La tortue luth.

La Tortue luth (Dermochelys coriacea), unique représentant du genre Dermochelys, est une espèce de tortues de la famille des Dermochelyidae.

C’est la plus grande des sept espèces actuelles de tortues marines, la plus grande des tortues de manière générale, et le quatrième plus grand reptile après trois crocodiliens.

Elle ne possède pas d’écailles kératinisées sur sa carapace, mais une peau sur des os dermiques. C’est le seul représentant contemporain de la famille des Dermochelyidae, le clade des tortues à dos cuirassé, connu aussi par diverses espèces fossiles, dont certaines géantes comme l’Archelon.

La Tortue luth fréquente tous les océans de la planète, mais sa survie est gravement menacée par le braconnage, les filets de pêche, la pollution et l’urbanisation du littoral. Elle figure sur la liste de l’UICN des espèces en voie de disparition et fait l’objet de conventions et de programmes internationaux de protection et de conservation.


Le trait le plus remarquable de la tortue luth est sa silhouette en forme de coque de navire renversé, traversée de sept carènes, avec son dos recouvert d’une carapace de peau, à l’aspect de cuir, de couleur bleue très foncé, moucheté de petits points blancs. La face ventrale de l’animal est de couleur rosé sombre, traversée par trois carènes peu marquées. Par ailleurs sa simple taille la distingue des autres tortues marines.

Tortue luth, carte maximum, Nouméa, 2002.

La tête est très grande, ce qui contraste avec un museau peu développé. Sur le bec supérieur, on peut observer une pointe médiane très marquée entourée de deux grandes encoches. L’intérieur de la bouche est occupé par une multitude de cônes, utilisés aussi bien pour l’oxygénation que l’alimentation.

Ses membres sont fortement aplatis et transformés en palettes natatoires appelées nageoire ou rames, ils sont dépourvus de griffes; ses nageoires antérieures sont en outre très longues en comparaison de celles des autres tortues de mer, elles font plus de la moitié de la longueur de la carapace.
Un large cou relie la tête aux épaules. Il ne permet pas à cette espèce de rentrer complètement sa tête à l’intérieur de sa cuirasse.
La queue est de forme conique ; elle est rehaussée par une base épaisse et possède parfois un pli qui prolonge la carène vertébrale de la carapace.


La couleur de la peau de l’animal est d’un bleu très foncé. Elle est brillante et lisse, ce qui lui donne l’aspect du cuir. Les carènes de la dossière sont soulignées par un éclaircissement de la peau. Tout son corps est parsemé de petits points blanchâtres. Le plastron est rosé et plutôt sombre. La carène de la queue, quand elle existe, est également blanchâtre.

Le tête de l’animal présente une tâche, de couleur blanche à rosée, correspondant à un chanfrein. Cette tache a une forme unique pour chaque individu et permet leur identification sur photo .

À l’éclosion les bébés tortues mesurent 7 à 8 cm et pèsent seulement quelques dizaines de grammes.

L’institut « Pêche et Océan Canada » a mesuré un poids moyen de 400 kg pour une longueur courbe de la carapace de 1,50 mètre, pour les individus adultes dans les eaux nationales de l’océan Atlantique. En Guyane, sur les sites de pontes et dans les eaux françaises, l’Office français de la biodiversité indique une moyenne de 400 kg pour le poids et une longueur d’environ 1,60 m. Le plus gros spécimen, mesuré au Pays de Galles, pesait 915 kg et dépassait 2,20 m de longueur.

Le squelette des chéloniens est caractérisé par un crâne anapside (avec une seule fosse pour les orbites). Les ceintures pelviennes et scapulaires sont positionnées à l’intérieur de la cage formée par les côtes.

La cuirasse dorsale est appelée « Dossière », La carapace ventre est appelée « plastron ».

Chez la tortue luth, la structure osseuse de la carapace est réduite à une mosaïque de petits osselets irréguliers, insérées dans une plaque tissu conjonctif épais. Les plus gros de ces osselets sont tuberculés et disposés en lignes. Ces lignes, visibles sous la peau, forment les crêtes ondulées appelées carènes qui filent de la tête vers la queue de l’animal.

