de pauvreté originelle de la règle écrite par Benoît de Nursie au VIe siècle.

Selon la légende, Robert et ses disciples trouvent dans le bas-pays dijonnais, entre la Côte de Nuits et le Val de Saône, dans une contrée peu peuplée, boisée, aux eaux dormantes, un lieu inculte, peu accueillant, hostile même, mais permettant la construction de bâtiments. En réalité, ce domaine cultivé est un petit village de serfs doté d’une église : propriété du vicomte Raynald (ou Renard) de Beaune (un cousin de Robert) provenant du patrimoine de sa femme Hodierne, elle est concédée par cette famille qui renonce à ses droits laïcs pour la rémission de ses péchés et ceux de ses ancêtres.

Les terres peuvent assurer la subsistance des moines, tout en leur offrant l’isolement et le silence propices au recueillement et à la paix monastique. Ce lieu que le Grand Exorde a qualifié du nom de « désert » est ainsi une concession de Raynald qui se réserve toutefois des terres labourables. Le duc de Bourgogne Eudes Ier (ou Borrel), confirme la donation à Robert de Molesme et apporte son concours financier pour la construction au lieu-dit de la Petite Forgeotte, non loin du Puits Saint-Robert, d’un novum monasterium et de ses dépendances. Bien modeste est à l’origine l’habitat des fondateurs de ce « Nouveau Monastère », fait de fragiles constructions de bois, qui ne sont entreprises qu’après que Gauthier, évêque de Chalon-sur-Saône, accorde à Robert toute juridiction sur les lieux.

Abbaye de Cîteaux, carte maximum, 14/03/1998.

Les premiers moments des fondateurs sont difficiles. Les forces nécessaires à la mise en valeur des terres dépassent celles qu’ils ont à offrir. Les disciples de Robert souffrent d’une pauvreté extrême et suscitent par leur total dénuement charité et miséricorde. Eudes Ier fait preuve de générosité et le pape Pascal II, par la bulle Desiderium quod du 19 octobre de l’année 1100, accorde sa protection au nouveau monastère. Le duc de Bourgogne fournit aux moines de grands biens pour la construction et cède de nouveaux fonds pour la nourriture et l’entretien des religieux. Ce soutien permanent l’a fait regarder comme le fondateur de cette abbaye.

Mais les difficultés d’approvisionnement en eau du site initialement choisi obligent Aubry, († 26 janvier 1109), successeur de Robert après juillet 1099, et sa communauté à s’installer deux kilomètres plus au sud, où ils construisent, sans doute toujours grâce à la générosité d’Eudes, de nouveaux bâtiments dont une chapelle, qui prendra plus tard le nom de chapelle Saint-Edme. Construite en pierre, elle est dédiée à Notre-Dame par Gauthier, évêque de Chalon-sur-Saône, le 16 novembre 1106.

Plus tard, une basilique est construite à une date que l’on place entre 1130 et 1150. Les érudits émettent l’hypothèse que la mise en place, dans une châsse, en 1124, du cœur du pape Calixte II pourrait marquer le début des travaux. Cette basilique est consacrée à la Vierge le 17 octobre 1193 par Robert, évêque de Chalon-sur-Saône. Les destructions révolutionnaires n’en ont rien laissé.

En 1109, Étienne Harding19, (1060-1134) moine d’origine anglaise, homme intelligent, érudit, habile organisateur et administrateur expérimenté, qui fut du groupe des fondateurs de 1098, est élu troisième abbé du Nouveau Monastère à la mort de l’abbé Aubry (26 janvier 1109). Aux problèmes de pauvreté auxquels il doit faire face, s’ajoutent les trop rares vocations, découragées par une réputation de trop grande austérité. La communauté voit fondre ses effectifs : « […] et touchaient aux portes du désespoir parce qu’ils croyaient devoir rester sans successeurs. […] ». Harding comprend qu’il doit accepter un quotidien moins extrême pour attirer de nouveaux postulants.

C’est en 1112 que Bernard de Clairvaux (1090-1153), alors âgé de vingt-deux ans, de noble famille, né au château et basilique de Fontaine-lès-Dijon, près de Dijon décide d’aller à la rencontre de Dieu et de vivre dans l’ascèse monastique la plus rude. Il choisit de prendre l’habit de moine à Cîteaux. Trente compagnons, parents ou amis, le suivent dans sa retraite. Dès son arrivée, la communauté connait un prodigieux essor grâce à son extraordinaire rayonnement et à son action. La personnalité charismatique de Bernard, le maître spirituel incontesté de Cîteaux, marquera l’histoire de l’Ordre durant la première moitié du XIIe siècle et attirera de nombreux convertis. La communauté devient florissante et l’espace manque pour y loger les religieux. Il faut essaimer.

