La statue de la liberté à New-York

La Liberté éclairant le monde (Liberty Enlightening the World), ou Liberté, plus connue sous le nom de statue de la Liberté (Statue of Liberty), est l’un des monuments les plus célèbres des États-Unis. Cette statue monumentale est située à New York, sur l’île Liberty Island, au sud de Manhattan, à l’embouchure de l’Hudson et à proximité d’Ellis Island.

Pesant 204 tonnes et mesurant 92,9 mètres, elle fut construite en France et offerte par le peuple français, en signe d’amitié entre les deux nations, pour célébrer le centenaire de la Déclaration d’indépendance américaine. La statue fut dévoilée au grand jour le en présence du président des États-Unis, Grover Cleveland. L’idée venait du juriste et professeur au Collège de France Édouard de Laboulaye, en 1865. Le projet fut confié, en 1871, au sculpteur français Auguste Bartholdi. Pour le choix du cuivre devant être employé à la construction, l’architecte Eugène Viollet-le-Duc eut l’idée de la technique du repoussé. En 1879, à la mort de Viollet-le-Duc, Bartholdi fit appel à l’ingénieur Gustave Eiffel pour décider de la structure interne de la statue. Ce dernier imagina un pylône métallique supportant les plaques de cuivre martelées et fixées.

La statue fait partie des National Historic Landmarks depuis le et de la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1984.

La statue de la Liberté, en plus d’être un monument très important de la ville de New York, est devenue l’un des

Gustave Eiffel, constructeur de la structure interne de la statue

symboles des États-Unis et représente de manière plus générale la liberté et l’émancipation vis-à-vis de l’oppression. De son inauguration en 1886 jusqu’au Jet Age, la statue a ainsi été la première vision des États-Unis pour des millions d’immigrants, après une longue traversée de l’océan Atlantique. Elle constitue l’élément principal du Statue of Liberty National Monument qui est géré par le National Park Service. La création de la statue de la Liberté se place dans la tradition du colosse de Rhodes, dont certaines représentations ont sans doute été une inspiration pour Bartholdi.

Après les attentats du 11 septembre 2001, l’accès a été interdit pour des raisons de sécurité : le piédestal a rouvert en 2004 et la statue en 2009, avec une limitation du nombre de visiteurs autorisés à accéder à la couronne. La statue (y compris le piédestal et la base) a été fermée pendant une année jusqu’au 28 octobre 2012, pour qu’un escalier secondaire et d’autres dispositifs de sécurité puissent être installés (l’accès à l’île est cependant resté ouvert). Un jour après la réouverture, l’accès a été de nouveau interdit en raison des effets dévastateurs de l’Ouragan Sandy. Les accès à l’île et à la statue ont été rouverts le 4 juillet 2013. L’accès du public au balcon entourant la torche est toujours interdit, pour des raisons de sécurité, depuis 1916.

L’idée d’un présent en gage de l’amitié franco-américaine et pour célébrer le centenaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis est traditionnellement attribuée au juriste et homme politique Édouard de Laboulaye, auteur de Paris en Amérique et des Contes Bleus. Laboulaye, devenu le leader d’un groupe libéral de républicains américanistes après la mort d’Alexis de Tocqueville, organise le 21 avril 1865 un dîner clandestin à Glatigny dont la raison officielle est de célébrer la victoire de l’Union dans la guerre de Sécession (bataille d’Appomattox Court House en avril 1865) alors que les États-Unis sont en pleine période de reconstruction et à l’aube du Gilded Age, c’est-à-dire de la « période dorée ». Après le dîner, alors que ces républicains (dont Oscar du Motier de La Fayette, Charles de Rémusat, Hippolyte Clérel de Tocqueville et le sculpteur alsacien Auguste Bartholdi qui venait de sculpter le buste de Laboulaye) s’étaient affligés de l’assassinat le 15 avril 1865 d’Abraham Lincoln qu’ils idolâtraient, ils auraient eu l’idée de ce présent qui était de plus un moyen de critiquer le régime du Second Empire qu’ils jugeaient répressif. Bartholdi aurait confié à ce dernier :

« Je lutterai pour la liberté, j’en appellerai aux peuples libres. Je tâcherai de glorifier la république là-bas, en attendant que je la retrouve un jour chez nous. »

En réalité, l’idée d’une statue en relation avec Lincoln et les États-Unis ne naît pas de ce dîner mais d’une collecte de fonds organisée en 1865 par le quotidien Le Phare de la Loire pour une médaille en or dédiée à Mary Todd Lincoln, la veuve du président américain. Bartholdi a certainement mélangé la campagne pour la médaille et le dîner d’américanophiles pour inventer dans son journal, 20 ans après les faits, un pamphlet donné lors de ce dîner pour lever des fonds.