Cette carapace profondément transformée n’est pas attachée à la colonne vertébrale et aux côtes mais en est séparée par une couche adipeuse. Du côté externe elle est complètement dépourvue de toute couverture d’écailles. La protection du dos est en revanche assurée par un épaississement marqué de la peau, qui forme ainsi une pseudo-carapace lisse ayant l’aspect du cuir. C’est un caractère unique chez les tortues actuelles, toutes les autres espèces possédant des écailles kératinisées sur une carapace osseuse.

Les os des mains sont fins, on observe pas d’épaississement liés à l’adaptation à la vie aquatique.

La tortue luth est une excellente plongeuse puisque des scientifiques ont relevé plusieurs observations de tortues luth jusqu’à 1 300 m de profondeur pour des plongées de 4 938 s (soit plus de 80 min).

La tortue luth peut rester jusqu’à quatre-vingt minutes en plongée, en partie grâce à l’extraction de l’oxygène de l’eau à l’aide de longues papilles situées dans sa gorge et à la récupération d’oxygène dissous dans certains de ses tissus.

Avec un rythme métabolique trois fois supérieur à un reptile de cette dimension et l’isolation fournie par son corps massif et gras, la tortue luth peut supporter des eaux froides. La température de son corps peut être supérieure de 18 °C à celle de l’eau dans laquelle elle évolue. Ses nageoires l’aident également à conserver la chaleur. Elles fonctionnent comme des échangeurs de chaleur à contre-courant, c’est-à-dire que les artères chaudes réchauffent les veines froides. Allié à sa carapace résistante à de fortes pressions, cela lui permet de plonger à plus de 1 200 m de profondeur.

Tortue luth, carte maximum, Cherbourg, 23/06/2002.

Plusieurs études de suivi par satellite pour connaître leur migration furent effectuées notamment par le CNRS et l’Institut polaire français – Paul Émile Victor qui équipèrent des tortues luth de balises Argos.

Le comportement de migration des tortues luth peut être découpé en deux périodes :

Pendant la saison de ponte, entre deux pontes les tortues luth migrent à faible distance généralement de façon passive et sans s’alimenter, pour réduire les dépenses en énergie. Ce comportement connaît une exception pour les individus se reproduisant en Guyane et sur l’île de Sainte-Croix dans les Caraïbes, qui se nourrissent de façon apparemment opportuniste, en plongée profonde et active. Une perte de poids d’environ 11% de la masse corporelle a lieu pendant cette période. Le domaine vital est plus grand que chez les autres espèces de tortues marines pendant cette période inter-ponte, les femelles luth s’éloignent davantage des plages (entre 50 km et 200 km, pour la population atlantique). Les plongées sont courtes et peu profondes, que ce soit dans l’Atlantique ou le Pacifique; cependant une grande variabilité de comportement a été observé selon les individus, dans plusieurs études.

Après la ponte viens une phase de transit, en passant par des zones pauvres en nourriture, pour rejoindre les zones d’alimentation dans des eaux tempérées, que ce soit dans l’Atlantique ou le Pacifique. Les tortues luth semblent privilégier des zones de fronts océanique, où des eaux aux caractéristiques contrastées se rencontrent, par exemple la zone de rencontre entre les eaux glaciales du courant du Labrador et les eaux chaudes du Gulf stream dans l’Atlantique nord ou le long du courant Kuroshio dans le Pacifique. Ce sont des zones où le zooplancton est susceptible de se concentrer en masse.
Cette espèce parcourt, ainsi, plusieurs milliers de kilomètres lors de ses voyages transocéaniques pour rejoindre ses aires d’alimentation en méduses. Elles progressent en s’orientant à l’aide du champ magnétique terrestre.

La méduse constitue la majeure partie de l’alimentation de la tortue luth, mais elle peut également se nourrir de salpes, de poissons, de crustacés, de calmars, d’oursins et même de certains végétaux, dont des algues (surtout consommées par les jeunes spécimens). Elle peut consommer quotidiennement une quantité de méduses égale à son propre poids, soit jusqu’à 50 individus de grande méduse Rhizostoma pulmo. La tortue luth a donc un rôle crucial dans l’équilibre écologique mais aussi économique du fait de son alimentation. En effet, en consommant des méduses, elle réduit leur nombre et ces dernières consomment donc moins de poisson, ce qui laisse de nouvelles opportunités pour les pêcheurs. Elle aurait une influence positive sur les populations de poissons, les méduses étant d’importants prédateurs d’alevins.