Quatre colonies sont créées presque en même temps aux extrémités de la Bourgogne :

En 1113 : La Ferté-sur-Grosne au diocèse de Chalon-sur-Saône.
En 1114 : Pontigny au diocèse d’Auxerre.
En juin 1115, Bernard lui-même est envoyé avec douze de ses compagnons pour fonder, au diocèse de Langres, sur les terres d’un cousin châtillonnais, près de Laferté-sur-Aube, l’abbaye de Clairvaux. En même temps partira une autre colonie monastique pour fonder l’abbaye de Morimond, également au diocèse de Langres.
La Ferté, Pontigny, Clairvaux et Morimond seront les quatre « filles de Cîteaux » dont sortiront les rameaux de l’Ordre cistercien. L’influence de Bernard dans l’expansion de l’Ordre est décisive. Les quatre filles de Cîteaux ont leurs filiations, mais de Clairvaux naît le plus grand rameau de l’Ordre. À la mort de Bernard, trois cent quarante-et-une maisons, filiales de Clairvaux sont établies. L’Ordre de Cîteaux gagne toute l’Europe : dans les provinces françaises, en Angleterre, en Allemagne, en Bohême, franchissant les Alpes et les Pyrénées. L’Ordre comptera jusqu’à sept cent quarante-deux monastères (ce nombre, fondé sur l’ouvrage de Leopold Janauschek Originum Cisterciensum, ne prend pas en compte les monastères féminins, et est donc au minimum à doubler).

Afin de retrouver dans toutes les fondations la même interprétation de la règle bénédictine du VIe siècle — sans y introduire un sens différent — d’une part, et de promouvoir l’union des nombreuses abbayes cisterciennes d’autre part, Étienne Harding, en collaboration avec les quatre abbés des premières filles et ses moines, rédige le texte constitutionnel fondamental de l’Ordre de Cîteaux, la Carta Caritatis, la Charte de charité. Ce document établit un lien de charité et d’entraide entre chaque maison et inclut diverses mesures d’observance. Le pape clunisien Calixte II, de passage à Saulieu, approuve le 23 décembre 1119 ce texte présenté par Étienne Harding. La « carta caritatis », plusieurs fois remaniée par la suite, prévoit que le pouvoir suprême n’appartient pas à l’abbé de Cîteaux, mais au Chapitre général, qui se réunit chaque année autour de la fête de la Sainte Croix (le 14 septembre) à Cîteaux, ce qui se tiendra effectivement pendant plusieurs siècles. Placés sous la présidence de l’abbé de Cîteaux, les abbés y décident de la conduite des affaires de l’Ordre.

Elle n’empêchera cependant pas les querelles entre les membres de l’Ordre. Dès 1215, une première querelle naît entre les Premiers Pères et l’abbé de Cîteaux pour une question de préséance. La première manifestation de ces querelles intestines à l’Ordre est l’élection en 1262 de Jacques II abbé de Cîteaux ; elle se fait sans consulter les quatre Premiers Pères. Le pape Clément IV confirmera la validité de cette pratique, qui permettra aux moines de Cîteaux d’élire seuls leurs abbés. Au sein même de Cîteaux, des discordes apparaissent et l’élection d’un nouvel abbé est souvent un moment de compétition qui n’améliore pas la situation.