Ce projet né à la fin des années 1860, en pleine vague de statuomanie, vacille en raison de la situation politique instable de la fin du Second Empire. Bartholdi, impressionné par les colosses de Memnon qu’il a découverts lors de son voyage en Égypte en 1855, se consacre alors à d’autres sculptures colossales, comme celle d’un grand phare (sous la forme d’une fellahine de 19 m de hauteur tenant une torche en l’air) à l’entrée du canal de Suez qu’il propose en 1867 à Ismaïl Pacha, khédive d’Égypte et qui s’appellerait La Liberté éclairant l’Orient. Ce projet est abandonné, faute de financement (une statue plus modeste de Ferdinand de Lesseps, sculptée par Emmanuel Frémiet, est inaugurée le 17 novembre 1899 à Port-Saïd), mais Bartholdi garde le souvenir de cette statuaire colossale égyptienne.

En 1870, Bartholdi sculpte une première ébauche en terre cuite et en modèle réduit aujourd’hui exposée au musée Bartholdi à Colmar. La même année, la France entre en guerre contre la Prusse et doit capituler. Le 10 mai 1871, elle cède l’Alsace-Lorraine à l’Empire allemand. L’opinion publique et le gouvernement français sont déçus de la sympathie des États-Unis pour les Allemands, dont le nombre était important sur le sol américain. Le projet commémoratif est temporairement écarté en raison des troubles politiques que connaît le début de la Troisième République. En effet, la plupart des Français pensent alors que cette république n’est qu’une solution temporaire qui laisserait place à la monarchie, ou à un régime semblable à celui de Napoléon Ier.

Le 8 juin 1871, muni de lettres d’introduction de Laboulaye, Bartholdi part pour cinq mois pour les États-Unis où il repère le site de Bedloe’s Island, future Liberty Island, et tente de gagner des partisans. Il rencontre le président américain Ulysses S. Grant le 18 juillet 1871 à New York. Dans un club select de la ville de New York, il organise un dîner pour collecter des fonds auprès de riches républicains, leur révélant le coût initial de la sculpture, 125 000 dollars (correspondant à 2,5 millions au début du XXIe siècle) pour le piédestal à la charge des Américains, 125 000 pour le reste de la statue à la charge des Français, mais il revient en France sans argent, les hommes d’affaires voulant apposer le nom de leur compagnie sur la statue en échange de leur participation financière18.

La structure a été conçue dans les ateliers Gustave Eiffel, à Levallois-Perret, et au 25 rue de Chazelles dans le XVIIe arrondissement de Paris, là où se montaient les pièces de cuivre. 

Des sources diverses mettent en avant différents modèles qui auraient servi à déterminer le visage de la statue. Cependant, les historiens en sont réduits à des hypothèses et aucune proposition n’est véritablement fiable et authentique.

Parmi les modèles proposés, on trouve Isabella Eugenie Boyer, veuve de l’inventeur milliardaire Isaac Merritt Singer, fondateur de la célèbre entreprise de machines à coudre, qui avait contribué au financement du projet. Mais Bartholdi ne l’a connue qu’en 1875, alors que le visage existait déjà.

Selon certaines sources, Bartholdi se serait inspiré du visage de sa mère, Charlotte Bartholdi (18011891), dont il était très proche, pour donner à la statue son visage sévère. Le National Geographic Magazine appuie cette hypothèse, en précisant que le sculpteur n’a jamais expliqué ni démenti cette ressemblance avec sa mère.

D’autres modèles fantaisistes ont été avancés : Bartholdi aurait voulu reproduire le visage d’une jeune fille juchée sur une barricade et tenant une torche, au lendemain du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte mais Bartholdi n’était pas présent à Paris à cette époque. Il se serait inspiré d’un modèle qui posait pour lui, une femme surnommée la « Grande Céline », prostituée du quartier Pigalle, avec l’accord de la sous-maîtresse dirigeant le grand bordel de la rue de Chazelles, près des ateliers où les feuilles de cuivre de la statue furent assemblées.