Les tortues n’ayant pas de dents et les méduses étant difficiles à déchiqueter, les scientifiques se sont demandé comment les tortues luth pouvaient s’alimenter avec ces animaux. On a découvert que l’œsophage de la tortue luth, tapissé d’épines, avait pour fonction le dépeçage des proies.

La prédation animale est importante lors de l’éclosion des œufs car le jeune animal de quelques centimètres à la naissance est menacé par les crabes, caïmans, oiseaux et mammifères s’aventurant sur les plages (par exemple, les coatis). Mais, les œufs sont aussi directement menacés par les insectes et, en Guyane française notamment, par la courtilière. Une fois arrivées à l’eau, les jeunes tortues luth ne sont pas encore en sécurité, elles deviennent les proies des pieuvres et gros poissons.

Comme les tortues luth ne s’approchent des côtes que pour pondre et préfèrent les grands fonds, elles sont qualifiées de pélagiques.

La maturité sexuelle de l’animal n’est pas bien définie, mais selon certains scientifiques elle pourrait être atteinte vers l’âge de 6 ans ; pour d’autres, elle se situe entre 10 et 12 ans. Les jeunes spécimens sont très difficilement observables et aucun élevage en captivité n’a pu être réussi. En effet, les tortues luth ne peuvent nager à reculons, et en aquarium se heurtent donc sans cesse contre les parois. De plus les mâles ne retournent jamais sur leur lieu de naissance ce qui empêche un décompte de leur population. L’accouplement est également très délicat à observer, aucun scientifique n’en a eu l’occasion, on ignore même où il a lieu dans la majorité des cas. Il est admis, à partir de différents témoignages, que le mâle s’accroche au dos de la femelle avec ses nageoires souples. En cas d’alerte, l’accouplement s’arrête et les tortues se séparent, ce qui expliquerait aussi, en partie, les difficultés d’observation précédemment relevées.

Une seule fécondation pourrait suffire à 4 à 10 pontes. Le record observé par des scientifiques est de 17 pontes. Elles sont toujours espacées de 10 à 15 jours. Elles se déroulent de mars à juillet dans l’océan Atlantique et de septembre à mars dans l’océan Pacifique. Elles ont lieu en bas des plages, à marée haute, généralement de nuit. La nidification se déroule en 7 phases :

  • L’ascension : la femelle rejoint le haut de la plage, à la lisière de la végétation, en 10 minutes environ.
  • Le balayage : elle déblaie le sable avec ses pattes pendant un quart d’heure.
  • Le creusement : elle creuse un trou jusqu’à 80 cm de profondeur avec ses pattes arrière ; l’opération prend environ 25 minutes.
  • La ponte : cette étape est accompagnée de respirations rauques et s’effectue par salves ; elle dure une vingtaine de minutes ; la présence de l’homme ne peut plus la perturber ; les yeux de l’animal sécrètent une substance gélatineuse, a priori, pour évacuer le sel accumulé par son organisme à cause de son mode d’alimentation.
  • Le rebouchage : les pattes postérieures ramènent le sable sur les œufs et les nageoires postérieures le tassent pendant une petite dizaine de minutes.
  • Le camouflage : pendant 20 minutes, la tortue pivote sur elle-même pour cacher les traces de son passage.
  • Le retour à l’eau : parfois direct, parfois indirect, la tortue luth peut effectuer des boucles avant son départ.Une tortue luth peut pondre plus de 1 000 œufs en une année. Ils sont de couleur blanche, mesurent environ 50 mm de diamètre et possèdent une membrane souple. Ils sont accompagnés d’œufs stériles sans jaune, de diamètre inférieur aux œufs viables. Les scientifiques ne s’accordent pas à comprendre leur utilité dans le nid, même s’ils représentent presque la moitié de la ponte.

L’incubation varie de 60 à 70 jours et a lieu à plus de 26 °C. En dessous de cette température, les œufs ne se développent pas. La détermination sexuelle dépend de la chaleur du nid28. Entre 26 et 30 °C, c’est l’incubation classique, produisant un mélange de mâles et femelles. Au-dessus de 30 °C, les tortues ne seront que des femelles.

À l’éclosion, le spécimen mesure de 7 à 8 centimètres de longueur. Il possède des nageoires antérieures surdimensionnées. Il est alors une proie facile pour de nombreux prédateurs. Le premier instinct de la tortue luth est de se diriger vers le point le plus brillant à l’horizon : la mer (qui reflète les rayons solaires), où de nouveaux dangers l’attendent.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

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