Le premier Chapitre général a lieu en 1119. Il se tient sous la présidence d’Étienne Harding, qui continue à les présider jusqu’en 1134. Le nombre croissant de capitulants atteste de la rapide croissance de l’ordre, même si, dans les débuts, les abbés des maisons éloignées sont dispensés de s’y rendre chaque année. S’ils ne sont que dix abbés en 1119, ils s’en compte soixante-dix en 1134 et deux cents en 1147. Aux XIIe et XIIIe siècles le nombre de capitulants aurait pu être de l’ordre de trois cents. Le nombre de six cents participants dut être atteint en comptant maîtres et familiers en 1605, quatre cents en 1609, deux centsen 1667. Pour l’année 1699, le détail suivant est donné dans l’article de Martine Plouvier : 116 maîtres, 187 familiers et 240 chevaux, et enfin pour 1738 : 130 maîtres, 160 familiers et 180 chevaux. La durée des sessions n’excède pas cinq jours. Le Chapitre général joue un rôle déterminant dans la conduite des affaires. Il gère le présent et pense l’avenir. Ses délibérations portent sur les grands intérêts généraux de l’ordre, et il doit souvent intervenir pour rappeler le principe de l’uniformité. Le gouvernement de l’ordre, qui s’étend du Portugal à la Suède, de l’Irlande à l’Estonie et de l’Écosse jusqu’en Sicile, devient une affaire complexe. Il est nécessaire de mettre en place un comité exécutif restreint, le « Definitorium », institué par le Chapitre général de 1197. Sa composition et l’étendue de ses pouvoirs sont à l’origine de graves dissensions entre l’abbé de Cîteaux et les abbés de La Ferté, de Pontigny, de Clairvaux et de Morimond, les quatre premiers pères. En 1265, au plus fort du conflit, le pape Clément IV doit intervenir pour mettre un terme à cette lutte de pouvoir, en proclamant la bulle « Parvus fons », plus connue chez les cisterciens sous le nom de « Clementina ». Les dispositions proposées par le pape pour la désignation et le choix de ses membres ne satisfont pas les premiers abbés, qui estiment qu’elles accordent trop de pouvoirs à l’abbé de Cîteaux. Il faut la médiation du légat pontifical, le cardinal-prêtre de San Lorenzo, ancien abbé de Cîteaux, pour parvenir à un compromis appelé : l’« Ordinatio cardinalis Sancti Laurentii » (ordonnance du cardinal de San Lorenzo), proposant de nouvelles modalités de désignation des membres, et accepté par le Chapitre général et le pape. En 1265, la composition officielle du « Definitorium » est fixée à vingt-cinq membres appelés les définiteurs. Les décisions prises lors de ces assemblées sont rapportées dans des registres appelés « statuta, instituta et capitula ».

Les difficultés inhérentes à l’éloignement des participants, les conjonctures difficiles — dissensions et querelles internes (guerre des Observances, par exemple) ou à des événements externes à l’ordre —, font que le Chapitre général perd une partie de son intérêt et connaît une forte désaffection de la part des abbés dès la fin du XIIIe siècle. L’abstentionnisme est alors de mise.

La tenue des chapitres est même suspendue pendant les grands événements, tels le Grand Schisme (1378-1417) opposant le pape d’Avignon au pape de Rome, les guerres, les épidémies ou autres fléaux. Il perd sa périodicité annuelle. Les réunions s’espacent régulièrement à partir de 1546 ; on n’en compte que six de 1562 à 1601. Treize chapitres ont lieu au XVIIe siècle et cinq seulement au XVIIIe siècle. Le dernier précédent la Révolution se tient en 1785.

Les débats se tiennent dans la salle capitulaire, grande salle carrée de 19 m de côté, pouvant accueillir environ trois cents sièges.

Le Chapitre général n’attire pas que les abbés. Les puissants désireux d’exprimer leur attachement et leur dévouement à l’ordre rendent visite aux abbés lors de leurs assemblées. Des papes, des rois, des princes, des prélats y siègent. Louis le Gros assiste au Chapitre général de 1128, le pape Eugène III préside celui de 1147 ou 1148. Louis VII dit le jeune et le duc de Bourgogne Hugues III sont à Cîteaux en 1164. Le 16 septembre 1244, l’abbé général reçoit Louis IX, la reine, sa mère la reine Blanche de Castille, ses frères dont le comte de Poitiers Alphonse, le comte de Flandre Thomas II de Piémont, le duc Hugues IV de Bourgogne et six comtes de France.

Le chapitre de l’ordre de Saint-Michel, du 10 juin 1521, est présidé par François Ier, le roi étant accompagné de sa mère, Louise de Savoie, et de nombreux chevaliers. Le roi Louis XIV honore le monastère de plusieurs visites. D’abord en 1648 (ou 1649) où, reçu par dom Vaussin, il assiste au Chapitre général, puis le 12 avril 1650 accompagné d’Anne d’Autriche, du cardinal Mazarin et d’autres seigneurs, et à nouveau en 1683, accompagné de la reine Marie-Thérèse, alors qu’il visite le camp retranché de Saint-Jean-de-Losne. C’est à cette occasion qu’il fait don de la plus grosse des huit cloches de la basilique.

Abbaye de Cîteaux, épreuve de luxe.