Une étude publiée par Nathalie Salmon en août et en octobre 2013 obtient le soutien d’institutions européennes et américaines ainsi que l’apport documentaire de divers organismes. Elle met en avant une de ses ancêtres, l’Américaine Sarah Coblenzer (New York, 1844 – Paris, 1904), future épouse de son ami intime, fondé de pouvoir et promoteur de l’amitié franco-américaine Adolphe Salmon documents à l’appui, l’auteur montre comment elle a posé pour lui à Paris pour la statue de la Liberté au printemps 1875, lors d’un voyage en Europe. Bartholdi a peut-être réalisé une synthèse de plusieurs visages féminins, afin de donner une image neutre et impersonnelle de la Liberté mais la ressemblance avec le visage néo-classique de Sarah Coblenzer est indéniable.

Selon Régis Hueber, historien et conservateur honoraire du musée Bartholdi, ces hypothèses relèvent de légendes. Voulant exalter la portée universelle du message républicain de la Liberté, Bartholdi ne s’est certainement pas inspiré de cas particuliers.

D’un commun accord, il fut convenu que les Français seraient responsables de la conception et de la construction de la statue puis de son assemblage une fois les pièces arrivées sur le sol américain, et que les États-Unis se chargeraient de la construction du socle. Cependant, des problèmes financiers survinrent des deux côtés de l’océan Atlantique.

En France, la campagne de promotion pour la statue débuta à l’automne 1875. C’est le Comité de l’Union Franco-Américaine, pour lever des fonds, fondé en 1875 par Édouard de Laboulaye, qui se chargea d’organiser la collecte des fonds pour la construction de la statue. Tous les moyens de l’époque furent utilisés à cette fin : articles dans la presse, spectacles, banquets, taxations publiques, loterie, coupe-papier à l’effigie de la statue, etc. La cantate La Statue de La Liberté de Charles Gounod composée spécialement est créée à l’Opéra profit de la souscription. Plusieurs villes françaises, des conseils généraux, des chambres de commerce, par le Grand Orient de France mais aussi des milliers de particuliers firent des dons. Le nombre de 100 000 souscripteurs fut annoncé. Dès la fin de l’année 1875, les fonds rassemblés se montaient déjà à 400 000 francs, mais le devis passa par la suite à un million de francs de l’époque. Ce n’est qu’en 1880 que la totalité du financement fut assurée en France. Parallèlement, aux États-Unis, des spectacles de théâtre, des expositions d’art, des ventes aux enchères ainsi que des combats de boxe professionnels furent organisés pour recueillir de l’argent nécessaire à la construction du socle.

Bartholdi adopta pour sa statue une structure interne recouverte de feuilles de cuivre repoussé, technique qu’il découvrit sur la statue de Charles Borromée en Italie, premier exemple de l’utilisation de cuivre repoussé sur une structure solide, un pylône en maçonnerie et qui lui fut proposée par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc (ce dernier avait opté comme structure interne solide des caissons remplis de sable afin de donner à la statue une stabilité face aux vents puissants de la baie). Les 300 feuilles de cuivre d’un mètre sur trois furent fabriquées à la main dans les ateliers de la fonderie « Gaget, Gauthier et Cie » en 1878. 64 tonnes de feuilles de cuivre furent offertes par un donateur, l’industriel Pierre-Eugène Secrétan, permettant au chantier de démarrer. Les travaux de précision furent ensuite confiés par Eiffel à Maurice Koechlin, l’un de ses proches avec qui il travailla aussi sur la Tour Eiffel. L’armature est construite à Levallois-Perret dans les ateliers Eiffel d’autres éléments dans le 17e arrondissement de Paris. Devenue le plus haut monument de Paris, Bartholdi fit payer une somme modique aux Parisiens pour la visiter.

Bartholdi avait espéré que la statue serait terminée et assemblée pour le , date précise du centenaire de l’indépendance, mais de nombreux soucis durant la période de construction retardèrent les travaux; notamment le manque d’ouvriers et artisans (charpentiers, ferronniers, plâtriers) dû au financement incomplet : seulement neuf des 300 feuilles de cuivre étaient achevées ; le plâtre de la main se brisa en mars 1876. Bartholdi, pour sauver sa statue, concentra alors la construction de l’élément le plus symbolique de la statue, le bras tenant la torche, qui put être exposé en septembre 1876 à la Centennial Exposition (exposition du centenaire) de Philadelphie. Les visiteurs pouvaient grimper sur une échelle qui menait au balcon situé autour de la torche, moyennant 50 cents. Des photographies, des affiches et des maquettes de la statue furent vendues pendant l’Exposition. L’argent récolté put être utilisé pour terminer les travaux. Deux années plus tard, en juin 1878, la tête de la statue fut révélée au public dans les jardins du Champ de Mars à l’occasion de l’exposition universelle de Paris de 1878 : les visiteurs pouvaient pénétrer dans la tête jusqu’au diadème au moyen d’un escalier de 43 mètres.