La tenue des Chapitres généraux à Cîteaux confirme l’abbaye dans sa position à la tête de l’ordre. En 1491, l’abbé de Cîteaux est reconnu comme chef d’ordre par 3 252 monastères. Il est le seul à posséder le droit de présider le Chapitre général. C’est aussi le plus grand personnage du clergé régulier en Europe et l’un des plus grands de l’Église de France. L’abbé Jean de Cirey, 46e abbé de Cîteaux, est élevé par Louis XI en 1477 à la dignité perpétuelle de premier conseiller né en son parlement de Bourgogne, en remerciement de sa célérité à se rallier au nouveau maître de la Bourgogne.

Le respect de l’idéal prôné par la charte n’est pas un obstacle à la volonté des cisterciens de s’adapter selon les circonstances et à réviser leurs statuts. À maintes reprises, l’idéal primitif est même quelque peu « bafoué ». Le temps fait son œuvre et l’Ordre s’éloigne progressivement de l’idéal de perfection qui est le moteur de son rayonnement. L’Ordre se laisse finalement corrompre par sa puissance.

Sa décadence commence au début du XIIIe siècle. L’abbé Conrad d’Urach, élu en remplacement d’Arnaud II démissionnaire, amorce un mouvement de réforme. En 1493, à son tour, le pape Innocent VIII tente de lutter contre la décadence. Il ordonne à l’abbé de Cîteaux de travailler dans cette voie en collaboration avec les abbés. Les mesures préconisées ne sont cependant pas confirmées par le Chapitre général. Au début du XVIIe siècle, le Concile de Trente décide d’une réforme entre les monastères réformés qui veulent suivre la règle de l’« Étroite Observance » et ceux non réformés de la « Commune Observance ». La mise en application de cette réforme se fait dans un climat de querelles entre communautés. Entre les partisans de la réforme et les anti-réformistes s’engage une lutte sévère appelée « guerre des observances », qui commence vers 1606. Vers 1620, Louis XIII intervient et demande au pape Grégoire XV de prendre les mesures pour la réforme de l’Ordre.

En 1622, le pape nomme le cardinal François de La Rochefoucauld, ancien évêque de Clermont, pour prendre en main la réforme. En 1634, au plus fort de la discorde, Richelieu est appelé par les supérieurs de l’Ordre et pressé d’accepter le titre de « cardinal-protecteur de l’Ordre ». Richelieu accepte la proposition et reçoit le 22 décembre 1635 les lettres patentes de confirmation du roi. Le 15 janvier 1636, Richelieu envoie le sieur Froissard, docteur en Sorbonne, pour prendre, en son nom, possession du siège de Cîteaux. Les supérieurs de l’Ordre, qui avaient déclaré qu’ « ils aimaient mieux être fouettés par son Éminence que caressés par La Rochefoucauld », trouvent en Richelieu un ardent défenseur de la réforme. Sa mort le 4 décembre 1642 fait perdre aux partisans de la réforme leur plus puissant et fidèle soutien, même si, dans son testament, le cardinal demandait à Louis XIII de veiller à ce que l’abbé de Cîteaux soit un religieux de l’Étroite Observance. La guerre des observances s’apaise à partir de 1666, quand le pape Alexandre VII promulgue la bulle « In Suprema » destinée à rétablir la paix dans l’Ordre. Cette bulle est toutefois rejetée par le Chapitre Général du 19 mai 1672.

L’économie du monastère n’est pas toujours florissante et connaît des périodes difficiles. En 1235, l’abbaye est couverte de dettes. En 1262, le monastère fait à nouveau face à une grave crise financière, la tenue des réunions annuelles du Chapitre général étant source de grandes dépenses. Le Chapitre général autorisera l’abbé de Cîteaux à mettre à contribution les autres monastères de l’Ordre.

À la fin du XIIe siècle, les cisterciens, à la tête d’un domaine de quelque 5 000 hectares, ont jeté les bases du temporel. Le grand atlas de Cîteaux, conservé aux archives départementales de Dijon (11H138), permet de connaître le détail des propriétés de Cîteaux en 1718. Elles se décomposaient alors comme suit :

  • Enclos de Cîteaux : 20 hectares ;
  • Étangs 150 hectares ;
  • Vignes 120 hectares ;
  • Prés : 700 hectares ;
  • Terres de labour : 4 000 hectares ;
  • Bois : 4 200 hectares dont 2 000 hectares autour de l’abbaye.

Soit au total 9 190 hectares.

En 1726 l’abbaye de Cîteaux comptait 120 000 livres de revenu.

Cette expansion assurera aux Cisterciens une place prépondérante, non seulement au sein du monachisme européen, mais aussi dans la vie culturelle, politique et économique.

Dans la situation tumultueuse qu’installe la Révolution, Talleyrand, évêque d’Autun, député aux États généraux, membre du Comité de Constitution de l’Assemblée nationale, donne le 10 octobre 1789 sa « Motion sur la nationalisation des biens ecclésiastiques ». Cette proposition, adoptée par les députés le 2 novembre 1789, met tous les biens ecclésiastiques à la disposition de la nation française. Le 13 février 1790 sonne l’heure de la chute ; l’Assemblée décrète l’abolition des congrégations et ordres religieux, et ordonne de procéder à la vérification des comptes de toutes les maisons religieuses.

À Cîteaux, le climat interne devient aussi tumultueux que celui qui règne dans le monde extérieur. Les relations entre les religieux et Dom Trouvé, à l’autorité déjà fortement contestée, se tendent. Les moines se réunissent au chapitre et exigent de l’abbé, afin de garantir leurs droits, qu’il rende ses comptes et qu’il présente l’inventaire exigé par le décret. Dom Trouvé leur oppose un refus. La révolte gronde parmi les moines à Cîteaux. Le 20 avril, il faut l’intervention du gouverneur de Bourgogne, de Bourbon-Busset, pour rétablir la paix. Le 24 avril, les moines décident de faire appel à des avocats de Dijon pour faire répondre Dom Trouvé de la vente de mobilier, bétail et linge qu’il aurait effectuée en secret.

« Les religieux ne le reconnaissaient plus comme supérieur et voulaient s’emparer de tout. Certains religieux avaient même essayé de soustraire les objets précieux en démolissant la voûte du trésor ». « L’abbaye était en état de guerre».

Le 1er mai 1790, un détachement de quatorze artilleurs du Régiment de La Fère en garnison à Auxonne, envoyé sur décision du Directoire du District, arrive sur place pour rétablir et maintenir l’ordre.

Les 2 et 3 mai 1790, les religieux sont invités à faire part de leur choix entre le maintien à la vie commune ou le retour à la vie privée : sur les quarante-cinq religieux recensés, (auxquels il faut ajouter 7 convers), trente-et-un religieux optent pour la vie privée et 14 pour la vie commune.

Le 4 mai 1790, Dom Trouvé, face à cette révolte, préfère quitter Cîteaux pour l’abbaye de La Bussière. Lorsque le 15 octobre, il veut reparaître au monastère ; craignant pour sa sécurité, il se fait accompagner de deux commissaires du district. Du 4 au 15 mai a lieu un ensemble d’inventaires. Le 8 septembre 1790, les moines se livrent au pillage des objets précieux que les commissaires du district ont entreposés. Le 12, jour où éclate une querelle entre les moines, arrivent les commissaires chargés de faire l’inventaire des objets volés. Les estimations et ventes de matériels divers ont lieu les 10 septembre, 15 octobre, 7 et 28 décembre 1790.

À la veille de la vente du 24 janvier 1791 concernant 207 instruments aratoires, un nouveau recensement dénombre 15 religieux et 5 convers, tous quittent Cîteaux autour du 10 mai 1791. Les bâtiments et seulement 800 hectares de terre, non compris mobilier et objets précieux sont estimés les 24 février et 13 mars 1791 pour une somme de 482 000 livres.

Les 10 353 volumes qui trouvent place dans la bibliothèque sont enlevés les 29, 30 avril, puis les 3 et 6 mai 1791 dans quatorze voitures chargées avec l’aide des canonniers de La Fère, — parmi lesquels, d’après le témoignage de L.B. Baudot, se trouvait peut-être le lieutenant Bonaparte — pour être déposés dans la salle des Festins, (aujourd’hui salle de Flore au Palais des États de Dijon), lieu de dépôt des livres nationaux du district.

Le 4 mai 1791, Cîteaux est acquis par la société formée à dessein par les nommés Duleu, Dardelin, Bossinot, Latey et Gentils de Dijon contre la somme de 862 000 livres, mais la société est rapidement déclarée en faillite.

Le 31 mai 1791, Jean-François-Xavier Fromme d’Amance, tuteur onéraire des trois petits-enfants56 de Philippe-Guillaume Tavernier de Boullongne (1712-1791), (connu sous le nom de Boullongne de Magnanville) est mis en possession de l’abbaye pour le compte des enfants. Il fait aussitôt commencer la démolition systématique des bâtiments pour tirer parti des matériaux. L’orgue, qui datait de l’abbatiat de Jean XI Loisier (1540-1559) et qui était placé au-dessus de la grande porte d’entrée de l’église, connaît aussitôt un sort funeste : l’étain est vendu et le buffet utilisé comme bois de chauffage.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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