Viollet-le-Duc est tombé malade plusieurs mois avant de mourir en 1879, Bartholdi engagea un nouvel ingénieur, Gustave Eiffel, qui le convainquit d’adopter la technique du mur-rideau avec un pylône métallique massif (stabilisé de neuf niveaux de traverses horizontales et d’entretoises posées en diagonales) qui soutient la statue, ainsi que le squelette secondaire interne (bandes de fer plates qui agissent comme un ressort) qui permet à la « peau » en cuivre de la statue de tenir d’elle-même en position verticale et d’osciller de 8 cm par vents de 80 km/h.

Les différentes pièces de la statue furent assemblées à Paris, dans les ateliers Gaget-Gauthier rue de Chazelles, tout près du Parc Monceau, de 1881 à 1884. La statue ainsi montée pour la première fois reçut alors plusieurs visiteurs de marque tels que le président de la République Jules Grévy et l’écrivain Victor Hugo. Le 4 juillet 1884, jour de la fête nationale américaine, eut lieu la cérémonie du don puis le démontage commença en février 1885.

La statue est envoyée à Rouen sur deux convois ferroviaires, le premier train de 40 wagons et un second de 30 puis, chargée en 16 jours à bord du transport l’Isère commandé par le lieutenant de vaisseau Gabriel Lespinasse de Saune. Le 21 mai elle descend la Seine débarque à Caudebec-en-Caux ses 5 passagers provisoire puis appareille pour sa traversée transatlantique. Retardée par une tempête et manquant de charbon une escale à Horta aux Açores retarde la traversée, elle entre dans le port de New York le 17 juin 1885. L’Isère, escortée par La Flore, vaisseau amiral du contre amiral Henri Lacombe chargé de représenter la France, remonte l’Hudson et jette l’ancre devant Bedloe island le vendredi 19 où elle reçoit un accueil triomphal de la part des New-Yorkais. Afin de rendre la traversée possible à bord d’un tel navire, la statue fut démontée en 350 pièces, réparties dans 214 caisses, en sachant que le bras droit et sa flamme étaient déjà présents sur le sol américain, où ils avaient été exposés une première fois lors de la Centennial Exposition, puis à New York. 36 caisses furent réservées aux rondelles, rivets et boulons nécessaires à l’assemblage.

Une fois arrivée à destination et déchargée du 22 juin au 24, la chambre de commerce de New york donna un banquet le soir du 24 au « Delmonico’s » célèbre restaurant de l’époque. Le 30 juin le contre amiral Lacombe rend la politesse à ses hôtes lors d’un banquet à bord de la Flore. La statue dut attendre la fin de la construction de son piédestal et fut réassemblée en sept mois à partir du printemps 1886, sur son socle enfin achevé et dont le financement s’était accéléré grâce aux dons de nombreux Américains enthousiastes. Les différentes pièces furent jointes par des rivets en cuivre et le drapé permit de résoudre les problèmes de dilatation.

Le 28 octobre 1886, la statue de la Liberté fut inaugurée en présence du président de l’époque, Grover Cleveland, ancien gouverneur de New York, devant 600 invités et des milliers de spectateurs. Aucun Noir n’était invité à l’inauguration de ce monument censé aussi inspirer la fin de l’esclavage, pas plus que Joseph Pulitzer, juif et étranger, ou les femmes, d’où la manifestation de suffragettes. C’est Frédéric Desmons, alors vice-président du Sénat, qui représenta la France lors de l’inauguration. Outre Desmons, plusieurs francs-maçons faisaient partie de la délégation française, à laquelle appartenaient également Ferdinand de Lesseps, Eugène Spuller, l’amiral Jaurès, le général Pellissier, le colonel Laussedat et Napoléon Ney accompagnés de journalistes français. Le monument représentait ainsi un cadeau célébrant le centenaire de l’indépendance américaine, livré avec dix années de retard.

Le succès du monument grandit rapidement : dans les deux semaines qui suivirent l’inauguration, près de 20 000 personnes s’étaient pressées pour l’admirer. La fréquentation du site passa de 88 000 visiteurs par an, à 1 million en 1964 et 3 millions en 1987.

Sources ;: Wikipédia, Pierre Vidal, Frédéric-Auguste Bartholdi 1834-1904 : Par la Main, par l’Esprit, Paris, Les Créations du pélican, 2000

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